Nicaragua - Une campagne de harcèlement politique et judiciaire contre certaines ONG met en péril la liberté d'expression et d'association



    MONTREAL, le 10 oct. /CNW Telbec/ - Reporters sans frontières proteste
vigoureusement contre la procédure ouverte pour "malversation" et "blanchiment
d'argent" à la demande du ministère de l'Intérieur contre dix-sept
organisations non gouvernementales, en particulier le Centre d'investigation
de la communication (CINCO), dirigée par le directeur de programmes
audiovisuels Carlos Fernando Chamorro, et le Mouvement autonome des femmes
(MAM), que préside la journaliste Sofia Montenegro. Ces deux personnes ont
fait l'objet, jusqu'à aujourd'hui, d'une violente campagne de dénigrement et
de calomnie de la part de l'entourage proche du président Daniel Ortega. Le
8 octobre 2008, le ministère public a menacé de les incarcérer si elles ne se
rendaient pas à une nouvelle convocation. L'organisation redoute que les
conséquences de cette affaire ne mettent en péril le droit de s'informer et le
droit de s'associer, deux libertés constitutionnelles fondamentales.
    "Le harcèlement administratif et judiciaire engagé notamment contre CINCO
et le MAM est un scandale. Outre le fait que la justice est instrumentalisée
pour régler des comptes politiques, le principe même de cette procédure -
dirigée principalement contre des ONG dédiées à la communication, aux droits
de l'homme et à la défense des droits des femmes -, compromet l'avenir de la
société civile comme vecteur de débat démocratique. Cette procédure vient
s'ajouter à ce que certains appellent une 'campagne noire', c'est-à-dire une
opération médiatique destinée à salir la réputation de Sofia Montenegro et
Carlos Fernando Chamorro, deux voix critiques issues du sandinisme, au prix
d'accusations aussi infondées que déshonorantes. La polarisation, voire la
'guerre médiatique', à l'oeuvre dans d'autres pays d'Amérique latine, fait
courir un risque majeur pour l'intégrité physique de personnes désignées
publiquement comme des ennemis de leur propre nation. Le président Daniel
Ortega, garant des prérogatives constitutionnelles, doit mettre un terme à
cette campagne et à ses suites dans les domaines administratif et judiciaire",
a déclaré Reporters sans frontières.
    Producteur de plusieurs programmes audiovisuels, Carlos Fernando Chamorro
a été une première fois la cible d'une campagne d'attaques personnelles, après
avoir révélé, en juin 2007, une affaire d'extorsion de fonds mettant en cause
la direction du Front sandiniste de libération nationale (FSLN, au pouvoir),
un dossier finalement classé sans suites. "A l'époque, ma photo passait tous
les jours à l'antenne de Canal 4, la chaîne progouvernementale, avec la
mention 'mafieux', 'terroriste', 'trafiquant de drogue' ou 'tueur de paysans'.
Pourtant, la justice elle-même a admis à l'époque que je n'avais rien à me
reprocher. Depuis le mois de mai dernier et jusqu'à aujourd'hui, le procédé
télévisuel a repris, cette fois avec les étiquettes 'agent de la CIA', 'agent
de l'impérialisme', en allusion au fait que CINCO a reçu cette année 20 000
dollars de l'USAID, à peine 1 % de notre budget", a expliqué le journaliste à
Reporters sans frontières.
    Au mois de septembre 2008, la première dame, Rosario Murillo, a
publiquement accusé CINCO, le MAM et l'organisation OXFAM - Grande-Bretagne,
qui supervise un accord de coopération avec les deux premières, d'"ouvrir un
plan de déstabilisation contre le gouvernement". Le ministère de l'Intérieur
a, dans la foulée, ordonné une enquête administrative et judiciaire pour
"malversation" et "blanchiment d'argent" contre dix-sept ONG nicaraguayennes,
dont CINCO et le MAM. Carlos Fernando Chamorro a été le premier à devoir
répondre de tels soupçons devant un procureur, le 2 octobre, pendant cinq
heures. Juanita Jiménez, Patricia Orozco, Ana Maria Pizarro et Sofia
Montenegro, du MAM, ont été convoquées à leur tour les 7 et 8 octobre.
    Ces femmes font déjà l'objet d'une procédure judiciaire engagée peu après
l'investiture du président Daniel Ortega, le 10 janvier 2007, contre une
dizaine de militantes reconnues d'organisations de défense des droits des
femmes qui, dès 2006, se sont élevées publiquement contre l'abrogation de la
loi autorisant l'avortement thérapeutique.
    Le ministère de l'Intérieur a fait savoir, sur son site Internet, que les
dix-sept ONG incriminées n'avaient pas de personnalité juridique et donc de
statut légal, faute d'être inscrites à son registre de contrôle des
associations. Les soupçons de "malversation" et de "blanchiment d'argent"
portent officiellement sur quelque 58 accords financiers - dépassant pour
certains les 400 000 dollars - avec d'autres ONG bénéficiant, elles, d'un
statut légal. Ces dernières, déjà mises à l'amende, pourraient se voir retirer
leur personnalité juridique. Les demandes d'explications de Reporters sans
frontières auprès des autorités, et notamment de la ministre de l'Intérieur,
Ana Isabel Morales Mazun, sont pour l'instant restées sans réponse.
    Au mois de mai 2008, la personnalité juridique de deux partis
d'opposition, le Mouvement de la rénovation sandiniste (gauche) et le Parti
conservateur (droite) a déjà été annulée. "C'est dans un contexte de très
grande tension politique et médiatique que la 'campagne noire' a repris.
Contre moi, mais aussi contre d'autres personnalités dont Sofia Montenegro, en
fait parce qu'elle milite pour la dépénalisation de l'avortement", a déclaré
Carlos Fernando Chamorro. "La femme du président, Rosario Murillo, a tenu des
propos particulièrement infamants contre Sofia Montenegro dans les colonnes de
l'hebdomadaire El 19, l'accusant par exemple d'être une meurtrière parce
qu'elle est la soeur d'un officier de la garde nationale, tortionnaire
reconnu, sous la dictature d'Anastasio Somoza. Alors que Sofia Montenegro a
milité dans les rangs du FSLN !" La journaliste a, depuis, fait l'objet de
nombreuses menaces et tentatives d'intimidation.
    "Au-delà de la procédure engagée contre nous, le gouvernement envisage
une vaste révision de la loi de coopération internationale, dont l'objectif
est de réduire environ 4 500 ONG à un simple rôle d'assistance", a souligné
Carlos Fernando Chamorro.




Renseignements :

Renseignements: Katherine Borlongan, Directrice générale, Reporters sans
frontières Canada, (514) 521-4111, rsfcanada@rsf.org

Profil de l'entreprise

Actualités - Médias

Renseignements sur cet organisme

REPORTERS SANS FRONTIERES

Renseignements sur cet organisme


FORFAITS PERSONNALISÉS

Jetez un coup d’œil sur nos forfaits personnalisés ou créez le vôtre selon vos besoins de communication particuliers.

Commencez dès aujourd'hui .

ADHÉSION À CNW

Remplissez un formulaire d'adhésion à CNW ou communiquez avec nous au 1-877-269-7890.

RENSEIGNEZ-VOUS SUR LES SERVICES DE CNW

Demandez plus d'informations sur les produits et services de CNW ou communiquez avec nous au 1‑877-269-7890.