Augmentation du taux du salaire minimum - Le gouvernement québécois doit maintenir le cap

MONTRÉAL, le 5 mai /CNW Telbec/ - Dans une note d'intervention sur le salaire minimum publiée aujourd'hui, l'Institut de recherche en économie contemporaine (IRÉC) estime qu'il n'y a pas lieu de geler le taux du salaire minimum au Québec dans les années à venir. « Le gouvernement québécois a déjà opéré un changement de cap significatif en acceptant d'aller au-delà de la fourchette de 45-50 % du salaire moyen, constatent les économistes Gilles Bourque et François Aubry. Le taux a connu une hausse de 18,8 % en trois ans. Le gouvernement doit maintenir le taux près du seuil de 55 % du revenu médian dans le court terme et viser le seuil du 60 % du revenu médian à moyen terme. Les personnes payées au taux du salaire minimum ne bénéficient pratiquement jamais de régimes d'assurance, de régime de retraire, de formation professionnelle et ne travaillent pas suffisamment d'heures pour être admissibles à l'assurance emploi ».

Une stratégie globale de reconversion
Cependant, les deux économistes indiquent qu'afin de ne pas nuire à la compétitivité du Québec, cette hausse devrait être complémentaire à une stratégie plus globale de reconversion écologique de l'économie, qui viserait à soutenir le passage à une voie supérieure du développement, à haute intensité de main-d'œuvre qualifiée et à faible intensité carbone. « Pour éviter la création d'une économie à deux vitesses, disent-ils, cette stratégie devra harmoniser les politiques publiques de manière à favoriser la hausse des qualifications des personnes et la productivité des emplois plutôt que chercher à abaisser les conditions minimales ».

Le salaire minimum n'a pas d'effet sur l'emploi global
Les théories économiques qui établissent une corrélation entre l'augmentation du taux du salaire minimum et un impact négatif sur l'emploi sont démenties par les faits. « Pendant les années 1980 et 1990, le salaire minimum réel a baissé du tiers au Canada, ce qui n'a pas empêché d'assister à un chômage endémique. Par contre, dans les années 2000, le salaire minimum réel a augmenté alors que l'emploi augmentait simultanément. Généralement, peu importe le modèle utilisé, les études montrent que l'augmentation du salaire minimum n'a pas d'effet sur l'emploi global, à l'exception peut-être des emplois des jeunes de 15 à 19 ans. Même cette exception aurait été infirmée dans certaines études, dont celle portant sur le New Jersey, où une hausse de 20 % du salaire minimum aurait plutôt débouché sur une augmentation sensible de l'emploi des jeunes », expliquent les économistes Bourque et Aubry.

Une étude de l'Institut de la statistique du Québec (ISQ) publiée récemment et intitulée Hausse du salaire minimum au Québec et évolution de l'emploi : que disent les données statistiques? Confirme cette analyse.

L'augmentation du taux du salaire minimum stimule l'économie
Les auteurs de cette note d'intervention de l'IRÉC ont conclu en affirmant que l'augmentation du salaire minimum ne fait pas qu'améliorer le sort des salariés les moins favorisés. « Elle stimule davantage, disent-ils, l'économie grâce à l'amélioration du pouvoir d'achat, encourage l'entrée sur le marché du travail du fait d'un écart plus élevé entre le salaire minimum et l'aide sociale, augmente la productivité du travail avec l'augmentation du prix de l'effort et réduit le roulement du personnel. Contrairement à ce qu'affirment les études des économistes néoclassiques, après un certain délai, la hausse du salaire minimum se répercute sur l'ensemble de la structure salariale, le temps d'intégrer les nouveaux écarts relatifs dans les échelles de salaires des entreprises où elles sont négociées. Il ne faut pas voir là une causalité simple et automatique, mais lorsque les conditions d'innovation sociotechniques sont présentes, il y a probablement la création d'un cercle vertueux de croissance ».

Cette note d'intervention de l'IRÉC rédigée par Gilles L. Bourque et François Aubry s'intitule Le salaire minimum au Québec : pour un revenu décent.

Pour connaître les résultats des travaux de l'IRÉC, voir www.irec.net

Renseignements:

André Laplante, IRÉC, (514) 564-7955 ou 514-258-4798 (Cellulaire)