Interdiction du port de signes religieux par les élèves des écoles primaires au Québec - La laïcité ne doit pas servir de prétexte pour discriminer et bafouer le droit à l'éducation des enfants
MONTRÉAL, le 30 oct. 2026 /CNW/ -- En marge de la dernière réunion du cabinet du premier ministre Paul Saint-Pierre Plamondon, le nouveau ministre de l'Éducation, Joël Arseneau, a confirmé l'intention du gouvernement d'interdire le port de signes religieux par les élèves des écoles primaires au Québec, qualifiant cette mesure de « non négociable ».
L'Observatoire des inégalités raciales au Québec (OIRQ), l'Observatoire pour la justice migrante (OPJM), la Fédération des femmes du Québec (FFQ), la Ligue des droits et libertés (LDL), l'Équipe Inclusion et diversité ethnoculturelle en éducation (IDEÉ), la Table de concertation des organismes au service des personnes réfugiées et immigrantes (TCRI) et l'Association canadienne des libertés civiles (ACLC) unissent leurs voix pour dénoncer cette mesure discriminatoire qui porte atteinte au droit à l'éducation des enfants et aux droits humains de l'ensemble de la population québécoise.
En faisant du port de signes religieux un motif d'exclusion, une telle interdiction instituerait une discrimination d'État qui compromettrait gravement le droit des enfants à l'éducation. Elle renforcerait la stigmatisation et l'exclusion des membres de certaines communautés, en particulier des jeunes filles de confession musulmane, en plus d'alimenter le racisme, la xénophobie et l'intolérance au sein de nos écoles. L'école doit être un milieu de vie inclusif où chaque enfant a le droit de participer, d'apprendre, de socialiser et de s'épanouir librement. C'est pourquoi nous dénonçons toute forme d'instrumentalisation de la laïcité aux fins de discriminer ou d'exclure des enfants du réseau d'éducation au Québec.
Une telle interdiction constituerait une entorse majeure à la laïcité de l'État, qui doit garantir les libertés de conscience et de religion de l'ensemble des citoyennes et des citoyens. En s'attaquant aux droits de certaines minorités religieuses, et notamment des personnes de confession musulmane, une telle mesure s'inscrirait dans le prolongement des politiques racistes et discriminatoires du précédent gouvernement.
À titre d'organisations fondatrices de la Coalition contre l'instrumentalisation de la laïcité (CCIL), nous appelons l'ensemble de la population et de la classe politique québécoises à se mobiliser contre cette dérive identitaire et islamophobe. Lors de la dernière campagne électorale, plus de 2110 individus et 160 organisations de la société civile ont signé une déclaration commune exigeant le retrait des lois 21, 94 et 9 sur la laïcité de l'État. Nous exhortons le nouveau gouvernement à abandonner son projet d'interdiction du port de signes religieux pour les élèves et à s'engager dans la voie d'une laïcité respectueuse des droits de l'ensemble des citoyennes et des citoyens.
Citations
« Depuis 2019, nous documentons les effets discriminatoires des lois 21, 94 et 9 sur les femmes musulmanes les plus visibles. Alors que la CAQ, qui a fait adopter ces lois, vient d'essuyer un échec cuisant, le nouveau gouvernement péquiste choisit d'aller encore plus loin dans la même voie. Plutôt que de s'attaquer aux écoles vétustes, au manque de personnel, au sous-financement de l'école publique et à l'école à trois vitesses, il s'en prend aux droits des enfants et en fait un terrain de jeu pour ses politiques identitaires.
Pour des milliers d'enfants issus de l'immigration, déjà privés de moyens avec les coupes en francisation et en soutien linguistique, l'école est un lieu essentiel de socialisation et d'intégration. Nous nous alarmons que la discrimination légalisée s'étende désormais jusqu'à eux, au mépris de leur droit à l'éducation. Loin de protéger la laïcité, nous réaffirmerons que ces lois en trahissent le principe même. » Amel Zaazaa, directrice et cofondatrice de l'Observatoire pour la justice migrante.
« Interdire le port de signes religieux à des élèves du primaire, c'est tracer une ligne d'exclusion dans un lieu qui doit accueillir chaque enfant. Le gouvernement ignore combien d'enfants seraient touché•es, et des directions d'école ne voient aucun enjeu sur le terrain. Il devrait plutôt s'attaquer aux véritables problèmes du réseau scolaire. Pour les filles qui pratiquent le hijab, c'est la suite d'un continuum : après les travailleuses de l'État, puis les mères bénévoles, on dit maintenant à une fillette qu'il n'y aura pas de place pour elle, ni aujourd'hui sur un banc d'école, ni demain dans nos institutions publiques.
L'expérience de la France, où une telle législation existe depuis 2004, est parlante. Les organisations et acteur•rice•s de défense des droits n'ont de cesse d'alerter sur ses effets délétères observés sur plus de 20 ans d'application de la loi : stigmatisation des jeunes filles musulmanes, harcèlement scolaire, sentiment d'humiliation, ou encore difficultés d'orientation scolaire. On ne souhaite pas voir ces effets se déployer au Québec. », Sara Arsenault, responsable des dossiers politiques, Fédération des femmes du Québec.
« L'Équipe IDÉE est très préoccupée par les déclarations du nouveau ministre de l'Éducation témoignant de son entêtement à étendre l'interdiction du port des signes religieux aux élèves. La laïcité ne devrait pas servir à exclure. Cette voie remet en question les fondements de l'école québécoise. Dès 1998, le Québec a adopté une politique d'éducation interculturelle mettant de l'avant une société pluraliste et égalitaire. Il a continué dans cette voie avec un référentiel de compétences pour la profession enseignante qui met l'accent sur le rôle du personnel enseignant dans la mise en œuvre d'une école égalitaire et inclusive pour toutes et tous.
Rappelons par ailleurs qu'il n'y a pas de données montrant que le port de signes religieux par les élèves constitue un problème dans les écoles de la province, comme l'ont aussi affirmé Mme Legault et M. Côté, qui représentent les directions d'établissement scolaire. Le réseau scolaire est confronté à plusieurs problèmes urgents, d'ailleurs reconnus par M. St-Pierre Plamondon, qui a soutenu la réalisation d'États généraux en éducation. En s'attardant à un non-problème, le Parti Québécois participe à fragiliser le droit à l'éducation et à rendre le racisme acceptable au sein de notre société. » Sivane Hirsch, professeure à la Faculté des sciences de l'Éducation et membre de l'Équipe Inclusion et diversité ethnoculturelle en éducation (IDEÉ).
« Les droits humains ne s'arrêtent pas aux portes de nos écoles. Nous refusons que nos enfants soient les victimes collatérales des politiques identitaires et discriminatoires du nouveau gouvernement. L'ensemble de la société québécoise doit dénoncer un gouvernement qui instrumentalise la laïcité pour s'attaquer aux droits des minorités religieuses. La laïcité doit garantir les droits de l'ensemble de la population, et non servir d'outil d'assimilation et d'exclusion. Avec cette interdiction, le gouvernement s'apprête à franchir une ligne rouge ! Il est plus que jamais urgent de se mobiliser pour empêcher la mise en place d'un véritable racisme d'État au Québec. », Paul-Etienne Rainville, responsable de dossiers politiques, Ligue des droits et libertés.
SOURCE Ligue des droits et libertés

Pour informations et entrevues : Amel Zaazaa, Cofondatrice et directrice générale de l'Observatoire pour la justice migrante (OJM), [email protected], 438 367-4755; Anaïs Bussières McNicoll, Association canadienne des libertés civiles, [email protected], 613 709-6318; Claude Rioux, Responsable des communications, Ligue des droits et libertés, [email protected], 514 715-7727; François Loza, Table de concertation des organismes au service des personnes réfugiées et immigrantes, [email protected], 514 272-6060 poste 213; Isabelle Rodrigue, responsable des communications, Fédération des femmes du Québec, [email protected], 514 876-0166; Safa Chebbi, Coordinatrice générale, Observatoire des inégalités raciales au Québec, [email protected]; Sivane Hirsch, professeure à la Faculté des sciences de l'Éducation et membre de l'Équipe Inclusion et diversité ethnoculturelle en éducation (IDEÉ), [email protected]
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