Pleins feux sur d'éminents chercheurs en santé du Canada

    
    Les tout premiers prix IRSC-JAMC pour les plus grandes réalisations du
    Canada dans la recherche en santé
    

OTTAWA, le 28 sept. /CNW Telbec/ - Les Instituts de recherche en santé du Canada (IRSC) et le Journal de l'Association médicale canadienne (JAMC) ont aujourd'hui honoré huit chercheurs et équipes de chercheurs du Canada en leur remettant les tout premiers prix IRSC-JAMC pour les plus grandes réalisations du Canada dans la recherche en santé, qui servent à reconnaître et à célébrer l'excellence dans la recherche en santé et l'innovation au Canada.

Les gagnants ont été choisis par un comité de pairs formé d'experts canadiens et étrangers, qui ont essayé de déterminer les découvertes et les innovations qui ont eu le plus grand impact sur la santé au Canada et dans le monde.

    
    Les gagnants sont :

    -   Les Drs Paul Armstrong, Robert Welsh et Padmaja Kaul, de l'Université
        de l'Alberta, qui ont formé les techniciens médicaux d'urgence afin
        qu'ils puissent, en étant en contact avec les médecins, commencer le
        traitement des victimes de crise cardiaque une heure plus tôt en
        moyenne, ce qui améliore grandement les chances d'un rétablissement
        complet.
    -   Le Dr Adolfo de Bold, de l'Institut de cardiologie de l'Université
        d'Ottawa, pour la découverte révolutionnaire de la sécrétion
        d'hormones par le cœur humain. Cette découverte permet maintenant
aux
        médecins de contrôler les concentrations d'eau et de sodium dans
        l'organisme, et ainsi réduire l'hypertension artérielle et aider le
        cœur à récupérer après une crise cardiaque.
    -   Les Drs Geoffrey Fong, Mary Thompson et David Hammond, de
        l'Université de Waterloo, pour leur remarquable travail d'évaluation
        de l'efficacité de divers programmes de réduction du tabagisme
        partout dans le monde dans le cadre du projet international
        d'évaluation de la lutte antitabac (projet ITC).
    -   Le Dr Bob Litchfield, de l'Université Western Ontario, pour une étude
        révolutionnaire auprès de patients souffrant d'arthrite du genou qui
        montre que la chirurgie n'aide pas plus que la physiothérapie et
        l'éducation des patients.
    -   Le Dr Michel LeMay, de l'Institut de cardiologie de l'Université
        d'Ottawa, qui a mis au point une nouvelle façon de gérer les crises
        cardiaques où les techniciens médicaux d'urgence sont habilités à
        lire les électrocardiogrammes et à déterminer quels patients ont les
        artères bloquées et doivent rapidement subir une angioplastie, ce qui
        réduit la mortalité de 50 %.
    -   Le Dr Nizar Mahomed, de l'University Health Network à Toronto, qui a
        dirigé une équipe répartie dans environ 35 hôpitaux ayant implanté de
        nouvelles procédures pour les chirurgies de la hanche et du genou.
        Ces procédures ont réduit le temps d'attente et la durée de la
        réadaptation à l'hôpital, et ont grandement amélioré les résultats
        pour les patients.
    -   Le Dr Stephen Moses, de l'Université du Manitoba, qui a démontré
        l'efficacité de la circoncision masculine pour réduire la
        transmission du VIH en Afrique.
    -   Le Dr Fred Possmayer, de l'Université Western Ontario, qui a mis au
        point une technique pour purifier et stériliser le surfactant
        pulmonaire - substance qui permet aux poumons de se gonfler pour la
        respiration - afin qu'il puisse être administré aux bébés prématurés
        pour améliorer grandement leurs chances de survie.
    

"Aux IRSC, nous ne sommes pas surpris que les chercheurs canadiens soient si performants et qu'ils aient réussi à faire une telle différence au quotidien dans la santé et le bien-être des Canadiens et des gens de partout dans le monde", a dit le Dr Alain Beaudet, président des IRSC. "Je suis ravi de voir les IRSC s'associer au JAMC pour honorer ces gagnants et leurs réalisations."

Selon le Dr Paul Hébert, rédacteur en chef du JAMC, "le Canada compte des chercheurs extrêmement talentueux, et nous célébrons ce talent avec ces prix. Ce programme est conçu pour souligner et promouvoir les plus grandes réalisations du Canada et aider les médecins, les chercheurs et la population du Canada à connaître ces réalisations. Travailler avec le principal bailleur de fonds de la recherche du Canada représente aussi un formidable partenariat."

Pour sa part, le Dr Ian Graham, vice-président à l'Application des connaissances aux IRSC, souligne qu'"un aspect important à souligner est que tous les gagnants du nouveau prix ont consacré énormément d'efforts à transformer les découvertes et les connaissances issues de leur recherche en innovations qui ont débouché sur des façons pratiques d'améliorer la santé. C'est un test crucial pour la recherche en santé : comment faire une différence dans la vie des gens."

Une deuxième édition des prix IRSC-JAMC pour les plus grandes réalisations du Canada dans la recherche en santé vient d'être lancée; la date limite pour présenter une candidature est le 1er février 2010. Les IRSC et le JAMC invitent les personnes ou les groupes de personnes travaillant comme chercheurs en santé, professionnels de la santé, responsables des politiques ou administrateurs à présenter une candidature. Pour obtenir plus de renseignements sur les gagnants de cette année et la prochaine édition des prix, consultez les sites Web www.cihr-irsc.gc.ca ou www.jamc.ca.

Les Instituts de recherche en santé du Canada (IRSC) sont l'organisme de recherche en santé du gouvernement du Canada. Leur objectif est de créer de nouvelles connaissances scientifiques et de favoriser leur application en vue d'améliorer la santé, d'offrir de meilleurs produits et services de santé et de renforcer le système de santé au Canada. Composés de 13 instituts, les IRSC offrent leadership et soutien à plus de 13 000 chercheurs et stagiaires en santé dans tout le Canada.

Le JAMC met en valeur de la recherche et des idées novatrices visant à améliorer la santé de la population au Canada et à travers le monde. On y publie des articles originaux sur la recherche clinique, des analyses, des revues critiques, des mises à jour sur la pratique, ainsi que des éditoriaux et des chroniques sur l'actualité médicale. Le CMAJ.ca offre un accès libre et gratuit au texte intégral des articles, permettant ainsi à chacun de prendre connaissance des informations les plus récentes sur la santé. Le JAMC possède un facteur d'impact de 7,5 et son site web reçoit plus de 25 millions de visites par année.

    
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Gagner du temps pour sauver des vies

Parce que la crise cardiaque cause plus de dommages à chaque minute qui passe avant qu'on intervienne, à Edmonton on a créé un raccourci pour que le traitement puisse être amorcé dès l'arrivée des ambulanciers paramédicaux.

Lorsqu'une crise cardiaque survient, le temps est l'ennemi; chaque minute qui passe avant le traitement signifie que le cœur sera plus endommagé et que le patient n'en sortira vraisemblablement pas vivant. Une équipe de recherche à Edmonton a trouvé une nouvelle façon d'améliorer les soins en cas d'infarctus du myocarde avec sus-décalage aigu du segment ST (STEMI).

Le Dr Paul Armstrong, cardiologue principal à l'Hôpital universitaire d'Edmonton et professeur à l'Université de l'Alberta, s'est inspiré de l'Europe pour s'assurer que les personnes qui subissent une crise cardiaque reçoivent des soins rapidement, même avant leur arrivée à l'urgence.

"Mes collègues en France avaient un système préhospitalier bien en place depuis un certain nombre d'années", dit Armstrong. "En fait, avant qu'on adopte notre système, il y a de cela plus de 9 ans, je suis allé à Paris pour y rencontrer des amis et collègues. J'ai pu les accompagner dans des ambulances, et je suis entré dans leur centre d'appel pour voir comment ça se passait. La différence entre la France et le Canada, c'est que les médecins français montent à bord des ambulances, tandis qu'ici, on ne peut s'offrir ce luxe. Ce qu'on a fait alors, c'est de déléguer les soins dans un système d'équipe qui est homogène."

L'expérience d'Armstrong, entreprise en 2000 et réalisée avec le concours du Dr Robert Welsh et d'autres collaborateurs à Edmonton, a consisté à donner aux ambulanciers paramédicaux la formation pour faire un électrocardiogramme (ECG) à 12 dérivations. De cette manière, le premier point de soins peut amorcer le traitement plutôt que seulement assurer le transport du patient à un service d'urgence engorgé. À l'aide d'un téléphone cellulaire, les techniciens médicaux d'urgence peuvent envoyer les résultats de l'ECG sur l'ordinateur portable d'un cardiologue en service de garde pour confirmer le diagnostic.

Lorsqu'un STEMI est confirmé, un ambulancier paramédical administre un agent thrombolytique (si le patient répond à certains critères), qui permet de rétablir la fonction cardiaque normale en quelques minutes. "Le temps, c'est du muscle, et le muscle, c'est la vie. Voilà l'algorithme qui règle notre action", dit Armstrong. Si l'utilisation d'un cathéter, pour une angioplastie par ballonnet, par exemple, est jugée plus indiquée, les patients peuvent être plus rapidement redirigés vers l'hôpital disposant des meilleures installations pour cette intervention.

Ce travail a conduit à de meilleures options de traitement pour la ville d'Edmonton. Il a aussi permis une meilleure compréhension de la manière dont l'ECG pouvait aider les professionnels de la santé à déterminer combien de temps s'est écoulé depuis le début de la crise cardiaque et l'ampleur des dommages qu'a déjà subis le cœur. Cette information aide les médecins à déterminer la meilleure façon de traiter le patient. En fait, Armstrong a obtenu des preuves préliminaires, qui seront vérifiées dans des études futures, selon lesquelles le traitement dans l'heure qui suit le STEMI permet en réalité d'éviter les dommages irréversibles au muscle cardiaque, qui font que l'infarctus est si mortel. Avec l'aide de la Dre Padma Kaul, on en sait plus sur la façon dont les femmes victimes d'un infarctus utilisent les soins de santé d'urgence par rapport aux hommes.

Qui - Paul Armstrong est cardiologue principal à l'Hôpital universitaire d'Edmonton et professeur à l'Université de l'Alberta. Le Dr Robert Welsh est président du Vital Heart Response Program et professeur agrégé à l'Université de l'Alberta. La Dre Padma Kaul est professeure agrégée à l'Université de l'Alberta.

Question - Les crises cardiaques peuvent sérieusement endommager le cœur après quelques heures seulement. Les médecins doivent trouver un moyen d'accélérer les choses pour réduire le délai normal de deux à trois heures entre l'apparition des symptômes et l'arrivée à l'hôpital.

Solution - Edmonton a mis entre les mains de ses ambulanciers paramédicaux des électrocardiographes munis d'une fonction qui permet la transmission des résultats à un cardiologue, ce qui offre la possibilité de confirmer le diagnostic et d'amorcer le traitement souvent avant l'arrivée du patient à l'hôpital.

Impact - La méthode Armstrong a permis de retrancher une heure environ au délai normal avant le traitement. Dans certains cas, les patients traités dans l'heure qui suit le début des symptômes ne subissent aucun dommage permanent au muscle du cœur.

Le cœur... plus qu'un gros muscle

Les amoureux savent que le cœur est un organe mystérieux, mais résoudre le mystère de ce que fait le cœur était une question de vie ou de mort pour les médecins.

Votre cœur est une inépuisable bête de somme qui pompe des milliers de litres de sang chaque jour de votre vie. Et pendant de nombreuses années, on pensait que c'était sa seule fonction, jusqu'à ce que le Dr Adolfo de Bold, professeur de pathologie et de biologie médicale à l'Institut de cardiologie de l'Université d'Ottawa, découvre qu'il fait bien plus que cela.

En 1969, quand il est arrivé au Canada en provenance de l'Argentine pour faire sa maîtrise et son doctorat, de Bold a insisté pour travailler à un projet de son directeur de recherche qui avait été mis en veilleuse, soit l'étude de la fonction alors inconnue des cellules musculaires du cœur. Il s'intéressait en particulier à une caractéristique à l'intérieur de ces cellules musculaires : des granules de stockage en apparence très semblables à celles qui produisaient l'insuline dans le pancréas.

Sa formation en Argentine avait porté sur un domaine connexe, et il avait un fort désir à l'époque, se rappelle-t-il, de découvrir quelque chose, même s'il ne savait pas à quel point il prenait un risque.

De Bold a peiné dans l'isolement des laboratoires, mais il a commencé à comprendre que ces granules libéraient en effet une hormone, à laquelle il a donné le nom de "facteur natriurétique auriculaire" (ANF), qui contrôle les niveaux d'eau et de sel dans l'organisme. Essentiellement, lorsque les muscles du cœur sont soumis à un effort, ils libèrent l'ANF, qui dit aux reins de filtrer le sel et de réduire la quantité de liquides que le cœur surmené doit pomper.

Lorsqu'il l'a injectée à des rats, la substance a eu un effet marqué, leur faisant excréter une énorme quantité d'urine. Il a ensuite isolé et séquencé l'hormone peptidique qui produisait cet effet et l'a appelée "facteur natriurétique auriculaire" (ANF).

Lorsqu'elle a été publiée, sa recherche a "révolutionné la pensée courante... et déclenché un torrent de publications qui ensemble ont instruit une génération de chercheurs". La découverte de l'ANF a révélé pour la première fois cette nouvelle fonction du muscle cardiaque. Les médecins pouvaient désormais augmenter ou diminuer la charge pour le cœur, étape cruciale pour réduire l'hypertension artérielle et aider le cœur à compenser après une insuffisance cardiaque.

De même, mesurer les taux d'ANF dans le sang est un moyen diagnostique dont se servent fréquemment les médecins pour évaluer la santé cardiaque. "C'est une mesure très précise de la santé du cœur", dit de Bold. "Comme je le dis souvent, si les niveaux de cette hormone sont normaux, rien ne cloche du côté du cœur."

En rétrospective, de Bold se rend compte à quel point il a été chanceux de pouvoir étudier lui-même ce qu'il voulait, même si sa recherche en solitaire a posé d'énormes défis lorsque est venu le temps de trouver l'équipement et les fonds nécessaires pour assurer la suite du projet.

"J'en aurais long à raconter au sujet des difficultés que nous avons eues au début et qui auraient pu nous faire tout perdre", a dit de Bold. "Nous avons été chanceux de mettre la main sur des fonds provinciaux pour acheter le séquenceur de protéines - un pur coup de chance. La recherche que j'ai finalement pu faire, je la dois beaucoup à la divine providence et à d'heureux hasards."

Malgré sa découverte majeure, de Bold étudie encore la mystérieuse protéine et ses nombreux effets. Il a découvert que l'ANF a des effets qui vont bien au-delà de ce qu'il a imaginé au départ, guidant des molécules sur une voie à l'intérieur et à l'extérieur des cellules.

"Cette découverte de nouveaux systèmes et de nouveaux signaux cellulaires est énorme", a dit de Bold. "C'est un début seulement. C'est comme l'insuline, on ne sait pas encore tout d'elle. Il reste donc beaucoup à faire."

Qui - Adolfo de Bold est professeur de pathologie et de biologie médicale à l'Institut de cardiologie de l'Université d'Ottawa.

Question - Les chercheurs pensaient que le cœur avait quelque mystérieuse fonction endocrine, mais personne ne s'était penché à fond sur la question.

Solution - De Bold a découvert le facteur natriurétique auriculaire (ANF), une hormone qui régule la vigueur avec laquelle le cœur doit pomper en communiquant avec les reins pour contrôler les concentrations de sel dans l'organisme.

Impact - La découverte de la fonction endocrine du cœur a littéralement obligé à revoir les manuels médicaux. Elle a offert aux médecins une nouvelle façon de réduire la charge pour le cœur et fourni un test sanguin pour diagnostiquer l'insuffisance cardiaque et évaluer l'efficacité de son traitement.

    
    La science derrière la lutte contre la plus grande menace pour la santé
    mondiale : l'usage du tabac
    

Chaque année, 37 000 Canadiens meurent des méfaits du tabagisme. Des chercheurs du Projet international d'évaluation de la lutte antitabac se servent de preuves issues de la recherche afin de promouvoir des méthodes permettant de réduire le nombre de ces décès évitables - au Canada et partout dans le monde.

Au 20e siècle, 100 millions de personnes sont mortes de causes liées au tabac. Aujourd'hui, le tabagisme tue plus de personnes que le sida, le paludisme et la tuberculose réunis. Toutefois, l'épidémie mondiale de tabagisme atteindra des proportions inégalées au 21e siècle, parce que l'usage du tabac augmente dans les pays à revenus faibles et moyens. D'ici à la fin du siècle, le nombre de décès liés au tabac devrait atteindre le milliard.

Pour réduire le nombre de décès évitables dus à l'usage du tabac, les nations du monde, sous les auspices de l'Organisation mondiale de la Santé, ont ratifié la Convention-cadre pour la lutte antitabac (CCLA) qui contient des politiques de lutte antitabac que les nations signataires (actuellement 160 en tout) se sont engagées à mettre en œuvre, p. ex. des mises en garde plus visibles sur les étiquettes, des lois interdisant l'usage du tabac et des taxes plus élevées. Bien que de nombreuses autorités de santé publique espèrent que les politiques du CCLA seront efficaces, le Projet international d'évaluation de la lutte antitabac (ITC), basé à l'Université de Waterloo, fournit des données probantes provenant d'un programme multinational d'évaluation à la fine pointe des connaissances pour renforcer et orienter ces espoirs. Le projet ITC est le seul programme de recherche qui met l'accent sur l'évaluation des politiques du CCLA au fil de leur mise en œuvre dans le monde.

Par exemple, quand l'Irlande a décidé de bannir le tabagisme dans les lieux publics, y compris dans ses fameux pubs, le projet ITC était sur place pour recueillir des données sur l'opinion et le comportement du public avant et après le changement. Sous la conduite du Dr Geoffrey Fong, professeur de psychologie, de la Dre Mary Thompson, professeure de statistique et d'actuariat , et du Dr David Hammond, professeur adjoint en sciences de la santé et gérontologie, à l'Université de Waterloo, en collaboration avec des collègues des États-Unis, de l'Australie et du Royaune-Uni, le projet ITC fait autorité dans le monde en ce qui concerne l'efficacité des politiques de lutte contre le tabagisme, comme les lois interdisant l'usage du tabac. Et ce qui a été constaté en Irlande a eu une incidence importante sur la lutte antitabac partout dans le monde.

Comparativement au Royaume-Uni, qui n'a pas adopté de loi antitabac, l'Irlande a constaté un an plus tard une réduction spectaculaire de l'usage du tabac dans les lieux publics. De plus, tant les fumeurs que les non-fumeurs étaient largement en faveur de l'interdiction. Ces constatations du projet ITC ont trouvé un puissant écho auprès de la classe politique et des responsables de la santé, et ont été le point de départ de nombreuses lois antitabac adoptées un peu partout dans le monde, notamment au R.-U., en Thaïlande, au Brésil, et même en France et en Allemagne.

Combinant les méthodes de recherche de l'épidémiologie, de la psychologie sociale, de l'étude du comportement à l'égard de la santé, de l'économie et de la médecine préventive, le groupe de Fong continue d'évaluer l'impact des politiques de lutte contre le tabagisme sur les attitudes et le comportement dans plus de 20 pays qui comptent plus de 50 % de la population et de 60 % des fumeurs dans monde, dont la Chine, l'Inde, le Bangladesh, le Mexique, le Brésil, les États-Unis, le Royaume-Uni et le Canada.

Plus près de chez nous, le projet ITC a documenté la perte d'efficacité de certaines politiques dans le temps. Par exemple, le Canada a été l'un des premiers pays à mettre des mises en garde graphiques sur les paquets de cigarettes en 2001, mais les données du projet révèlent que ces mises en garde ont perdu de leur effet depuis huit ans.

À la lumière de ces constatations, Fong croit que le Brésil, déjà à sa troisième série de mises en garde graphiques des plus percutantes, pourrait être un exemple pour le Canada et d'autres pays relativement à leur utilisation des données probantes issues de la recherche. Selon Fong, le Brésil est un "chef de file mondial dans la conceptualisation de mises en garde graphiques qui créeront des associations négatives avec les produits du tabac".

De la même manière qu'il faut des antibiotiques plus puissants pour lutter contre des microbes plus puissants aussi, les mesures de lutte contre le tabac, selon Fong, doivent constamment être renforcées pour demeurer efficaces.

"Même si les taux de prévalence ont remarquablement diminué au Canada, le tabagisme demeure de loin la plus importante cause évitable de décès chez nous et ailleurs dans le monde", dit Fong. "L'industrie du tabac combattra toutes les politiques de lutte contre le tabagisme, en particulier celles qui sont efficaces. L'existence de solides preuves pour guider les politiques de santé est donc encore plus importante dans le cas du tabac. C'est notre mission et c'est ce qui nous pousse à continuer."

Qui - Geoffrey Fong est professeur de psychologie ainsi que fondateur et chercheur principal du Projet international d'évaluation de la lutte antitabac à l'Université de Waterloo (Ontario); il est également chercheur principal à l'Institut ontarien de recherche sur le cancer. Mary Thompson, professeure de statistique et d'actuariat, et David Hammond, professeur adjoint en sciences de la santé et gérontologie, sont chercheurs principaux du projet ITC, également à l'Université de Waterloo.

Question - Le tabagisme est le plus important problème de santé publique au monde, et en particulier dans les pays en développement. Que peuvent faire les gouvernements pour favoriser l'abandon du tabac?

Solution - En mesurant les changements dans les attitudes et le comportement des gens après l'adoption de diverses mesures antitabac au fil du temps et d'un pays à l'autre, le projet ITC peut déterminer l'impact de ces politiques.

Impact - De nombreux pays, dont l'Irlande, la France, la Malaisie, le Royaume-Uni et la Chine, ont utilisé les conclusions du projet ITC pour modeler leurs politiques de lutte contre le tabagisme.

Comment répare-t-on un cœur brisé? Vite!

Les crises cardiaques sont dangereuses, mais les infarctus du myocarde avec sus-décalage du segment ST (STEMI) peuvent s'avérer mortels en un rien de temps. À Ottawa, un vaste projet collaboratif permet de gagner du temps et de sauver des vies quand chaque minute compte.

Vous êtes essoufflé et vous commencez à ressentir une douleur dans la poitrine qui irradie dans le bras et le côté. Vous faites le 911, et lorsque les ambulanciers paramédicaux arrivent et vous mettent dans l'ambulance, ils vous branchent à un électrocardiographe pour connaître rapidement votre rythme cardiaque. Ils confirment que vous faites une crise cardiaque, et ils prononcent ce drôle de mot : STEMI.

Ils vous transportent à votre hôpital local, à Ottawa, mais changent soudain de direction pour se diriger plutôt vers l'Institut de cardiologie d'Ottawa. L'ambulancier à l'arrière sort un téléphone cellulaire spécial pour annoncer votre arrivée. Utilisant une ligne expressément réservée pour les STEMI, il décrit votre cas à une personne à la réception qui alerte l'équipe d'angioplastie.

Lorsque vous arrivez à l'Institut de cardiologie, les ambulanciers se rendent directement à la salle de STEMI, où l'équipe vous attend. Après quelques minutes seulement, on vous a administré des médicaments pour stabiliser votre état et on vous a préparé à être opéré. En moins de 90 minutes, vous avez subi une angioplastie pour rouvrir et gonfler l'artère. Les dommages permanents et les risques de décès sont réduits au minimum, et vous rentrerez chez vous quelques jours plus tard.

Toute cette séquence d'actions a été conçue par le Dr Michel Le May, cardiologue et directeur du groupe de recherche de l'Unité des soins coronaires à l'Institut de cardiologie d'Ottawa.

L'infarctus du myocarde avec sus-décalage du segment ST, ou STEMI, est une des formes les plus mortelles de crise cardiaque, où le temps d'intervention se compte en minutes. Dans les années 1980, de nouveaux médicaments thrombolytiques ont été introduits pour débloquer les artères. Toutefois, ils n'étaient pas sans effets secondaires, pouvant causer rien de moins que des saignements au cerveau.

Les médecins ont donc commencé à débloquer les artères obstruées en insérant un ballonnet, un procédé connu sous le nom d'angioplastie qui est bien plus efficace pour la santé globale. Toutefois, introduire un tube (appelé cathéter) par l'aine et l'acheminer jusqu'au cœur pour débloquer une artère exige un degré de spécialisation et d'expertise qu'il est impossible de trouver à chaque hôpital. En plus, l'intervention doit être pratiquée dans les 90 minutes.

À Ottawa, l'Institut de cardiologie est le seul établissement qui pratique des angioplasties, mais y amener les patients en STEMI prenait trop de temps. Après plusieurs études sur ce qui serait le mieux pour la santé des patients, Le May a imaginé une nouvelle façon de prendre en charge les crises cardiaques où les ambulanciers paramédicaux seraient habilités à lire les électrocardiogrammes et à décider où un patient devrait être transporté, ce que seuls les médecins de l'urgence pouvaient faire jusque-là.

Depuis juillet 2004, au moins un patient en STEMI par jour est amené directement à l'Institut de cardiologie d'Ottawa, où il reçoit des soins généralement à l'intérieur du délai prévu de 90 minutes. Grâce à la recherche de Le May, les patients risquent deux fois moins de mourir, et ils sont même capables de quitter l'hôpital plus tôt.

"C'est incroyable, il n'y a aucun retour en arrière possible", dit Le May. "En un rien de temps, une artère complètement bloquée est complètement rouverte, et le patient se sent mieux. Notre taux de mortalité continue d'être réduit de moitié, et nous avons traité plus de 1 500 patients. Nos résultats continuent de prouver qu'il s'agit de la meilleure stratégie.

Qui - Michel Le May est cardiologue et directeur du groupe de recherche de l'Unité des soins coronaires à l'Institut de cardiologie d'Ottawa.

Question - L'infarctus du myocarde avec sus-décalage du segment ST, ou STEMI, est une obstruction mortelle de l'artère, et si les agents thrombolytiques sont une méthode de traitement courante, l'angioplastie (gonfler l'artère à l'aide d'un ballonnet) est supérieure. Malheureusement, l'angioplastie exige une équipe d'experts sur place vingt-quatre heures sur vingt-quatre.

Solution - Le May a défendu l'idée de donner aux ambulanciers paramédicaux le pouvoir de diagnostiquer les STEMI. Ce pouvoir leur permet de coordonner leur action et d'amener le patient à l'Institut de cardiologie d'Ottawa, où une équipe de spécialistes de l'angioplastie est toujours sur place.

Impact - Grâce aux mesures améliorées de transfert des patients, ceux-ci sont traités en moins d'une heure et demie, ce qui réduit sensiblement les lésions et le risque de décès.

Y réfléchir à deux fois avant de couper

Un groupe de chirurgiens orthopédistes de l'Ontario a posé la question peu orthodoxe suivante : et si la chirurgie n'améliorait pas l'arthrite du genou?

Environ la moitié des Canadiens souffrent d'arthrite du genou à cause de l'âge ou de blessures, et l'arthroscopie du genou pour enlever les fragments de cartilage ou adoucir les bords de la surface articulaire est le traitement standard pour l'arthrose. Toutefois, les résultats d'une recherche à l'Université Western Ontario ont complètement remis en question les stratégies de traitement traditionnelles pour cet état.

Sur la base de recherches préliminaires chez des anciens combattants opérés du genou, la Fowler Kennedy Sport Medicine Clinic de l'Université Western Ontario a décidé d'entreprendre une étude à grande échelle. "Beaucoup de ce qu'on fait en médecine et certainement en chirurgie se résume en réalité à des techniques et à des façons de penser transmises au fil des ans, et quand on y pense, on se rend compte que certaines des interventions pratiquées ne reposent pas sur tant de preuves de qualité", dit le Dr Bob Litchfield, directeur médical de la Fowler Kennedy Clinic et chirurgien orthopédiste.

Le groupe a soumis à un essai contrôlé randomisé plus de 200 patients qui ont été traités et ont reçu information et conseils, mais dont seulement la moitié ont été opérés en premier. Le rétablissement des patients a ensuite été suivi pendant deux ans.

Après trois mois, le moment normal d'un contrôle de suivi par un chirurgien, les patients opérés semblaient avoir mieux récupéré. Néanmoins, Litchfield avait tendance à penser que cette réponse initiale à la chirurgie tenait probablement à un effet placebo.

"C'est un peu de l'intuition. Si le cartilage se déplace ou si des fragments flottent, le fait de les enlever peut modifier certains des symptômes mécaniques quand des personnes se plaignent de frottement ou de blocage", dit Litchfield. "Chaque chirurgien orthopédiste était convaincu qu'il aidait les patients, mais un des problèmes est que les chirurgiens, occupés comme ils le sont, ne feraient le suivi d'un patient que pendant trois mois environ. Or, si l'on procède à un essai scientifique et suit ces patients plus longtemps, on s'aperçoit que le même résultat aurait vraiment pu être obtenu avec un programme non chirurgical optimisé."

Chaque fois qu'ils ont mesuré la santé des patients et leur réponse au traitement jusqu'à deux ans plus tard, ils n'ont pu trouver de différence entre les sujets opérés et les sujets non opérés. Le fait que la chirurgie ne procurait aucun avantage évident a créé tout un émoi, et quand les résultats ont été publiés dans le New England Journal of Medicine en septembre 2008, un vif débat a éclaté.

"Parfois pour les chirurgiens, c'est plus facile d'opérer que de guider le patient à travers un programme non chirurgical. C'est ce qu'on fait et qu'on aime faire, et on y croit, mais parfois certaines des modalités non chirurgicales sont oubliées. Il est donc à espérer que cette étude encouragera les gens à penser à ces options de nouveau", a dit Litchfield.

Pour sa part, Litchfield met en pratique ce que la recherche lui a appris. Dans des cas où il aurait opéré avant, il dit qu'il est maintenant beaucoup plus enclin à parler de l'étude avec le patient et à essayer d'autres traitements d'abord. Et, s'il doit recourir à la chirurgie, ce n'est pas seulement pour retirer des débris, mais aussi pour réaligner le ligament ou remplacer le cartilage.

Qui - Bob Litchfield est directeur médical de la Fowler Kennedy Sport Medicine Clinic et chirurgien orthopédiste.

Question - L'arthroscopie du genou consiste à faire passer un petit endoscope par un orifice dans le genou pour adoucir les bords rugueux ou retirer des débris de cartilage libres. Mais est-ce que cela soulage vraiment l'arthrose?

Solution - Après avoir suivi un imposant groupe de patients pendant au plus deux ans, Litchfield et ses collègues ont conclu qu'il n'y avait pas de différence entre les patients qui avaient été opérés et ceux qui avaient seulement suivi un traitement de réadaptation normal et modifié leur mode de vie.

Impact - Même s'il estime qu'il reste des cas où la chirurgie est justifiée, le groupe espère quand même encourager les chirurgiens orthopédistes à songer à des traitements non chirurgicaux avant d'opérer.

Rentrez à la maison, c'est bon pour vos hanches et vos genoux

Les chirurgiens remplacent environ 50 000 genoux et hanches chaque année en Ontario, et à mesure que la population vieillit, ce nombre ne fera qu'augmenter. Une collaboration entre plusieurs hôpitaux à Toronto aide à réduire le coût de cette intervention à et les temps de récupération.

Les places dans les hôpitaux sont rares en Ontario, ce qui cause de longues attentes pour les chirurgies non urgentes comme les remplacements d'articulations. En 2005, 23 organisations de soins de santé dans la région du Grand Toronto se sont unies pour former le Total Joint Network. Leur but : réduire les temps d'attente, raccourcir la période de rétablissement pour les patients, et faire économiser les contribuables.

Sous la conduite du Dr Nizar Mahomed, chef de la chirurgie orthopédique du Toronto Western Hospital University Health Network, le groupe a commencé à répartir les patients entre deux programmes de rétablissement. Un groupe passait cinq jours dans un hôpital de soins actifs, puis rentrait à la maison et recevait la visite régulière d'un spécialiste en réadaptation. L'autre groupe recevait des soins actifs pendant trois jours, et restait hospitalisé pendant sept jours de plus pour recevoir des soins de réadaptation.

L'essai a révélé que le nouveau modèle était clairement avantageux. Il a permis de réduire le nombre de jours de réadaptation à l'hôpital d'environ 40 % et la durée du séjour aux soins actifs d'environ 30 %. En plus, le rétablissement et la satisfaction des patients restaient aussi élevés qu'avant, et la région du Grand Toronto économisait 10 millions de dollars par année au titre des soins de santé.

"Nous avons fait le nécessaire pour que la sécurité et les résultats cliniques pour les patients soient maintenus, la satisfaction a été élevée, et le système a réalisé des économies", dit Mahomed. "Cela a été un bel exemple de la manière dont un important nombre d'organisations peuvent travailler ensemble, en collaboration, pour apporter des améliorations fondées sur des preuves dans la prestation des soins de santé."

Non content de seulement révolutionner la chirurgie de remplacement du genou et de la hanche, le groupe s'est ensuite intéressé aux victimes de fractures de la hanche, pour qui les services de soins aux patients, au dire de Mahomed, "sont marginalisés et laissent à désirer".

Le succès du premier projet a attiré un plus grand nombre d'organisations de soins de santé pour la deuxième expérience, soit 35 hôpitaux de soins actifs en tout. Les objectifs étaient ambitieux : opérer le patient dans les deux jours, les faire passer en réadaptation à l'hôpital après cinq jours, et limiter à 35 jours le séjour total en réadaptation. Précédemment, l'attente moyenne avant d'aller en réadaptation était de 10 à 12 jours, et la durée de séjour moyenne en réadaptation, de 42 jours.

En fin de compte, le plan de Mahomed a fonctionné mieux que prévu. Parce que les patients n'avaient pas à passer des jours à l'hôpital avant d'être opérés, ils avaient plus de forces et étaient en meilleure condition au moment de leur opération. Par conséquent, le groupe a réussi à ramener le séjour total en réadaptation à 28 jours. Cette période de traitement plus brève et, au bout du compte, plus efficace, a eu pour résultat que 20 % plus de patients ont retrouvé l'état de santé qu'ils avaient avant d'être blessés. Leur retour à la santé permet à la province d'épargner environ 17 millions de dollars par année en aidant les personnes qui ont subi une fracture de la hanche à éviter d'être placées dans des centres de soins de longue durée.

"Les résultats ont été en fait meilleurs que ce que j'avais prévu lorsque l'étude a débuté", dit Mahomed. "J'espérais qu'on améliore au moins un peu la façon dont on fournit les soins et, si possible, qu'on puisse offrir un meilleur accès aux patients, mais les résultats ont été bien meilleurs. C'est vraiment un exemple de ce qu'on peut faire pour que tout le monde gagne dans ce domaine particulier des soins de santé."

Qui - Le Dr Nizar Mahomed est chef de la chirurgie orthopédique au Toronto Western Hospital University Health Network.

Question - Les remplacements du genou ou de la hanche exigent actuellement une longue hospitalisation ou un séjour prolongé dans un autre établissement de soins pour la réadaptation du patient. L'augmentation continue du nombre de remplacements de la hanche entraînera une pénurie de lits, et les temps d'attente seront de plus en plus longs.

Solution - On a donné leur congé à des milliers de patients pour qu'ils poursuivent leur réadaptation dans d'autres milieux de soins ou chez eux, plutôt que dans des lits de soins actifs ou à l'hôpital.

Impact - Les résultats pour ce qui est de la santé des patients ont en fait été meilleurs. Les patients sont restés moins longtemps à l'hôpital, les hôpitaux ont pu faire plus d'opérations, et les contribuables ont épargné des millions de dollars.

Une ancienne technique médicale pour lutter contre un nouveau mal

Considérée par le magazine TIME comme la percée médicale de l'année en 2008, l'ancienne tradition de la circoncision masculine revient en force comme moyen de prévenir la transmission du VIH en Afrique.

L'Afrique a un des plus hauts taux de VIH et de sida au monde. Face à cette situation, de nombreux efforts ont été entrepris pour enrayer la transmission du VIH en Afrique. Aucun n'a été aussi fructueux que la recherche sur la circoncision masculine réalisée par le Dr Stephen Moses, professeur de microbiologie médicale à l'Université du Manitoba, et ses collègues.

À la fin des années 1980, Moses a commencé à travailler avec le groupe de recherche de l'Université du Manitoba et de l'Université de Nairobi à des cliniques médicales kenyanes, où il avait été constaté que les taux d'infection par le VIH étaient moins élevés chez les hommes circoncis que chez les hommes non circoncis. Le groupe a procédé à des études plus vastes et a publié des résultats selon lesquels les taux d'infection par le VIH étaient significativement plus bas chez les hommes circoncis.

Toutefois, en dépit d'études similaires dans différents pays, qui corroboraient la recherche de Moses, les sceptiques dans les milieux de la médecine et de la santé publique étaient encore nombreux.

"Cela a été très difficile de convaincre les gens qu'il existait réellement une relation entre la circoncision masculine et une réduction du risque de VIH", dit Moses. "La plupart des études étaient observationnelles plutôt qu'expérimentales, et nombre de personnes croyaient que les preuves ne seraient pas véritablement convaincantes tant que les conclusions n'auraient pas été confirmées dans des essais contrôlés randomisés."

Donc, en 2002, après quelques années de préparation, Moses et son groupe ont entrepris un essai contrôlé randomisé dans l'Ouest du Kenya. Ils ont suivi un vaste groupe de jeunes hommes pendant plusieurs années, et ils ont constaté que ceux qui étaient circoncis couraient 60 % moins de risque de contracter le VIH que ceux qui ne l'étaient pas. En fait, les résultats étaient si convaincants que le comité qui supervisait l'étude a conclu que celle-ci devait être interrompue et que la circoncision devait être offerte au groupe témoin.

D'autres groupes dans d'autres régions de l'Afrique ont mené des études semblables et ont constaté une réduction du risque de même ordre. C'est ce qui a amené l'Organisation mondiale de la Santé et le Programme des Nations Unies sur le VIH/sida (ONUSIDA) à reconnaître la circoncision masculine comme méthode permettant de réduire la propagation du VIH.

"La plupart des pays attendent de l'OMS et de l'ONUSIDA qu'elles établissent des lignes directrices et une politique à cet égard", dit Moses. "Le fait qu'elles aient sanctionné ces résultats et aient recommandé la circoncision masculine quand le contexte le justifie, notamment là où les taux de VIH sont particulièrement élevés et où la circoncision est une pratique peu répandue, est très important pour la prévention du VIH."

Nombre de pays en Afrique centrale et orientale, où la circoncision masculine n'est pas normalement pratiquée, ont déjà commencé à offrir le service, et les premiers résultats indiquent qu'il est très en demande. Il faut donc s'attendre à ce que la transmission du VIH ralentisse dans ces pays.

"Cela a été très excitant", dit Moses. "Peu de méthodes de prévention du VIH se sont révélées aussi efficaces. Au cours des quelques dernières années, un certain nombre de promesses se sont plutôt transformées en déceptions, d'où le grand plaisir d'être associé à une recherche sur une méthode de prévention du VIH qui s'est montrée extrêmement efficace, pas seulement pour nous, mais pour d'autres intervenants aussi."

Qui - Le Dr Stephen Moses est professeur de microbiologie médicale à l'Université du Manitoba et travaille actuellement à des programmes de prévention du VIH en Inde.

Question - Le VIH se répand rapidement dans toute l'Afrique, et il existe très peu de moyens efficaces d'en freiner la propagation.

Solution - Le Dr Moses a constaté que la circoncision masculine réduisait de plus de 50 % le risque de transmission du VIH.

Impact - L'Organisation mondiale de la Santé et les Nations Unies ont toutes les deux reconnu la circoncision masculine comme un moyen efficace de réduire la propagation du VIH, et des services médicaux sont déployés dans toute l'Afrique pour offrir cette intervention.

Pas simple de respirer facilement

Prendre leur première bouffée d'air représentait tout un défi pour les bébés prématurés jusqu'à ce que la découverte d'un chercheur de London (Ontario) change tout et sauve la vie de milliers de nouveau-nés.

Jusque dans les années 1980, le syndrome de détresse respiratoire (SDR) fauchait la vie de nombreux bébés prématurés nés quelques semaines seulement avant terme parce que leurs poumons ne pouvaient pas se gonfler normalement. Et la recherche n'avait pas encore trouvé de solution à ce problème. Certains croyaient que les bébés prématurés ne pouvaient produire en quantité suffisante une matière naturelle, appelée surfactant pulmonaire, qui est nécessaire pour réduire la tension superficielle de l'eau dans le poumon et permettre à la surface du poumon de prendre de l'expansion.

Des chercheurs ont essayé, en vain, de souffler un mélange de lipides ressemblant au surfactant dans les poumons des prématurés, mais ces essais infructueux ont été abandonnés.

Le Dr Fred Possmayer, professeur à l'École de médecine Schulich de l'Université Western Ontario, s'étonnait de la façon dont les bébés prématurés mourraient du SDR au service de néonatalogie intensive de l'Hôpital St. Joseph's à London (Ontario).

En collaboration avec le Dr Goran Enhorning à Toronto, Possmayer a démontré dans des essais sur un modèle fœtus de lapin que le surfactant pouvait aider les lapins prématurés à respirer plus facilement et à survivre.

"Nous avons réalisé des études où nous avons effectivement démontré qu'il était possible de les garder en vie. Aucun doute, cette matière était efficace", dit Possmayer. "Le problème, c'est qu'il était impossible de prendre le surfactant d'une vache, d'un porc ou d'un lapin et de l'injecter à un bébé prématuré."

Le défi de Possmayer devenait alors d'extraire, de purifier et de stériliser le surfactant sans en détruire l'effet protecteur. Des tentatives antérieures pour stériliser cette matière par différentes méthodes, dont les rayons X, finissaient par inactiver les protéines du surfactant. Il a plutôt mis au point des méthodes d'extraction à base de solvants organiques, qui selon certains allaient complètement anéantir l'activité du surfactant. Au contraire, le surfactant est demeuré efficace, tandis que tous les microorganismes et les contaminants protéiques non tensioactifs ont été éliminés.

Le groupe a ensuite entrepris de mettre à l'essai le surfactant inoffensif appelé "surfactant extrait de lipides de bovins" (BLES) chez des bébés prématurés à l'Hôpital St. Joseph's, à l'Hôpital pour enfants et à l'Hôpital Women's College de Toronto. Les essais ont montré que pour être efficace, le surfactant devait être administré tôt, et que le ventilateur devait être finement réglé, sinon les poumons du nouveau-né seraient irrémédiablement endommagés.

Selon le nouveau protocole, le surfactant était administré aux bébés dès qu'une indication de SDR était constatée. Les résultats ont été renversants. En l'espace de quelques minutes, la circulation du bébé s'était améliorée et les niveaux d'oxygène pouvaient être réduits dans le ventilateur.

Aujourd'hui, grâce au surfactant et à d'autres interventions médicales dont font l'objet les bébés prématurés, le risque de mourir du SDR est beaucoup moins grand.

Après avoir sauvé la vie d'un nombre incalculable de bébés, Possmayer a continué de travailler sur le surfactant, mais en s'intéressant aux adultes plutôt qu'aux enfants. En effet, des milliers de personnes souffrent de lésions pulmonaires aiguës chaque année par suite de pneumonies, de quasi-noyades ou même d'accidents de la route. Dans nombre de cas, le système de biodéfense du poumon réagit en sécrétant des cytokines qui font que les leucocytes traquent et tuent les envahisseurs viraux et bactériens avec un zèle accru. Malheureusement, ces cellules peuvent s'emballer et attaquer les poumons et les autres organes, provoquant une insuffisance organique multiple et le décès.

Le surfactant pourrait jouer un rôle crucial en prévenant cette activation cellulaire destructive et offrir ainsi un moyen d'empêcher l'insuffisance organique multiple. "Si le surfactant est utilisé assez tôt, il est possible de freiner la cascade cytokinique en court-circuitant le système", a expliqué Possmayer.

Le chercheur continue de travailler pour comprendre à fond comment le surfactant joue son rôle. "Il faut comprendre quelque chose pour en tirer parti, sinon on y va au petit bonheur. Si on comprend quelque chose un peu, on peut seulement l'utiliser un peu. Si on comprend mieux la chose, là on peut vraiment l'utiliser."

Qui - Le Dr Fred Possmayer est professeur émérite à l'École de médecine et de dentisterie Schulich de l'Université Western Ontario.

Question - Les bébés prématurés souffrent du syndrome de détresse respiratoire (SDR) parce qu'ils ne produisent pas suffisamment de surfactant pulmonaire pour gonfler leurs poumons.

Solution - Le Dr Possmayer a montré qu'un surfactant pulmonaire aiderait les bébés à survivre et a purifié la substance pour qu'elle puisse être utilisée sans danger chez les humains.

Impact -BLESS, le surfactant mis au point par Possmayer, est maintenant fabriqué au Canada et utilisé par plus de 99 % des services de néonatalogie intensive au Canada. Il est aujourd'hui très rare que le SDR soit fatal aux bébés prématurés.

SOURCE Instituts de recherche en santé du Canada

Renseignements : Renseignements: David Coulombe, spécialiste des médias, IRSC, (613) 941-4563 ou relationsaveclesmedias@irsc-cihr.gc.ca; Kim Barnhardt, Stratège en communications et partenariats, JAMC, (613) 520-7116 poste 2224 ou kim.barnhardt@cmaj.ca


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