Pakistan - La répression s'abat sur la presse - Les nouvelles régulations sur les journaux et les médias audiovisuels plongent le pays vingt ans en arrière



    MONTREAL, le 6 nov. /CNW Telbec/ - Reporters sans frontières dénonce avec
la plus grande fermeté la répression engagée par les forces de sécurité
contres les médias privés d'information. Des dizaines de journalistes ont été
interpellés, agressés ou empêchés de travailler, tandis des équipements de
diffusion de plusieurs médias audiovisuels ont été saisis. Le contenu des
nouvelles régulations sur les journaux et les médias électroniques,
promulguées le 3 novembre, signent la mort certaine des télévisions et des
radios d'information privées qui avaient vu le jour au cours des dernières
années.
    "En l'espace de trois jours, le général Pervez Musharraf est en train de
détruire, un par un, les acquis en matière de liberté de la presse. Sous les
coups de boutoir de l'armée, les médias pakistanais, et plus particulièrement
les télévisions et radios privées, risquent de perdre toute possibilité de
diffuser des informations indépendantes. Aujourd'hui, nous soutenons la
mobilisation des syndicats de journalistes et des rédactions pour que cesse la
répression à l'encontre des médias et à l'état d'urgence. De son côté, la
communauté internationale ne doit pas rester indifférente devant cet
assassinat programmé des médias pakistanais", a déclaré l'organisation.
    Dans la foulée de la proclamation de l'état d'urgence, le général Pervez
Musharraf a modifié les Press, Newspapers, News Agencies and Books
Registration Ordinance de 2002 et la Pakistan Electronic Media Regulatory
Authority (PEMRA) Ordinance de 2002. Selon les copies des amendements obtenus
par Reporters sans frontières :

    
    - il est interdit à tous les médias de diffuser des images ou des
      informations sur un attentat-suicide (le terroriste et ses
      revendications ou les victimes) ;
    - de tenir des propos préjudiciables pour l'idéologie, la souveraineté,
      l'intégrité et la sécurité du Pakistan ;
    - de diffuser des programmes ou des informations incitant à la violence
      ou contraires à la sécurité publique ;
    - de diffuser une quelconque information qui ridiculise le chef de
      l'Etat, l'armée et les institutions ;
    - de parler d'une procédure judiciaire en cours ;
    - de reproduire des informations fausses ou sans fondement.
    

    Les deux nouveaux textes donnent tout pouvoir à l'administration pour
saisir les journaux, et à la PEMRA pour confisquer les équipements des chaînes
et des stations de radio qui ne respecteraient pas ces règles. Les
propriétaires des médias risquent jusqu'à trois ans de prison et une amende de
dix millions de roupies. La nouvelle régulation interdit également aux médias
pakistanais de signer des accords de diffusion avec des médias étrangers sans
autorisation de la PEMRA. Enfin, les opérateurs de câble ou distributeurs
peuvent être condamnés à une peine allant jusqu'à un an de prison pour avoir
violé ces ordonnances.
    Alors qu'en juin dernier, le gouvernement avait dû abandonner, sous la
pression nationale et internationale, son projet de durcissement des règles
pour les médias audiovisuels, ces modifications liberticides ont été, cette
fois, adoptées en force.

    Violences contre la presse

    Le 5 novembre, la police de Karachi (Sud) a tenté de fermer l'imprimerie
du groupe de presse Jang. Les responsables du groupe avaient refusé d'arrêter
l'impression de l'un des titres du groupe, Awam (People), qui contenait un
supplément sur les événements intervenus depuis la déclaration de l'état
d'urgence. La mobilisation de la direction et des salariés du groupe a permis
d'empêcher la censure d'Awam.
    Au même moment, au moins cinq photographes et cameramen ont été arrêtés
par la police devant le Karachi Press Club, alors qu'ils couvraient une
manifestation de militants des droits de l'homme. Le 5 novembre également, un
correspondant de la BBC a été interpellé près du domicile d'un juge de Karachi
alors qu'il tentait de prendre des photos. Les policiers ont effacé les
clichés. A Quetta, un policier a détruit l'appareil d'un reporter de l'Agence
France-Presse qui couvrait une manifestation.
    Le 4 novembre, la police est intervenue dans les bureaux de la chaîne de
télévision Aaj TV à Islamabad. Les policiers ont tenté de perquisitionner une
camionnette utilisée pour retransmettre en direct des événements à l'extérieur
et du matériel de transmission. Les locaux de la radio FM 99 ont également été
encerclés par la police.
    Le 3 novembre, Sattar Kakar, chef du bureau de la chaîne privée ARY à
Quetta (Sud-Ouest), et son cameraman, ont été interpellés pendant quelques
heures. Le lendemain, les forces de sécurité ont perquisitionné les bureaux de
la chaîne à Sukkur (Sud). Ils ont arrêté deux frères du chef de bureau et
menacé des employés.
    Avant même la déclaration d'urgence, des membres de la PEMRA ont investi,
le 3 novembre, les bureaux de la radio FM 103 à Islamabad. Suite à
l'intervention de Rana Altaf, un responsable du PEMRA, trente policiers ont
encerclé la radio, et ont saisi ses équipements de diffusion.




Renseignements :

Renseignements: Emily Jacquard, Directrice générale, Reporters sans
frontières Canada, (514) 521-4111, Cell: (514) 258-4208, Telec.: (514)
521-7771, rsfcanada@rsf.org

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