OPINION - Le gros nez rouge de Guy Laliberté et un imposteur nommé Yann
Martel

TROIS-PISTOLES, Qc, le 12 oct. /CNW Telbec/ -

    
    Je n'ai pas regardé très longtemps le show des étoiles de Guy Laliberté.
    Le gros nez rouge de clown qu'il s'obstinait à porter avait l'air d'une
    verrue au milieu de son visage. Et la fameuse goutte d'eau qui se
    promenait de l'espace à la Terre ressemblait à un monstrueux
    spermatozoïde solitaire et schizophrène qui avait l'air de se demander ce
    qu'il faisait là, à fortiller mollement de la queue.
    
    
    Quant au conte dit poétique de Yann Martel, quel ramassis de lieux
    communs, d'angélisme juvénile, dont ne se dégageait pas la moindre
    sonorité. Yann Martel plutôt que Claude Péloquin? Et pourquoi donc? Parce
    que Claude Péloquin, authentique poète, n'est que québécois et français
    et porte en lui une culture qui est foncièrement la nôtre? Yann Martel,
    lui, a abandonné son héritage québécois, a choisi d'écrire en anglais
    parce que quand on est ambitieux et sans vergogne, seule la langue
    anglaise est vraiment une langue de culture, donc une langue qui rapporte
    gros.
    
    
    Contrairement à son père Émile Martel qui a écrit en français quelques
    romans qui ne sont guère rendus jusqu'au lecteur, et une quinzaine de
    recueils de poésie qui lui ont tout de même mérité le prix du gouverneur
    général du Canada, Yann Martel a préféré vendre son âme au diable. Son
    Histoire de Pi en a fait un grand écrivain canadian, même s'il s'agit
    d'une bluette dans lequel un invraisemblable tigre nous entretient d'un
    Dieu maladivement judéo-chrétien et digne de la théologie du pape Benoît
    le seizième! De la boursoufflure de renommée, engraissée grâce à la
    complaisance intéressée des médias.
    
    
    Quand Yann Martel a annoncé publiquement qu'il considérait le premier
    ministre du Canada, Stephen Harper, comme un inculte et qu'il fallait
    l'initier à la littérature en lui faisant parvenir régulièrement des
    livres, tous les chroniqueurs québécois ont applaudi. Quel événement
    médiatique!
    
    
    Le problème, c'est que tout ce monde-là s'en est tenu à l'événement,
    personne n'ayant eu la curiosité de se demander quels étaient les livres
    que Yann Martel faisait parvenir à Stephen Harper. Jusqu'à ce jour, il y
    en a soixante-huit : quelques-uns du Canada anglais, dont ceux de sa
    marraine internationale Margaret Atwood, et deux seulement du Québec :
    Bonheur d'occasion de Gabrielle Roy (dans la traduction anglaise) et The
    Dragon Fly of Chicoutimi de Larry Tremblay! Tous les autres ouvrages sont
    étrangers : de l'angélique Petit prince de Saint-Exupéry au vieillot
    Bonjour tristesse de Françoise Sagan, rien d'autre qu'une littérature
    dite humaniste, universaliste, pour ne pas dire multiculturaliste, dont
    le Québec français, je le répète, est absent. Si c'est insultant pour les
    Québécois que nous sommes, ça doit l'être aussi pour Stephen Harper qui,
    à juste titre, se glorifie de maîtriser suffisamment le français pour
    être en mesure de le lire.
    
    
    Voilà pourquoi il faut considérer Yann Martel comme un imposteur et
    dénoncer l'idéologie qui est au cœur de son entreprise. Car ce qu'il
    défend, c'est la même chose que ce que défend le gouvernement fédéral, un
    multiculturalisme auquel on voudrait convertir les Québécois, mais dans
    lequel ils ne tiendraient aucune place. C'est sans doute pour cette
    raison que le gros nez rouge de clown de Guy Laliberté a largué Claude
    Péloquin. Quant on est à la tête d'une multinationale dont la langue
    d'usage, même au Québec, est l'anglais, qu'est-ce qu'on s'en fiche du
    français, de la culture qu'il porte, même si elle est l'une des plus
    créatives au monde!
    
    
    Bien davantage que Stephen Harper, c'est Yann Martel qui a besoin d'être
    éduqué. Aussi, les Éditions Trois-Pistoles lui feront-elles parvenir tous
    les mois un ouvrage littéraire québécois et souhaitent que tous les
    éditeurs d'ici en fassent autant, car si on a le droit de renier le monde
    dont on vient comme le fait Yann Martel, le mépris dans lequel on le
    confine ne peut être considéré que comme une trahison.
    
    
                                                         Victor-Lévy Beaulieu
                                           Trois-Pistoles, le 12 octobre 2009
    

SOURCE Victor-Lévy Beaulieu

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