MONTRÉAL, le 27 mars 2026 /CNW/ - Profondément choquée par la tournure des travaux à la Commission de la santé et des services sociaux dans le cadre de l'étude du projet de loi 15, l'Association québécoise des pharmaciens propriétaires (AQPP) annonce qu'elle se retire du processus de négociation en cours avec le gouvernement du Québec. La décision du gouvernement de modifier, sans préavis, le modèle d'affaires des pharmacies, par un simple amendement au projet de loi 15, et ce sans analyse rigoureuse de ses conséquences et sans consultations sérieuses, met directement en péril l'accès aux services pharmaceutiques pour des millions de Québécois.
Une décision irréfléchie qui compromet les négociations et le développement des services
Alors que les pharmacies s'apprêtaient à déployer de nouvelles activités découlant du projet de loi 67, dans un objectif clair d'amélioration de l'accès aux soins de première ligne, le gouvernement a choisi de bouleverser les règles du jeu. Ce revirement soudain remet en cause la viabilité économique des pharmacies et mine la prévisibilité essentielle au développement de nouveaux services. En adoptant un amendement proposé par Québec Solidaire portant sur les honoraires facturés aux régimes privés d'assurance, le gouvernement vient de donner la preuve de sa méconnaissance profonde de la réalité économique de la pharmacie communautaire.
« Nous prenons le geste posé par le gouvernement comme une énorme gifle. Comment peut-on nous demander d'investir temps et argent pour élargir l'offre de services à la population alors que la stabilité même des pharmacies est menacée? », déplore Benoit Morin, président de l'AQPP.
L'Association avait pourtant mis en garde le gouvernement contre les risques d'intervenir de façon isolée sur cette question, sans revoir auparavant l'ensemble du mode de rémunération.
Rappelons que les tarifs du système public sont établis par le gouvernement et ne sont pas représentatifs des réalités opérationnelles de la pharmacie. Ils n'ont pas été indexés au même rythme que l'inflation depuis plus de 20 ans, même si la pratique de la pharmacie et les médicaments eux-mêmes se sont considérablement complexifiés
« Force est de constater que la pharmacie communautaire est le seul secteur du réseau de la santé réellement accessible aux patients. Le gouvernement compte sur les pharmaciens pour désengorger la première ligne et soutenir les autres professionnels. S'attaquer au modèle de rémunération des pharmaciens, en plein cœur des négociations, témoigne d'un manque flagrant de cohérence et de vision », affirme Benoit Morin.
Un amendement adopté à la hâte, sans vision d'ensemble
Alors que les négociations sur une nouvelle entente semblaient progresser, le gouvernement vient de se tromper de cible. Il justifie son amendement par la nécessité de répondre à certaines préoccupations liées aux coûts et à des cas d'abus médiatisés. Or, ces situations exceptionnelles, véhiculées par certains groupes d'intérêt, ne reflètent pas la réalité de la grande majorité des pharmacies communautaires du Québec. Elles concernent principalement les médicaments de spécialité, un marché extrêmement concentré entre les mains de quelques joueurs, dont les pratiques sont dénoncées par l'AQPP depuis plusieurs années.
Consciente de la nécessité de corriger ces situations extrêmes, l'AQPP a d'ailleurs proposé au ministre Jean Boulet, lors de sa présence en commission parlementaire le 11 février dernier, des modifications législatives et réglementaires ciblées afin de lutter contre les pratiques anticoncurrentielles et de rétablir une saine concurrence. Ces solutions ont été ignorées.
« En imposant une mesure mur à mur, le gouvernement fragilise l'ensemble du réseau de pharmacies plutôt que de s'attaquer aux véritables sources du problème. Cet amendement adopté à la hâte crée un précédent dangereux et menace la stabilité financière des pharmacies partout au Québec. D'autres options étaient sur la table. Le gouvernement a malheureusement choisi la plus dommageable pour le système de santé et pour les patients québécois », conclut M. Morin.
En conséquence, l'AQPP demande à la ministre de la Santé d'intercéder auprès de son collègue, le ministre du Travail, qui pilotait le projet de loi 15, et de revoir cet amendement avant l'adoption finale du projet de loi.
À propos de l'AQPP
L'Association québécoise des pharmaciens propriétaires (AQPP) représente plus de 2 000 pharmaciens propriétaires et près de 1 900 pharmacies au Québec. Présentes dans toutes les régions, les pharmacies communautaires constituent un pilier essentiel de l'accès aux soins de première ligne et un acteur économique important au Québec.
SOURCE Association québécoise des pharmaciens propriétaires

Pour plus d'informations, veuillez contacter : Association québécoise des pharmaciens propriétaires; Ligne médias : 438 887-0519, [email protected]
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