Soudan - Les autorités rétablissent la censure: Reporters sans frontières dénonce une décision "illégale et désolante"



    MONTREAL, le 7 mars /CNW Telbec/ - Reporters sans frontières dénonce la
censure à laquelle les autorités soudanaises soumettent les médias privés
depuis le début de l'année 2008. Interpellations, convocations, intimidations
ou interdictions pures et simples de diffuser certaines informations : la
campagne menée par le gouvernement de Khartoum contre la presse indépendante
amoindrit encore les espaces de liberté d'expression.
    "Ce devrait être l'honneur du Soudan de laisser les nombreux quotidiens
qui sont publiés à Khartoum paraître librement et exprimer des opinions
diverses. Mais non, les autorités soudanaises ont choisi d'envoyer, dans les
imprimerie, des censeurs zélés qui ne disposent ni de mandat, ni de
légitimité, ni de clairvoyance. Cette censure n'est pas seulement illégale,
elle est également désolante", a déclaré l'organisation.
    Le 6 février 2008, le gouvernement soudanais a décidé de rétablir la
censure pour les médias privés, après que ceux-ci avaient plusieurs fois
évoqué le soutien que Khartoum a apporté aux rebelles tchadiens dans leur
offensive contre N'Djamena. Interrogé par l'agence Reuters, le 6 mars, un
responsable anonyme du National Security Service (NSS, services de
renseignements intérieurs) a confirmé que la censure préalable était de
nouveau "temporairement" en vigueur, confirmant les soupçons de la presse de
Khartoum, confrontée depuis un mois au harcèlement de la police politique.
    Ce jour-là, les agents du NSS ont commencé à faire irruption dans les
rédactions tous les soirs pour vérifier le contenu des éditions avant leur
impression, selon des journalistes cités par l'agence Reuters. Ainsi, le 10
février, les policiers ont supprimé un article écrit par Haider al-Mikashfy
dans le quotidien arabophone Al-Sahafa, qui rendait compte d'un récent
discours du chef du NSS, Salah Gosh, affirmant que certains journalistes
travaillaient pour le compte d'"ambassades étrangères" et que des "enquêtes"
étaient en cours.
    Dernier épisode en date de cette surveillance permanente, le 3 mars 2008,
des agents du NSS ont fait irruption dans les locaux de l'imprimerie de
l'hebdomadaire privé Al-Midan et ont contraint les employés présents à
supprimer deux articles dans l'édition du lendemain. Le premier concernait
l'acquittement d'al-Tijani al-Tayyib Babiker, rédacteur en chef du journal,
accusé en 2007 d'"atteinte à la tranquillité publique", et le second faisait
mention de la décision d'un groupe armé darfouri d'ouvrir une antenne en
Israel. En réaction, l'équipe de l'hebdomadaire a décidé de retarder la
diffusion du numéro censuré, qui n'a paru que le 5 mars.
    Le 26 février, deux membres du NSS avaient fait irruption à l'imprimerie
d'Al-Midan et avaient partiellement censuré deux articles à paraître sur
l'utilisation de la torture sur des détenus soudanais. Le 18 février, Adil
al-Baz et Ahmed Khalifa, rédacteurs en chef des quotidiens Al-Ahdath et
Al-Watan, avaient été convoqués pour un interrogatoire sur le contenu de leurs
journaux. Le lendemain, alors que leurs deux confrères avaient passé la nuit
en détention, Mohammed Said al-Tayeb, directeur de l'information du quotidien
privé Al-Wifaq, Moustapha Abou al-Alalem et Mey Ali Adem, respectivement
rédacteur en chef et journaliste d'Akher Lahza et Kamal Hassan Bakhit et Hafiz
al-Khayr, rédacteur en chef et journaliste d'Al-Rai al-Aam, avaient également
été interrogés. Ces actes d'intimidation étaient survenus après la
publication, dans les cinq quotidiens, d'informations sur des remaniements
dans la haute hiérarchie de la police soudanaise. Tous les sept avaient été
libérés sous caution dans la journée. Le 14 février, les forces de sécurité
avaient empêché la parution du quotidien privé Al-Rai Al-Shaab, après que
celui-ci avait évoqué le soutien du gouvernement soudanais aux rebelles
tchadiens.
    La censure a été officiellement levée au Soudan en juillet 2005, après la
signature de l'accord de paix avec la rébellion sudiste du Mouvement populaire
de libération du Soudan (MPLS).
    http://www.rsf.org/article.php3?id_article=26064




Renseignements :

Renseignements: Katherine Borlongan, Directrice générale, Reporters sans
frontières, (514) 521-4111, Cell: (514) 258-4208, Télécopieur: (514) 521-7771,
rsfcanada@rsf.org

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