Violence envers le personnel de soutien scolaire : près de 30 000 gestes recensés
« La violence ne doit jamais être considérée comme faisant partie du travail »
QUÉBEC, le 26 oct. 2026 /CNW/ -- Les données les plus récentes des centres de services scolaires (CSS) et des commissions scolaires (CS), recueillies par la Fédération du personnel de soutien scolaire (FPSS-CSQ), révèlent une progression extrêmement préoccupante des gestes de violence envers le personnel de soutien scolaire. Pour l'année 2025-2026, 29 772 gestes de violence ont été recensés, comparativement à 15 178 en 2024-2025. Cela représente une augmentation d'environ 96 % en seulement un an.
La tendance observée sur plusieurs années est tout aussi préoccupante. Le nombre de gestes recensés est passé de 2 589 en 2018-2019 à 29 772 en 2025-2026.
« Ce que ces chiffres nous disent, c'est que la violence n'est plus un phénomène marginal dans nos écoles. Quand près de 30 000 gestes sont recensés en une seule année scolaire, il faut arrêter de banaliser la situation. Se faire frapper, menacer, harceler ou intimider ne doit jamais être considéré comme faisant partie du travail », affirme Éric Pronovost, président de la FPSS-CSQ.
Les services directs aux élèves surreprésentés
Certaines classes d'emplois sont beaucoup plus exposées. Les techniciennes et les techniciens en éducation spécialisée (TES), les éducatrices et les éducateurs en milieu scolaire (ÉMS), les préposées et les préposés aux élèves handicapés (PEH), ainsi que les surveillantes et les surveillants d'élèves sont particulièrement touchés par la violence. Ensemble, ils ont comptabilisé 17 533 gestes de violence en 2025-2026, soit 59 % de tous les gestes déclarés au cours de cette année.
« Ce sont précisément des travailleuses et des travailleurs qui sont au cœur de la relation avec les élèves, souvent auprès de jeunes ayant des besoins particuliers. On leur demande d'intervenir, de prévenir les crises et d'assurer la sécurité des élèves et du personnel scolaire. Mais, on doit aussi les protéger, leur donner les ressources, les effectifs et les conditions nécessaires pour effectuer ce travail de façon sécuritaire », poursuit Éric Pronovost.
Hausse très importante des gestes de violence
Nous constatons une hausse très importante des gestes de violence recensés dans le milieu scolaire depuis 2018-2019. En 2025-2026, 29 772 gestes de violence ont été rapportés, comparativement à 2 589 en 2018-2019, soit une augmentation globale de 1 049,7 %.
La violence physique demeure de loin la forme la plus fréquemment signalée, passant de 1 682 à 21 731 cas, tandis que la violence psychologique connaît également une forte progression, bondissant de 57 à 3 947 cas. Le harcèlement, la violence sexuelle et la cyberintimidation affichent aussi des hausses marquées sur cette période.
Ces données doivent toutefois être mises en contexte, puisque le nombre de CSS/CS ayant répondu est passé de 27 à 47. Même en tenant compte de cette variation, la tendance demeure préoccupante : le nombre moyen de gestes de violence par CSS/CS est passé de 95,9 à 633,4, soit une hausse d'environ 560 %. De plus, en 2025-2026 seulement, le nombre total de gestes recensés a bondi de 45,9 % par rapport à l'année précédente, illustrant une accélération récente du phénomène.
Type de violence | 2018 2019 | 2019 2020 | 2020 2021 | 2021 2022 | 2022 2023 | 2023 2024 | 2024 2025 | 2025 2026 | % aug. 25-26 vs 18-19 |
Harcèlement | 0 | 75 | 6 | 442 | 18 | 1 048 | 98 | 377 | 402,7 %* |
Physique | 1 682 | 1 400 | 3 126 | 4 853 | 6 887 | 8 417 | 13 521 | 21 731 | 1 192,0 % |
Psychologique | 57 | 129 | 1 220 | 1 106 | 605 | 1 535 | 1 408 | 3 947 | 6 824,6 % |
Sexuelle | 1 | 1 | 29 | 9 | 10 | 68 | 129 | 64 | 6 300,0 % |
Cyberintimidation | 0 | 0 | 0 | 0 | 1 | 0 | 0 | 9 | 800,0 %* |
Total des types de | 2 589 | 2 943 | 4 706 | 7 168 | 9 719 | 13 759 | 15 178 | 29 772 | 74,1 % |
Nombre de CSS/CS | 27 | 29 | 34 | 38 | 44 | 45 | 35 | 47 | 1 049,9 % |
Nombre moyen de gestes | 95,9 | 101,5 | 138,4 | 188,6 | 216,3 | 305,8 | 434,1 | 633,4 | 560,6 % |
Taux d'augmentation annuel de | 5,8 % | 36,4 % | 36,3 % | 14,7 % | 41,3 % | 42,0 % | 45,9 % | 687,1 %* | |
*Moyenne établie avec l'année de la moyenne d'augmentation et du nombre dépassant « 0 ». |
Une santé au travail qui se détériore
Cette hausse de la violence survient dans un contexte où la santé du personnel de soutien scolaire montre, elle aussi, des signes préoccupants de détérioration. Selon les plus récentes données obtenues auprès du ministère de l'Éducation nationale, entre 2020-2021 et 2024-2025, le nombre de personnes ayant eu recours à un arrêt de travail reconnu par la CNESST a augmenté de 58,7 %, passant de 2 580 à 4 095. Parallèlement, le nombre de journées d'absence associées à ces dossiers a pratiquement doublé, passant de 76 285 à 152 022 jours (+99,3 %).
Durant la même période, les journées d'absence pour maladie ont augmenté de 86,2 %, passant de 135 666 à 252 591, alors que celles liées aux invalidités ont progressé de 38,6 %, pour atteindre 529 548 jours. Ces données s'ajoutent aux préoccupations exprimées par la FPSS-CSQ quant à la surcharge de travail, au manque de personnel et à l'augmentation des situations de violence dans les établissements.
« Ces données doivent faire réagir les organismes scolaires et le ministère de l'Éducation nationale. D'un côté, nous constatons une explosion des gestes de violence; de l'autre, les absences liées aux accidents de travail, à la maladie et aux invalidités augmentent de façon importante. Derrière ces chiffres se trouvent des milliers de travailleuses et de travailleurs qui soutiennent les élèves chaque jour et qui sont de plus en plus à bout de souffle. On ne peut pas continuer à leur demander toujours plus sans tenir compte de leur santé et de leur sécurité », affirme Éric Pronovost.
Les élèves à l'origine de la grande majorité des gestes de violence
Les données permettent également de connaître la provenance d'une partie des gestes de violence rapportés. En 2025-2026, 21 742 gestes sont attribués à des élèves, comparativement à 10 910 l'année précédente et 922 en 2018-2019. Pour la même année (2025-2026), le tableau recense également 205 gestes provenant de parents, 408 de collègues et 230 de supérieurs.
« Derrière chacun de ces chiffres, il y a un membre du personnel qui a vécu une situation qui aurait dû être évitée. Et derrière bien des gestes posés par des élèves, il y a aussi des besoins auxquels notre réseau aurait dû être capable de répondre. La solution n'est pas de pointer du doigt les jeunes. Elle passe par davantage de prévention, des équipes suffisantes, des interventions rapides et des milieux capables de soutenir à la fois les élèves et le personnel », souligne Éric Pronovost.
Provenance | 2018 2019 | 2019 2020 | 2020 2021 | 2021 2022 | 2022 2023 | 2023 2024 | 2024 2025 | 2025 2026 | Total |
Élèves | 922 | 950 | 2 228 | 2 670 | 4 614 | 7 309 | 10 910 | 21 742 | 51 345 |
Parents | 3 | 3 | 33 | 29 | 37 | 96 | 122 | 205 | 528 |
Collègues | 2 | 1 | 51 | 43 | 39 | 298 | 115 | 408 | 957 |
Supérieurs | 0 | 1 | 26 | 7 | 5 | 5 | 6 | 230 | 280 |
Total provenance | 2 589 | 2 943 | 4 706 | 7 168 | 9 719 | 13 759 | 15 178 | 29 772 | 85 834 |
Nombre CSS/CS | 22 | 24 | 27 | 29 | 34 | 37 | 26 | 41 | |
Nombre moyen de violences par provenance | |||||||||
Élèves | 41,9 | 39,6 | 82,5 | 92,1 | 135,7 | 197,5 | 419,6 | 530,3 | |
Parents | 0,1 | 0,1 | 1,2 | 1,0 | 1,1 | 2,6 | 4,7 | 5,0 | |
Collègues | 0,1 | 0,0 | 1,9 | 1,5 | 1,1 | 8,1 | 4,4 | 10,0 | |
Supérieurs | 0,0 | 0,0 | 1,0 | 0,2 | 0,1 | 0,1 | 0,2 | 5,6 | |
Des données qui appellent aussi à une meilleure reddition de comptes
« Si nous voulons réellement prévenir la violence, il faut commencer par avoir un portrait complet et réel de la situation. Le Québec doit se donner des mécanismes uniformes pour documenter les événements, les analyser et, surtout, agir en temps opportun. Ce qu'on ne mesure pas adéquatement est beaucoup plus difficile à prévenir », conclut Éric Pronovost.
La FPSS-CSQ demande donc que la prévention de la violence envers le personnel scolaire devienne une priorité réelle dans l'ensemble du réseau. Cela doit se traduire par des mesures concrètes de prévention, des ressources suffisantes dans les établissements, du soutien aux victimes et aux élèves, ainsi qu'un mécanisme uniforme de collecte et de suivi des incidents.
Sondage sur la violence subie par le personnel de soutien scolaire
Ces chiffres viennent malheureusement confirmer ce que nous constatons dans notre propre enquête. Notre plus récent sondage, réalisé auprès de 4 901 membres de la FPSS-CSQ, révèle que plus d'une personne sur deux (56 %) a subi de la violence au travail en 2025-2026. Plus préoccupant encore, 42 % considèrent que la violence, quelle qu'en soit la forme, est devenue une réalité normale ou habituelle dans le cadre de leur travail. « Lorsque la violence en vient à être perçue comme faisant partie du quotidien, il est clair que nous devons collectivement passer à l'action », souligne M. Pronovost.
Dénoncer la violence est encore tabou dans plusieurs milieux
Toujours selon notre dernier sondage, seulement 13 % des personnes répondantes affirment remplir un rapport d'incident lorsqu'elles sont victimes d'un geste de violence. Cette faible proportion est particulièrement préoccupante. De nombreux membres du personnel nous indiquent qu'ils renoncent à signaler les événements parce qu'ils ont le sentiment que cela ne mène à aucun changement concret ou encore par crainte de représailles de la part de leur direction. Pour Éric Pronovost, cette situation révèle l'ampleur réelle du problème : « Si seulement 13 % des victimes remplissent un rapport d'incident, les 29 772 gestes de violence déclarés ne représentent vraisemblablement que la pointe de l'iceberg de ce que subit réellement le personnel de soutien scolaire. Derrière ces chiffres se cache une réalité beaucoup plus préoccupante. Il est grand temps que les choses changent. »
Campagne nationale « Violence, à nous d'agir »
« Aujourd'hui, nous ne voulons pas seulement dénoncer la violence, nous voulons qu'elle cesse. C'est pourquoi nous lançons la campagne nationale « Violence, à nous d'agir ». Cette campagne rappelle que la violence ne doit pas être banalisée et met à l'avant-plan de nombreuses solutions. Ensemble, nous devons agir en prévention, en intervention et en postvention afin d'offrir des milieux scolaires sains et sécuritaires », conclut Éric Pronovost.
Profil de la FPSS-CSQ
La Fédération du personnel de soutien scolaire (FPSS-CSQ) est le seul regroupement syndical au Québec représentant exclusivement du personnel de soutien scolaire. Elle est affiliée à la Centrale des syndicats du Québec (CSQ) et représente 81 classes d'emplois réparties dans 25 centres de services scolaires et commissions scolaires et 20 syndicats affiliés. Au total, elle compte près de 43 000 membres.
SOURCE Fédération du personnel de soutien scolaire (FPSS-CSQ)

Share this article