Rapport d'investigation sur LE DECES DE MADAME PIERRETTE PARISIEN



    QUEBEC, le 12 avril /CNW Telbec/ - Le Bureau du coroner annonce le dépôt
du rapport du coroner, Dr Paul G. Dionne, à la suite de l'investigation tenue
pour éclaircir les causes médicales et les circonstances entourant le décès de
madame Pierrette Parisien, survenu le 22 février 2006 à l'Hôpital du
Sacré-Coeur de Montréal.

    Les faits à l'origine du décès

    Mme Pierrette Parisien, 36 ans, en bonne santé et sans facteurs de risque
connus, souffre depuis plusieurs années de douleurs au cou récidivantes
traitées par plusieurs manipulations cervicales. Elle se présente chez un
chiropraticien les 6, 7 et 20 février 2006 pour des traitements de
manipulation cervicale. Des symptômes neurologiques importants seront notés
entre la première manipulation du 6 février et celle du 20 février, signes
cliniques pouvant être compatibles avec une manifestation précoce d'une
dissection de l'artère vertébrale droite. Mme Parisien présentera des signes
et des symptômes d'une ischémie cérébrale aigue lors de sa visite du
20 février qui la conduira à son décès le 22 février suivant.

    Les circonstances entourant le décès

    L'investigation a démontré que Mme Parisien s'est rendue le matin du
6 février 2006 chez son chiropraticien en se plaignant d'un torticolis à
droite, de maux de tête à droite et de douleurs au cou importantes; de plus,
elle décrit des étourdissements. Un examen par le chiropraticien confirme les
points de douleur et permet de définir des segments vertébraux qu'il se
propose d'ajuster. Le chiropraticien procède aux ajustements. Mme Parisien n'a
jamais signé de consentement éclairé pour ses traitements.
    De retour chez elle, Mme Parisien trouve que la manipulation cervicale a
été difficile puisqu'elle a eu des étourdissements plus qu'à l'habitude; de
plus, elle aurait présenté des sensations de froid et de picotements dans la
figure ainsi que dans le bras.
    Mme Parisien revient le lendemain 7 février à la clinique et déclare au
chiropraticien qu'elle se sent beaucoup mieux mais qu'elle a encore un peu mal
à la tête et au cou surtout du côté droit. Elle dit être étourdie légèrement.
Une palpation est refaite et le chiropraticien procède à un ajustement
chiropratique similaire à la veille. L'ajustement est plus facile que le
dernier. La douleur au cou est diminuée, mais en s'assoyant Mme Parisien se
sent encore étourdie comme la veille. Elle se plaint d'une paresthésie
brachiale gauche. Le chiropraticien la rassure, la retoune dans la salle
d'attente et lui conseille de revenir durant la semaine si elle ne se sent pas
mieux, sinon de revenir dans deux semaines.
    Le 20 février, Mme Parisien se présente de nouveau à la clinique et
semble satisfaite de son état général depuis deux semaines. Par contre, elle
se plaint d'avoir un cou rigide à droite, mais pas de maux de tête. Le
chiropraticien procède à la palpation et à l'ajustement qu'il lui prodigue
habituellement. Lors d'une manoeuvre, il notera qu'il n'y a pas de
"cavitation" (pas de craquement), ce qui est inhabituel dans le cas de Mme
Parisien. Rapidement, cette dernière l'informe qu'elle se sent mal. Il
recommence à palper et à faire des points de pressions musculaires aux zones
de tension. Mme Parisien recommence à avoir mal à la tête et elle a des
nausées. Le chiropraticien demande l'aide d'une assistante. Mme Parisien se
plaint de maux de tête, de nausées et elle a des vomissements. Le
chiropraticien commence alors à douter d'un possible accident
cérébrovasculaire : il surveille les yeux et les pupilles, il vérifie la
tonicité des bras et des jambes. Il lui pose des questions, Mme Parisien bouge
ses yeux, mais ne parle pas : elle arrive à peine à dire oui et non. Il note
alors que l'oeil droit est dirigé vers le bas contrairement à l'oeil gauche.
    Les secours ambulanciers arrivent rapidement sur place et on lui
administre de l'oxygène.  Mme Parisien est transférée en ambulance à l'Hôpital
du Sacré-Coeur de Montréal où une mort cérébrale a été déclarée le 22 février
2006.


    ANNEXE

    RECOMMANDATIONS

    Pour une meilleure protection de la vie humaine, docteur Paul G. Dionne,
coroner, formule des recommandations à l'égard de quatre aspects :
surveillance, connaissance, formation et protection.
    Le coroner croit que la pratique de la manipulation cervicale doit faire
l'objet d'une attention particulière et que plusieurs organismes doivent
travailler ensemble pour maintenir les standards universitaires enseignés.
L'Office des professions du Québec a un rôle de leadership dans cette
intervention en veillant à ce que les ordres concernés interviennent lorsqu'il
y a pratique illégale. Inévitablement, on peut se demander pourquoi la
procédure est appliquée dans des situations sans bénéfice scientifiquement
prouvé. Les ordres professionnels, dans leur mandat de protection du public,
ont la responsabilité de s'assurer que les professionnels appliquent les
techniques éprouvées dans des situations cliniques où un traitement
d'ajustement cervical a prouvé son efficacité.
    De plus, le patient a le droit de connaître les résultats scientifiques
probants de la manipulation cervicale. Il a le droit d'être informé que dans
certaines conditions, les bénéfices de la manipulation cervicale sont peu
documentés, mais reposent plus sur des présomptions de succès anecdotiques,
isolés ou tout au plus présentent un effet placebo : cela ne l'empêchera pas
de prendre une décision sur son traitement, mais elle sera informée.

    Recommandations pour une meilleure surveillance de la manipulation
    ------------------------------------------------------------------
    cervicale
    ---------

    Statistique Canada

    Pour une meilleure surveillance épidémiologique, le coroner Dionne
recommande que Statistique Canada entreprenne des démarches auprès de
l'Organisation mondiale de la Santé (OMS), afin que des codes décrivant les
effets indésirables consécutifs à une manipulation vertébrale soient intégrés
à la 10e révision de la Classification internationale des maladies (CIM-10).

    Institut canadien d'information sur la santé

    Le coroner recommande également à l'Institut canadien d'information sur
la santé d'intégrer à la CIM-10CA des codes décrivant les effets indésirables
consécutifs une manipulation vertébrale.

    Collège des médecins du Québec

    Le coroner recommande au Collège des médecins du Québec de demander à ses
membres de porter une attention particulière aux patients qui présentent des
signes et symptômes neurologiques possiblement en lien avec la manipulation
cervicale. L'Ordre des chiropraticiens du Québec aimerait être avisé par les
médecins de tout effet secondaire majeur qu'ils documentent.

    Institut national de santé publique du Québec

    L'objectif de l'Institut national de la santé publique du Québec (INSPQ)
est de faire progresser les connaissances et de proposer des stratégies et des
actions intersectorielles susceptibles d'améliorer l'état de santé et le
bien-être de la population. Le coroner recommande à l'INSPQ de mettre son
expertise à contribution afin de mieux connaître et surveiller les effets
secondaires associés aux manipulations cervicales.

    Recommandations pour une meilleure connaissance de la manipulation
    ------------------------------------------------------------------
    cervicale
    ---------

    Fonds de recherche en santé du Québec

    Le coroner recommande au Fonds de recherche en santé du Québec, à
l'instar du National Institute of Health et des IRSC (Instituts en recherche
de santé du Canada), de soutenir financièrement le regroupement de chercheurs
des diverses professions de la santé au Québec qui étudient les effets des
thérapies manuelles.

    Association canadienne des pathologistes en association avec
l'Association des pathologistes du Québec

    Le coroner recommande que l'Association canadienne des pathologistes et
l'Association des pathologistes du Québec standardisent les prélèvements et
les analyses des artères basilaires et vertébrales lors de l'examen post
mortem lorsque l'étude des vaisseaux du cou est justifiée. Il encourage
d'ailleurs ces deux associations à considérer une telle étude.

    Agence d'évaluation des technologies et des modes d'intervention en santé

    Le coroner recommande à l'Agence d'évaluation des technologies et des
modes d'intervention en santé de se pencher sur la manipulation cervicale et
de formuler des recommandations aux professionnels concernés.

    Recommandations pour une meilleure formation en manipulation cervicale
    ----------------------------------------------------------------------

    Ordre des chiropraticiens du Québec
    Collège des médecins du Québec
    Ordre professionnel de la physiothérapie du Québec

    Les ordres professionnels ont la responsabilité de s'assurer que la
manipulation cervicale haute se fait de façon la plus sécuritaire possible et
que les dangers et les effets secondaires peuvent être éliminés par des
indications précises ainsi que par un examen et suivi adéquat des patients.
    Le coroner recommande au bureau de l'Ordre des chiropraticiens du Québec
(OCQ) et de l' Ordre professionnel de la physiothérapie du Québec en vertu du
paragraphe o de l'article 94 du Code des professions, d'adopter dans les plus
brefs délais un règlement sur la formation continue obligatoire de leurs
membres. Ce règlement devrait comporter des activités de formation dirigées et
des activités de formation libres et devrait contenir les sanctions
appropriées pour les professionnels qui ne se conforment pas à la formation
continue.
    Plus spécifiquement, le coroner croit que l'OCQ devrait offrir des
activités de formation dirigées et obligatoires sur les guides cliniques
publiés par l'Association chiropratique canadienne et la Fédération canadienne
des organismes de réglementation de la chiropratique. Il va de soi qu'une
collaboration étroite dans cette formation continue obligatoire doit se faire
avec le Département de chiropratique de l'Université du Québec à
Trois- Rivières (UQTR).
    Les physiothérapeutes auront à définir le contenu de cette formation
obligatoire sur la manipulation vertébrale; le guide de l'OMS pourrait servir
de standard.
    Quant aux médecins qui pratiquent la manipulation vertébrale et qui n'ont
pas défini les normes de pratique dans ce domaine, il leur recommande un
règlement touchant la formation.
    Le coroner recommande à l'OCQ, à l'OPPQ et au Collège des médecins du
Québec de procéder à une évaluation du geste thérapeutique fait par leurs
membres lorsqu'un autre professionnel signale à l'ordre un effet secondaire
qu'il a dû traiter dans sa pratique. Il doit s'établir une meilleure
collaboration entre les médecins qui évaluent les effets secondaires, les
patients, les chiropraticiens et les physiothérapeutes, afin que l'information
clinique circule plus librement pour une meilleure protection du public.
    Le coroner recommande à l'OCQ, en collaboration avec l'UQTR, d'encadrer
ce que les chiropraticiens appellent "traitement de maintien".

    UQTR et la Faculté de médecine de l'Université de Montréal

    Au cours des dernières années, l'UQTR a intégré les étudiants des
programmes de chiropratique et de médecine dans certains cours de sciences. Le
coroner recommande que cette approche soit maintenue et formalisée pour
certains aspects de la formation clinique dans un programme conjoint entre les
deux universités.

    Associations des médecins, des chiropraticiens et des physiothérapeutes

    Le coroner recommande que le public soit informé des risques et des
complications tant légères que sévères de la manipulation cervicale, surtout
lorsqu'elle n'est pas exécutée par un professionnel dûment formé et qui n'est
pas membre d'un ordre. L'information devrait contenir les indications pour la
manipulation cervicale approuvée par la communauté scientifique à partir de
données probantes.

    Ordre des chiropraticiens du Québec
    Collège des médecins du Québec
    Ordre professionnel de la physiothérapie du Québec

    Le coroner croit que les ordres professionnels, ayant pour mandat de
protéger le public eu égard la thérapie par manipulation cervicale, doivent
travailler ensemble. Les chiropraticiens ont publié un premier recueil de
lignes directrices (voir précédemment) et d'autres suivront. Il recommande que
l'OCQ diffuse ces données aux autres ordres. De plus, il recommande que l'OPPQ
et le CMQ prennent connaissance des publications du The Bone and Joint Decade
2000-2010 Task Force on Neck Pain and Its Associated Disorders afin d'adapter
leur pratique à des données probantes.

    Recommandations pour une meilleure protection du public durant la
    -----------------------------------------------------------------
    manipulation cervicale
    ----------------------

    Il est impératif que les patients soient informés de la procédure, des
bienfaits potentiels et des complications possibles de la manipulation
cervicale. Le consentement aux soins qui leur sera soumis pour signature doit
être clair. De plus, ce consentement devrait être plus qu'un consentement
éclairé, mais un document signé par le patient à toutes les modifications du
plan de traitement; idéalement, chaque année, le patient devrait être informé
du consentement qu'il a signé.

    Ordre des chiropraticiens du Québec (OCQ)

    Le coroner recommande à l'OCQ de procéder avec ses membres à
l'implantation du consentement suggéré par l'Association de protection
chiropratique canadienne. Il croit comprendre que ce consentement signé a déjà
été approuvé par le bureau de l'ordre, mais que l'Office des professions du
Québec (OPQ) n'en a pas encore été saisi par l'OCQ. Il recommande donc que
l'OCQ adopte avec diligence cette modification et que, par la suite, l'OPQ
examine le tout rapidement.

    Ordre professionnel de la physiothérapie du Québec (OPPQ)
    Collège des médecins du Québec (CMQ)

    Le coroner recommande à OPPQ et au CMQ de procéder à la rédaction d'un
modèle de consentement aux soins détaillé pour leur pratique de manipulation
cervicale et de s'assurer qu'il fait partie de leur code de déontologie.

    Ordre des Chiropraticiens du Québec
    Ordre professionnel de la physiothérapie du Québec
    Collège des médecins du Québec

    Le coroner recommande à l'OCQ, à l'OPPQ et au CMQ de s'assurer que leurs
membres ont formé leur personnel de soutien (techniciens, secrétaires, etc.) à
reconnaître les effets secondaires de la manipulation cervicale. Les trois
ordres doivent mettre en place avec leurs membres un mécanisme de suivi du
patient qui a été traité par ajustement cervical.

    Office des professions du Québec (OPQ)

    Le coroner recommande à l'OPQ de s'assurer que la réglementation actuelle
qui limite l'ajustement vertébral à des membres d'ordres professionnels
s'applique à ceux qui le pratiquent illégalement. De plus, l'OPQ doit prendre
les mesures pour qu'entre en vigueur l'article 37.1 i) du Code des professions
qui permet aux physiothérapeutes de procéder à des manipulations vertébrales,
mais à condition de détenir une attestation délivrée par son ordre en vertu
d'un règlement de formation continue (projet de Loi 90). Il croit que l'OPQ
doit tenir un rôle de leadership afin que la manipulation cervicale ne soit
effectuée que sous contrôle professionnel.
    -%SU: SAN,LAW
    -%RE: 1




Renseignements :

Renseignements: Anne-Marie Lessard, Responsables des communications et
des relations avec les médias, (418) 643-1845, poste 225,
anne-marie.lessard@msp.gouv.qc.ca


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