Pas de victoire en Iran sans une presse libre



    MONTREAL, le 17 juin /CNW Telbec/ - La situation en Iran ne s'améliorant
pas, Reporters sans frontières a décidé de se mobiliser et espère pouvoir
compter sur vous. La Directrice Générale de Reporters sans frontières Canada
vous propose de lire cet article, publié aujourd'hui dans le quotidien
français Le Monde.

    Pas de victoire en Iran sans une presse libre

    Les gouvernements des Etats démocratiques ne doivent pas reconnaître la
victoire de Mahmoud Ahmadinejad en Iran. Une élection suppose des médias
libres d'en observer le bon déroulement et d'enquêter sur les fraudes
supposées. Or, à Téhéran et dans le reste du pays, la situation est tout
autre. La presse étrangère ne peut plus travailler. Les correspondants ont
reçu l'interdiction de sortir dans la rue pour exercer leur métier. Les médias
iraniens, eux, ont pour consigne de publier les seules informations qui
félicitent le président sortant pour sa "belle et large" victoire. Les
journalistes récalcitrants sont menacés, battus ou emprisonnés. Une bonne
dizaine d'entre eux n'ont donné aucune nouvelle depuis l'élection de jeudi
dernier. Dans le meilleur des cas, certains ont trouvé refuge quelque part,
attendant des jours meilleurs. Au pire, ils sont déjà sous les verrous,
rejoignant leurs confrères détenus de longue date. Avant même le scrutin,
l'Iran était la plus grande prison du Moyen-Orient pour les journalistes, avec
12 détenus.
    Il est pourtant indispensable que les correspondants de la presse
étrangère restent en Iran et poursuivent leur travail. Car une fois partis, il
y a fort à parier que les forces de l'ordre abandonnent toute retenue et
redoublent de répression contre les opposants. Si le président Mahmoud
Ahmadinejad ne consent pas à respecter la liberté de la presse, il faut lui
faire entendre raison. Et une contestation claire et nette des résultats
électoraux par les chefs d'Etat européens pourrait contraindre le président
iranien à fléchir. Barack Obama, enthousiasmé par la défaite du Hezbollah
libanais, s'était mis à rêver à un vrai changement au Moyen-Orient. Lui non
plus ne doit pas céder sur les valeurs qu'il affirme défendre.
    L'enjeu lié au nucléaire iranien ne doit pas servir d'excuse pour rester
silencieux. L'heure n'est plus aux déclarations timides et prudentes,
quémandant plus de temps pour "analyser le scrutin". Berlin a lancé le
mouvement en convoquant, dès lundi matin, l'ambassadeur d'Iran en Allemagne.
La France a suivi quelques heures plus tard. Il faut poursuivre dans cette
voie et exiger que la population iranienne accède à l'information dont elle
est privée.
    Il ne devrait pas être possible de remporter une élection à coup
d'arrestations de journalistes et de censure. La liberté d'exercice des médias
est une composante essentielle du processus électoral. Certes, il y a eu, pour
la première fois, des débats télévisés en direct et les candidats ont pu
s'exprimer plus librement qu'à l'accoutumée. Mais ce n'est pas suffisant. Les
médias devraient être en mesure aujourd'hui de relayer les positions de ceux
qui contestent les résultats. Les reporters devraient avoir l'autorisation
d'interviewer ceux qui expriment leur indignation et leur colère. Il est, par
exemple, inacceptable que le journal de Mehdi Karoubi, autre candidat
malheureux à l'élection, n'ait pas le droit de publier des informations sur
son propre parti. Les hommes de Mahmoud Ahmadinejad sont dans les rédactions
pour veiller au bon respect des consignes.
    Si les envoyés spéciaux étrangers échappent à la prison, ils doivent
franchir les mêmes obstacles que leurs confrères iraniens pour recueillir et
transmettre leurs informations. Les réseaux téléphoniques sont contrôlés,
Internet est filtré et parfois rendu inaccessible. Les e-mails passent
difficilement, les SMS également. Dans ces conditions, transmettre des images,
qui plus est en direct, ressemble à une gageure. Mêmes les ondes de la
prestigieuse BBC sont brouillées.
    Mais le régime réserve encore bien d'autres traitements à la presse
étrangère. Ainsi, la fermeture pour une semaine du bureau de la chaîne par
satellite Al-Arabiya, l'assignation à résidence - c'est-à-dire dans sa chambre
d'hôtel - du correspondant de la chaine allemande ARD, ou encore l'expulsion
de plusieurs envoyés spéciaux de télévisions européennes. Les autorités
iraniennes vont tenter d'éviter par tous les moyens une couverture médiatique
massive des fraudes électorales et des manifestations en cours. Le ministre de
la Culture et de l'Orientation islamique a annoncé, mardi, l'interdiction à la
presse étrangère de couvrir les rassemblements non autorisés, dont ceux des
partisans du candidat Mir Hossein Moussavi. Le pouvoir craint une contagion
rapide des revendications et une extension des mouvements de protestation à
tout le pays.
    L'Union européenne et les Etats membres ne doivent pas faillir dans leur
défense de la liberté d'expression. Aucun gouvernement n'accepterait de
reconnaître les résultats d'une telle mascarade si elle s'était déroulée sur
le vieux continent. Ces exigences doivent-elles être revues à la baisse parce
qu'il s'agit de l'Iran ? Ce serait un coup de poignard dans le dos de ceux
qui, en Iran, ont cru que leur bulletin de vote pouvait modifier leur destin.
Il ne faudrait pas que les Etats démocratiques, rompus aux élections
transparentes et équitables, participent, à leur tour, au bourrage des urnes
iraniennes.

    Jean-François Julliard
    Secrétaire général de Reporters sans frontières

    Reza Moini
    Chercheur Iran




Renseignements :

Renseignements: Katherine Borlongan, Directrice générale, Reporters sans
frontières, (514) 521-4111, Cell: (514) 258-4188, Télécopieur: (514) 521-7771,
rsfcanada@rsf.org

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