Négociations chez Urgences-santé - Le syndicat dépose ses demandes pour revaloriser la profession d'ambulancier



    MONTREAL, le 7 sept. /CNW Telbec/ - Le Syndicat du pré-hospitalier (CSN)
représentant les 800 ambulanciers-paramédics de Montréal et de Laval a déposé,
cette semaine, ses demandes pour le renouvellement de la convention collective
auprès de la Corporation Urgences-santé. Sans convention collective depuis le
30 juin 2005, ils souhaitent profiter de cette négociation pour procéder à la
revalorisation incontournable de leur travail.
    La Corporation Urgences-santé qui répond à pas moins de 339 000 appels
d'urgence annuellement, est aux prises avec d'importantes difficultés de
rétention de la main-d'oeuvre. C'est que le travail est très exigeant, autant
physiquement que psychologiquement. Pour le syndicat, il y a urgence de
revaloriser la profession avant que ces problèmes ne s'exacerbent.
    Les ambulanciers-paramédics sont actuellement payés de 16,09 $ à 22,44 $
l'heure. Leur salaire est gelé depuis 2004. Le syndicat revendique une
augmentation salariale de 2 % par année, à compter du 1er avril 2006. A
compter du 1er juillet 2009, les salaires seront déterminés par un exercice de
relativité salariale qui devra être complété avant la signature de la
convention collective. Il s'agit d'un enjeu capital pour le syndicat, puisque
c'est en complétant cet exercice de comparaison des emplois qu'on pourra
évaluer correctement le travail effectué par les ambulanciers-paramédics,
rehausser les salaires et rendre cette profession plus attirante pour la
relève. Rappelons que dans deux ans, les premiers étudiants du nouveau
programme collégial en soins préhospitaliers d'urgence feront leur entrée sur
le marché du travail. Ils seront vraisemblablement une quarantaine pour tout
l'Ouest du Québec.

    Contrer la pénurie

    Le syndicat veut également améliorer l'accès à la retraite et instaurer
certaines mesures de retraite progressive afin d'offrir des perspectives plus
intéressantes aux travailleuses et aux travailleurs plus âgés. Actuellement,
plusieurs choisiront de quitter Urgences-santé se considérant incapable de
faire ce travail, parfois très exigeant physiquement, jusqu'à 60 ans.
    Le syndicat demande, par ailleurs, les mêmes primes de soir, de nuit et
de fin de semaine que celles en vigueur dans l'ensemble du réseau de la santé
et des services sociaux, afin d'assurer un bon équilibre de travailleurs
expérimentés et plus jeunes sur tous les quarts de travail. De plus, le
syndicat revendique une prime de rétention dont le taux reste à déterminer.
Elle devrait permettre de stopper l'exode des ambulanciers-paramédics
d'Urgences-santé, aux prises avec une importante pénurie de personnel.
    Autre problème majeur à régler : l'organisation du travail. Pas moins du
quart des 800 ambulanciers-paramédics à l'emploi d'Urgences-santé sont en
arrêt de travail, notamment en congé de maladie, une situation anormale et
inacceptable qui vient alourdir davantage la charge de travail de celles et de
ceux qui demeurent à l'ouvrage. Pour le syndicat, une bonne partie de la
solution se trouve dans une réorganisation du travail et il souhaite y être
associé par l'entremise d'un comité paritaire. La croissance du nombre
d'interventions des ambulanciers-paramédics et la pénurie de personnel
militent également en faveur d'une organisation du travail plus efficace et
respectueuse des salarié-es.
    Le syndicat souhaite que cette négociation marque un tournant à
Urgences-santé. "Nous sommes à un moment critique, estime le président du
syndicat, Réjean Leclerc. Il faut agir rapidement, parce que de plus en plus
d'ambulanciers-paramédics d'Urgences-santé songent à quitter pour un autre
emploi ; ce qui ne ferait qu'aggraver le problème de pénurie. Nous sommes
convaincus que la corporation en est consciente et c'est pour cela que nous
pensons pouvoir en arriver à un règlement satisfaisant dans des délais
raisonnables. Il en va de l'intérêt des deux parties. Nous avons chacun nos
devoirs à faire et Urgences-santé peut compter sur le syndicat pour faire les
siens. C'est d'ailleurs le message que nous avons livré à l'employeur quand
nous l'avons rencontré."

    Une majorité de travailleurs en détresse psychologique

    Il y a peu de milieux de travail où la santé psychologique des
travailleurs est dans un si piètre état. En 2005, la corporation a mandaté un
expert, le docteur Brian Mishara pour étudier le phénomène du suicide à
Urgences-santé et lui faire des recommandations. Son constat est dévastateur :
58 % des travailleurs vivent un niveau élevé de détresse psychologique ; 51 %
déclarent avoir vécu un événement au travail qui les a marqués au point de
nuire à leur capacité de travail ; un ambulancier-paramédic sur quatre a déjà
songé au suicide.
    On oublie trop souvent que les ambulanciers-paramédics sont en contact
quotidien avec des situations difficiles émotivement, au même titre que les
autres intervenants. Les programmes d'aide et de soutien psychologique chez
Urgences-santé sont assez récents et, par ailleurs, la détresse psychologique
a longtemps été taboue dans ce milieu.
    Dans son rapport, le docteur Mishara y allait de six grandes
recommandations, dont seulement certaines sont en application. Il soulignait,
entre autres, l'importance de réduire les heures supplémentaires et d'alléger
la charge de travail. Il s'agit là d'une question à laquelle il est possible
de s'attaquer lors de cette négociation, croient les syndiqué-es. Ils voient
également une partie de la solution dans une plus grande participation des
salarié-es dans l'organisation du travail.

    Un enjeu de société

    Le travail d'ambulancier-paramédic s'est grandement complexifié au fil
des ans ; il s'est professionnalisé, mais la reconnaissance n'a pas suivi. A
la création des premiers services d'ambulances, le travail se limitait au
transport vers l'hôpital. Mais aujourd'hui, les ambulanciers-paramédics
administrent des médicaments et sont responsables de la "stabilisation" du
patient, c'est-à-dire s'assurer que son état ne se détériorera pas avant son
arrivée à l'hôpital. Ils effectuent certaines manoeuvres paramédicales en
fonction d'un protocole rigoureux, approuvé par le Collège des médecins.
Toutefois, la réévaluation de la profession, par l'entremise d'un exercice de
relativité salariale n'a toujours pas été complétée. Les
ambulanciers-paramédics ne sont donc pas payés à leur juste valeur
actuellement, ce que reconnaissent d'ailleurs Urgences-santé et le ministère
de la Santé et des Services sociaux.
    "Si on veut sérieusement assurer le maintien de la qualité et le
développement des services préhospitaliers d'urgence, on n'a pas le choix, il
faut reconnaître ce travail à sa juste valeur. Les bonnes tapes dans le dos,
ce n'est pas ce qui va inciter les étudiantes et les étudiants à faire
carrière comme ambulancier-paramédic", prévient Réjean Leclerc.

    Le Syndicat du pré-hospitalier (CSN) est affilié à la Fédération de la
santé et des services sociaux (FSSS-CSN) qui regroupe la plupart des
techniciens ambulanciers-paramédics du Québec. Avec ses 110 000 membres en
santé et services sociaux, la FSSS-CSN est la seule organisation syndicale
présente dans tous les types de milieux de travail syndiqué-es du réseau.
Fondée en 1921, la CSN compte aujourd'hui plus de 300 000 membres.




Renseignements :

Renseignements: Jean-Pierre Larche, Service de l'information de la CSN,
(514) 598-2264


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