Le logement toujours plus cher au Québec : le FRAPRU dresse un bilan sévère des 8 ans de gouvernement caquiste
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Front d'action populaire en réaménagement urbain (FRAPRU)07 avr, 2026, 09:08 ET
MONTRÉAL, le 7 avril 2026 /CNW/ - À quelques jours de l'élection d'une nouvelle chefferie de la Coalition avenir Québec (CAQ) et d'un changement à la tête du Gouvernement du Québec, le Front d'action populaire en réaménagement urbain (FRAPRU) dresse un bilan critique de près de huit ans d'actions de la CAQ en matière d'habitation. Son constat est sans appel : plutôt que de s'attaquer de front à la crise du logement, le gouvernement de François Legault s'en est servi pour justifier une transformation profonde des politiques publiques, au détriment des locataires à faible et à modeste revenus et du logement social. L'organisme appelle à une réorientation des choix gouvernementaux.
Abandon progressif du logement social
Le FRAPRU rappelle qu'à son arrivée au pouvoir en 2018, la CAQ ne prend qu'un seul engagement en matière de logement : finaliser les quelque 15 500 logements sociaux déjà prévus, mais non livrés par les gouvernements précédents, dans le cadre du programme AccèsLogis. Quatre ans plus tard, alors que la pénurie de logements s'étend à tout le Québec et que les loyers augmentent fortement, moins de la moitié des logements promis sont livrés.
Lors de son deuxième mandat, il change d'approche en abandonnant le logement social au profit de celui dit « abordable ». Rapidement après sa réélection en 2022, il abandonne AccèsLogis1 pour le remplacer par le Programme d'habitation abordable Québec (PHAQ). Selon le FRAPRU, ce programme, présenté comme plus rapide et plus efficace par le gouvernement caquiste, échoue à répondre aux besoins des ménages les plus vulnérables. « Non seulement ce programme n'est pas adapté au développement du logement social, mais il ouvre la porte au marché privé et abandonne progressivement une approche qui prenait en compte la capacité réelle de payer des locataires. », dénonce Véronique Laflamme.
L'organisme souligne par ailleurs qu'aucune garantie n'est donnée dans le programme quant au nombre d'unités réellement réservées au secteur sans but lucratif. Les groupes doivent en outre recourir à des montages financiers complexes et exigeants. « Pire encore, le dernier appel de projets destiné aux ménages à faible et modeste revenus, à l'exception des personnes vulnérables, remonte à juin 2023. Dans le plus récent volet du programme destiné à des «développeurs qualifiés», l'abordabilité peut être limitée à dix ans seulement, tandis que les loyers demeurent largement arrimés aux réalités du marché privé », poursuit la porte-parole.
Sous-traitance et opacité
En lieu et place d'un programme gouvernemental solide, le gouvernement Legault a confié des centaines de millions de dollars à des partenaires externes : Fonds de solidarité FTQ, Mouvement Desjardins, Mission Unitaînés -- un OSBL créé par le philanthrope Luc Maurice, par ailleurs propriétaire de résidences privées pour aînés lucratives. Ces attributions se sont souvent faites par décrets, sans appels d'offres larges et selon des critères peu transparents, contournant ainsi les règles du PHAQ lui-même. Ce faisant, la CAQ a amoindri le rôle de maître d'œuvre de la Société d'habitation du Québec (SHQ) en logement social.
Une crise utilisée comme justification politique
Au printemps 2025, Québec introduit deux nouvelles catégories de logements éligibles à des fonds publics : le « logement abordable intermédiaire » dont les loyers peuvent atteindre 150 % du loyer médian du marché, et le logement « à loyer basé sur les coûts réels » sans soutien public durable autre qu'une garantie de prêt.
Selon le FRAPRU, ces nouvelles catégories, présentées comme des réponses rapides à la crise, permettent surtout de justifier un recul des exigences d'abordabilité et d'élargir l'usage de fonds publics à des logements qui demeurent inaccessibles pour une large part des locataires. « La crise que vit le Québec est avant tout une crise du logement cher. La rareté de logements à bas loyers -- qui en est l'essence -- ne se résorbera pas par la construction d'un plus grand nombre de logements chers, qu'ils soient qualifiés » d'abordables », à but lucratif ou non. Ce dont le Québec a besoin, c'est de logements sociaux », affirme Véronique Laflamme.
Des besoins toujours plus criants
Pour le FRAPRU, le résultat de cette réorientation est clair : « le gouvernement Legault n'a pas corrigé la crise du logement : il s'en est servi pour transformer en profondeur les interventions publiques, en transférant graduellement ses responsabilités vers des mécanismes financiers complexes, des partenariats ciblés et des acteurs externes, au détriment du logement social. Dans les circonstances, il n'est pas surprenant que la crise s'aggrave. », affirme Véronique Laflamme, rappelant que « depuis l'arrivée au pouvoir de la CAQ, en 2018, le loyer moyen a augmenté de plus de 60 %, que de plus en plus de locataires s'appauvrissent et que l'itinérance progresse dans plusieurs régions du Québec. Pendant ce temps, les ménages à faible et modeste revenus sont de plus en plus exclus des nouveaux logements produits avec des fonds publics ».
Revenir au logement social
Le FRAPRU est catégorique : le logement social ne peut être dissout dans le logement dit « abordable ». Ces deux réalités n'ont ni la même fonction ni les mêmes effets sur l'accessibilité réelle au logement.
Pour le FRAPRU, un changement de cap est nécessaire. Cela passe à court terme par l'abandon du financement de logements qualifiés de « abordables intermédiaires ». Cela passe aussi par le retour de programmes complets, pérennes et suffisamment financés permettant le développement de nouveaux logements sociaux, incluant des HLM pour lesquels des milliers de personnes et de familles sont en attente. Pour répondre aux besoins les plus urgents, le FRAPRU demande le financement pluriannuel d'au moins 10 000 nouveaux logements sociaux par année, afin de doubler le parc québécois d'ici 2040. L'organisme appelle tous les partis en lice pour former le prochain gouvernement à prendre des engagements clairs et chiffrés en ce sens.
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1 Programme québécois dédié au développement du logement social, instauré en 1997 suite au retrait du gouvernement fédéral du financement à long-terme du logement social, et écarté par le gouvernement Legault en 2022. |
SOURCE Front d'action populaire en réaménagement urbain (FRAPRU)

Informations et demandes d'entrevues : Véronique Laflamme, FRAPRU : 418 956-3403 (cell.)
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