1000 nouveaux logements abordables prévus dans le budget Girard : trop peu pour faire face à la crise de l'inabordabilité, selon le FRAPRU
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Front d'action populaire en réaménagement urbain (FRAPRU)19 mars, 2026, 07:18 ET
QUÉBEC, le 19 mars 2026 /CNW/ - Alors que la crise de l'inabordabilité du logement continue à prendre de l'ampleur, le Front d'action populaire en réaménagement urbain (FRAPRU) est déçu de l'insuffisance des moyens prévus par le Budget Girard pour permettre aux locataires du Québec d'en sortir durablement. Le FRAPRU espérait y trouver enfin un peu de garanties pour le développement du logement social. Or, l'organisme déplore que tout ce que prévoit le budget 2025-2026 soit le financement de 1000 logements « abordables » pour tout le Québec, alors qu'il demandait le financement de 10 000 logements sociaux.
« Il est clair qu'avec 209 millions $ sur 3 ans pour la construction de nouveaux logements abordables et 90 millions $ pour prévenir l'itinérance et aider les personnes en situation d'itinérance sur un budget de dépenses de 134 milliards $, les crises sociales que sont celles du logement cher et de l'itinérance ne sont pas des priorités du gouvernement, même si le budget affirme être centré sur les priorités des Québécois », commente Véronique Laflamme.
Mince consolation pour les familles et les personnes mal-logées : le plan budgétaire prévoit que ces 1000 logements soient destinés aux ménages à faible et modeste revenus et principalement réalisés dans le Programme d'Habitation abordable du Québec (PHAQ). Cela laisse espérer qu'il y aura enfin un appel de projets dans le volet généraliste du PHAQ, ce qu'il n'y a pas eu depuis juin 2023. Le FRAPRU presse Québec de lancer sans attendre un appel de projets pour que les milliers de logements sociaux et communautaires en attente de financement puissent avoir une chance d'y déposer. Le regroupement dénonce depuis plusieurs mois le régime à plusieurs vitesses qui s'est installé pour l'accès aux minces fonds publics disponibles pour la création de logements et les pressions sur les organismes pour se plier à une nouvelle ingénierie financière basée sur l'inclusion de logements beaucoup plus chers que les loyers plafonds du PHAQ afin de diminuer la contribution gouvernementale.
Le FRAPRU rappelle que les besoins sont énormes. Selon les données de Statistiques Canada, quelque 187 000 ménages locataires consacrant plus de 30 % de leurs revenus au loyer au Québec ont un revenu inférieur ou égal à 24 000 $ par an. Or, les logements qualifiés d'abordables, même dans le Programme d'habitation abordable Québec, le sont de moins en moins pour ces ménages. Ils se louent autour du loyer médian du marché qui explose. L'organisme rappelle que le PHAQ, mis en place par la CAQ, finance autant de logements privés que des logements sociaux, sans but lucratif. Seul le logement social sous ses différentes formes peut véritablement répondre à la capacité de payer des locataires à faible et modeste revenus, insiste le FRAPRU, qui s'inquiète de l'abandon du logement social par le gouvernement caquiste et de l'absence de cibles claires pour la création de tels logements.
Le FRAPRU espère tout de même que les communautés qui portent des projets de logements sociaux et communautaires partout au Québec pourront rapidement voir leurs projets en développement être financés, notamment sur des terrains réservés à cette fin par des municipalités. En résumé, les 1000 logements abordables annoncés dans le budget pourraient enfin permettre à de nouveaux projets de logements sociaux d'être financés, mais, vu l'ampleur des besoins, il est clair pour le FRAPRU que les fonds seront écoulés très rapidement et que l'attente va perdurer pour plusieurs.
Le FRAPRU espère maintenant que la Société d'habitation du Québec (SHQ) modifiera rapidement le PHAQ afin de s'assurer qu'il réponde réellement et durablement à la capacité de payer des locataires à faible et modeste revenus qu'il vise à aider. Selon le groupe, il est évident que Québec ne devrait pas financer le privé avec des fonds publics déjà insuffisants destinés à la réalisation de nouveaux logements abordables. « Avec aussi peu de financement, on ne peut se permettre de dilapider les fonds publics dans des logements dont l'abordabilité n'est pas pérenne et qui ne contribuent pas à grossir le patrimoine collectif du logement social sans but lucratif pour les générations futures », insiste Véronique Laflamme.
Québec avait largement les moyens de faire plus
Le gouvernement se targue dans le Plan budgétaire d'avoir priorisé l'amélioration des conditions de vie et fourni des efforts importants dans la prévention de l'itinérance depuis 2018. Ce n'est pas l'impression du FRAPRU. Depuis 2018 le loyer moyen a augmenté de plus de 60 % au Québec, beaucoup plus que le revenu des locataires et des quintiles de la population les moins riches. Le FRAPRU s'inquiète que les mesures insuffisantes prévues dans le budget pour développer rapidement des alternatives aux logements privés trop chers, alors que la très grande majorité des logements neufs construits se louant à des prix exorbitants, ne permettent pas d'empêcher l'itinérance d'augmenter.
Alors que le gouvernement québécois s'est privé depuis 2018 de revenus importants avec les baisses d'impôt et la baisse de taxes scolaires et que des mesures fiscales progressives auraient permis de rapporter des milliards supplémentaires aux coffres de l'État, le FRAPRU est convaincu que le ministre des Finances aurait pu faire beaucoup mieux. Il note que les nouvelles mesures mises en place depuis 2018 pour favoriser l'accès à la propriété ont coûté 3 milliards $. « La protection et la mise en œuvre des droits économiques et sociaux, comme celui à un logement décent doit se faire au maximum des ressources disponibles, selon les engagements que le Québec a pris devant la communauté internationale. On peut affirmer que, malgré des investissements ciblés et ponctuels, le Québec faillit à ses obligations », conclut Véronique Laflamme.
Maisons Canada pourrait maintenant changer la donne
Afin d'augmenter les objectifs de développement du logement social dans les prochains mois, le FRAPRU espère que le Québec, qui s'est réjoui de l'entente avec Ottawa le 21 janvier dernier à propos de Maisons Canada, mettra tout en œuvre pour que ce type de logements soit priorisé. On comprend, à la lecture du budget, que le Québec ne recevra pas les sommes du fédéral pour les logements abordables promis par Ottawa, qui les financera directement. La part à laquelle le Québec est en droit de s'attendre des premiers 13 milliards de Maisons Canada s'élèverait normalement à 3 milliards $. Si les fonds étaient concentrés pour soutenir le financement de logements sociaux, ils permettraient à eux seuls de financer plus de 10 000 logements sociaux -- un minimum par année selon le FRAPRU -- afin que la trop maigre part de 10 % occupée par le logement social sur le parc locatif puisse progresser.
Minces soulagements : quelques mesures ciblées du budget bien reçues
Au rang des rares mesures ciblées accueillies plus favorablement, le FRAPRU souligne :
- Les 185,6 M $ pour le renouvellement des unités de supplément au loyer qui arrivaient à échéance et qui permettent aux locataires à faibles revenus de ne payer que 25 % de leur revenu pour se loger. Sauf pour les cas spécifiques de personnes en situation d'urgence ou de vulnérabilité, le FRAPRU souhaite que ce programme soit modifié pour être réservé aux logements de propriété sociale et collective.
- Les 52,7 M$ pour le financement du déficit d'exploitation de HLM dont l'entente d'exploitation avec le fédéral est terminée et des 235,5 M$ pour leur entretien. À l'instar de la Fédération des locataires de HLM, le FRAPRU souligne que c'est le strict minimum et que les investissements dans le maintien du parc de logements publics devront augmenter dans les prochaines années.
- Les 7,7 M $ pour la poursuite de l'aide aux ménages sans-logis et à la recherche de logement et les 21,4 M$ pour 1000 nouveaux suppléments au loyer d'urgence autour du 1er juillet. Ces sommes, nécessaires pour aider les locataires autour de la période des déménagements, sont inclues dans les 90 M $ prévus pour aider les personnes en situation d'itinérance ou à risque de le devenir qui dans les faits prévoient comme seule nouvelle mesure 24,8 M$ qui visent à permettre la continuité de services avec les fin de programmes fédéraux qui n'étaient déjà pas suffisants pour répondre aux besoins selon les regroupements d'organismes communautaires impliqués dans la lutte à l'itinérance comme le Réseau d'aide aux personnes seules et itinérantes de Montréal (RAPSIM).
- Les 30 M$ pour la poursuite du Programme d'adaptation à domicile (PAD), même si ces sommes sont insuffisantes pour répondre à la forte demande de personnes en situation de handicap, trop souvent prisonnières de logements inadaptés.
- Les 20,9 M $ pour assurer le maintien d'un parc accessible au Nunavik, même s'il est connu que les besoins de logement de la population du Nunavik nécessiteraient des investissements plus ambitieux.
- Les 185,6 M $ pour le renouvellement des unités de supplément au loyer qui arrivaient à échéance et qui permettent aux locataires à faibles revenus de ne payer que 25 % de leur revenu pour se loger. Sauf pour les cas spécifiques de personnes en situation d'urgence ou de vulnérabilité, le FRAPRU souhaite que ce programme soit modifié pour être réservé aux logements de propriété sociale et collective.
SOURCE Front d'action populaire en réaménagement urbain (FRAPRU)

Informations et demandes d'entrevues : Véronique Laflamme, FRAPRU : 418 956-3403 (cell.)
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