Un hebdomadaire, un mensuel et une station de radio impliqués dans des conflits d'intérêts



    MONTREAL, le 1er avr. /CNW Telbec/ - Lors de sa dernière réunion, le
comité des plaintes et de l'éthique de l'information (CPEI) du Conseil de
presse du Québec a rendu neuf décisions. Quatre blâmes ont été prononcés, deux
plaintes ont été retenues et trois ont été rejetées. Un premier blâme fut
prononcé contre le Journal Le Nord-Côtier, pour avoir permis à son coéditeur
d'exercer deux activités incompatibles que sont le journalisme et la promotion
d'un média et de s'être placé en situation de conflit d'intérêts. Un second
blâme fut prononcé à l'endroit de CINQ FM, Radio Centre-Ville, pour absence
d'animation lors des interventions d'un auditeur, conflit d'intérêts et droit
de réplique insatisfaisant. Un troisième blâme fut prononcé contre le réseau
TQS pour manque de rigueur, information inexacte et source non identifiée. Un
dernier blâme fut prononcé contre le réseau CTV pour manque de collaboration.
De plus, une plainte fut retenue contre le mensuel L'Horizon et son directeur
de publication pour s'être placé en conflit d'intérêts et une seconde plainte
fut retenue contre la station radiophonique 103,3 COOL FM, CHRB-FM,
Radio-Beauce Inc. pour propos, attitudes et tons irrespectueux. Ces décisions
sont toutes susceptibles d'être portées en appel dans les 30 jours de leur
réception par les parties.
    Par ailleurs, la commission d'appel du Conseil de presse a rendu, lors de
sa dernière réunion, quatre décisions en matière d'éthique journalistique. Ces
décisions sont finales et maintiennent toutes les jugements de la première
instance.

    D2008-09-012 Isabelle Chiasson, directrice générale, les hebdomadaires
    Le Journal de Sept-Iles et Nord-Est c. Nicolas Asselin, coéditeur et
    l'hebdomadaire Journal Le Nord-Côtier

    Un cumul de fonctions incompatibles

    Mme Chiasson portait plainte contre Nicolas Asselin, éditeur de
l'hebdomadaire Journal Le Nord-Côtier, pour être l'auteur de certains articles
en même temps qu'il exerce des fonctions de prospection publicitaire pour ce
même média.
    M. Asselin répliquait que, depuis le mois de mai 2008, il exerce
exclusivement les fonctions de conseiller publicitaire. Il reconnait avoir été
l'auteur d'articles dans les éditions que soumettait la plaignante au Conseil,
uniquement parce que son équipe de journalistes n'était pas disponible. Il
ajoutait que, pendant cette période, il ne s'est consacré qu'à cette fonction
journalistique. Or, les entreprises de presse doivent veiller elles-mêmes à ce
que, par leurs affectations, leurs journalistes ne se retrouvent pas en
situation de conflit d'intérêts ni d'apparence de conflit d'intérêts. En
regard de ce principe, le Conseil estime que le mis-en-cause, parce qu'il est
d'abord officiellement en charge de la publicité pour le Journal Le
Nord-Côtier, ne pouvait pas occuper une fonction journalistique, même si le
personnel venait à manquer dans son média, sans compromettre son intégrité de
journaliste. L'analyse a aussi permis de révéler que M. Asselin est l'auteur
d'un éditorial dans chacune des deux éditions du Journal Le Nord-Côtier qui
ont été soumises au Conseil. L'activité éditoriale est également une fonction
de type journalistique et, par conséquent, le mis-en-cause ne pouvait pas non
plus exercer celle-ci parallèlement à ses fonctions de conseiller
publicitaire. Le grief fut retenu.
    Dans un second temps, la plaignante reprochait à M. Asselin d'avoir tenu,
dans son commentaire éditorial daté du 21 août 2008, des propos
discriminatoires à l'endroit des hebdomadaires qu'elle dirige ainsi que
d'avoir dénigré le travail de journalistes qui oeuvrent pour d'autres médias,
dans le cadre d'un éditorial publié le 11 septembre 2008. Après analyse, le
Conseil a conclu que ces deux éditoriaux respectent bien les balises que pose
la déontologie journalistique et qu'ils ne font pas montre de propos
discriminatoires ni qu'ils ne dénigrent le travail de certains journalistes.
Ce grief a été rejeté.
    Le Conseil a blâmé M. Nicolas Asselin pour avoir exercé, pour le Journal
Le Nord-Côtier, deux activités incompatibles que sont le journalisme et la
promotion d'un média et de s'être placé en situation de conflit d'intérêts.

    D2008-09-009 Youcef Bendada c. Lamine Foura, journaliste, l'émission
    "Montréal Labass" et la radio CINQ FM Radio Centre-Ville

    Les journalistes et les médias sont responsables de tous les propos tenus
    en ondes

    M. Bendada portait plainte contre le journaliste Lamine Foura et la
direction de la radio CINQ FM Radio Centre-Ville. Il reproche au journaliste
d'avoir laissé proférer des propos injurieux et faux à son endroit lors d'une
tribune téléphonique de l'émission "Montréal Labass", le 26 juillet 2008, de
ne pas être intervenu et d'être en conflit d'intérêts. Il accusait également
la direction de ne pas lui avoir accordé un droit de réplique satisfaisant.
    Le plaignant accusait le mis-en-cause d'avoir laissé proférer des propos
faux et incomplets sur les ondes. Après examen et écoute de l'émission
controversée, le Conseil n'a pas relevé de propos de nature injurieuse.
Relativement à la fausseté de certains d'entre eux, le plaignant n'a pas fait
la preuve de cette accusation. Ce grief a été rejeté.
    Le plaignant accusait ensuite le journaliste de ne pas intervenir à la
suite des propos des auditeurs et ce, au nom de leur liberté d'expression. Sur
ce point, le Conseil a rappelé la responsabilité des journalistes et de leur
direction de tout ce qu'ils diffusent sur leurs ondes, y compris les tribunes
téléphoniques. La non-intervention du journaliste peut mettre en cause le
droit du public à une information de qualité. Les tribunes téléphoniques ou
"lignes ouvertes" sont soumises aux mêmes exigences de rigueur,
d'authenticité, d'impartialité et de qualité que tout autre type de traitement
de l'information. Le rôle de ceux qui les animent requiert une discipline et
un discernement d'autant plus grands que les sujets abordés, en raison des
intérêts et des passions qu'ils soulèvent, suscitent la controverse. Après
examen, le Conseil a estimé que le journaliste a commis un manquement en
laissant libre cours aux propos d'un auditeur sans intervenir. Il était de son
devoir de remettre en contexte les questions et opinions soulevées, afin
d'éclairer tous les auditeurs et ainsi favoriser la qualité de l'information.
Le grief a été retenu.
    Le plaignant accusait aussi le mis-en-cause de conflit d'intérêts. Il
évoquait le fait qu'il était candidat aux élections législatives algériennes
de mai 2007, qu'il serait toujours militant et qu'il aurait laissé l'auditeur
Rachid Della exprimer ses opinions parce qu'il les acquiescerait. En matière
de conflit d'intérêts, le guide de déontologie du Conseil stipule qu'afin de
préserver leur crédibilité professionnelle, les journalistes sont tenus à un
devoir de réserve quant à leur implication personnelle dans diverses sphères
d'activités sociales, politiques ou autres qui pourrait interférer avec leurs
obligations de neutralité et d'indépendance. Après analyse, le Conseil a
remarqué que les implications politiques passées et actuelles du mis-en-cause
s'avèrent compromettantes pour la crédibilité de l'information,
particulièrement lorsque des questions politiques émergent durant ses
émissions. Le grief a été retenu.
    Enfin, le plaignant regrettait que la direction de la radio ne lui ait
pas accordé de droit de réplique. En effet, plusieurs mois après l'émission en
cause et après le dépôt de la plainte devant le Conseil, les mis-en-cause
acceptaient d'accorder au plaignant un droit de réplique. Puisque ce délai
n'est pas raisonnable, le Conseil a retenu ce grief.
    Le Conseil a blâmé M. Lamine Foura et la direction de CINQ FM, Radio
Centre-Ville, pour absence d'animation lors des interventions d'un auditeur
durant l'émission "Montréal Labass", conflit d'intérêts et droit de réplique
insatisfaisant.

    D2008-07-006 Syndicat canadien de l'énergie et du papier (SCEP), section
    locale 175, Jacques Vanier, président c. Richard Desmarais, journaliste
    et animateur, l'émission "L'Avocat du diable" et le réseau TQS

    Le journalisme d'opinion requiert aussi une information juste et mise en
    contexte

    Le SCEP, représenté par son président, M. Vanier, portait plainte contre
le journaliste Richard Desmarais, concernant les propos qu'il a tenus lors de
l'émission "L'Avocat du diable", le 30 avril 2008, sur la chaîne de TQS. Il
reproche au journaliste d'avoir prononcé des propos infondés et inexacts et
regrette que la direction n'ait pas fait de rectification.
    Le Conseil a observé, en premier lieu, que le mis-en-cause n'a pas exposé
les faits relatifs au conflit de travail avant d'émettre son opinion. Or, les
chroniqueurs doivent rappeler les faits relatifs aux événements, situations et
questions qu'ils décident de traiter avant de présenter leurs points de vue,
critiques et lectures personnelles de l'actualité, afin que le public puisse
se former une opinion en toute connaissance de cause quant aux sujets sur
lesquels ils se prononcent. Ainsi, le grief relatif au manque de rigueur du
mis-en-cause, par absence d'un exposé des faits au début de la chronique, fut
retenu.
    Ensuite, le plaignant reprochait au mis-en-cause d'avoir tenu des propos
inexacts, relativement à sa responsabilité dans la décision de Petro-Canada de
déclencher un lock-out. Le Conseil rappelle que la chronique, le billet et la
critique sont des genres journalistiques qui doivent respecter les exigences
d'exactitude, de précision et d'intégrité, tout en autorisant une plus grande
liberté d'expression à leur auteur. Après analyse, le Conseil a observé que le
mis-en-cause a exprimé le fait que la libération syndicale du président M.
Vanier était le seul litige dans ce conflit de travail. Il a donné son
explication quant aux raisons du déclenchement du lock-out. La question de la
libération syndicale de M. Vanier représente effectivement un des éléments
litigieux dans ce conflit de travail, mais pas le seul. Le grief a été retenu.
    Le plaignant dénonçait ensuite le manque de rigueur du mis-en-cause qui
avançait des propos sans citer aucune source. En effet, pour défendre son
point de vue, il avance : "Je le tiens de source sûre". Cette affirmation
porte à confusion pour l'auditeur. Le Conseil estime que le mis-en-cause se
devait de clarifier ses propos concernant la présence d'une "source sûre".
S'il ne pouvait l'identifier distinctement, il se devait d'en expliciter les
raisons. Le grief a été retenu.
    Puis, le plaignant reprochait à la direction de ne pas avoir diffusé de
mise au point relativement aux faits. Compte tenu du premier grief, le
mis-en-cause se devait de corriger le manquement identifié. Le grief a été
retenu.
    Enfin, le Conseil regrette la non-participation des mis-en-cause qui ont
refusé de répondre devant le tribunal d'honneur de la plainte les concernant,
ce qui va à l'encontre de la responsabilité qu'ont les médias de répondre
publiquement de leurs actions. Le Conseil insiste sur l'importance pour tous
les médias de participer aux mécanismes d'autorégulation qui contribuent à la
qualité de l'information et à la protection de la liberté de presse. Cette
collaboration constitue un moyen privilégié pour eux de répondre publiquement
de leur responsabilité d'informer adéquatement les citoyens. Le Conseil
retient le grief pour manque de collaboration du mis-en-cause.
    Le Conseil a blâmé le journaliste Richard Desmarais ainsi que la
direction du réseau de télévision TQS pour manque de rigueur, information
inexacte, source non identifiée, absence de mise au point et absence de
collaboration.

    D2008-02-055 Marie-Claude Montpetit c. le réseau CTV

    Un manque de collaboration déplorable

    Mme Montpetit portait plainte contre le réseau CTV pour n'avoir pas
accordé un suivi diligent et rigoureux au processus judiciaire dans le cadre
d'affaires juridiques la concernant.
    La plaignante déplorait ainsi que le réseau CTV ne se soit pas conformé à
l'obligation qui, selon elle, lui incombait de publier une nouvelle concernant
son acquittement, survenu en février 2008. Or, il est un principe que la
presse doit assurer un suivi rigoureux et diligent de l'information et
accorder autant d'importance à l'acquittement d'un prévenu qu'à son
inculpation ou à sa mise en accusation. Après analyse, le Conseil a constaté
que la cause à laquelle faisait référence Mme Montpetit a été jugée devant la
Cour criminelle et pénale du Québec et que le verdict date du 11 février 2008.
Le réseau CTV avait donc l'obligation de diffuser une information concernant
l'acquittement de Mme Montpetit s'il avait, par le passé, diffusé de
l'information relative à sa mise en accusation. Or, la plaignante n'a pas
présenté la preuve d'une telle diffusion et, de son côté, le télédiffuseur a
refusé de fournir cette information, expliquant que cette demande ne
respectait pas le délai de prescription en vigueur au Conseil de presse. Le
règlement du Conseil se lit comme suit : "A moins de circonstance
exceptionnelle que le plaignant doit établir, une plainte doit être soumise
dans un délai de six mois suivant la publication ou la diffusion de l'objet
visé par la plainte." (Article 3.10, Règlement No 3). Pour le Conseil, il est
clair que la plainte de Mme Montpetit ne porte pas sur le possible reportage
diffusé par CTV lors de son accusation, mais bien sur l'absence de suivi lors
de son acquittement. Le délai de prescription est donc respecté. Il est
également clair, pour le Conseil, que le réseau CTV avait l'obligation de
l'informer de l'existence d'un tel reportage, non pas pour en faire l'examen,
mais afin de déterminer l'obligation qu'avait le réseau de présenter un suivi
au procès de Mme Montpetit. Son refus de fournir cette information est basé
sur une interprétation abusive de l'article 3.10 du Règlement No. 3 du Conseil
de presse et constitue, par conséquent, un manque de coopération.
    Le Conseil a blâmé le réseau CTV pour manque de collaboration.

    D2008-09-013 Yves Drapeau, cinéaste c. Serge Gagnon, directeur de la
    publication et le mensuel L'Horizon

    Un conflit d'intérêts qui remet en question la neutralité du média

    Le plaignant reprochait au mensuel L'Horizon de ne pas avoir traité de
son projet cinématographique, dont il fut question dans une conférence de
presse. Il contestait ce choix rédactionnel qui s'expliquerait par le conflit
d'intérêts dans lequel se trouverait le directeur de la publication, puisqu'il
occuperait également des fonctions de graphiste à la Ville de Trois-Pistoles.
Or, cette municipalité était critiquée lors de la conférence de presse du
plaignant.
    Tout d'abord, le plaignant reprochait au journal de ne pas avoir traité
de son projet cinématographique, présenté lors d'une conférence de presse
couverte par une des journalistes du mensuel. Il invoque l'intérêt public de
son projet et sa portée culturelle pour toute la région. Or, il est un
principe déontologique reconnu, qu'en matière de choix rédactionnel, le choix
des faits et des événements rapportés, de même que celui des questions
d'intérêt public traitées, relèvent de la discrétion des directions des salles
de nouvelles des organes de presse et des journalistes. Ce grief a été rejeté.
    Le plaignant reprochait ensuite au directeur de la publication d'être en
conflit d'intérêts, ce qui expliquerait le choix rédactionnel le discriminant,
puisque le directeur de la publication serait parallèlement graphiste pour la
Ville de Trois-Pistoles, dont le plaignant critiquait le comportement lors de
la conférence de presse. Les entreprises de presse et les journalistes doivent
éviter les conflits d'intérêts ainsi que toute situation qui risque de les
faire paraître en conflit d'intérêts, ou donner l'impression qu'ils ont partie
liée avec des intérêts particuliers ou quelque pouvoir politique ou autre. Le
Conseil estime que le mis-en-cause est en conflit d'intérêts en exerçant une
fonction de responsable dans une entreprise de presse et de contractuel pour
une municipalité. Le mensuel est régulièrement appelé à couvrir des sujets
concernant la municipalité. Cette situation met en cause la crédibilité du
journal. Le grief a été retenu.
    Le Conseil a retenu la plainte de M. Yves Drapeau, contre le mensuel
L'Horizon et son directeur de la publication, M. Serge Gagnon, pour conflit
d'intérêts.

    D2008-06-088 Jean-Marc Fortier c. Anne-Marie Doyon, Louis Poulin et
    Patrice Moore, animateurs et journalistes et la station 103,3 COOL FM
    (CHRB-FM, Radio-Beauce Inc.)

    Des propos abusifs en regard du rôle d'animateur et de journaliste

    M. Fortier portait plainte contre trois animateurs de la station
radiophonique de Ville- St-Georges, 103,3 COOL FM. Le plaignant considère
inacceptables et non professionnels certains propos que les animateurs ont
tenus lors de deux émissions diffusées en mai 2008.
    Le plaignant déplore que, lors de l'émission "Deux gars le midi",
diffusée le 20 ou le 21 mai 2008 sur les ondes du 103,3 COOL FM, les
animateurs et journalistes Louis Poulin et Patrice Moore se soient servis de
fuites de la Commission Bouchard-Taylor afin de provoquer les auditeurs. Le
jour de l'incident, l'émission avait pour thème la Commission, dont le rapport
avait été déposé, mais n'avait pas encore été rendu public. Les animateurs
auraient communiqué des informations inexactes, incomplètes et non appuyées
sur des sources fiables. La jurisprudence du Conseil indique qu'il appartient
d'abord au plaignant de faire la preuve des accusations qu'il formule avant
d'obtenir une condamnation des mis-en-cause. Or, l'analyse faite par le
Conseil indique qu'au-delà de formuler ces accusations, le plaignant ne
démontre pas en quoi l'information livrée par les animateurs est mal fondée,
fausse ou incomplète. Le grief fut rejeté.
    Le second grief concernait un incident survenu le 22 mai 2008, lors de
l'émission du matin animée par Patrice Moore, en collaboration avec Anne-Marie
Doyon et Louis Poulin. Le sujet du jour concernait le cas d'une policière qui
s'était fait arrêter en état d'ébriété et l'animateur M. Moore "se
questionnait à savoir si dans la confrérie policière ils devaient se couvrir
ou dénoncer la faute lorsqu'ils étaient mis au fait de cette faute". Le
plaignant a téléphoné et demandé aux trois journalistes : quelle serait leur
conduite s'il arrivait qu'un de leurs collègues déroge à l'éthique
journalistique. Il a ajouté qu'il "fermait la ligne afin de bien entendre la
réponse à la radio". Selon le plaignant, la réponse des animateurs a été très
irrespectueuse à son endroit et manquait de maturité journalistique : Mme
Doyon, en laissant entendre qu'il "n'était pas assez brave pour rester en
ondes", et M. Moore en lui répondant de ne plus rappeler. Or, le guide de
déontologie du Conseil de presse indique que les animateurs doivent respecter
les opinions de leurs interlocuteurs et éviter à leur endroit tous propos,
attitudes ou tons offensants. Le public est en droit de s'attendre à ce qu'ils
n'abusent pas de leur fonction ni de leur latitude pour imposer leurs points
de vue personnels et écarter ceux qui n'y correspondent pas. Sans recourir à
l'autocensure, les animateurs doivent éviter de se laisser guider par leurs
préjugés, leurs intérêts personnels ou leurs inimitiés. Après examen des
documents des parties et des bandes audio fournies par les mis-en-cause, le
Conseil constate que ceux-ci se sont laissés guider par leurs inimitiés et ont
abusé de leurs fonctions, en employant un ton irrespectueux à l'égard du
plaignant. Le grief a été retenu.
    Le plaignant reprochait aussi aux animateurs, de part leurs réactions
lors de l'émission, d'avoir manqué de respect à sa réputation. Le Conseil
considère toutefois que les propos tenus par les animateurs, bien qu'impolis,
n'étaient pas de nature à manquer de respect à la réputation du plaignant. Le
grief fut rejeté.
    Le Conseil a retenu la plainte contre les animateurs et journalistes
Anne-Marie Doyon, Patrice Moore et Louis Poulin et la station radiophonique
103,3 COOL FM, CHRB-FM, Radio-Beauce Inc, pour propos, attitudes et tons
irrespectueux.

    D2008-08-008 Richard Emery, inspecteur, officier responsable du bureau
    des communications, division C de la Gendarmerie royale du Canada (GRC)
    c. Denis Arcand, journaliste et le quotidien La Presse

    Une activité journalistique qui n'entrave pas le cours de la justice

    M. Emery, au nom de la GRC, portait plainte contre Denis Arcand, pour
avoir attenté au bon déroulement d'une opération policière ainsi qu'à la
sécurité des policiers et ce, dans le but de produire un article à caractère
sensationnaliste intitulé "Ouvre ou on défonce ta porte drett'là!", publié le
19 juin 2008 dans le quotidien La Presse.
    La GRC reprochait, dans un premier temps, à M. Arcand de s'être rendu
chez un suspect à la veille de son arrestation afin de vérifier l'état
d'exécution du mandat d'arrestation; information que la GRC a refusé de lui
confirmer et ce, principalement afin d'assurer la sécurité de ses policiers.
Elle reprochait, par ailleurs, à M. Arcand de ne pas s'être tenu à l'écart
lorsque les policiers ont, le lendemain, procédé à l'arrestation, ce qui
aurait perturbé le bon déroulement de l'intervention. La déontologie du
Conseil stipule que la presse, tout en assurant le droit à l'information sur
les aspects d'intérêt public, doit éviter d'entraver le cours de la justice.
Après étude du dossier, le Conseil a cependant conclu qu'en se rendant chez le
suspect dans le but de savoir s'il avait déjà reçu la visite de policiers, le
journaliste n'a pas entravé le cours de la justice. Cette conclusion ne vaut
néanmoins que dans l'hypothèse où M. Arcand n'a pas fait part au suspect de la
possibilité qu'il soit arrêté le lendemain. Le plaignant n'ayant jamais
présenté la preuve du contraire. Le grief fut rejeté.
    En ce qui a trait au reproche concernant le bon déroulement de
l'opération policière, le mis-en-cause apporte une version contraire à celle
du plaignant en affirmant s'être soumis aux directives des policiers. La GRC
mentionne l'existence de la photographie illustrant l'article qui, selon lui,
démontrerait que le journaliste a perturbé le bon déroulement des opérations
policières. Le Conseil constate que le cliché, illustrant le suspect en état
d'arrestation et maintenu par un policier, laisse entrevoir en arrière-plan M.
Arcand. Cette photographie n'apporte toutefois aucune information concernant
la possibilité que le mis-en-cause ait perturbé le bon déroulement de
l'opération policière. Le grief fut rejeté.
    Enfin, la GRC se plaignait du sensationnalisme de l'article publié par M.
Arcand à la suite de l'arrestation dont il a été témoin. Elle soutenait que la
démarche du mis-en-cause, en ayant des conséquences sur le déroulement de
l'arrestation du suspect, lui aurait permis d'écrire un article nettement plus
sensationnaliste. Le mis-en-cause rétorquait que la présence de n'importe quel
observateur peut avoir des effets sur le déroulement d'un événement. Le guide
des Droits et responsabilités de la presse du Conseil indique que les médias
et les professionnels de l'information doivent traiter l'information
recueillie sans déformer la réalité. Le recours au sensationnalisme risque de
donner lieu à une exagération et une interprétation abusive des faits et
d'induire le public en erreur quant à la valeur et à la portée réelles des
informations qui lui sont transmises. Après analyse, le Conseil a constaté que
le journaliste a rapporté la nouvelle dans le respect des règles que lui
imposait la déontologie. Le grief a été rejeté.
    Le Conseil a rejeté la plainte de la Gendarmerie royale du Canada à
l'égard du journaliste, M. Denis Arcand et du quotidien La Presse.

    D2008-07-004 Mehrnoushe Solouki c. Laura-Julie Perreault, journaliste et
    le quotidien La Presse

    A défaut d'interdiction, toute confidence faite à un journaliste risque
    d'être rendue publique

    Mme Solouki portait plainte contre la journaliste Laura-Julie Perreault
et le quotidien La Presse, au sujet d'un article portant sur son séjour en
Iran. Elle reproche à la journaliste d'avoir déformé ses propos, tenus lors
d'une entrevue téléphonique qui relevait, selon elle, de la sphère privée.
Elle l'accuse aussi d'avoir utilisé son témoignage pour défendre des intérêts
autres et d'avoir atteint à sa réputation. Elle regrette que le quotidien ne
lui ait pas transmis la cassette de ladite interview et ne lui ait pas accordé
un droit de réplique.
    En premier lieu, la plaignante reprochait à la journaliste d'avoir
déformé ses propos, tenus lors d'une interview téléphonique le 21 janvier
2008. Au regard des documents fournis, notamment la communication par
courriels entre la plaignante et la mise-en-cause et les articles en cause, le
Conseil estime que la journaliste n'a pas commis de faute déontologique. Elle
a rapporté les propos et les a mis en contexte. Le grief a été rejeté.
    La plaignante accusait aussi la mise-en-cause d'avoir publié des
informations contenues dans des courriels échangés en juin 2007 qui étaient de
l'ordre privé. Après analyse, le Conseil estime que la journaliste n'a pas
commis de faute déontologique en rapportant ces propos tenus par la
plaignante, dans la mesure où ils sont d'intérêt public, qu'ils permettent de
comprendre la situation vécue par cette dernière et que la plaignante n'a
jamais interdit à la journaliste de les publier.
    Ensuite, la plaignante accusait la mise-en-cause d'être en conflit
d'intérêts. Elle affirmait que la journaliste entretiendrait des relations
d'amitié avec des groupes d'opposantes iraniennes qui biaiseraient son
traitement de l'information. Elle estime que la journaliste a utilisé son
témoignage pour défendre l'intérêt de ce groupe. Après analyse, le Conseil a
observé que ces accusations ne sont aucunement démontrées et le grief fut
rejeté.
    Puis, la plaignante reprochait au journal d'avoir refusé de publier sa
lettre de réplique. Or, puisqu'il n'y a pas eu faute de la part de la
journaliste et que les éditeurs ne sont pas tenus de publier systématiquement
les lettres de répliques, le Conseil a rejeté le grief.
    La plaignante reprochait aux mis-en-cause de ne pas lui avoir transmis
l'enregistrement de l'interview téléphonique avec la journaliste, afin qu'elle
puisse en vérifier le contenu. Le Conseil estime que le matériel
journalistique demeure, en tout temps, la propriété des médias. Les sources
d'information ne détiennent aucun droit d'accès à ce matériel, même si elles y
ont contribué. Le grief fut rejeté.
    Enfin, la plaignante reprochait à l'article de la journaliste d'avoir
manqué de respect à sa réputation et d'avoir nui à sa situation familiale et
professionnelle. Le Conseil n'ignore pas que la publication d'un article peut
avoir des conséquences parfois néfastes. Or, il est de la responsabilité des
journalistes de faire des choix rédactionnels en fonction du degré d'intérêt
public. Dans ce cas, le Conseil estime que la journaliste n'a pas commis de
faute au regard de l'éthique journalistique et n'a pas, dans ces propos,
manqué de respect à la réputation de la plaignante. Après analyse, le Conseil
a observé que les propos respectaient les faits à partir des témoignages
reçus. Le grief fut rejeté.
    Le Conseil a rejeté la plainte de Mme Mehrnoushe Solouki contre la
journaliste Laura-Julie Perreault et le quotidien La Presse.

    D2008-07-001 Marie-Claude Montpetit c. Claude Poirier, journaliste et
    animateur, l'émission "Le vrai négociateur" et le Groupe TVA-LCN

    Des excuses suffisantes

    Mme Montpetit portait plainte contre le journaliste Claude Poirier et la
chaîne télévisée LCN pour avoir proféré en ondes, dans l'émission "Le vrai
négociateur", des propos inacceptables et pour des excuses insatisfaisantes à
la suite de ces propos. Les propos dénoncés ont été diffusés le 26 juin 2008
et les excuses de M. Poirier, le lendemain, le 27 juin 2008.
    Le premier grief, pour propos abusifs et méprisants, portait sur le
qualificatif "d'animateur-poubelle" que le journaliste aurait prononcé à
l'endroit de M. Gilles Proulx et sur celui de "folle qui a aucune crédibilité"
proféré à l'endroit de la plaignante. Le Conseil observe tout d'abord que ces
jugements ont été exprimés dans un contexte de journalisme d'opinion, ce
dernier laissant au journaliste qui le pratique une grande latitude dans le
traitement d'un sujet d'information et dans le ton qu'il adopte pour exprimer
ses critiques et pour prendre parti. Après examen, le Conseil a jugé, d'une
part, que l'expression "animateur-poubelle" dont le journaliste a affublé
l'animateur Gilles Proulx, même si elle n'était pas très flatteuse, peut être
considérée comme ne dépassant pas les limites acceptables dans les
circonstances. En ce qui a trait au qualificatif de "folle qui a aucune
crédibilité", le Conseil a en revanche noté qu'il s'agissait d'un manquement à
la déontologie de la part du journaliste, puisque cette expression dépassait
cette fois-ci les limites acceptables en la matière. Or, le journaliste a non
seulement admis avoir utilisé l'expression, mais a également reconnu avoir
fait une erreur en utilisant celle-ci et le Conseil a conclu que le
journaliste a pris les moyens nécessaires pour remédier avec diligence à son
manquement professionnel, en ayant procédé à un rectificatif et à des excuses
en ondes dès le lendemain. En pareil cas, l'usage veut que le manquement ne
soit pas retenu. Le grief fut rejeté.
    Le second grief formulé par la plaignante concernait la rectification
qui, selon elle, était insatisfaisante, puisque les propos du journaliste
permettaient de reconnaître les personnes visées par ses insultes. En ce qui a
trait à la diligence, le Conseil a noté que la rectification avait été
prononcée dans un délai satisfaisant et a, par ailleurs, relevé que les
insultes faites en ondes par M. Poirier ne mentionnaient aucun nom, ce qui
rendait l'identification de personnes presque impossible. Les excuses
pouvaient, elles aussi, ne préciser aucun nom. Le grief fut rejeté.
    Le Conseil a rejeté la plainte de Mme Marie-Claude Montpetit contre le
journaliste M. Claude Poirier et la chaîne télévisée LCN.

    Décisions de la commission d'appel

    Lors de sa dernière réunion, la commission d'appel du Conseil de presse a
rendu 4 décisions en matière d'éthique journalistique. Ces décisions sont
finales.
    La commission a maintenu l'ensemble des décisions rendues par le CPEI
dans les dossiers suivants :

    
    - D2008-02-48 Marie-Claude Montpetit c. David Santerre, journaliste et
      Le Journal de Montréal
    - D2008-02-051 Aline Roy c. Denis Lord, journaliste et le magazine
      Elle Québec
    - D2008-03-059 Réjean Beaulieu c. Mireille Allaire, journaliste et
      RDI-SRC
    - D2008-05-072 Commission scolaire Marie Victorin c. Emilie Dubreuil,
      journaliste et les émissions "Le Téléjournal" 21 heures et 22 heures
      et la Société Radio-Canada
    

    Le texte intégral des décisions ainsi qu'un résumé des arguments des
parties en cause peuvent être consultés au www.conseildepresse.qc.ca, à la
section "Les décisions redues par le Conseil".




Renseignements :

Renseignements: Guy Amyot, secrétaire général, Conseil de presse du
Québec, (514) 529-2818; Source: Marie-Eve Carignan, responsable des
communications, Conseil de presse du Québec, (514) 529-2818

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