Allocution du gouverneur général du Canada - « Discours liminaire devant le Chicago Council on Global Affairs : les relations canado-américaines du point de vue du gouverneur général du Canada »

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CHICAGO, le 28 avril 2015 /CNW/ - Merci, Adèle, de votre aimable présentation. Et merci à vous, Mesdames et Messieurs, de me recevoir aussi chaleureusement.

J'ai découvert aujourd'hui qu'on est toujours bien reçu à Chicago. J'ai été agréablement surpris par la gentillesse et la générosité des gens de votre ville. Encore une fois, merci de votre hospitalité.

Ma visite ici sera brève, mais chargée d'activités.

J'ai visité plusieurs endroits à Chicago, parlé à de nombreuses personnes et constaté des aspects fondamentaux qui font de Chicago l'une des plus grandes villes au monde, à savoir :

  • votre leadership en éducation supérieure et en recherche universitaire et scientifique;
  • votre désir de refaçonner le monde au moyen de l'innovation numérique et de l'entreprenariat;
  • votre engagement à l'égard de la sécurité, de la prospérité et de la gouvernance environnementale de la région des Grands Lacs;
  • votre compréhension du rôle et de la valeur de la philanthropie dans le monde moderne;
  • le désir de vos universitaires, artistes, ingénieurs, entrepreneurs, investisseurs et gens d'affaires de diffuser le savoir, de nourrir la prospérité et d'améliorer des vies.

 

C'est la première fois depuis plus de 100 ans qu'un gouverneur général du Canada visite votre ville.

Cela dit, les gouverneurs généraux canadiens n'ont pas été totalement absents de Chicago dans un passé récent. Une certaine coupe en argent nommée en l'honneur d'un de mes prédécesseurs, Lord Stanley, 6e gouverneur général du Canada, s'est retrouvée à Chicago cinq fois, dont deux fois au cours des six dernières années. Je suis certain que, à l'exception de nos invités de St. Louis, les amateurs de hockey présents ce soir souhaitent le retour de la coupe Stanley en juin, même si j'aimerais bien qu'une équipe canadienne la remporte cette année!

Bien que ce soit ma première visite à Chicago à titre de gouverneur général du Canada, j'y suis venu souvent pour le travail au fil des ans. Et je connaissais beaucoup de choses sur votre ville bien avant d'y mettre les pieds.

Un sportif depuis ma tendre enfance, j'ai glorifié votre ville en admirant les talents athlétiques et les accomplissements d'Ernie Banks, de Bobby Hull et de Gayle Sayers.

À titre d'universitaire et d'enseignant, j'ai tiré des enseignements et une inspiration du degré inégalé et de la concentration du savoir qu'on retrouve à Chicago, dans ses universités, ses instituts de recherche et ses organisations philanthropiques.

En tant qu'homme qui a souvent un livre entre les mains, j'ai été émerveillé par votre ville en m'imprégnant des élans créatifs de vos grands romanciers, comme Theodore Dreiser, James Farrell et Saul Bellow. Il est vrai qu'ils n'en ont pas toujours dressé un portrait flatteur, mais qui peut oublier les premiers mots des Aventures d'Augie March : « Je suis un Américain né à Chicago ». Sa déclaration n'était pas que factuelle. Elle relevait aussi du tempérament; elle reflétait son tempérament et celui de sa ville : de larges épaules et un grand cœur.

Mes liens avec Chicago et toute la région des Grands Lacs sont fondés sur un aspect humain encore plus tangible.

Ma mère est née à Sault Ste. Marie, au Michigan, et son père travaillait comme éclusier du côté du Michigan, le long de la rivière Ste-Marie, qui joint le lac Supérieur et le lac Huron. Les cinq écluses - une merveille d'ingénierie - ont été construites à la fin du 19e siècle. Elles symbolisent les relations entre nos deux pays : elles fonctionnent de manière séparée, mais parallèle.

J'ai grandi du côté canadien des écluses à Sault Ste. Marie, en Ontario. Enfant, je passais des heures à regarder les grands cargos laquiers flotter majestueusement dans les écluses et le long de la rivière, transportant des minerais et des céréales depuis l'intérieur du continent vers les villes industrielles de la région des Grands Lacs, le littoral Est et même l'Europe.

Le fait de grandir à Sault Ste. Marie, une composante physique de la région des Grands Lacs et de son vaste réseau commercial et de transport, m'a fait prendre conscience que j'avais beaucoup plus de choses en commun avec les gens de Duluth, Détroit, Cleveland et, par-dessus tout, de Chicago que j'en avais avec mes concitoyens disons de Toronto, Windsor et Montréal.

Je me considère très chanceux d'être un citoyen de cette région transfrontalière. Don Peddie, un cadre du Minneapolis Star Tribune, m'a recruté pour que je m'inscrive à l'Université Harvard lorsque j'étais adolescent. Don était un recruteur légendaire d'athlètes boursiers dans toute la région, des deux côtés de la frontière.

C'est ainsi que j'ai fréquenté une université américaine. Mais les choses auraient pu être différentes. En effet, le directeur de mon école secondaire, un homme pourtant bon, a refusé de rédiger une lettre de recommandation pour moi. Il pensait que les jeunes gens talentueux devaient rester près de chez eux pour servir leur collectivité et leur pays. Il avait une pensée bien intentionnée, mais sa vision était étroite et erronée parce que j'avais l'intention de revenir au Canada.

Heureusement, deux autres hommes pensaient différemment. Il y avait le doyen du Collège Harvard, Bill Bender, qui croyait que l'école devait être une méritocratie, et non une aristocratie, et qui avait recours à des recruteurs comme Don Peddie à travers le continent. Il y avait aussi mon entraîneur de football à l'école secondaire, qui a rédigé avec enthousiasme la lettre de recommandation que le directeur de l'école m'avait refusée.

Mes études aux États-Unis ont été une étape formative de ma vie. J'y ai appris beaucoup de choses. J'en suis tellement reconnaissant que, toute ma vie, j'ai poursuivi mon association avec mon alma mater.

Un grand nombre de Canadiens ont des histoires semblables à la mienne, leur vie ayant été enrichie et éclairée grâce aux années qu'ils ont passées aux États-Unis et au contact d'Américains.

De telles expériences mettent en lumière le fait que les gens, des femmes et des hommes pris individuellement, comptent vraiment. Nous avons tous tendance à penser que les ministères, les organismes et les organisations de grande envergure créent une croissance et une prospérité comme s'ils étaient sur le pilote automatique. Pourtant, l'apprentissage, le commerce et l'innovation sont stimulés par des relations beaucoup plus intimes, par exemple deux personnes, deux entreprises, deux groupes qui s'unissent pour réaliser quelque chose de plus grand que ce qu'ils auraient pu accomplir seuls.

Ce que nous avons réalisé, nous les gens de la région des Grands Lacs, est remarquable. Il n'y a qu'à penser aux échanges commerciaux, aux emplois et aux investissements pour s'en convaincre.

Seulement dans l'État de l'Illinois, quelque 350 000 emplois dépendent du commerce avec le Canada et des investissements réalisés par des Canadiens. De manière plus directe, 24 000 hommes et femmes de l'Illinois sont employés par des entreprises appartenant à des intérêts canadiens.

À lui seul, l'État de l'Illinois est le troisième plus important client du Canada dans le monde, après les États-Unis dans leur ensemble et l'État du Michigan. Les États de l'Illinois, du Missouri et du Wisconsin représentent le plus grand partenaire commercial de mon pays, plus important encore que les 27 pays membres de l'Union européenne. À lui seul, le secteur de l'énergie représente environ 70 pour cent de toutes les exportations du Canada en Illinois. De façon très concrète, le Canada permet aux gens de circuler librement et aux entreprises de se développer dans toute la région.

La profondeur et la complexité saisissantes de nos relations résultent de ce que j'appelle la diplomatie du savoir - c'est-à-dire notre capacité et notre volonté de conjuguer les efforts faits dans diverses disciplines et dans divers pays afin de découvrir, de partager et de parfaire les connaissances.

Pourquoi devons-nous travailler dans un esprit de multidisciplinarité? Parce que les plus grands progrès de la civilisation n'ont pas trouvé leur origine dans une seule discipline, mais au confluent de diverses disciplines. À cet égard, votre pays déborde d'exemples tous plus éloquents les uns que les autres.

Pensons aux célèbres laboratoires Bell au New Jersey, où ont été créées certaines des technologies des communications les plus influentes du 20e siècle, tels le transistor, le circuit imprimé, le téléphone cellulaire et le satellite.

Les dirigeants d'alors étaient parfaitement conscients de la nécessité de former des équipes de spécialistes provenant de différents secteurs. Pour certaines, cela s'est fait naturellement : la physique, la chimie, le génie, les mathématiques, l'électronique et la métallurgie. Pour d'autres, c'était moins évident : la physiologie, la psychologie et la météorologie, mais elles sont néanmoins nécessaires à la réussite.

Aujourd'hui, la ville de Chicago est une plaque tournante de l'innovation qu'on ne doit pas sous-estimer. Ce matin, j'ai visité l'incubateur MATTER qui a été la plaque tournante de 1871 entreprises en démarrage dans le secteur des soins de santé. J'ai eu un aperçu de l'essor des relations entre les écosystèmes accélérateurs de l'innovation du Canada et de la région de Chicago. J'ai été impressionné par ce que j'ai vu. Une telle coopération mérite notre soutien et nos encouragements.

Sachant que le progrès se produit plus rapidement et plus en profondeur quand des personnes de spécialités et d'horizons divers unissent leurs efforts, je suis ravi de savoir que des hommes et des femmes provenant d'une foule de domaines et possédant des expériences très différentes sont présents aujourd'hui - des entrepreneurs, des investisseurs, des enseignants, des philanthropes et d'autres personnes de grande valeur.

La diplomatie du savoir nécessite aussi des actions qui transcendent les frontières. De telles actions peuvent avoir lieu à l'échelle locale, régionale et nationale, mais elles sont les plus efficaces quand des personnes de différents pays utilisent leurs compétences différentes, mais complémentaires, pour explorer de nouvelles connaissances et créer des approches novatrices afin de nous aider à relever les défis auxquels nous sommes confrontés.

Les gens de Chicago sont des diplomates du savoir. Votre histoire en tant que plaque tournante d'un solide réseau de transport et de commerce illustre à quel point vous appréciez l'importance de franchir des frontières, aussi bien au niveau de l'esprit que géographiquement.

Votre appréciation est pénétrante et bien vivante aujourd'hui. J'en ai eu un bon aperçu en découvrant les ambitions et les activités de certains des résidents de votre ville, des enseignants, des investisseurs, des chercheurs, des philanthropes, des ingénieurs et des entrepreneurs.

Le Chicago Council on Global Affairs est un autre exemple éloquent de votre désir de travailler dans diverses disciplines et au-delà des frontières. Depuis presque 100 ans, les hommes et les femmes de cette organisation ont regardé au-delà de leur ville pour partager des connaissances et chercher des partenaires afin de découvrir de nouvelles idées.

Beaucoup de ces partenaires sont canadiens. Nous chérissons de telles relations. Nous savons que les relations étroites, entre nous et avec nos voisins, ont toujours constitué la clé du succès sur notre continent.

Alors que j'étudiais aux États-Unis, le président John F. Kennedy a été accueilli au Parlement du Canada. À cette occasion, il a décrit de manière impeccable les liens qui unissent nos deux pays. Il a dit : « La géographie a fait de nous des voisins. L'histoire a fait de nous des amis. L'économie a fait de nous des partenaires. Et, par nécessité, nous sommes devenus des alliés ».

Ainsi, il y a 55 ans, nous définissions la nécessité essentiellement comme notre besoin commun de nous protéger nous-mêmes et de protéger nos amis et notre mode de vie, au plus fort de la guerre froide. Quel besoin crucial nous anime aujourd'hui?

Pour répondre à la question, je m'inspirerai de John Buchan, un romancier et historien parti d'Angleterre pour venir s'installer au Canada, qui est devenu gouverneur général en 1935. Dans les derniers mots de sa biographie du patriote écossais Montrose, il a souligné avec insistance le devoir éternel de l'humanité de combiner de vieilles vérités avec une nouvelle passion. Aucune grande cause n'est entièrement perdue ou gagnée, a-t-il écrit. La bataille doit toujours être renouvelée, et le credo reformulé.

Un tel cri de ralliement demeure vivant aujourd'hui. Le Canada et les États-Unis sont spéciaux. Nos pays sont les deux premières nations dans la longue histoire de la civilisation qui ont été construites sur l'expérience suivante : vérifier si tous les êtres humains - peu importe leur origine, leur couleur, leur religion, leur culture, leur classe ou leur richesse - peuvent vivre ensemble, se développer et prospérer sur une terre commune.

Durant nos histoires respectives, nous avons vécu cette expérience avec enthousiasme, en approfondissant et en accélérant notre engagement à l'égard du pluralisme, à tel point que nos nations individuelles elles-mêmes ont témoigné de la diplomatie du savoir et que beaucoup d'entre nous tiennent pour acquise leur propre réussite.

Une telle complaisance est aujourd'hui notre ennemi. L'héritage que nous avons reçu est considérable. Nous devons maintenant reformuler notre credo avec une passion renouvelée. Nous avons une responsabilité à l'égard de nos citoyens respectifs : les Canadiens ont une responsabilité à l'égard des Américains, et les Américains en ont une à l'égard des Canadiens.

Une telle obligation incombera à nos futures générations et aux personnes de partout dans le monde : travailler avec une détermination accrue à atteindre une sécurité et une prospérité plus grandes, à améliorer la santé des gens et notre environnement, à relever les plus grands défis de notre époque, non seulement pour nous-mêmes, mais aussi pour le reste du monde.

Des occasions sans précédent attendent les scientifiques, les chercheurs, les investisseurs, les entrepreneurs et les gens d'affaires des États-Unis qui seront appelés à bâtir des partenariats avec des Canadiens. Ainsi, tous ensemble, nous pourrons trouver des approches limpides afin de régénérer nos villes vieillissantes, rajeunir nos infrastructures, aller au-delà des moteurs à combustion interne, rééquiper nos écoles en fonction de la future économie et aider toutes les personnes dans le besoin à vivre dignement et à redonner un sens à leur vie.

Pour faire tout cela, nous devons approfondir les liens entre nos deux nations. Non pas seulement en faisant plus que ce que nous avons déjà fait, mais aussi en renforçant nos relations au moyen de nouvelles approches. Nous devons approfondir les liens qui unissent nos entreprises, mais également nos écoles, nos organisations de recherche et nos groupes philanthropiques. Nous devons élargir nos partenariats au-delà des modèles conventionnels et de façon vraiment exceptionnelle. Nous devons mettre en pratique la diplomatie du savoir, comme seuls peuvent le faire des amis de confiance. Nous devons utiliser les découvertes et les innovations découlant de nos partenariats afin de résoudre nos problèmes les plus criants et de créer le monde et les pays bienveillants dont nous rêvons tous.

J'ai hâte de répondre à vos questions et d'écouter vos remarques au sujet de nos tâches communes. Je vous laisserai maintenant sur ces derniers mots. Je vous ai dit comment je suis devenu un étudiant de Harvard. Mais je ne vous ai pas dit à quel point j'ai eu le mal du pays pendant ma première année ici. Une bonne partie de mon mal du pays était attribuable à ma crainte de ne pas être assez bon, de ne pas bien m'intégrer au milieu où je vivais.

Un jour, heureusement, j'ai découvert la maison de Longfellow, à Cambridge. En visitant la résidence historique du grand poète américain, j'ai découvert son fameux poème The Song of Hiawatha. C'était un hymne à l'endroit où j'ai grandi, qui faisait référence à des personnages issus du même patelin que moi. Les vers mythiques et romantiques de Longfellow m'ont rappelé que je venais d'un endroit réel, qui avait une vraie histoire et des expériences riches qui avaient un sens, même pour les personnes les plus raffinées et érudites.

Cette révélation m'a aidé à garder les pieds sur terre, m'a donné confiance et m'a rempli du sentiment que j'étais accepté et apprécié, même si je me trouvais à des centaines de milles de chez moi. Je n'ai jamais perdu ce sentiment, et il est ravivé chaque fois que je visite votre pays si accueillant.

Dans le même esprit, sachez que vous êtes tous les bienvenus au Canada et que vous y serez toujours chez vous.

Je vous remercie de votre attention.

David Johnston

 

SOURCE Résidence du gouverneur général

Renseignements : Renseignements pour les médias : Dominique Collin, Bureau de presse de Rideau Hall, 613-993-2569,dominique.collin@gg.ca; Suivez GGDavidJohnston et RideauHall sur Facebook et Twitter.

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