Tribune: Du SRAS au lait toxique, une censure criminelle



    (Nous prions la presse écrite et la presse en ligne de bien vouloir
    publier gracieusement cette tribune dans la rubrique opinion-commentaire,
    voire la section courrier des lecteurs, afin de soutenir la liberté
    d'expression en Chine, à partir d'aujourd'hui et jusqu'à jeudi prochain,
    le 9 octobre 2008.)

    MONTREAL, le 3 oct. /CNW Telbec/ - Les preuves s'accumulent. La censure
imposée aux médias chinois sur le scandale du lait contaminé a eu des
conséquences désastreuses. Dès juillet, un journaliste de l'hebdomadaire
d'investigation Nanfang Zhoumo est en possession de faits avérés : une vague
d'hospitalisations de nouveau-nés est directement liée à l'absorption du lait
en poudre de l'entreprise Sanlu. Craignant les représailles, son rédacteur en
chef préfère ne rien publier. Il a donc fallu attendre début septembre, et la
fin des Jeux olympiques, pour qu'un autre média chinois se risque à publier
cette nouvelle explosive.
    Comment en est-on arrivé là ? Comment le gouvernement chinois a-t-il pu,
encore une fois, préférer le contrôle de l'information à la santé de ses
citoyens ? Et comment des entreprises, étrangères pour certaines d'entre
elles, ont-elles pu aussi longtemps étouffer ce scandale ?
    A la veille des Jeux olympiques de Pékin, le Département de la propagande
- l'organe de censure qui dépend directement du Bureau politique du Parti
communiste - adresse aux médias chinois une directive en 21 points sur les
sujets interdits ou à "couverture restreinte". Le point 8 est explicite :
"Tous les sujets liés à la sécurité alimentaire, comme l'eau minérale causant
des cancers, sont en dehors des limites autorisées." Confronté à une méfiance
mondiale envers la qualité de ses produits, le gouvernement chinois a choisi
le mensonge par omission. La presse chinoise doit se taire. Les responsables
des rédactions libérales, notamment ceux du Nanfang Zhoumo, connaissent trop
bien le prix à payer en cas de violations ces oukases. Trois directeurs du
groupe ont passé plusieurs années en prison pour avoir révélé, en 2003, un cas
de SRAS, sans autorisation officielle. Le dernier d'entre eux n'a été libéré
qu'en février 2008.
    L'affaire du lait toxique n'est donc qu'une répétition tragique des
mensonges de 2003. L'épidémie de SRAS était apparue dès le début de l'hiver
2002, mais les autorités chinoises avaient pris le parti de masquer la vérité
aussi longtemps que possible, afin d'éviter une fuite des investissements
étrangers. Lorsqu'un médecin militaire avait décidé de révéler que les cadres
chinois cachaient l'épidémie de SRAS, le gouvernement avait autorisé
finalement la presse à en parler et juré que cette erreur ne se répéterait
pas. Pas si sûr.
    Les autorités ont toujours tenté d'étouffer dans l'oeuf les scandales
alimentaires ou sanitaires. En 2004, la police avait interdit aux journalistes
étrangers de se rendre dans les provinces affectées par la grippe aviaire. En
avril 2007, les autorités de la province du Shandong (Est) avaient tenté de
censurer des informations sur une épidémie de fièvre aphteuse. Et il est
toujours aussi difficile pour la presse de se rendre dans les villages du
centre du pays où des milliers de Chinois agonisent, malades du cancer ou du
Sida.
    En 2006, le gouvernement chinois a même inscrit cette censure criminelle
dans le marbre : il a promulgué une loi sur la gestion des situations de
crises, punissant de lourdes amendes les médias qui publieraient, sans
autorisation, des informations sur les accidents industriels, les catastrophes
naturelles ou sanitaires et les mouvements sociaux. Dans un premier temps, les
autorités avaient même prévu des peines de prison pour les contrevenants,
avant de faire machine arrière.
    Dans l'affaire du lait frelaté, ils ont fait retirer de l'Internet le
témoignage du rédacteur en chef du journal qui avait refusé de publier
l'enquête sur le lait. Il est aujourd'hui l'objet de pressions. Des
journalistes chinois ont été expulsés de la province, siége de la société
Sanlu. Et un groupe d'avocats bénévoles, qui s'est constitué pour aider les
parents d'enfants intoxiqués, est l'objet d'intimidations. De son côté, le
groupe néo-zélandais Fonterra, actionnaire du chinois Sanlu, a tardé à
transmettre les informations aux autorités.
    Aujourd'hui, l'Etat se mobilise pour aider les nourrissons intoxiqués et
identifier les responsables de la crise. Le président chinois a même appelé
les entreprises à tirer les leçons de ce scandale. Mais le pouvoir a-t-il,
lui, pris la mesure de ses propres actes ? Que font les gouvernements
étrangers ? Ils préfèrent restreindre les importations de produits chinois,
plutôt que de signifier clairement au gouvernement de Pékin que son attitude
est irresponsable. Et l'Organisation mondiale de la santé ? Elle compte les
victimes. Sa directrice générale, Margaret Chan, n'a rien trouvé de mieux que
de conseiller aux femmes chinoises de recourir plus souvent à l'allaitement
maternel.
    La presse chinoise, aiguillonnée par des blogueurs de plus en plus
remuants, tente de devenir un contre-pouvoir. Mais elle devra d'abord obtenir
la fermeture du Département de la propagande, bastion du conservatisme, dont
le seul objectif est de continuer à museler l'information. A n'importe quel
prix.

    
        Jean-François Julliard, secrétaire général de Reporters sans
        frontières International
             François Bugingo, Président de Reporters sans frontières Canada
    




Renseignements :

Renseignements: Katherine Borlongan, Directrice générale, Reporters sans
frontières Canada, (514) 521-4111, rsfcanada@rsf.org

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