SPVM : de nouvelles façons de faire qui nuisent à l'information du public

MONTRÉAL, le 22 juin 2016 /CNW Telbec/ - La Fédération professionnelle des journalistes du Québec (FPJQ) s'inquiète d'évènements récents au Service de police de la Ville de Montréal (SPVM) qui laissent présager une opacité grandissante au sein de l'organisation, au détriment du public.

La FPJQ appréhende une dégradation de l'accessibilité de l'information, tant en ce qui concerne l'administration du service policier que les incidents qui surviennent sur le terrain.

Contexte

La transparence du gouvernement est à la base de toute société démocratique. Les services policiers, qui détiennent le pouvoir répressif du gouvernement - dont celui de limiter les libertés individuelles - doivent particulièrement être sous haute surveillance du public. Les contribuables financent le SPVM à hauteur de près de 700 millions de dollars par année. Le SPVM leur est donc redevable.

Il fut un temps où les journalistes pouvaient parler directement aux enquêteurs sur le terrain et à ceux qui travaillaient sur les dossiers criminels. L'ex-journaliste d'enquête du Journal de Montréal, Michel Auger, grand spécialiste du crime organisé, l'a rappelé à ses collègues lorsqu'il a reçu le prix Judith-Jasmin Hommage pour l'ensemble de sa carrière, en 2013. Devant eux, il avait déploré les nouvelles difficultés d'accéder à l'information policière, rappelant que dans les années fortes de sa longue carrière, il suffisait de parler au policier sur le terrain pour savoir ce qu'il c'était passé. Aujourd'hui, les journalistes qui couvrent les affaires policières affirment à la FPJQ que le SPVM est plus opaque que jamais. Plusieurs incidents survenus dans la dernière année, présentés dans ce document, illustrent cette opacité.

1. Refus de confirmer un incident grave

Le mercredi 4 mai dernier, vers 22 h, le client d'un dépanneur de Montréal-Nord a été violemment battu par un groupe d'individus. Il a dû être transporté à l'hôpital et traité pour de multiples contusions. L'homme a été frappé à plusieurs reprises après que l'un des agresseurs lui ait demandé s'il était policier. Les suspects ont ensuite pris la fuite.

Deux jours plus tard, des journalistes ont tenté d'obtenir des informations du SPVM au sujet de cet incident. La réponse du service des relations médias fut : « On n'a rien à dire là-dessus. » Sauf que les enquêteurs du SPVM avaient arrêté trois suspects dans la journée, ce qui n'a pas été annoncé. Puis, peu après 19 h, alors que la direction des relations médias avait donné le mot d'ordre de ne pas répondre aux questions des journalistes sur le sujet, le directeur adjoint et directeur des opérations du SPVM, Didier Deramond, rédigeait une note interne pour annoncer les arrestations et rectifier des faits auprès des 4 000 policiers de Montréal. « L'agresseur principal a avoué qu'il savait que la victime n'était pas un policier, mais qu'il avait plutôt lancé des paroles en l'air », y expliquait-il.

Pourquoi ne pas avoir communiqué ces développements importants aux journalistes qui posaient des questions à ce sujet ? Le lendemain matin, le samedi 7 mai, la réponse du SPVM était toujours « On n'a rien à dire sur cette affaire », alors que le courriel interne de Didier Deramond avait été envoyé 12 heures plus tôt.

Une telle opacité laisse la FPJQ craindre pour l'information à laquelle le public a droit. Il ne s'agissait pas du cas isolé d'un relationniste récalcitrant, mais de l'institution qui refusait de confirmer un évènement grave survenu sur son territoire et les mesures prises pour y faire face. Quelques jours plus tard, devant un groupe de journalistes, le directeur du SPVM, Philippe Pichet, a reconnu que le ton et le choix des mots « on n'a rien à dire » n'étaient pas appropriés dans cette situation, mais a refusé d'admettre que le SPVM avait la responsabilité de discuter publiquement de l'affaire.

2. Refus de rendre des comptes au public

L'hiver dernier, un enquêteur du SPVM s'est fait voler une clé USB dans sa voiture contenant des informations sensibles, des éléments importants d'une enquête. Le journaliste d'enquête de TVA, Félix Séguin, qui en a eu vent, a souhaité faire un suivi avec la direction du SPVM pour savoir ce qu'il était arrivé au policier. M. Pichet lui a répondu, lors d'une entrevue, que cela ne le regardait pas.

Il semble pourtant évident que le service policier doit rendre compte au public d'un vol d'informations sensibles. Le refus de donner à Félix Séguin le résultat de l'enquête à ce sujet constitue, encore une fois, un manque d'égard envers le public.

Le 15 avril dernier, un article de Daniel Renaud paru dans La Presse révélait que la direction du SPVM avait interdit à ses policiers d'effectuer des arrestations de membres d'un gang de rue sur le territoire de Montréal-Nord pour ne pas « attiser les tensions raciales ». Des agents de terrain ont ensuite condamné cette décision. Ne pouvant se tourner vers leurs patrons et jugeant que la situation était d'intérêt public, ils se sont tournés vers des journalistes. Par la suite, le grand patron du SPVM a adressé à tous ses policiers un courriel interne qui disait ceci : « Je suis vivement préoccupé et déçu que de l'information sensible ait été rendue publique. En effet, je trouve déplorable que des stratégies policières se retrouvent au grand jour. »

Philippe Pichet insistait, dans le courriel, sur le fait que la diffusion de ces informations pouvait nuire aux opérations futures, à la sécurité des citoyens et des policiers, « mais également à l'image de toute l'organisation ». Le souci de protéger l'image du SPVM se manifeste, ces jours-ci, par un contrôle démesuré.

Et pourtant, il ne doit pas en être ainsi. D'autres corps policiers de grandes villes nord-américaines donnent accès directement à leurs enquêteurs. Des membres de la FPJQ qui ont récemment couvert des sujets touchant les corps policiers des grandes villes de l'Ontario, dont celui de Toronto, ainsi que l'un des plus grands services de police en Amérique du Nord, le Los Angeles Police Department (LAPD), confirment cette différence flagrante avec le SPVM. Les journalistes ont pu parler directement aux enquêteurs des autres villes pour avoir des informations d'intérêt public sur une enquête, qui leur ont donné l'heure juste. À Montréal, ça ne se fait presque plus, nous confirment-ils. La FPJQ craint que, par conséquent, les Montréalais soient moins bien informés.

Il revient à la direction du SPVM de rendre des comptes à la population et de faire preuve de transparence quant à son travail. Cependant, les cas ci-haut cités et d'autres cas qui nous ont été rapportés illustrent un refus persistant de s'expliquer. Actuellement, le directeur du SPVM et son entourage œuvrent dans une tout autre optique, qui se résume à parler quand cela leur convient. M. Pichet a récemment affirmé en ondes à Paul Arcand, au 98,5 FM: « Je ne commenterai pas plus les opérations policières que les enquêtes. » Ces commentaires sont une aberration et une insulte à la population. Le directeur du SPVM doit comprendre qu'expliquer le travail de son organisation n'est pas une option: c'est une obligation.

3. Retrait de l'accessibilité aux ondes radio des policiers

Jusqu'à récemment, les médias se fiaient aux ondes radio des services policiers pour se rendre sur le lieu d'un incident grave. Feu, agression, accident… les patrouilleurs à l'écoute des ondes pouvaient s'y diriger rapidement pour informer le public. Or, depuis le 17 décembre, c'est « silence radio ». Le SPVM et d'autres corps policiers du Québec ont mis en place une nouvelle technologie de cryptage de leurs ondes qui les rend inaccessibles aux médias.

Cet hiver, la FPJQ a recueilli les doléances des grands médias de Montréal et a demandé au SPVM d'agir urgemment pour rétablir l'accès des médias aux ondes désormais cryptées du SPVM. « La récente décision de brouiller les ondes nuit au travail de nos journalistes et caméramans », pouvait-on lire dans une lettre remise à la FPJQ par le directeur de l'information de Radio-Canada, Michel Cormier. « La capacité d'écouter ces communications est une condition essentielle pour informer notre public d'évènements qui se déroulent sur le territoire que nous desservons. » La FPJQ a remis en personne cette lettre au SPVM, en plus de celles provenant de CTV, TC Media, La Presse et Cogeco. Toutes allaient dans le même sens. Les entreprises de presse étaient, par ailleurs, prêtes à débourser les frais nécessaires pour avoir accès à la technologie de décryptage.

Le SPVM a fait fi des demandes répétées de la FPJQ. Résultat : aujourd'hui, les journalistes patrouilleurs n'ont plus accès à l'information diffusée par les ondes du SPVM, et, par conséquent, le public est moins bien informé.

4. Climat de méfiance envers les journalistes

Lorsqu'ils prêtent serment au moment de devenir policiers, les agents jurent de ne jamais dévoiler d'informations apprises dans le cadre de leur travail. Et pourtant, de nombreux policiers osent parler aux journalistes d'informations d'intérêt public. Récemment, plusieurs leur ont révélé des mesures de restriction d'une ampleur sans précédent. Ce que plusieurs qualifient de « chasse aux sorcières » se fait ressentir à tous les niveaux : le SPVM a introduit une approche punitive démesurée destinée à ceux qui parlent aux journalistes.

Il convient ici de réitérer un point essentiel. La FPJQ ne suggère aucunement que le SPVM cesse de protéger des informations confidentielles qui pourraient être préjudiciables à des citoyens. Les Montréalais doivent pouvoir se confier à un policier sans craindre que celui-ci n'aille répéter aux journalistes des informations confidentielles à leur sujet. Il n'est pas non plus question que des informations qui pourraient faire déraper une enquête soient dévoilées publiquement.

Le fait de parler aux journalistes du fonctionnement du service policier, de discuter des politiques de l'organisation, de dire si on se sent en sécurité dans son travail, d'évoquer des enjeux de sécurité publique, les conditions de travail, par exemple, n'a strictement rien à voir avec le dévoilement d'informations confidentielles sur un citoyen. Ce sont des informations d'intérêt public. Pourtant, toute communication de cet ordre est activement réprimée par la direction du SPVM.

Selon les sources de la journaliste Monic Néron, du 98,5 FM, le directeur Pichet s'est rendu dans certains postes de quartier ce printemps et a affirmé: « On se fait du mal en parlant aux journalistes. Quand je suis en entrevue avec Paul Arcand et qu'il me plante en direct avec un courriel d'un policier… c'est mauvais pour toute l'organisation. »

Plusieurs des membres de la FPJQ qui couvrent les affaires policières ont reçu la confirmation que leurs sources policières ont été réprimandées pour leur avoir divulgué des informations d'intérêt public.

Selon le journaliste Pascal Robidas, de Radio-Canada, « la haute direction [du SPVM] déploie des efforts sans précédent pour faire taire ses officiers et ses policiers qui parlent aux journalistes ».

Dans un courriel récent destiné aux syndiqués du SPVM, la Fraternité des policiers de Montréal a évoqué la possibilité que certains policiers soient soumis au polygraphe - le « détecteur de mensonges » -, une méthode controversée parfois utilisée lors de procès criminels.

Le 9 juin, en entrevue avec Paul Arcand sur les ondes du 98,5 FM, le directeur Pichet n'a ni nié, ni confirmé son utilisation, répétant qu'«il y a différentes techniques d'enquête».

Ces propos flous ne pourront que renforcer l'effet bâillon sur les autres policiers qui auraient souhaité parler aux médias.

Plusieurs journalistes ont confirmé à la FPJQ que leurs sources avaient été punies à la suite de conversations téléphoniques qu'ils avaient eues avec elles. Policiers suspendus, déplacés, ou même poussés à prendre leur retraite pour avoir parlé aux médias, la liste de témoignages est longue. Comment la direction les traque-t-elle? Plusieurs sources corroborent l'utilisation au SPVM d'un logiciel qui recoupe les numéros de téléphone des journalistes avec ceux des policiers. Le SPVM peut ainsi savoir qui a parlé à quel journaliste et quand. Au-delà d'une chasse aux sorcières démesurée pour les policiers qui osent parler aux médias, cette pratique est une atteinte directe au travail journalistique. Les journalistes sont traqués. Ils doivent changer de téléphone pour obtenir leurs informations et, surtout, pour protéger leurs sources. Ces sources ne sont pas protégées par l'État pour avoir parlé, dans l'intérêt public, à un journaliste, une autre situation que la FPJQ a d'ailleurs toujours déplorée.

Le contrôle démesuré de l'information au sein du SPVM se traduit non seulement par les réprimandes prévues pour les policiers, mais aussi par un changement de structure majeur qui s'opère ces jours-ci au sein du service des communications de l'institution publique.

L'annonce récente du départ du directeur des communications du SPVM, Ian Lafrenière, reflète cette transformation inquiétante. Philippe Pichet a expliqué dans un communiqué qu'une nouvelle structure soutiendra « l'évolution de la culture de communications stratégiques et de la gestion de la marque » au sein du SPVM. Il a ajouté que la division des communications relèvera désormais de lui afin de « favoriser l'agilité des équipes, l'accès à l'information stratégique et l'accélération des processus décisionnels ».

Considérant le refus du directeur de police de rendre des comptes au public, mainte fois illustré, la FPJQ juge qu'il y a lieu pour la population d'être inquiète qu'il prenne désormais en charge la gestion des communications.

Conclusion

L'opacité grandissante au SPVM laisse craindre le pire en ce qui concerne l'information des Montréalais. Sauront-ils ce qu'il se passe réellement dans leurs quartiers? À quel moment? À travers quel biais? Au nom de l'information du public, la FPJQ demande au SPVM de rendre promptement publics les incidents produits sur son territoire, et d'user de la plus grande transparence dans la gestion de son administration.

La FPJQ réclame également au SPVM de faire preuve de transparence en remettant prestement aux médias, à leurs frais, la technologie nécessaire à décrypter les ondes de communications afin que les journalistes puissent obtenir l'information sur les évènements qui surviennent sur leur territoire et puisse en informer le public, tel que cela se passait jusqu'en décembre dernier.

Finalement, la FPJQ demande à la haute direction du SPVM de faciliter le travail journalistique, essentiel à l'information du public et à la démocratie.

 

SOURCE FEDERATION PROFESSIONNELLE DES JOURNALISTES DU QUEBEC

Renseignements : FPJQ 514-522-6142

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