Allocution de Mme Pauline Marois, chef du Parti Québécois, à l'occasion de la soirée d'acclamation - Cabaret du Capitole


    La version lue fait foi.

    QUEBEC, le 27 juin /CNW Telbec/ -

    Mes chers amis, bonsoir

    D'abord, merci à celles et ceux qui sont ici et merci aussi à tous les
membres qui m'ont donné un appui sans équivoque! Je suis d'autant plus émue
que ça se passe à Québec, dans cette ville où je suis née, où j'ai étudié, où
j'ai vécu, dans cette ville pour laquelle je conserve un attachement profond.

    Hier soir, j'ai beaucoup pensé à mes prédécesseurs, tout particulièrement
à René Lévesque. Vous savez, c'est lui qui m'a convaincue de m'engager en
politique. C'est son ambition de construire ici une société plus juste et plus
démocratique, c'est son rêve de donner aux Québécoises et aux Québécois un
pays qui continuent de m'inspirer et qui m'ont donné le goût de revenir en
politique.

    Je suis profondément convaincue qu'aucun peuple ne peut renoncer à la
possibilité de devenir souverain et qu'aucun parti politique n'a moralement le
droit d'écarter, du revers de la main, le droit pour un peuple de choisir
cette voie. Exclure cette possibilité, c'est renier le droit fondamental des
gens de décider pour eux-mêmes.

    Le Québec possède tout ce qu'il faut pour devenir un véritable pays. Et
je crois que c'est lorsque nous nous gouvernerons nous-mêmes que nous pourrons
nous réaliser pleinement, comme nation.

    Mais je le répète et j'y tiens : dans le plus grand respect de la
population. On ne fait pas un pays tout seul, envers et contre la volonté des
gens. Il faut faire confiance à l'intelligence et à la sagesse du peuple
québécois. C'est à nous, souverainistes, d'expliquer notre projet pour qu'une
majorité de Québécois aient, eux aussi, le goût du pays. Il n'y a pas de
raccourci pour réaliser la souveraineté.

    En attendant, nous ne parlerons plus de la date et de l'heure. Parce que
ce n'est pas ce qui est le plus important. Un pays, c'est trop précieux pour
traiter ça comme une mécanique. Il y a tellement plus à dire. Ce qui est
véritablement important maintenant, c'est d'entendre les Québécois, de
répondre à leurs interrogations et à leurs craintes.

    Comme démocrate, je suis profondément convaincue que le peuple est
souverain et que nous avons le devoir, comme formation politique, de répondre
à ses attentes. Même si nous devons reconnaître que depuis quelques années,
nous avons reculé, nous avons encore des assises assez solides pour construire
une nouvelle coalition résolument engagée à la réalisation de cet immense
projet.

    A titre de chef du Parti Québécois, j'invite les autres mouvements et
leaders à s'associer à nous pour participer au déploiement de tous nos
efforts. Mais évitons désormais le piège dans lequel nous sommes tombés.
Evitons de nous parler seulement entre nous. Ouvrons le dialogue! Nous, nous
croyons que la souveraineté est plus que jamais nécessaire! A nous d'en
débattre avec les Québécois. Cette cause, nous la partageons. Et vous aurez,
vous aussi, à travailler pour mieux la faire connaître. C'est ça que je veux
que nous fassions, ensemble.

    Durant les dernières semaines, j'ai rencontré près de 4000 membres du
Parti Québécois. J'ai expliqué comment je voyais la suite des choses. J'ai
écouté aussi. Et je me suis rendu compte que mes propositions étaient les
vôtres et que vos préoccupations étaient les miennes! J'ai retrouvé des gens
qui avaient envie de changer, de bouger, des gens enthousiastes qui ont le
goût de continuer à faire avancer le Québec. Des gens comme vous.

    Et nous sommes capables de le faire. Le Québec a changé depuis 40 ans, la
réalité aussi. Si le Québec et les Québécois ont changé, il faut que le Parti
Québécois change aussi. Il faut se faire confiance. Comment voulez-vous que la
population nous fasse confiance si nous sommes incapables, nous-mêmes, entre
nous, de nous faire confiance? Il faut questionner nos certitudes et
moderniser notre conception de la social-démocratie!

    Depuis plusieurs années, beaucoup de Québécois, souvent souverainistes,
ne se reconnaissent plus dans ce que propose le Parti Québécois. Ils partagent
cependant trois grandes valeurs qui sont au coeur même de nos idéaux : la
liberté, la solidarité et l'identité.

    Depuis sa fondation, le Parti Québécois s'est donné comme défi de bâtir
au Québec une société qui ne laisse personne de côté, une société fondée sur
l'égalité des chances sur l'égalité des hommes et des hommes. Et nous adhérons
toujours à ces principes.

    Mais cessons d'avoir peur! Peur d'être lucides! Peur d'être solidaires!
Peur des mots! Peur d'avoir l'air intolérant! Peur de faire les choses
autrement! Peur de la richesse! Peur d'avenues sur lesquelles nous ne nous
sommes jamais engagées! Peur d'être différents! Peur de parler de mémoire,
d'histoire, de peuple, d'identité, de culture.

    Ce n'est pas parce que nous parlons de création de richesse que nous
abandonnerons les exclus et nous créerons cette richesse dans une perspective
de développement durable. Ce n'est pas parce que nous parlons de valeurs
individuelles que nous abandonnons les valeurs communes. Ce n'est pas parce
que nous refusons le mur à mur qu'il n'y aura plus d'équité ou de justice
sociale. Et parler d'équité, c'est davantage qu'agir pour notre propre
génération. D'autres nous suivent et d'autres viendront encore. Nos gestes
doivent s'inscrire dans la nouvelle réalité sociale et économique. Autrement,
c'est l'essence même de la fraternité qui risque d'être remise en cause.

    Parlons de famille, celle de toutes les générations, de toutes les
réalités, de tous les choix. Parlons de l'égalité des chances, de l'éducation,
du savoir. Parlons de l'environnement, de nos ressources, du fait qu'elles
nous appartiennent, de la responsabilité et du devoir que nous avons vis-à-vis
notre planète.

    Assurons-nous enfin qu'en santé, la solidarité qui est la nôtre puisse
traverser le temps. Engageons-nous à faire les choses autrement. Parlons aussi
de notre identité et de notre ouverture. Le Parti Québécois est un parti
progressiste, un parti qui souhaite accueillir les nouveaux arrivants. Disons
les vraies choses. N'ayons pas peur de promouvoir notre culture.

    Nous sommes un peuple dont la langue commune est le français et dont la
culture s'est forgée dans une histoire unique, à travers des valeurs de
démocratie et de solidarité. Les anglophones et les premières nations font
partie de notre identité. Nous croyons que notre culture, enrichie par celles
des nouveaux arrivants, est la marque la plus distinctive de ce que nous
sommes. C'est pour cela que nous sommes si désireux du respect de notre
identité et de nos valeurs communes.

    Je suis déterminée à être à l'écoute des gens, à inscrire le Québec dans
une vision moderne, dynamique et je m'engage à faire les changements devenus
nécessaires.

    Notre parti a fait de grandes choses pour le Québec. Je sais qu'il peut
en faire encore. Et c'est à ça que nous devons nous employer. Nous allons
parler avec notre coeur, avec simplicité, avec franchise. Je sais de quoi nous
sommes capables quand nous mettons le coeur à l'ouvrage!

    Il fut un temps où notre parti était celui des Québécoises et des
Québécois. Il doit le redevenir. Pas celui des débats en vase clos, pas celui
d'une minorité! Celui de la population québécoise.

    Notre parti porte un projet de pays pour le peuple québécois. Je souhaite
bâtir avec vous une grande union de souverainistes de tous les horizons
politiques, de toutes les origines et de toutes les cultures. Nous prendrons
le temps qu'il faut pour faire progresser cette idée de pays, pour qu'elle
devienne celle d'une grande majorité d'entre nous.

    Le Québec s'inscrira ainsi dans l'histoire de l'humanité comme une
volonté de construire avec les autres nations, un monde plus juste, plus
libre, un monde de paix.



Renseignements: Manuel Dionne, (514) 207-8303; Source: Direction
générale, Parti Québécois, (514) 526-0020