Sommet des leaders - Le RQIC demande à Harper un changement de cap dans les relations nord-américaines



    MONTREAL, le 6 août /CNW Telbec/ - Dans une lettre qu'il a fait parvenir
aujourd'hui au Premier Ministre du Canada, Stephen Harper, le Réseau québécois
sur l'intégration continentale (RQIC) demande au chef de l'état canadien
d'effectuer un changement de cap dans les relations nord-américaines.
    La lettre a été envoyée à M. Harper à quelques jours du Sommet des
leaders nord-américains qui aura lieu les 9 et 10 août, à Guadalajara au
Mexique, au cours duquel il aura de multiples entretiens avec ses homologues
des Etats-Unis et du Mexique, Barack Obama et Felipe Calderon.
    Le RQIC, qui cosigne la lettre avec son partenaire canadien-anglais
Common Frontiers, constate que le Partenariat nord-américain sur la sécurité
et la prospérité (PSP) - lancé par le président George W. Bush, le président
Vicente Fox et le premier ministre Paul Martin en 2005 - et l'ALENA (Accord de
libre-échange nord-américain) sont un échec. Ils n'ont pas réglé les problèmes
de changements climatiques ni permis d'élever le niveau de vie de la majorité
des citoyens d'Amérique du Nord. Selon des études que cite l'organisme, on
constate au contraire que l'écart n'a cessé de s'agrandir entre les riches et
les pauvres.
    L'organisme indique aussi qu'il y a eu augmentation de la violence et de
la militarisation reliées au narcotrafic qui a cours au Mexique. En plus, les
résidents se sont vus imposer récemment des visas pour entrer au Canada. En
matière de sécurité, le PSP a également eu comme effet de bafouer les droits
de la personne en matière de sécurité (liste d'interdiction de vol, etc.).
    Le RQIC et Common Frontiers réclament donc des trois leaders
nord-américains l'abolition pure et simple du PSP, la renégociation de l'ALENA
(laquelle est appuyée par une majorité de Canadiens, dont une forte proportion
au Québec) et l'établissement d'un véritable dialogue et d'un processus
transparent impliquant tous les acteurs de la société civile dans l'esprit
d'une réelle démocratie (une promesse faite par le Président Obama durant sa
campagne électorale). Les deux organismes proposent l'instauration d'un
nouveau modèle du "bon et bien vivre", un modèle au service des travailleurs
et travailleuses, et de l'environnement.

    Le Réseau québécois sur l'intégration continentale (RQIC) est une
coalition composée d'organisations populaires, syndicales, de coopération
internationale, communautaires et environnementales ainsi que de groupes de
recherche. Il a pour objectif de proposer une vision du développement des
Amériques respectueuses des droits sociaux, des droits des travailleuses et
travailleurs et des droits humains, et de promouvoir la démocratie, la
participation, le respect de l'environnement et l'élimination de la pauvreté
sur le continent.

    p.j. Lettre envoyée au Premier ministre Stephen Harper


    
    Le 6 août 2009


    Lettre ouverte au Premier Ministre Stephen Harper
    Objet : Sommet des chefs d'Etat nord-américains

    Monsieur le Premier Ministre,

    Au nom des organismes de la société civile canadienne et québécoise, nous
    vous demandons de changer le cap des relations nord-américaines lors de
    votre rencontre avec les présidents Barack Obama et Felipe Calderon les
    9 et 10 août à Guadalajara, au Mexique. Bien que cette rencontre ne
    prétende pas s'inscrire pas dans la foulée du Partenariat nord-américain
    pour la sécurité et la prospérité (PSP) lancé par le président George W.
    Bush, le président Vicente Fox et le premier ministre Paul Martin en
    2005, rien ne démontre à ce jour que la nature secrète de ce dialogue ait
    beaucoup changé.

    Pendant sa campagne, en février 2008, le candidat démocrate Barack Obama
    a écrit dans le Dallas Morning News que s'il était président, le niveau
    de transparence des sommets des leaders nord-américains refléterait les
    liens serrés qui unissent nos trois pays. Il a promis de "rechercher la
    participation active et ouverte des citoyens, des syndicats, du secteur
    privé et des organisations non gouvernementales pour établir l'ordre du
    jour et réaliser des progrès."

    Monsieur Harper, êtes-vous prêt à dialoguer directement avec les
    organismes de la société civile afin de revoir le format du sommet tel
    que le suggère le président Obama ?

    Pendant sa campagne, le président Obama a aussi promis de renégocier
    l'Accord de libre-échange nord-américain (ALENA) afin de renforcer les
    clauses traitant du travail et de l'environnement et d'éliminer le
    mécanisme de règlement des différends du chapitre 11 permettant aux
    entreprises d'intenter des poursuites contre les gouvernements pour la
    perte éventuelle de profits. Vous avez résisté jusqu'à maintenant aux
    appels à la renégociation de l'ALENA, même si un sous-comité du Comité de
    commerce international de la Chambre des communes a recommandé la
    révision en profondeur du chapitre 11 de l'ALENA sur les investissements
    et du chapitre 19 sur le règlement des différends commerciaux.

    Ce faisant, par le biais du processus à huis clos du PSP, l'intégration
    continentale se poursuit sans participation du public ou du Parlement. De
    nombreuses études, dont les plus récentes données du recensement
    canadien, montrent une stagnation et même une décroissance des revenus de
    la classe moyenne et des ménages à faible revenu, tandis qu'entre 1980 et
    2006, les plus nantis jouissent d'une augmentation de revenus. Ces
    données prouvent que l'ALENA a été préjudiciable à la majorité.

    De plus, bien des choses ont changé depuis que vous avez rencontré les
    présidents Bush et Calderon à la Nouvelle-Orléans en avril 2008. La chute
    des marchés financier et immobilier américains a déclenché une récession
    mondiale, entraînant la perte de plus de sept millions d'emplois depuis
    le début de l'année dernière au Canada, au Mexique et aux Etats-Unis. De
    plus en plus de voix ont réclamé des baisses importantes des émissions de
    gaz à effet de serre en amont des pourparlers internationaux sur le
    climat à Copenhague cette année. De plus, l'épidémie de grippe porcine a
    révélé de sérieuses lacunes dans les pratiques réglementaires
    nord-américaines.

    Monsieur le Premier Ministre, étant donné ce nouveau contexte économique,
    ainsi que la montée de la violence reliée au narcotrafic au Mexique,
    votre décision selon laquelle tous les Mexicains désirant visiter le
    Canada doivent dorénavant obtenir un visa devrait être annulée
    immédiatement. Nous vous invitons plutôt à reconnaître que l'ALENA n'a
    pas mené à la création d'emplois de qualité au Mexique, ce qui pousse un
    demi-million de Mexicains à s'exiler aux Etats-unis ou au Canada à la
    recherche d'une vie meilleure. La levée des restrictions à l'importation
    des produits agricoles et le dumping de produits américains ont obligé
    plus de 2 millions de fermiers mexicains à quitter leurs terres. Le
    nouveau visa canadien pose un obstacle injustifié aux véritables réfugiés
    qui fuient la récente explosion de violence et d'abus des droits de la
    personne qu'a entraîné la militarisation de la lutte aux
    narcotrafiquants.

    Le discours du PSP n'a pas réussi à pallier les lacunes systémiques du
    modèle néolibéral de l'ALENA qui favorise le capital à l'encontre des
    travailleurs et de l'environnement. Selon la logique du PSP, les
    contrôles financiers plus rigoureux et les normes de sécurité
    alimentaires sont considérés comme des entraves au commerce et sont
    interdits, tout comme le sont les conditions qui obligent les entreprises
    à recruter localement et à réinvestir une partie de leurs profits au sein
    de la communauté locale. L'harmonisation des règlements abaisse les
    normes au plus bas dénominateur commun, comme dans le cas d'une plus
    grande tolérance aux résidus de pesticides et le virage vers
    l'autoréglementation de l'industrie.

    La levée des contrôles à l'exportation de l'énergie canadienne et la
    clause de proportionnalité de l'ALENA pourraient obliger le Canada à
    continuer d'exporter des ressources non renouvelables comme le pétrole et
    le gaz naturel aux Etats-Unis, même lors d'une pénurie nationale. Ces
    dispositions ont consolidé la dépendance continentale par rapport aux
    sables bitumineux, dont l'impact environnemental est désastreux, et a
    entravé le développement de sources d'énergies renouvelables.

    Le volet sécurité du PSP s'est avéré tout aussi désastreux. Sous la
    pression américaine pour renforcer leurs frontières à l'aide de nouvelles
    mesures de sécurité, le Canada et le Mexique ont subordonné
    l'indépendance de leur sécurité et, d'une certaine manière, leur
    politique étrangère afin de s'inscrire pleinement dans la lutte au
    terrorisme et au narcotrafic. Le Mexique ne peut continuer à voir ses
    habitants mourir dans une guerre contre ceux qui fournissent des drogues
    au plus grand consommateur, les Etats-Unis. Et la responsabilité des
    Etats-Unis ne peut se limiter à l'aide financière et technique à la
    guerre au narcotrafic (par le biais de l'Initiative Merida), ayant pour
    effet d'ignorer les abus aux droits de la personne perpétrés par l'armée
    mexicaine. La politique du PSP en matière de sécurité mène tout droit à
    des solutions militarisées de prévention du crime et de la lutte à la
    criminalité, qui sont utilisées de façon croissante pour endiguer la
    protestation sociale et criminaliser la dissidence.

    Nous nous opposons à l'application d'une politique canadienne
    d'intégration des mécanismes sécuritaires et militaires avec ceux des
    Etats-Unis, qui signifie, entre autres, une perte de la souveraineté
    canadienne. Cette politique a conduit à la signature d'ententes
    bilatérales qui permettent à l'armée états-unienne de traverser la
    frontière en cas "d'urgences civiles", dont la nature est trop vaguement
    définie, et aux responsables de la sécurité états-unienne de procéder à
    des arrestations sur les eaux canadiennes ainsi qu'en sol canadien.
    Effectuée sans tenir compte des préoccupations des commissaires à la vie
    privée et des organismes de liberté civile, l'harmonisation des
    procédures d'évaluation des risques terroristes, le partage de listes
    d'interdiction de vol et la mise au point de moyens d'identification
    biométriques conjoints (NEXUS, permis de conduire "plus") minent le
    contrôle du Canada sur l'utilisation abusive des informations
    personnelles dans le dédale des banques de données en réseau des
    Etats-Unis.

    Le milieu des affaires nord-américain a appuyé l'adoption de ces mesures
    de sécurité en échange de sa participation au PSP. Au sommet de Cancun en
    2006, de concert avec les présidents Fox et Bush, vous avez créé le
    Conseil nord-américain de la compétitivité (CNAC) donnant ainsi le mandat
    aux représentants des 30 entreprises de la région qui le composent
    d'établir les priorités et de mener à bien le processus du PSP en
    poussant la modification des cadres réglementaires. L'exclusion de tout
    autre secteur social dans l'établissement de l'ordre du jour nord-
    américain est aggravée par le fait qu'aucune de ces priorités n'a été
    soumise au processus législatif du parlement ou du congrès. Le Conseil
    nord-américain de la compétitivité devrait tout simplement être aboli.

    Les plus récents sondages au Mexique et au Canada révèlent que la
    majorité des populations appuie la renégociation de l'ALENA. Au Mexique,
    des millions de personnes se sont réunies lors de manifestations
    populaires contre l'ALENA, tel que le mouvement "El campo no aguanta
    mas" ("Le secteur agricole n'en peut plus"), débouchant sur la signature
    d'une entente avec le président Vicente Fox pour renégocier l'ALENA. Une
    majorité de Canadiens (61 pour cent en septembre 2008, selon un sondage
    de la firme Environics fait à la demande du Conseil des Canadiens) dont
    une forte majorité au Québec, appuie la renégociation de l'ALENA. Aux
    Etats-Unis, plus d'une centaine de membres du Congrès appuie le Trade
    Reform, Accountability, Development and Employment Act (TRADE Act) qui
    retarderait l'approbation de nouvelles ententes de libre-échange jusqu'à
    ce que le gouvernement américain ait revu, avec la participation du
    public, les ententes existantes et les ait renégociées.

    Les organisations de la société civile s'accordent pour approfondir les
    ententes sur le travail et l'environnement et les rendre plus efficaces.
    Mais cela est loin d'être suffisant. De fait, la meilleure des clauses
    sur le travail n'équivaudrait qu'à des voeux pieux couchés sur papier si
    l'on maintient l'actuel modèle économique, qui a été désastreux pour le
    marché du travail et la qualité des emplois. De même, les protections
    environnementales enchâssées dans l'ALENA demeureront lettre morte tant
    et aussi longtemps que la nature sera considérée comme un puits de
    ressources naturelles à exploiter et de profits privés à réaliser. Les
    protections accordées au travail et à l'environnement doivent primer sur
    le commerce international. Nous proposons donc une renégociation en
    profondeur de l'ALENA et l'abolition du Partenariat nord-américain sur la
    prospérité et la sécurité, qui prolongent indûment un modèle économique
    qui ne fonctionne pas.

    En conclusion, nous demandons que vous entamiez un nouveau dialogue, qui
    puise à même des consultations ouvertes et démocratiques, tel que l'a
    promis le président Obama, et qu'endosse manifestement une majorité de
    citoyens dans les trois pays d'Amérique du Nord.

    Nous vous avisons enfin qu'une copie de cette lettre sera également
    transmise à messieurs Obama et Calderon.

    Veuillez agréer, Monsieur le Premier Ministre, l'expression de nos
    meilleurs sentiments.

    Réseau québécois sur l'intégration continentale (RQIC)
    Common Frontiers


    c. c.  Gilles Duceppe, chef du Bloc Québécois
           Jack Layton, chef du Nouveau parti démocratique
           Michael Ignatieff, chef du Parti libéral du Canada


    Le Réseau québécois sur l'Intégration continentale (RQIC) et Common
    Frontiers sont membres de l'Alliance sociale continentale, composée d'un
    ensemble d'organisations et de mouvements sociaux progressistes des
    Amériques. Elle a été créée avec le but de partager de l'information, de
    définir des stratégies et de promouvoir des actions communes afin de
    chercher un modèle de développement alternatif et démocratique pouvant
    bénéficier à nos pays.
    




Renseignements :

Renseignements: Priscilla Bittar, Réseau québécois sur l'intégration
continentale (RQIC), (514) 598-2008, (514) 776-5944

Profil de l'entreprise

RESEAU QUEBECOIS SUR L'INTEGRATION CONTINENTALE

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