Crise forestière : une solution qui crée un préjudice en forêt privée
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Fédération des producteurs forestiers du Québec (FPFQ)25 févr, 2026, 11:24 ET
LONGUEUIL, QC, le 25 févr. 2026 /CNW/ - La Fédération des producteurs forestiers du Québec (FPFQ) réagit avec consternation aux amendements déposés par le ministre des Ressources naturelles et des Forêts, M. Jean-François Simard, dans le cadre de l'étude du projet de loi n° 11. Sous couvert de réforme, ces amendements modifient en profondeur les règles du marché du bois au seul bénéfice des industriels s'approvisionnant en forêt publique, et font abstraction des conséquences néfastes, directes et prévisibles pour les producteurs forestiers de la forêt privée.
Trois amendements, un même effet : changer les règles du jeu au détriment de la forêt privée
Par ces amendements, le ministre consent à d'importantes concessions aux industriels. Il propose d'abolir la redevance annuelle exigée pour sécuriser leur approvisionnement en bois des forêts publiques, envisage de revoir la tarification du bois public en fonction de la rentabilité des entreprises et de leurs conditions de marché, et met fin au système d'enchères qui constituait la seule référence indépendante pour établir la valeur marchande du bois public.
Une fois réunis, ces changements modifient l'ensemble des mécanismes de formation du prix du bois au Québec et causent un préjudice aux producteurs forestiers en forêt privée.
Le bois issu des forêts publiques deviendra mécaniquement moins cher, ce qui compromettra les conditions de mise en marché du bois provenant de la forêt privée. En abolissant le rôle de référence du Bureau de mise en marché des bois (BMMB), le ministère élimine le seul outil permettant une lecture objective et transparente des marchés du bois. Cette décision alimente le conflit du bois d'œuvre - qui coûte déjà une fortune à la population québécoise - et inflige un préjudice sans précédent aux propriétaires forestiers qui en sont depuis longtemps déjà les victimes collatérales.
Désormais, la tarification du bois des forêts publiques ne reposera plus sur une référence de prix de marché, mais essentiellement sur le coût de production et la rentabilité industrielle des acheteurs. Or, une tarification artificiellement basse exercera une pression à la baisse sur le prix du bois en forêt privée, alors que les producteurs luttent déjà pour accéder à des marchés viables. Cette approche atypique, qui ne reconnaît que les coûts des acheteurs, ne fera qu'aggraver la situation, créant une injustice supplémentaire pour les producteurs forestiers.
Un État en position dominante sur le marché du bois
Alors que le ministère met déjà en marché 68 % du bois à partir des vastes forêts publiques du Québec, ces amendements consolideront une situation d'abus de position dominante au détriment des 162 900 propriétaires forestiers, qui assurent pourtant 21 % de l'approvisionnement en bois rond de l'industrie.
Dans un marché déjà en contraction, ces mesures fragilisent davantage le principe de résidualité qui, selon la Loi sur l'aménagement durable du territoire forestier (LADTF), devrait conférer au bois de la forêt publique un caractère résiduel par rapport aux autres sources d'approvisionnement, notamment la forêt privée. Cette dérive est d'autant plus préoccupante que les volumes auparavant mis aux enchères seront désormais attribués directement aux industriels, éliminant toute forme de concurrence réelle et réduisant leur incitation à s'approvisionner en forêt privée, puisqu'ils ne peuvent plus, en pratique, perdre l'accès au bois public.
Le ministère crée un préjudice envers ses propres producteurs
« On ne réformera pas le régime forestier en traitant 162 900 propriétaires forestiers comme une simple variable d'ajustement. Derrière ces chiffres, il y a des familles, des communautés rurales entières qui dépendent de la vitalité de leurs boisés. Quand le gouvernement dépose des amendements qui déstructurent les marchés du bois en forêt privée, il concurrence ses propres citoyens et leur cause un préjudice inacceptable. Cela fait des années que nous répétons le même message. Des années que nous tendons la main, sans véritable écoute. Aujourd'hui, nous ne demandons pas un privilège : nous demandons que l'État respecte ses propres engagements et cesse de nuire à ceux qu'il prétend vouloir soutenir. Le projet de loi n° 11 est encore à l'étude. L'occasion de corriger le tir est réelle. Nous demandons au gouvernement de la saisir, cette fois, avec les producteurs forestiers à la table », a déclaré Gaétan Boudreault, président de la FPFQ.
Des correctifs urgents pour rétablir l'équilibre
La FPFQ réclame des mesures immédiates pour préserver l'équilibre entre les sources d'approvisionnement. Elle demande que la tarification du bois des forêts publiques tienne compte des coûts réels de production du bois en forêt privée, comme c'était le cas avant l'introduction du système d'enchères.
De plus, le principe de résidualité doit être renforcé afin de baliser adéquatement la concurrence exercée par l'État. Cela passe par l'instauration d'un mécanisme permettant de réduire l'attribution des volumes en forêt publique lorsque des catastrophes naturelles forcent la récupération de bois en forêt privée, comme le prévoyait le défunt projet de loi n° 97. Une telle mesure devrait également pouvoir s'appliquer en période de contraction des marchés, comme lors de la présente crise forestière.
Par ailleurs, la FPFQ déplore que le ministre n'ait pas profité de son intervention pour s'attaquer à des enjeux réglementaires pourtant cruciaux en forêt privée. Lors des auditions, la Fédération avait clairement souligné l'urgence de simplifier l'environnement réglementaire, notamment en confiant aux MRC la responsabilité de réglementer l'abattage d'arbres et en instaurant une consultation obligatoire des intervenants forestiers régionaux (consulter notre précédent communiqué).
À propos de la Fédération des producteurs forestiers du Québec
La FPFQ est l'organisation provinciale qui travaille à la promotion des intérêts des 162 900 propriétaires forestiers du Québec qui contribuent au développement des communautés rurales par une gestion active de leurs boisés. L'action régionalisée de ses 13 syndicats ou offices de producteurs forestiers affiliés vise la protection et la mise en valeur des forêts privées québécoises, ainsi qu'une commercialisation ordonnée du bois en provenance de ces territoires.
SOURCE Fédération des producteurs forestiers du Québec (FPFQ)

Renseignements : Charles-Philippe Tremblay-Bégin, Conseiller aux communications et Relations publiques, Fédération des producteurs forestiers du Québec, T. 450 679-0530, poste 8661, [email protected], foretprivee.ca
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