Les Québécois et l'alcool en 2017 : Soucieux de leur santé, les Québécois boivent moins, la consommation excessive demeure trop élevée et le laxisme de l'État empire la situation

MONTRÉAL, le 30 mai 2017 /CNW Telbec/ - Éduc'alcool a rendu publics aujourd'hui les résultats de sa vaste enquête quinquennale, menée par CROP depuis 25 ans. Il s'en dégage que, de plus en plus soucieux de leur santé, les Québécois ont, dans leur grande majorité, réduit leur consommation d'alcool et l'on observe une certaine tolérance envers la consommation excessive - lorsqu'elle est occasionnelle - ainsi qu'une crainte injustifiée des effets de la consommation régulière sur la santé et sur la dépendance.

Malheureusement, le quart des Québécois consomme encore de manière abusive, voire dangereuse, et plus de 6 pour cent des conducteurs reconnaissent avoir conduit avec des taux d'alcoolémie supérieurs à la limite légale. Cela s'explique sans aucun doute par le fait qu'ils sont encore moins nombreux qu'il y a cinq ans à avoir vu ou traversé un barrage routier : plus de 7 conducteurs sur 10 n'en ont même pas aperçu un seul au cours de la dernière année.

Les Québécois ont aussi soif de savoir : comment parler d'alcool avec ses enfants, l'alcool et la santé et la quantité d'alcool qu'ils peuvent consommer avant de prendre le volant  arrivent en tête de leurs champs d'intérêt. Éduc'alcool, dont le niveau de crédibilité se maintient à un sommet sans précédent, s'engage à répondre à ces besoins au cours des cinq prochaines années.

L'insoutenable indifférence de l'État québécois

« Les niveaux de consommation dépendent certes de la sensibilisation des buveurs eux-mêmes, mais ils dépendent aussi des contextes de consommation, lesquels relèvent exclusivement du gouvernement. Aussi, la situation aurait sans doute été bien meilleure, n'eût été de l'insoutenable indifférence et du laxisme continuel de l'État québécois, dont toutes les décisions relatives à l'alcool sont systématiquement à l'opposé de ce qu'il convient de faire et qui, loin de faire sa part, contribue par ses décisions comme par ses non-décisions à aggraver la situation de la consommation excessive », a déclaré Hubert Sacy.

De fait, selon le directeur général d'Éduc'alcool, l'État a fait la sourde oreille à toutes les mesures qui auraient un impact réel sur la consommation excessive et qui sont réclamées par son organisme. « Le gouvernement s'obstine dans son refus de rendre obligatoire le cours « Action Service » pour tous les propriétaires et serveurs des établissements licenciés, il a refusé d'établir un prix minimum pour les produits artisanaux en vente dans les épiceries, il a soustrait les bières non vendues en épicerie au prix minimum de la bière, il demeure les bras croisés face au contournement permanent du prix minimum de la bière par les promotions croisées, il contribue à la banalisation de l'alcool en faisant appel à de soi-disant experts qui n'ont que la dérèglementation et le langage de l'argent à la bouche, il accentue la pression à la baisse sur les prix de l'alcool, il réduit le nombre de barrages routiers pour ce qui est de la conduite avec les facultés affaiblies, et l'on pourrait allonger cette énumération à l'infini », a-t-il poursuivi.

La consommation des Québécois

Il y a toujours plus de 8 Québécois sur 10 qui consomment de l'alcool et le vin consolide sa position de boisson la plus fréquemment consommée, et ce, par le plus grand nombre : les trois-quarts des Québécois l'apprécient. La bière baisse légèrement, quoique prisée par 6 Québécois sur 10 alors que l'on observe une stabilité des spiritueux que consomme près d'un Québécois sur deux tandis que le tiers des Québécois consomment également d'autres boissons (cidres, prémélangés, et autres).

La consommation moyenne des Québécois a baissé à moins de 3 verres standards par semaine alors qu'elle s'élevait à 3,3 verres il y a 5 ans. Ils consomment en moyenne 2,2 verres par occasion plutôt que 2 verres et demi, nombre de verres d'alcool à partir desquels ils estiment qu'il devient criminel de conduire un véhicule automobile. « Ils ne se contentent donc pas de connaître notre slogan, la modération a bien meilleur goût, ils sont aussi très nombreux à le mettre en pratique », a déclaré Hubert Sacy.

Des problèmes réels, une vigilance nécessaire

Les plus récentes données relatives à la vente d'alcool au Québec font état d'une stabilité des achats moyens par habitant à 8,5 litres d'alcool pur par an. Mais cela n'empêche pas le fait qu'un consommateur d'alcool sur dix a senti que sa consommation nuisait à sa santé physique. C'est pratiquement le double d'il y a 5 ans. Est-ce le reflet d'une plus grande prise de conscience à la suite des efforts de sensibilisation menés par Éduc'alcool ou celui de la réalité? Sans aucun doute des deux.

« Aussi, la vigilance s'impose et elle est plus que jamais nécessaire. Nous ne pouvons pas en effet être indifférents au fait que 11 % des buveurs réguliers ont senti que leur consommation nuisait à leur santé. Pas plus que nous ne pouvons ignorer les 6 à 7 % de consommateurs qui disent boire des quantités excessives d'alcool sur une base hebdomadaire et le quart sur une base au moins mensuelle. Il importe plus que jamais de faire valoir que la modération est une règle qui ne souffre pas d'exception et que prendre un coup, ne serait-ce qu'une fois, c'est prendre un coup de trop », d'indiquer Hubert Sacy.

Des projets pour l'avenir

L'enquête de 2017 fait aussi ressortir une relation parfois contradictoire des Québécois avec l'alcool et certains préjugés sans doute hérités des croyances du passé.

Ainsi, on observe une certaine tolérance vis-à-vis de la consommation excessive lorsqu'elle est occasionnelle et l'on reconnait volontiers que l'on a dépassé les seuils de consommation recommandés de temps à autre, souvent au moins une fois par mois.

Par contre, la méfiance est forte vis-à-vis de la consommation régulière, même si elle se situe à l'intérieur des limites de consommation d'alcool à faible risque. De fait, une femme qui boirait 2 verres par jour, cinq jours par semaine et un homme qui en boirait 3 sur 5 jours sont vus comme des alcooliques en puissance par 6 Québécois sur dix. Et même lorsque leur consommation est ramenée à un verre par jour cinq jours par semaine, près de 4 de nos concitoyens sur 10 évoquent l'alcoolisme.

« Il y a là un défi considérable pour Éduc'alcool pour rééquilibrer chez les Québécois le rapport quantité-fréquence dans la consommation d'alcool. Il nous faudra dédramatiser la consommation régulière - pourvu qu'elle se situe dans les paramètres à faible risque - et mettre en garde contre la consommation excessive, même occasionnelle. Nous sommes conscients que nous devrons affronter des opinions et des perceptions solidement enracinées, mais c'est là le lot de tout organisme d'éducation.  Une autre grande leçon de ce sondage est qu'il ne faut pas baisser la garde ni abandonner le terrain de la sensibilisation », a poursuivi le directeur général de l'organisme.

L'alcool au volant : augmenter les barrages routiers

Cette année, notre enquête a une fois de plus approfondi la question de l'alcool au volant. Et ses résultats démontrent clairement qu'Éduc'alcool avait visé juste en préconisant des mesures fondées sur des recherches menées ici et ailleurs et qu'il préconisait de manière constante.

Éduc'alcool a pris une position claire sur la conduite avec les facultés affaiblies.  L'organisme a soutenu, sur la base de données scientifiques reconnues, que le premier déterminant des changements de comportements sur les routes est la perception que l'on va se faire arrêter si l'on viole les lois. Et il a revendiqué haut et fort l'accroissement de barrages policiers et leur publicisation.

Et les Québécois lui ont donné raison. Si 6 % des conducteurs ont pris le volant alors qu'ils avaient dépassé la limite légale pour conduire, c'est en bonne partie parce qu'un peu plus des trois quarts des conducteurs n'ont pas passé une seule fois par un barrage policier au cours de la dernière année et, pire encore, que plus de 7 sur 10 n'en ont même pas aperçu un seul au cours des douze derniers mois. « Ces données nous confortent dans nos affirmations relativement à la lutte à la conduite avec les facultés affaiblies. Encore une fois, dès lors qu'une mesure relève de l'État, on constate que la situation se détériore. C'est édifiant », a-t-il poursuivi.

« Nous continuerons donc à revendiquer la mise en œuvre des mesures essentielles comme préalable à toute discussion sur le sujet de l'alcool au volant. Tout comme nous continuerons à revendiquer que le cours Action Service soit rendu obligatoire pour les personnels des établissements qui vendent de l'alcool au Québec comme il l'est dans toutes les sociétés comparables à la nôtre, mais où les gouvernements agissent de manière responsable », a indiqué Hubert Sacy.

Une crédibilité engageante

Éduc'alcool souligne enfin, avec satisfaction et sans prétention, que son niveau de crédibilité a encore augmenté passant de 91 % à un sommet de 95 %. « Mais, au-delà des chiffres, cette donnée est engageante. Elle constitue certes une reconnaissance du travail que nous avons accompli et une responsabilité indiscutable envers ce qu'il nous reste à accomplir de façon à ce que les Québécois améliorent encore davantage leur relation à l'alcool et qu'ils soient plus que jamais convaincus que la modération a bien meilleur goût », a conclu son directeur général.

Autres faits saillants de l'enquête

  • Le slogan d'Éduc'alcool, La modération a bien meilleur goût, trône encore au zénith de la notoriété alors que 9 Québécois sur 10 le connaissent.
  • La consommation d'alcool se fait dans des lieux (à la maison, chez des amis ou au restaurant) et dans un cadre (célébrer un événement heureux, accompagnement lors des repas, association à la détente) de modération;
  • La quasi-totalité des Québécois connaisse les recommandations d'Éduc'alcool aux femmes enceintes : s'abstenir de consommer de l'alcool à partir du moment où l'on choisit de devenir enceinte et durant la grossesse;
  • 50 % des Québécois pensent que la consommation occasionnelle d'alcool comporte un faible risque ou pas de risque du tout pour le fœtus lors d'une grossesse. Il n'est donc pas étonnant que près de 25 % considèrent acceptable qu'une femme enceinte consomme occasionnellement de l'alcool durant sa grossesse.

Portant sur 1 139 Québécois qui ont été interrogés au téléphone durant 24 minutes en moyenne, cette enquête, la sixième depuis 1991, permet de comparer l'évolution de la relation entre les Québécois et l'alcool au cours des 25 dernières années.

 

SOURCE Éduc'alcool

Renseignements : Camille Rochon, 514 688-2519, crochon@tactconseil.ca

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www.educalcool.qc.ca

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