• 13 février 2007 16:28
  • - Affaires générales
  • - Syndicats
  • - Télévision

P-K Péladeau, bas les pattes : le système national de télédiffusion ne vous appartient pas !


    MONTREAL, le 13 fév. /CNW Telbec/ - Le Syndicat des communications de
Radio-Canada(FNC-CSN) exhorte le gouvernement fédéral et le CRTC à la plus
grande fermeté face à la grossière tentative de deux conglomérats privés, le
groupe Quebecor et Shaw Communications, de faire main basse sur le Fonds
canadien de télévision (FCT) en provoquant une crise financière artificielle
dans cette institution. Le Syndicat regrette l'inaction de la ministre du
Patrimoine canadien, Mme Bev Oda, face à l'arrêt du versement des
contributions de ces deux entreprises au FCT, une attitude qui ressemble
étrangement à une invitation à la désobéissance civique corporative.
    En réclamant l'éviction du diffuseur public des programmes de financement
du FCT, ces deux géants de l'industrie canadienne des communications tentent
de faire oublier un fait fondamental : la propriété publique des ondes et du
système canadien de radio-télédiffusion. Les câblodistributeurs Vidéotron et
Shaw ont reçu un monopole géographique d'un bien public en échange du paiement
de certains dividendes au propriétaire, le contribuable. Un de ces dividendes,
c'est le versement de redevances au Fonds canadien de télévision qui, lui,
redistribue les sommes à sa disposition à tous les producteurs de contenu
canadien. Par volonté du Parlement, ces diffuseurs incluent aussi bien des
diffuseurs publics que le diffuseur public national, la Société Radio-Canada.
    Autre confusion entretenue par M. Péladeau et ses lobbyistes, le Fonds
canadien de télévision n'est pas "son" argent. L'essentiel des 280 millions de
dollars mis à la disposition du FCT dans le dernier exercice budgétaire connu,
2004-2005, provient des fonds publics. Le ministère fédéral du Patrimoine
fournit 36% de la cagnotte et la société d'Etat Téléfilm 18 %, pour un total
de 54%. Le reste provient des redevances de la câblodistribution (25%), des
distributeurs par satellite (20%) et des intérêts (1%). Il est donc faux
d'insinuer qu'en réservant une portion de ses deniers à la production destinée
à Radio-Canada, le FCT "vole" l'empire de Pierre-Karl Péladeau. En fait, c'est
le contribuable canadien qui subventionne les grands groupes privés, puisque
la part du diffuseur public n'est que de 37%, alors que la contribution de
l'Etat au FCT dépasse les 50%.
    Le Syndicat des communications de Radio-Canada estime que la crise
artificielle provoquée par les deux grands câblodistributeurs cache un mal
plus profond, celui de l'érosion du modèle de financement de l'ensemble du
système canadien de radiodiffusion. Nos élus doivent prendre des décisions
courageuses pour repenser ce système et le recentrer sur l'intérêt public.
N'oublions pas que ses objectifs sont, de par la loi, de protéger la
souveraineté de nos ondes et de renforcer notre production nationale. Or ces
objectifs sont menacés par divers phénomènes dont le passage imminent à la
télévision à haute définition, avec la possibilité d'une irruption massive de
contenus américains, avec ou sans traduction, ainsi que l'exode incontestable
des revenus publicitaires. Les dollars de la publicité s'éloignent des
diffuseurs hertziens traditionnels vers les chaînes spécialisées, puis de
l'ensemble vers l'internet.
    Dans ce modèle financier en crise, la Société Radio-Canada est également
en crise profonde. Les restrictions budgétaires de la décennie précédente se
sont traduites par un transfert d'une partie des crédits parlementaires
destinés au diffuseur public vers les producteurs privés. Le Parlement doit
ramener ces crédits vers la Société afin d'en faire non seulement un diffuseur
mais surtout un producteur de contenu télé de qualité. D'autant plus que les
producteurs privés ne réinvestissent pas plus de 3% de leurs propres fonds
dans la production. C'est ce que démontrent les données de l'Institut
québécois de la statistique. Les règles du FCT obligent Radio-Canada à faire
affaire avec ces producteurs grassement subventionnés pour remplir sa
programmation, des règles qui handicapent la créativité et les économies
d'échelle de tous les diffuseurs hertziens, publics comme privés. Le Syndicat
estime que la crise actuelle du financement de la production télévisuelle a
clairement démontré la faillite du système mis en place à la fin des années
80. Ce système n'a pas permis de créer une industrie privée de la production
saine, mais plutôt un système de bien-être social déguisé.
    Autre conséquence des excès subventionnels aux producteurs privés : les
difficultés de la régionalisation de la production, souhaitée sur papier tant
par les parlementaires que par le CRTC. La montréalisation selon le modèle du
"Plateau Mont-Royal" ne reflète pas le Québec et encore moins le Canada. Seul
un financement adéquat de la production par une institution nationale
responsable permettra le maintien d'une culture identitaire dont le Canada a
besoin.Le SCRC préconise les mesures suivantes :

    - La définition rapide par le gouvernement et le Parlement d'une nouvelle
      politique de financement du système de radiodiffusion canadien
      recentrée sur l'intérêt public et rétablissant l'équilibre entre le
      diffuseur public et la production privée.

    - La modification des règles de fonctionnement du FCT afin de permettre
      aux diffuseurs conventionnels, publics et privés, de produire, s'ils le
      désirent, certaines de leurs productions sans passer par des tiers.

    - La modification des règles régissant la câblodistribution et la
      distribution par satellite afin de permettre aux diffuseurs
      conventionnels d'accéder aux frais d'abonnements des entreprises
      bénéficiaires de ces monopoles publics, à condition toutefois que cette
      ouverture soit liée à des objectifs clairs et précis en matière de
      contenu canadien.

    - L'intervention du Parlement pour mettre de l'ordre dans le financement
      public de la production indépendante. Revenu Canada et le Vérificateur
      général ont tour à tour soulevé des doutes sur la manière dont les
      fonds publics sont utilisés. Il est grand temps que la lumière soit
      faite sur l'utilisation de ces subventions déguisées.

    - Le Syndicat des communications de Radio-Canada appelle enfin le
      Parlement canadien, de qui relève la Société Radio-Canada, à appuyer
      fermement le diffuseur public en allouant un financement pluriannuel
      stable qui puisse permettre la production d'émissions de télévision de
      qualité reflétant l'originalité de la culture propre à ce pays.Le Syndicat des communications de Radio-Canada représente 1500 employés
au Québec et à Moncton, oeuvrant en ondes comme à la production.



Renseignements: Alex Levasseur, (418) 951-3052, (514) 842-4020