Sites de consommation supervisée : données vs suppositions English
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Centre canadien sur les dépendances et l'usage de substances07 mai, 2026, 13:20 ET
Déclaration commune de l'honorable Vernon White et du Dr Alexander Caudarella sur la sécurité publique et la santé publique
OTTAWA, ON, le 7 mai 2026 /CNW/ - « Peu de questions de politique publique suscitent autant la controverse que les sites de consommation supervisée (SCS). Au croisement de la santé publique, de la sécurité publique et des retombées communautaires, ils sont souvent abordés avec des termes polarisés. Certains les considèrent comme une intervention essentielle de réduction des méfaits qui sauve des vies, et d'autres, comme un facteur contribuant au désordre. Mais la réalité est bien plus complexe.
Nous savons que partout au Canada et ailleurs dans le monde, des communautés vivent les conséquences de l'usage de drogues synthétiques fabriquées en laboratoire, en particulier le fentanyl, et enregistrent un grand nombre de surdoses et de décès.
Les SCS sont des environnements contrôlés où il est possible de consommer de la drogue sous la supervision de professionnels de la santé ou d'intervenants qualifiés afin de prévenir les surdoses. Mais ils ont aussi d'autres grands objectifs moins connus et plus ambitieux.
Plus de 2 000 nouveaux diagnostics de VIH sont posés chaque année au Canada. La diffusion d'information et la distribution de seringues stériles et de pipes aident à enrayer la propagation de cette maladie coûteuse qui dure toute la vie. En effet, le coût à vie associé à chaque nouveau cas est de 1,44 million de dollars. Les usagers des SCS peuvent consulter des professionnels de la santé et des services sociaux, et diminuer leur usage de drogue en public. Précisons toutefois que ces établissements ne sont pas conçus pour éliminer l'usage de drogue, démanteler les réseaux de trafiquants ou résoudre les problèmes de dépendance en marge d'autres initiatives de santé.
Quand on parle de dépendance et de santé liée à l'usage de substances, il est important d'utiliser des faits. Et les faits concernant les SCS sont étudiés depuis des décennies. Selon les statistiques sur les décès par surdose, entre 2017 et 2024, plus de 60 000 surdoses sont survenues dans ces sites, mais aucun décès n'y a été enregistré.
Nous savons aussi que les usagers des SCS y accèdent à des soins de santé primaires et à des services sociaux qu'ils n'auraient pas reçus s'ils avaient consommé dans la rue ou chez eux. Chaque plaie ou infection traitée sur place leur évite de se rendre dans des salles d'urgence bondées et de faire de longs séjours à l'hôpital. De plus, s'ils consomment dans un SCS, ils ne le font pas en public, ce qui veut dire qu'il y a moins d'injections dans les espaces publics et de seringues jetées au sol.
Ce qui est moins évident, c'est de déterminer si la présence d'un SCS réduit ou non la fréquence des surdoses aux alentours, quoique ces établissements proposent souvent des services d'analyse de substances pour établir leur contenu, puis diffusent cette information aux personnes dans la rue, qui pourront alors se protéger. Le personnel est aussi plus rapidement informé de ce qui se passe dans la rue, en particulier de la présence de drogues toxiques, voire mortelles, et peut mener une intervention de proximité avec l'aide des services d'urgence locaux.
Les données sur l'activité criminelle à proximité des SCS sont mitigées, mais on sait que de nombreuses personnes impliquées dans le trafic de drogue adoptent des comportements criminels pour pouvoir s'acheter de la drogue.
Nous avons conscience que les SCS ne régleront pas la crise des opioïdes, mais nous savons aussi qu'un plus grand recours aux soins de santé et aux services en santé mentale peut permettre d'amorcer un cheminement vers un mode de vie plus sain. Aucune donnée ne montre un usage accru de drogue attribuable à ces sites, et nous savons que ceux-ci servent des gens qui prennent déjà de la drogue. C'est donc dire que les SCS n'ouvrent pas la porte à la consommation; il s'agit plutôt d'endroits accueillants pouvant orienter les gens vers des soins, des traitements et le rétablissement.
La grande question politique est donc de déterminer s'il faut fermer ou garder ouverts les SCS. Les études montrent clairement que le maintien de leur ouverture permettra de sauver des vies, tandis que leur fermeture fera augmenter le nombre de surdoses dans la rue. Si le principal objectif des SCS est de sauver des vies, on peut dire qu'ils remplissent leur rôle. Cela dit, nous savons que la réalité est bien plus complexe. En effet, si la drogue et ses modes de consommation évoluent, alors les SCS doivent évoluer eux aussi. De fait, certains n'ont pas su s'adapter pour continuer à répondre aux besoins des personnes utilisatrices et de la communauté dans son ensemble.
Les modèles de réduction des méfaits doivent être assez souples pour s'adapter lorsque les conditions changent. Plusieurs SCS ont été mis en place dans un contexte qui a beaucoup changé depuis. Des résidents affirment que ce modèle ne fonctionne pas pour leur quartier et perdent espoir, puisque les choses ne semblent pas s'améliorer. Ils regrettent qu'on ne tienne pas dûment compte des réalités locales et de leurs choix.
Il faut donc réfléchir à ce que nous essayons de faire, soit offrir un service qui continue à sauver des vies, tout en améliorant la vie des résidents. Cela doit passer par un dialogue suivi d'actions, et non le contraire. Les membres des communautés doivent faire partie des solutions et ne peuvent pas se contenter d'être de simples spectateurs.
Une résolution productive de ce dilemme pourrait être l'intégration d'un modèle de réduction des méfaits qui continue à sauver des vies à un système élargi de soins de santé, de services sociaux et de sécurité. Eric Stubbs, chef du Service de police d'Ottawa, et Tom Stamatakis, président de l'Association canadienne des policiers, participent tous deux à l'application de la loi et soulignent l'importance, pour ces sites, de changer et de s'adapter.
Selon le chef Stubbs, une intervention efficace doit reposer sur deux principes fondamentaux, soit l'intégration de plusieurs approches, plutôt que l'utilisation d'un seul modèle, et une coordination étroite entre les partenaires, dont les gouvernements. Il ajoute que les SCS sont une réponse efficace à la consommation en public pour certains, mais qu'ils doivent pouvoir s'adapter à mesure que le contexte évolue.
De son côté, M. Stamatakis avance que, malgré les avantages évidents pour les usagers réguliers, les modèles actuels sont insuffisants pour beaucoup, particulièrement les plus vulnérables, en raison des ressources insuffisantes, de la surveillance limitée et du manque d'intégration avec les services communautaires, de traitement et de logement.
Une approche intégrée permettrait notamment de diriger rapidement les gens vers des services de traitement de la dépendance, d'offrir de l'aide continue en santé mentale et des logements sûrs assortis de services de soutien, de cibler les trafiquants et la violence, et de prendre des mesures pour renforcer la sécurité de la communauté.
On pourrait argumenter que les SCS ne sont ni une solution exhaustive, ni une expérience ratée. Il s'agit plutôt d'une intervention qui cible une facette précise d'un problème complexe. La hausse de l'usage d'opioïdes synthétiques change fondamentalement la donne. Dans ce contexte, la prévention immédiate des décès reste la priorité absolue.
Selon Steve Ball, président de l'Association des Hôtels d'Ottawa Gatineau, les hôtels situés à proximité des SCS qui vont fermer s'inquiètent des effets pour les centaines de personnes qui y consomment tous les jours. Y aura-t-il plus d'activité dans la rue, et à quoi cela ressemblera-t-il pour les visiteurs qui fréquentent le marché By et le centre-ville? Il est légitime de se poser ces questions, sachant que la clientèle des SCS devra retourner consommer dans la rue.
En même temps, les communautés s'attendent à ce qu'on s'occupe de la sécurité publique, du maintien de l'ordre et du rétablissement à long terme. La voie à suivre, ce n'est pas de choisir entre la santé et l'application de la loi, ni entre la compassion et la responsabilité, mais bien de les concilier.
En définitive, le succès ne se mesure pas à l'efficacité d'une intervention ponctuelle, mais à la capacité des communautés à devenir plus sûres, plus saines et plus stables pour tous. »
Au sujet du CCDUS
Le CCDUS a été créé par le Parlement afin de fournir un leadership national pour aborder la consommation de substances au Canada. À titre d'organisme de confiance, il offre des conseils aux décideurs partout au pays en tirant parti des recherches, en cultivant les connaissances et en rassemblant divers points de vue.
Les activités et les produits du CCDUS sont réalisés grâce à une contribution financière de Santé Canada. Les opinions exprimées par le CCDUS ne reflètent pas nécessairement celles de Santé Canada.
SOURCE Centre canadien sur les dépendances et l'usage de substances

Personne-ressource pour les médias: Mélissa Joseph, Conseillère en communications stratégiques, Centre canadien sur les dépendances et l'usage de substances, [email protected]
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