Encore le spectre de la contrebande : Une autre étude douteuse de l'AQDA

MONTRÉAL, le 26 juill. 2015 /CNW Telbec/ - La Coalition québécoise pour le contrôle du tabac dénonce la plus récente « étude » de mégots de l'Association québécoise des dépanneurs en alimentation (AQDA), qui représente la plus récente offensive menée par le lobby pro-tabac contre l'interdiction du menthol. Plus précisément, l'industrie du tabac et ses alliés souhaitent faire exempter le menthol de l'interdiction des saveurs dans les produits du tabac, une mesure qui fait partie du projet de loi 44 déposé en mai dernier par la ministre déléguée à la santé publique, madame Lucie Charlebois. Les gouvernements de la Nouvelle-Écosse, de l'Ontario, de l'Alberta, du Nouveau-Brunswick et de l'Île-du-Prince-Édouard ont également adopté ou s'apprêtent à adopter une loi interdisant toutes les saveurs, dont le menthol.

L'AQDA utilise sa nouvelle étude (soit la dernière d'une série datant de 2008 qui manifeste, comme celles du passé, de sérieux problèmes méthodologiques -- voir le complément d'information plus bas) pour prétendre que « la contrebande  de tabac persiste de plus belle au Québec », qu'elle « revient en force dans les écoles secondaires » et que « les cigarettes au menthol sont loin d'être aussi populaires que présumé chez les jeunes ».

D'abord, « tous les estimés officiels disent que la contrebande est à la baisse depuis 2008, alors que le gouvernement du Québec a commencé à mettre en place des mesures de lutte à la contrebande et à investir des ressources financières et humaines. Selon le ministère des Finances, elle est passée de 30 % en 2009 à 14 % en 2011, et est demeuré stable depuis, » explique Dre Geneviève Bois, porte-parole de la Coalition.

Ensuite, « Il est tout à fait faux de prétendre que la consommation de cigarettes au menthol n'est pas importante chez les jeunes. Les données sont claires à ce sujet. Alors que le menthol est utilisé par seulement une petite minorité de fumeurs adultes, soit au plus 1 fumeur sur 20, c'est le tiers des jeunes fumeurs au Québec qui consomme des cigarettes mentholées selon les enquêtes menées par des chercheurs indépendants auprès des jeunes. Cette proportion grimpe à la moitié pour les jeunes fumeurs réguliers. Il est plus que jamais évident que les cigarettes mentholées constituent un des plus importants produits d'initiation au tabagisme. »

« De plus, il n'y a aucune donnée ni étude crédible qui porte à croire que la contrebande augmenterait s'il n'y avait plus de produits mentholés ou autrement aromatisés. Au contraire, des études montrent que l'interdiction du menthol pousserait plutôt les fumeurs de cigarettes mentholées à arrêter de fumer, ou alors à changer de produit », poursuit Dre Bois.

(Voir Mythes et réalités concernant l'interdiction du menthol pour prendre connaissance de ces études ainsi que de toutes nos réponses aux arguments avancés pour exempter le menthol.)

« Brandir la menace de la contrebande et commanditer des pseudo-études constituent des pratiques courantes de longue date de l'industrie du tabac et de ses alliés. Le thème de cette année de la Journée mondiale sans tabac de l'OMS cette année était justement l'exploitation de la contrebande par l'industrie du tabac, notamment en tant qu'outil politique pour contrer les mesures antitabac. »

« Il est temps pour l'AQDA d'abandonner cette vieille hypothèse discréditée. Chaque fois que le gouvernement considère une nouvelle mesure sur le tabac -- que ce soit l'interdiction des étalages, l'interdiction des cigarillos aromatisés, l'augmentation des taxes et maintenant l'interdiction des cigarettes mentholées --, l'AQDA s'y oppose en présageant une explosion de la contrebande, et chaque fois leur prédiction ne se réalise pas. Les trois plus récentes hausses de taxes, par exemple, étaient accompagnées d'incessantes prédictions alarmistes de l'AQDA au sujet de la contrebande. Or, comme d'habitude, aucune de leurs prédictions ne s'est concrétisée : au contraire, la contrebande a même baissé, » explique la porte-parole.

Pourquoi le menthol?

Depuis le dépôt du projet de loi de la ministre Charlebois, l'interdiction de l'aromatisation a fait l'objet d'une vaste campagne des commerçants de tabac pour faire exempter le menthol sur l'internet, dans les médias régionaux et dans les dépanneurs. Imperial Tobacco, l'AQDA, de même que la Coalition nationale contre le tabac de contrebande (également financé par l'industrie du tabac) se sont toutes opposées à l'interdiction du menthol.

« L'AQDA prétend représenter les dépanneurs, mais elle se soucier uniquement du sort des cigarettes au menthol, soit la seule saveur mise en marché par les grands cigarettiers, sans la moindre préoccupation pour tous les autres produits aromatisés vendus par les dépanneurs à travers le Québec. Selon nous, ce n'est pas une coïncidence. »

« Ce qu'il est important de noter, c'est que l'AQDA entretient des liens étroits avec l'industrie du tabac et qu'elle refuse de dévoiler la proportion de son budget qui provient de cette dernière, même lorsqu'interrogée par des parlementaires », précise Dre Bois. L'industrie du tabac s'est traditionnellement cachée derrière des groupes de façade pour s'opposer aux mesures de lutte contre le tabac.

Courage politique

« La ministre a déposé un projet de loi robuste et a fait preuve de courage en interdisant la saveur choyée des grands cigarettiers. De toutes les saveurs qui se retrouvent dans les produits du tabac, c'est le menthol qui est la plus populaire chez les enfants et les adolescents, en plus d'être la seule saveur offerte par les principaux fabricants de cigarettes. Si des groupes se battent autant pour protéger les cigarettes mentholées, c'est parce qu'ils savent que leur interdiction entraînera une baisse des ventes. Les jeunes, après tout, représentent la clientèle essentielle à la survie du commerce du tabac, » conclut Dre Bois.

 



Compléments d'information :


Consommation du menthol chez les jeunes


  • Selon les données les plus récentes l'Enquête sur le tabagisme chez les jeunes (2012-2013), les cigarettes mentholées sont consommées par près de la moitié (47 %) des fumeurs quotidiens du Québec de la 3e à la 5e année du secondaire. Chez les jeunes ayant fumé la cigarette dans le dernier mois (comprend les fumeurs réguliers et occasionnels), le tiers (31 %) d'entre eux consomment les cigarettes mentholées.
  • Ces données proviennent de l'enquête la plus précise sur la consommation des jeunes des produits du tabac mentholés, soit celle menée par le Centre Propel de l'Université de Waterloo qui est financé par Santé Canada et la Société canadienne du cancer. Cette équipe de chercheurs mène depuis plusieurs années une enquête pancanadienne concernant divers comportements à risque, dont les habitudes tabagiques. L'enquête sonde plus de 4 000 élèves au Québec, de la 6e année du primaire à la 5e du secondaire.

Précédents - interdiction des cigarettes mentholées


  • Les gouvernements de la Nouvelle-Écosse, de l'Ontario, de l'Alberta, du Nouveau-Brunswick et de l'Île-du-Prince-Édouard ont adopté ou s'apprêtent à adopter une loi interdisant toutes les saveurs, dont le menthol. La Directive sur le tabac de l'Union européenne, qui s'applique à 28 pays, va elle aussi interdire le menthol.
  • Pour la liste complète des précédents et d'autres informations pertinentes sur l'aromatisation, voir  http://www.cqct.qc.ca/Documents_docs/DOCU_2015/DOCU_15_06_12_Aromatisation.pdf

Problèmes méthodologiques des « études mégots » de l'AQDA


  • Ces études s'appuient sur la collecte anonyme de mégots de cigarettes à des endroits identifiés par les auteurs. Puisque les sites ne sont pas choisis au hasard, les échantillons ne sont pas représentatifs des cigarettes consommées par la population. (Par exemple, une région comme Châteauguay, qui est proche d'une réserve, affichera une concentration élevée de contrebande, produisant ainsi un effet de grappe ou « cluster effect ». Si l'échantillonnage n'est pas représentatif, on ne peut pas extrapoler ce résultat à l'ensemble du Québec.)
  • Cette dernière étude a recueilli 8 394 échantillons dans 65 sites, soit une moyenne de 124 par emplacement. Or, l'étude ne fournit ni le nombre d'échantillons ni les intervalles de confiance par emplacement. La précision des estimations de pourcentage pour chaque région demeure inconnue.
  • L'étude assume que tous les cigarettes fumées aux abords des écoles secondaires sont consommées par des élève -- ce qui ne tient pas compte du fait que les employés des écoles sont tenus à fumer à l'extérieur des terrains scolaires.
  • Les études antérieures précisaient que les cigarettes provenant de l'étranger et les cigarettes de marques autochtones étaient considérées comme étant des cigarettes de contrebande, ce qui est vraisemblablement le cas pour cette dernière étude (le document ne fournit pas ces précisions). Si c'est le cas, les cigarettes légalement achetées dans les boutiques hors taxes ou légalement importées par des touristes, ainsi que les marques autochtones légalement vendues à des personnes autochtones (qui résident ou non sur une réserve) sont faussement identifiées comme des cigarettes de contrebande.
  • Les résultats de l'étude s'appuieraient « sur le nombre de mégots de cigarettes de provenance légale, illicite et inconnue ». Or, il n'y a aucune information dans la plus récente étude concernant la proportion de cigarettes de provenance « inconnue », ni la façon dont elles sont identifiées, ni la manière dont elles sont traitées. Les études antérieures estiment qu'elles représentent entre 10 et 20 % des mégots, ce qui est considérable.
  • Notons aussi que ces études ne tiennent pas compte des mégots des petits cigares (auparavant appelés « les cigarettes brunes ») qui sont très populaires chez les jeunes. Les produits autres que les cigarettes représentent une importante proportion des produits de tabac consommés par les jeunes. Par exemple, alors que le taux de consommation de la cigarette chez les jeunes du secondaire était de 6 % en 2013, le chiffre grimpe à plus de 12 % lorsqu'on tient compte des autres produits du tabac comme les petits cigares (qui peuvent aussi être au menthol). Il est donc malavisé de tirer des conclusions sur l'usage du tabac (et des produits du tabac au menthol) par les jeunes en ne tenant compte que des mégots de cigarettes.

Études antérieures de l'AQDA avec peu ou pas de valeur scientifique


  • Les « études » de mégots de l'AQDA (ou de ACDA) ne sont pas les seules études qu'elle a commanditées qui ont fait l'objet de critiques par rapport à leur méthodologie. Par exemple en 2010, l'ACDA a commandité une étude qui prétendait démontrer que « la réduction des taxes excessives sur le tabac n'entraîne pas de hausse du tabagisme, même chez les jeunes ». L'étude a été vigoureusement critiquée par les économistes du Groupe d'Analyse, un cabinet en économie regroupant plus de 475 experts répartis en Amérique du Nord. Un autre exemple est un sondage de 2009 commandité par l'ACDA qui était manifestement biaisé et dirigé et qui était accompagné par une analyse presque risible, tellement elle manquait de logique. Celui-ci prétendait également démontrer qu'une « baisse des taxes sur le tabac n'encouragerait pas les gens à fumer ».
  • L'ACDA avance souvent des propos malhonnêtes ou exagérés afin d'appuyer son opposition aux mesures antitabac. En 2012 par exemple, un document interne d'une multinationale du tabac montrait que l'ACDA véhiculait de fausses données visant à amplifier l'ampleur du problème de la contrebande. Autre exemple qui se répète année après année : l'exagération de l'impact de la contrebande sur les dépanneurs.

 

Pour voir le communiqué au complet, avec toutes les références :
http://cqct.qc.ca/Communiques_docs/2015/PRSS_15_07_26_Reaction_EtudeMegots_ACDA.pdf

 

SOURCE Coalition québécoise pour le contrôle du tabac

Renseignements : Entrevues: Dre Geneviève Bois, 514-602-2508 (cell.).


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