Fédération des chambres de commerce du Québec : La Charte des valeurs risque de nuire à la croissance des entreprises

MONTRÉAL, le 25 sept. 2013 /CNW Telbec/ - La Fédération des chambres de commerce du Québec (FCCQ) s'inquiète des retombées potentielles de la Charte des valeurs récemment proposée par le gouvernement. Selon la Fédération, l'interdiction du port de symboles religieux et le droit de retrait des institutions publiques créent des tensions qui rendent plus difficile le recrutement de talents, un ingrédient essentiel au développement économique et à la croissance des entreprises.

La FCCQ craint aussi que l'adoption de la charte, conjuguée à la concentration de la diversité de la main-d'œuvre dans la grande région de Montréal, accentue le clivage « Montréal-régions », conduisant à une véritable fracture.

Lors de sa réunion du 17 septembre dernier, le conseil d'administration de la FCCQ, composé de chambres de commerce de toutes les régions du Québec et de représentants des principaux secteurs de l'économie, a convenu d'une position commune et de l'envoi de celle-ci à la Première ministre du Québec. Voici le texte intégral de la lettre envoyée la semaine dernière :

«  Montréal, le 20 septembre 2013

Madame la Première ministre,

Le gouvernement a choisi de présenter aux Québécois un projet de Charte des valeurs québécoises, invoquant des problèmes récurrents dans l'établissement des règles du « vivre ensemble », notamment en matière religieuse. Pourtant, à ce jour, l'expérience de nos membres montre que les « incidents » reliés aux questions religieuses sont anecdotiques et contrairement à ce qu'on a pu entendre, les gens d'affaires ne réclamaient pas d'interventions gouvernementales sur ces questions.

Le réseau des chambres de commerce du Québec n'a pas vocation à se prononcer sur les questions identitaires. Nos entreprises membres qui souhaitent le faire s'exécutent dans les forums appropriés. En revanche, lorsque ces questions risquent de nuire à la croissance des entreprises et au développement économique du Québec, non seulement sommes-nous légitimés de le faire, mais nous en ressentons l'obligation. C'est la conclusion unanime à laquelle le conseil d'administration de la FCCQ, réuni le 17 septembre dernier et composé de chambres de commerce de tout le Québec et de représentants des grands secteurs de notre économie, en est arrivé.

L'interdiction du port de symboles religieux et le droit de retrait des institutions publiques créent, à notre avis, des tensions qui rendent plus précaire la paix sociale et difficile le recrutement de talents, tous deux essentiels au développement économique et à la croissance des entreprises. Certes, la charte ne s'applique qu'aux institutions gouvernementales. Mais quand on sait que le gouvernement est responsable de plus de 20% de l'activité économique du Québec, on comprend rapidement l'impact économique des mesures proposées.

La compétition mondiale pour le talent et les travailleurs
La compétition pour le talent est mondiale. Dans les domaines de pointe notamment, les entreprises s'arrachent les plus grands spécialistes et pour ces jeunes diplômés, toutes les études le confirment, le milieu de vie joue un rôle prépondérant dans le choix de leur destination. Il en va de même pour les chercheurs qui peuplent les laboratoires de nos universités. Alors que l'innovation est la clé de la croissance des entreprises, nécessaire tant aux citoyens qu'au trésor public, nous n'avons pas les moyens d'écarter les meilleurs, ce serait même irresponsable de le faire. Les contraintes imposées par la nouvelle charte peuvent avoir cet effet. Une situation semblable est à craindre pour les travailleurs spécialisés dont notre économie a tant besoin. Il est raisonnable de croire qu'à choisir entre deux milieux de vie, ils préféreront le plus ouvert et le plus accueillant.

La compétition mondiale existe aussi pour l'investissement privé et elle est féroce. Une initiative comme celle de la charte est fort mal perçue dans le monde. Pour créer de la richesse, nous avons grandement besoin de préserver et d'encourager les investissements étrangers. Cela est critique dans un contexte de précarité des finances publiques et de surendettement des ménages.

La fracture Montréal-régions
Dans sa planification stratégique 2012-16, la FCCQ a exprimé sa ferme volonté de travailler au rapprochement des régions du Québec et de la grande région métropolitaine, moteur de notre activité économique. Personne ne peut nier qu'il existe des tensions « Montréal-régions » que tous déplorent et souhaitent atténuer, les gens d'affaires au premier chef. Nous estimons que l'adoption de la charte, conjuguée à la concentration de la diversité de la main-d'œuvre dans la grande région de Montréal, accentuera ce clivage, conduisant à une véritable fracture. De plus, le droit de retrait des institutions publiques et des municipalités risque de créer un Québec où on pourra identifier les régions « ouvertes » et les régions « fermées ». En terme pratique, la gestion d'un Québec ainsi balkanisé deviendrait, tant pour les entreprises que pour les citoyens, un casse-tête de plus à résoudre dans un environnement réglementaire déjà fort complexe.

La fonction publique et les finances du gouvernement
Notre fonction publique vieillit et part à la retraite. L'état des finances publiques lui permet de moins en moins souvent d'être compétitive dans le recrutement de talents. Les conditions et surtout le climat de travail sont pratiquement les seuls avantages comparatifs à proposer aux candidats. Si ces derniers se voient imposer des contraintes qui limitent l'exercice de leurs libertés, ils préféreront aller ailleurs. À terme, nous aurons érigé une barrière de plus à l'accession de gens talentueux au service public. Dans un monde qui ne connaît pas de frontières, où le temps et les distances ne sont plus des contraintes insurmontables, une grande mixité des populations est inévitable, voire souhaitable. Loin de menacer notre identité, cette mixité enrichit notre société de toutes les façons.

Le consensus au Québec
Un consensus existe au Québec autour de la neutralité de l'État, des transactions à visage découvert et de l'établissement de balises souples pour les accommodements raisonnables, l'égalité homme-femme étant déjà protégée par la Charte des droits et libertés de la personne du Québec. Si le gouvernement souhaite quand même poursuivre dans la voie qu'il a choisie, le conseil d'administration de la FCCQ souhaite le retrait de l'interdiction du port de symboles religieux ostentatoires. Cette disposition dresse des obstacles supplémentaires à notre croissance économique et à l'équilibre de nos finances publiques. En ce sens, la liberté d'entreprendre s'en trouve compromise. Alors que les défis du développement économique durable et des finances publiques pèsent lourd sur notre avenir, il nous parait préférable de serrer les coudes et de travailler ensemble à la croissance. Des éléments importants de la charte proposée ont un caractère éminemment divisif. Cela n'est ni nécessaire, ni souhaitable.

Je vous prie de croire, madame la Première ministre, en l'expression de mes sentiments distingués »

À propos de la FCCQ
Grâce à son vaste réseau de près de 150 chambres de commerce et 1200 entreprises du Québec, la Fédération des chambres de commerce du Québec (FCCQ) représente plus de 60 000 entreprises et 150 000 gens d'affaires exerçant leurs activités dans tous les secteurs de l'économie et sur l'ensemble du territoire québécois.
Plus important réseau de gens d'affaires et d'entreprises au Québec, la FCCQ est l'ardent défenseur des intérêts de ses membres au chapitre des politiques publiques, favorisant ainsi un environnement d'affaires innovant et concurrentiel.

 

SOURCE Fédération des chambres de commerce du Québec

Renseignements :

Daniel Bussières
Vice-président, communications
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