Nouvelle étude : Voir davantage de femmes scientifiques dans les médias change ce que les femmes pensent possible pour elles-mêmes
MONTRÉAL, le 13 juill. 2026 /CNW/ - Rendre les femmes scientifiques plus visibles dans les médias ne change pas seulement qui est perçu comme expert. Cela change aussi ce que d'autres femmes pensent pouvoir accomplir elles-mêmes.
C'est la conclusion principale d'une étude menée par Béatrice Parguel (CNRS, Université Paris Dauphine-PSL), Marine Agogué et Julie Gauneau (HEC Montréal). Intitulée : « When Matilda shows up: The double-edged impact of women researchers' media visibility in management science », cette étude a été publiée en juin dernier dans le journal scientifique PLOS ONE de l'éditeur américain, Public Library of Science (PLOS).
« La visibilité n'est pas seulement une question de représentation. Elle contribue à façonner les aspirations, les ambitions et le sentiment que certaines trajectoires sont accessibles », soulignent les auteures.
Principaux résultats
Alors même que les femmes sont aujourd'hui de plus en plus nombreuses dans les universités, elles restent moins visibles dans les médias que leurs homologues masculins. Pour comprendre les conséquences de cette sous-représentation, les trois chercheuses ont conduit deux expériences auprès de près de 400 participants de profils variés. Si l'étude montre que rendre les chercheuses plus visibles dans les médias génère des effets globalement positifs, certaines réactions apparaissent plus contrastées selon les personnes exposées. Trois résultats ressortent.
- Une réduction significative de l'écart de sentiment d'auto-efficacité entre femmes et hommes. Voir davantage de femmes scientifiques dans les médias renforce la confiance des femmes dans leur capacité à réussir, à atteindre leurs objectifs, à surmonter des obstacles, tandis que cette capacité diminue légèrement chez les hommes. Cet effet est observé à la fois dans le grand public et chez les étudiants de deuxième cycle.
- Une amélioration de l'expertise perçue des femmes chercheuses auprès du grand public non universitaire, mais pas auprès des étudiantes et étudiants de deuxième cycle.
- Des effets différenciés selon les publics : chez les étudiants masculins de deuxième cycle, une visibilité accrue des femmes scientifiques s'accompagne d'une moindre attractivité déclarée de la carrière universitaire. Aucun effet n'est observé chez les étudiantes en matière d'attractivité de la carrière universitaire.
Les auteures soulignent toutefois que la visibilité ne constitue pas, à elle seule, une solution aux inégalités de genre dans le monde académique, mais qu'elle représente un levier concret et relativement accessible pour agir sur les représentations et les aspirations.
Principales recommandations
La visibilité médiatique des chercheuses constitue un levier important pour faire évoluer les représentations de la science. Les résultats suggèrent toutefois que ses effets dépendent aussi des publics exposés. Chercheuses, établissements d'enseignement supérieur et de recherche ainsi que médias peuvent donc jouer un rôle complémentaire pour favoriser une représentation plus équilibrée de l'expertise scientifique.
1. Recommandations pour les chercheuses
- Développer des compétences de communication scientifique (vulgarisation, relations médias, prise de parole en public) pour faciliter le partage des connaissances auprès du grand public.
- Saisir davantage les opportunités de prise de parole dans les médias et les espaces publics, en dépassant l'autocensure et le moindre sentiment de légitimité qui peuvent limiter la présence médiatique.
- S'appuyer sur des réseaux de soutien, de mentorat et de partage d'expériences qui encouragent la prise de parole publique et renforcent la confiance nécessaire aux interventions médiatiques.
2. Recommandations pour les institutions universitaires
- Encourager activement les femmes à accepter les invitations médiatiques, en reconnaissant que les activités de diffusion des connaissances participent de la mission de service à la société des institutions universitaires et en les valorisant dans les évaluations de carrière.
- Proposer des formations à la vulgarisation scientifique, aux relations avec les médias et à la prise de parole publique afin d'accompagner les chercheuses dans leurs interactions avec les différents publics.
- Veiller à une représentation équilibrée des femmes et des hommes dans les conférences, tables rondes, jurys, comités et autres événements organisés au sein des institutions universitaires.
3. Recommandations pour les médias et les acteurs de la vulgarisation scientifique
- Faciliter l'identification et la sollicitation des chercheuses expertes, notamment grâce à des annuaires et bases de données dédiés.
- Être attentif aux biais de disponibilité, qui peuvent conduire à solliciter de manière récurrente les mêmes profils masculins, et diversifier les voix expertes sollicitées, afin que les chercheuses soient représentées à la hauteur de leur présence dans la communauté scientifique.
- Présenter les chercheuses comme des expertes dans leur domaine, et non comme des exceptions ou des curiosités, en mettant l'accent sur leurs contributions scientifiques et en veillant à éviter les stéréotypes, les questions genrées ou les angles qui minimisent leur expertise.
- Évaluer régulièrement la diversité des experts invités ou cités dans les contenus médiatiques afin d'identifier d'éventuels déséquilibres et de suivre les progrès réalisés.
Lire l'article (en anglais) publié dans le journal scientifique PLOS ONE : https://journals.plos.org/plosone/article?id=10.1371/journal.pone.0348097
SOURCE HEC Montréal

Renseignements : Émilie Novales, ARP, Conseillère principale en relation avec les médias, 438 520-3536, [email protected]
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