Le report de la cible climatique accroît les risques et les coûts pour le Québec
QUÉBEC, le 22 janv. 2026 /CNW/ - Le Comité consultatif sur les changements climatiques prend acte de la décision du gouvernement du Québec de reporter la cible de réduction des émissions de gaz à effet de serre (GES) de 2030 à 2035, à la suite des travaux de la commission parlementaire tenue en novembre dernier. Dans son avis « Définir l'ambition climatique du Québec : cibles et trajectoires de décarbonation », le Comité recommandait au contraire de rehausser l'ambition climatique afin de maintenir une trajectoire compatible avec l'objectif de l'accord de Paris, tout en tenant compte des contraintes économiques et géopolitiques actuelles.
Pour les membres du Comité : « Un report de la cible climatique ne diminue pas l'ampleur de l'effort à fournir pour décarboner notre société, il concentre les réductions d'émissions sur une période ultérieure plus courte, ce qui augmente les défis techniques, économiques et sociaux à moyen et à long terme. Dans ce nouveau contexte où la cible de réduction de 37,5 % ne serait atteinte qu'en 2035, atteindre la carboneutralité au plus tard en 2050 - ou dès 2045, comme le recommande le Comité - exigera des réductions d'émissions beaucoup plus abruptes et plus coûteuses ».
Cette réduction de l'ambition climatique intervient alors que le rapport Copernicus confirme que les 11 dernières années sont les plus chaudes jamais enregistrées à l'échelle mondiale, et que l'année 2025, avec une hausse de 1,47 °C, se classe au troisième rang des années les plus chaudes juste après 2024 et 2023.
La prévisibilité est essentielle à la transition
Le Comité rappelle qu'une transition réussie repose sur un cadre prévisible permettant aux acteurs publics, économiques et municipaux, ainsi qu'aux citoyens, de planifier des investissements structurants et des transformations majeures. Comme le mentionnait le Comité dans son avis, cette transition doit reposer sur des repères clairs et stables, tels qu'une cible formelle de carboneutralité inscrite dans la loi, des budgets et jalons quinquennaux progressifs, ainsi que des feuilles de route sectorielles.
Un désalignement avec l'accord de Paris et un frein à la diversification des marchés
Le report de la cible de réduction entraîne un désalignement de la trajectoire québécoise avec l'objectif de l'accord de Paris visant à maintenir la hausse mondiale de la température le plus près possible de 1,5 °C et avec la dynamique de rehaussement quinquennal de l'ambition climatique. Cette orientation éloigne également le Québec des trajectoires adoptées par plusieurs partenaires économiques avec lesquels il cherche précisément à accroître ses échanges dans un contexte de diversification des marchés. Rappelons que le Royaume-Uni vise une réduction de ses émissions de 81 % en 2035, l'Union européenne de 90 % en 2040, et que la Californie vise la carboneutralité dès 2045.
Poursuivre les efforts malgré le report
Avec des réductions d'émissions en 2023 de 8,5 % sur le territoire québécois - ou de 19,7 % en tenant compte de la liaison du marché du carbone avec celui de la Californie -, le report de la cible ne dispense pas le Québec d'accélérer la décarbonation ni d'accroître la part des énergies renouvelables dans son bilan énergétique afin de favoriser la sortie des énergies fossiles. Ainsi, le Comité réaffirme que le gouvernement doit poursuivre et accélérer la mise en œuvre de mesures structurantes, notamment dans les secteurs les plus émetteurs que sont le transport, l'industrie et le bâtiment.
De plus, le Comité réitère l'importance de mieux prendre en compte le secteur des terres et forêts, notamment par une cible spécifique de carboneutralité, et par des stratégies de séquestration carbone pour compenser à terme les émissions résiduelles. Ces deux éléments restent encore aujourd'hui tout aussi essentiels.
Cette approche de transition doit également s'accompagner d'une véritable stratégie nationale d'adaptation pour permettre au Québec de faire face aux impacts grandissants des changements climatiques.
Enfin, l'article 46.4 de la Loi sur la qualité de l'environnement prévoit que la cible climatique doit être révisée au moins tous les cinq ans. Dans le contexte d'incertitude actuel, le Comité soutient que cette révision devrait intervenir selon un calendrier plus rapproché, idéalement dès 2027, ou au plus tard en 2028, pour s'arrimer au second bilan mondial prévu pour la COP33.
Le Québec peut encore réussir sa transition
Le Québec dispose d'atouts majeurs : une électricité largement décarbonée, un tissu industriel innovant et un consensus social fort en faveur de la transition. Pour les membres du Comité, ce report conjoncturel de la cible climatique nécessitera une nouvelle voie de passage pour garantir le maintien des acquis actuels en matière de lutte contre les changements climatiques, et la poursuite de cette transition juste dans une démarche qui fera encore plus appel à la mobilisation de tous les acteurs et à notre capacité collective à inscrire le Québec du bon côté de l'histoire, de la science et de l'économie.
Pour des renseignements et des demandes d'entrevue :
Martin Brie
Directeur des affaires publiques, des relations internationales et de la mobilisation
Comité consultatif sur les changements climatiques du Québec
Téléphone : 418 655-7216
[email protected]
SOURCE Comité consultatif sur les changements climatiques
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