Mémoire de l'Association des commissions scolaires anglophones du Québec (ACSAQ) présenté à la Commission de consultation sur les pratiques d'accommodement reliées aux différences culturelles



    MONTREAL, le 11 déc. /CNW Telbec/ -

    I. Introduction

    L'Association des commissions scolaires anglophones du Québec (ACSAQ)
présente les commentaires suivants à la Commission Bouchard-Taylor au nom des
neuf commissions scolaires membres desservant quelque 110 000 élèves dans
350 écoles primaires et secondaires et centres d'éducation des adultes à
travers le Québec. Il existe bon nombre d'hypothèses légitimes concernant
l'opportunité et la façon de la Commission d'augmenter la capacité des
individus et des organismes du Québec à mieux identifier et à concilier notre
diversité et valeurs communes. Des préoccupations également légitimes ont été
soulevées concernant l'exploitation politique de ces questions importantes et
la déplorable plate-forme accordée à certaines voix marginales d'intolérance
et d'exclusion.
    C'est un débat qui a été élargi pour parfois devenir, malheureusement et
sans raison valable, un débat public trop compliqué dans bon nombre de
domaines sur l'identité, l'inclusion, la diversité et la religion au Québec.
Le débat, y compris les conclusions des collectivités y découlant, aura un
impact sur l'image que le Québec veut projeter au reste du monde, le niveau de
compétence et la qualité des immigrants que nous attrayons et l'avenir de
notre réputation bien méritée en tant que société moderne et de compassion.
    L'ACSAQ est très consciente de la responsabilité importante attribuée à
nos écoles d'aider les enfants à développer leur capacité, compassion,
perspective et connaissances afin de bâtir leur identité, de confronter, tout
au long de leur vie, les mêmes questions difficiles auxquelles cette
Commission doit faire face. Pour cette raison, nous sommes très heureux
d'avoir l'occasion de comparaître devant la Commission, tout en ayant,
toutefois, quelques réserves quant au mandat et au fonctionnement de la
Commission.
    Il n'y a que 10 ans depuis l'implantation de commissions scolaires sur
une base linguistique plutôt que confessionnelle. Cela étant dit, il existe
depuis longtemps une tradition dans nos écoles publiques anglophones
d'accueillir des élèves de différentes origines ethniques. Depuis plusieurs
années, les écoles anglophones sont axées sur la notion de réunir toute une
variété de langues, de races, de religions et de cultures. Bien sûr, avant
l'adoption de la Charte de la langue française en 1977, un pourcentage
disproportionné de nouveaux arrivants au Québec était inscrit dans des écoles
anglophones. Par la suite, l'accès aux écoles anglophones est limité surtout
aux enfants dont les parents ont fait leurs études en anglais au Canada. Par
conséquent, la diversité de la population étudiante anglophone a été toutefois
moins marquée. Néanmoins, nos écoles, surtout celles de la région de Montréal,
accueillent des élèves admissibles provenant de différentes communautés
culturelles.
    L'ACSAQ est heureuse de faire partie du Comité consultatif sur
l'intégration et l'accommodement raisonnable en milieu scolaire, un comité
consultatif ad hoc auprès de la ministre de l'Education, du Loisir et du
Sport, lequel soumettra son rapport final le 20 novembre 2007 à la ministre de
l'Education, du Loisir et du Sport, Michelle Courchesne. Le mandat de ce
comité était de fournir une définition de "l'accommodement raisonnable" et de
proposer quelques outils et mesures de perfectionnement aux écoles publiques
du Québec afin de traiter de façon équitable et positive la diversité. Bien
que l'ACSAQ ne tente pas de refaire l'excellent travail de ce comité
consultatif, il est important que la Commission reconnaisse le rôle primordial
que nos écoles jouent à promouvoir une vision de la société québécoise qui
fait l'objet d'un large consensus et, quand approprié, à façonner cette
vision. Comme tout éducateur ou parent peut nous dire, nous pouvons apprendre
de nos enfants autant qu'ils peuvent apprendre de nous au sujet de
l'accommodement raisonnable.
    En conclusion de notre introduction, nous tenons à souligner que l'ACSAQ
situe ces audiences dans un contexte positif. Il faut célébrer la diversité de
la société québécoise et non pas s'en méfier. La société québécoise qui est un
produit de son potentiel économique et culturel, de ses traditions d'ouverture
et de démocratie est privilégiée d'être une destination vers laquelle les
nouveaux arrivants de partout dans le monde se dirigent. Oui, l'intégration
des nouveaux arrivants, l'atteinte d'un équilibre pratique entre
l'assimilation et l'isolement, le partage de valeurs sont des défis
importants. Mais, le Québec a besoin de nouveaux arrivants, et la diversité
constitue un enrichissement pour nous. Les Québécois ne devraient pas se
sentir menacés par la diversité. Laisser entendre autre chose va à l'encontre
de la société confiante et dynamique que nous sommes devenus.

    II. Qui sommes-nous?

    Le profil des 350 écoles publiques anglophones du Québec reflète la
diversité. Il y a des écoles à salle unique à l'île de l'Entrée aux îles de la
Madeleine et à Vaudreuil-Soulanges, qui n'est qu'à 45 minutes de Montréal. Il
y a des écoles secondaires de plus de 1 000 élèves dans les grands centres
urbains, mais aussi dans les petites villes des Cantons de l'Est et de la
Rive-Sud. Quelques écoles anglophones desservent des élèves qui habitent dans
des communautés majoritairement francophones, d'autres dans de diverses
communautés ethniques, raciales et linguistiques. En effet, dans certaines
écoles, de plus en plus d'élèves parlent le français comme langue principale à
la maison. Ce même type de variations décrit plus de 14 000 enseignants,
cadres, professionnels, membres du personnel de soutien et commissaires élus
du système scolaire public anglophone.
    Une autre caractéristique du réseau scolaire est la reconnaissance et la
promotion de la diversité culturelle, raciale et religieuse. Bon nombre de nos
commissions scolaires ont des politiques assurant et préconisant une approche
multiculturelle et multiraciale à l'éducation. Au fil des ans, une deuxième
caractéristique typique de nos écoles est la détermination manifestée par le
système à assurer que les élèves maîtrisent et se sentent à l'aise dans la
langue commune du Québec. Les programmes d'immersion française implantés dans
le réseau scolaire anglophone du Québec sont reconnus comme étant des modèles
de classe internationale pour l'enseignement de langue seconde. L'objectif
fondamental de chacune des neuf commissions scolaires anglophones est
d'équiper les élèves avec les compétences en français dont ils ont besoin pour
bâtir leur avenir ici au Québec. Dans le cadre des défis que nous devons
relever pour retenir et renforcer la communauté anglophone du Québec, les
écoles anglophones de cette communauté jouent un rôle positif à promouvoir
l'intégration des enfants dans une société québécoise en évolution.
    Nos écoles, bien sûr, implantent et évaluent le même programme d'études
prescrit par le ministère de l'Education, du Loisir et du Sport pour toutes
les écoles du Québec. Nous travaillons étroitement avec nos partenaires des
commissions scolaires francophones et nous contribuons à l'élaboration de ces
programmes et aux délibérations concernant la pédagogie, le financement, les
services complémentaires et la gouverne scolaire qui façonnnent le système
d'éducation du Québec.
    Il y a lieu de retenir que les commissions scolaires membres élues ont
des relations particulières et directes avec les communautés qu'elles
représentent. Les commissaires sont élus par suffrage universel et, dans nos
neuf commissions scolaires membres, ils représentent le seul palier de
gouvernement responsable auprès de ceux qui s'identifient à la communauté
anglophone du Québec. Compte tenu de cela, nous nous sommes permis, dans ce
mémoire, de commenter toute une gamme de questions devant cette Commission, et
d'examiner possiblement des questions qui dépassent le cadre de l'enseignement
public. Nous respectons les divergences d'opinion qui existent inévitablement
dans les communautés desservies concernant les questions clés devant cette
Commission. Cela étant dit, l'ACSAQ croit qu'il y a un large consensus sur les
positions décrites dans ce mémoire.

    III. Notre compréhension du débat actuel

    L'ACSAQ a pris bonne note du mandat de la Commission suivant le décret du
gouvernement du 8 février dernier :

    
    - de dresser un portrait des pratiques d'accommodement qui ont cours au
      Québec;
    - d'analyser les enjeux qui y sont associés en tenant compte des
      expériences d'autres sociétés;
    - de mener une vaste consultation sur ce sujet; et
    - de formuler des recommandations au gouvernement pour que ces
      pratiques d'accommodement soient conformes aux valeurs de la société
      québécoise en tant que société pluraliste, démocratique et
      égalitaire.

    Nous reconnaissons également que la Commission a cru nécessaire
d'interpréter son mandat dans une perspective large :

    "La seconde façon d'aborder le mandat de la Commission consistait à voir
    dans le débat sur les "accommodements raisonnables" le symptôme d'un
    problème plus fondamental concernant le modèle d'intégration
    socioculturelle institué au Québec depuis les années 1970. Cette
    perspective invitait à revenir sur l'interculturalisme, l'immigration, la
    laicité et la thématique de l'identité québécoise. C'est cette deuxième
    voie que la Commission a choisi d'emprunter, dans le but d'appréhender le
    problème à sa source et sous toutes ses facettes."

    Bien que nous reconnaissions cette deuxième voie que la Commission a
choisi d'emprunter, il est important de commencer par le principe de base
invoqué par le mandat, celui de l'accommodement raisonnable. L'ACSAQ soutient
que ce concept légal offre une orientation assez claire au gouvernement, aux
leaders institutionnels et à tous les Québécois sur la conciliation de valeurs
partagées et de pratiques religieuses et culturelles individuelles. Lorsqu'il
y a un conflit entre ces valeurs et ces pratiques, des efforts doivent être
déployés pour atteindre cette conciliation. En général, s'il peut être assuré
que la pratique est d'une importance fondamentale pour l'individu, elle
devrait être accommodée aussi longtemps qu'elle n'impose pas une contrainte
excessive à ces valeurs partagées.
    Nous ne serions pas si présomptueux d'essayer de restreindre un débat
public formel qui est en voie d'aborder sa troisième saison par un alinéa
aussi simplifié que celui ci-dessus, mais l'ACSAQ tient à rappeler à la
Commission que ce concept important d'équilibre peut et sera enseigné aux
élèves de la première année à la 5e secondaire par le programme d'éthique et
de culture religieuse qui sera implanté à l'automne prochain. Il peut
certainement être adopté par les leaders de la société lorsqu'ils abordent les
questions inévitablement valables sur la façon de traiter la diversité.
    Il y a sûrement des écarts dans la jurisprudence. Notamment, un cas type
clair n'a pas encore été établi, et nous espérons qu'un le sera bientôt, selon
lequel la pleine mise en oeuvre du Programme de formation de l'école
québécoise ne soit limitée en aucune façon par une demande d'accommodement
raisonnable. Les demandes éventuelles de la part d'élèves ou de leurs parents
d'être exemptés de programmes pédagogiques ordinaires : musique, éducation
physique, étude de l'évolution ou le programme susmentionné d'éthique et de
culture religieuse, ne sont pas et ne devraient pas être recevables, selon
l'ACSAQ. Ceci étant dit, est-ce qu'une demande de la part d'un élève ou d'un
enseignant de s'absenter pour observer des fêtes religieuses importantes peut
être conciliée avec les valeurs et les pratiques partagées par la majorité?
Notre réseau d'écoles continue à répondre "oui" à ce type de question.
    Nous pensons qu'il vaut la peine de réitérer qu'un grand nombre de
politiciens et de commentateurs des médias ont rendu un mauvais service en
présentant un certain nombre de questions à ce sujet sur un ton alarmiste et
dommageable. Par exemple, le droit d'un élève sikh de porter le kirpan à
l'école a maintenant été établi par la Cour suprême du Canada. Selon son
évaluation que le kirpan, placé entièrement dans son fourreau, ne peut pas
être vraisemblablement être considéré comme une arme, la Cour a stipulé que sa
présence n'imposait pas une contrainte excessive à la majorité. Les problèmes
entourant cette question sont reconnus comme difficiles et donnent
potentiellement naissance à la division. Néanmoins, les grands titres et les
fausses représentations volontaires des réactions des commissions scolaires à
ce sujet ont servi à déformer plutôt que de rapporter correctement les
nouvelles à cet égard.
    Pareillement, une réaction initiale de bonne foi, même si elle a été
malavisée, à une demande d'un représentant de la communauté hassidique de
faire givrer les fenêtres d'une salle d'exercices, a reçu une couverture
internationale et a été manifestement mal identifiée comme une question
d'accommodement raisonnable. Aucun principe légal de ce genre ne s'appliquait
dans ce cas. L'institution en question n'avait même pas l'obligation de
considérer la demande et ni la personne qui a fait la demande n'a présumé
d'une telle obligation.
    L'ACSAQ mentionne cet exemple, qui n'est pas directement pertinent à notre
rôle d'éducateurs, parce qu'il nous rappelle comment la vaste majorité des
questions et des conflits éventuels conciliant les valeurs et les pratiques
sont et devraient être traités. Il n'y a pas besoin d'inciter des mesures
hâtives pour modifier la législation, ou un recours immédiat aux tribunaux ou
à l'arbitrage ni à l'exploitation politique ou médiatique. Au lieu de cela, la
plupart de ces questions peuvent être réglées par la discussion, la compassion
et des ajustements volontaires de la part de toutes les parties. Chaque jour,
dans les écoles, les entreprises et les établissements communautaires à
travers le Québec, des conciliations aboutissent à la résolution de conflits
entre les valeurs de la majorité et les pratiques individuelles. Ce sont des
compromis positifs; ni le système ni l'individu ne sont compromis. Que la
situation donnée touche des élèves ou des membres du personnel, nous soutenons
que l'ajustement volontaire peut habituellement être la solution plutôt que le
recours plus complexe et difficile à l'évaluation d'un accommodement
raisonnable.

    IV. Le rôle de l'éducation

    Nous convenons que l'intérêt intense suscité par les audiences de la
Commission signale qu'un grand nombre de Québécois ont des questions
pressantes et inquisitives soulevées par le débat des accommodements
raisonnables-questions au sujet de l'expression religieuse et de l'identité,
de la langue et de l'égalité. Il ne nous est pas immédiatement apparent s'il a
été utile de chercher à obtenir des réponses à toutes ces questions en même
temps. Ce qui est important pour nous, en tant qu'éducateurs, est que nos
élèves soient équipés des outils et de l'information qui leur permettront de
faire des choix responsables et réfléchis au moment où ils abordent eux-mêmes
ces questions. A cet égard, l'ACSAQ est sûre que le nouveau programme Ethique
et culture religieuse (ECR) tiendra un rôle très important :
    Premièrement, c'est une étape constructive finale dans la laicisation du
réseau des écoles publiques. Les commissions scolaires linguistiques ont
remplacé les structures confessionnelles il n'y a qu'une décennie et elles ont
depuis offert l'élément catalyseur pour l'élimination légitime et largement
appuyée des programmes d'éducation catholique et protestante dans nos écoles.
Deuxièmement, le programme d'études prescrit est bien considéré, il reflète un
Québec moderne et respectueux de ses valeurs communes et de son histoire. Le
préambule du programme est inspiré, à notre avis, et même utile en tant que
prisme à travers lequel tous les Québécois pourraient considérer les questions
portées à l'attention de cette Commission.
    "Comme plusieurs sociétés démocratiques, le Québec se caractérise par un
pluralisme grandissant. Ce pluralisme se manifeste notamment dans la diversité
des valeurs et des croyances que préconisent des personnes et des groupes et
qui contribuent à façonner la culture québécoise. Facteur important
d'enrichissement, la diversité peut parfois devenir une source de tension ou
de conflit. Pour vivre ensemble dans cette société, il est nécessaire
d'apprendre collectivement à tirer profit de cette diversité. Il importe dès
lors de s'y sensibiliser et d'entreprendre une réflexion et des actions
favorisant le bien commun. Le programme d'éthique et culture religieuse entend
contribuer à cet apprentissage."
    En décrivant l'aspect culturel religieux du programme, le préambule
poursuit : "La culture religieuse consiste en une compréhension des principaux
éléments constitutifs des religions qui repose sur l'exploration des univers
socioculturels dans lesquels celles-ci s'enracinent et évoluent. (...) Dans ce
programme, un regard privilégié est porté sur le patrimoine religieux de notre
société. L'importance historique et culturelle du catholicisme et du
protestantisme au Québec y est particulièrement soulignée, mais on s'intéresse
aussi au judaisme et aux spiritualités des peuples autochtones, qui ont marqué
ce patrimoine, de même qu'à d'autres religions qui contribuent aujourd'hui à
la culture québécoise et inspirent différentes manières de penser, d'être ou
d'agir. En faisant appel au dialogue, on cherche à développer chez les élèves
un esprit d'ouverture et de discernement par rapport au phénomène religieux et
à leur permettre d'acquérir la capacité d'agir et d'évoluer avec intelligence
et maturité dans une société marquée par la diversité des croyances."
    Il sera important de donner aux enseignants l'appui et la formation
nécessaires pour mettre en oeuvre cet ambitieux programme. En outre, les
parents devront être sensibilisés à ses objectifs et à ses orientations. Des
ressources significatives devraient être allouées à ces efforts.
    Le programme est une réponse concrète à notre décision collective et
irrévocable en tant que Québécois d'adopter la diversité et de participer
pleinement à un monde qui évolue rapidement et qui est internationalement
interdépendant. Nous respectons profondément les tensions causées parfois par
cette décision, particulièrement en matière de la protection de la langue
française et de la place de la pratique religieuse traditionnelle au Québec.
En ce qui concerne le premier point, nous réitérons que les écoles anglophones
du Québec sont des partenaires vitaux pour la promotion de la langue et de la
culture françaises, par le biais de leur détermination inconditionnelle
d'aider les jeunes élèves de nos écoles à maîtriser la langue et à apprécier
pleinement la culture. Quant au deuxième point, nous endossons l'objectif du
programme ECR qui est d'offrir aux élèves une base dans un Québec aux racines
catholiques et protestantes prédominantes. Et, à propos, nous déplorons comme
inutiles et non pertinentes toutes polémiques sur l'élimination des croix de
granit qui ornent les bâtiments d'écoles ou le bannissement du renne des
histoires de la maternelle! Il y a de la place dans un Québec moderne pour la
reconnaissance respectueuse des traditions communes. Par conséquent, l'ACSAQ
est très confortable avec la promotion du français comme valeur commune
partagée par nous tous. Nous endossons aussi la reconnaissance de nos racines
religieuses et historiques communes.
    Il est également important pour nous que la contribution historique et
continue du Québec anglophone, sa langue, sa culture et sa place distincte,
soit reconnue comme un élément vital du portrait du Québec que nous partageons
avec les nouveaux arrivants. Il est important que cet aspect vital de la vie
québécoise fasse partie de notre discours public. Nous offrons cette réflexion
parce qu'elle est profondément ressentie par les membres des communautés que
nous desservons, mais aussi dans le contexte actuel important. La Charte de la
langue française circonscrit l'utilisation de l'anglais ainsi que l'accès aux
écoles anglophones. Sa légitimité et sa popularité ne sont pas les sujets du
débat devant cette Commission. Notre point de vue est de souligner que le
réseau scolaire anglophone, comme les communautés qu'il dessert, a un
potentiel peut-être sous-utilisé de combler l'écart entre les autres
communautés minoritaires et les Québécois francophones qui ont des racines
plus profondes au Québec et qui forment sa majorité. Nous invitons la
Commission à recommander que ce potentiel soit pleinement et positivement
exploité.
    Une troisième valeur, l'égalité, malgré son apparente moralité, est plus
problématique, à notre avis. Nous faisons référence spécifiquement à l'égalité
entre les sexes et aux suggestions persistantes qu'elle obtienne une valeur
hiérarchique parmi les autres droits fondamentaux au Québec. L'ACSAQ n'est pas
disposée à endosser deux propositions spécifiques qui ont été mises de l'avant
dans le contexte actuel : Premièrement, nous sommes beaucoup préoccupés par la
recommandation générale du Conseil du statut de la femme selon laquelle la
garantie d'égalité entre les sexes prédomine les droits à la liberté
religieuse. Nous respectons la suggestion qu'il existe un besoin d'établir
cette hiérarchie afin de défendre et d'assurer l'égalité entre les sexes.
    En outre, nous sommes préoccupés par le fait que l'exercice légitime de la
liberté religieuse puisse être conséquemment et inutilement compromis dans
certains cas. Par exemple, l'ACSAQ ne doute pas que la protection des
travailleurs contre la discrimination basée sur le sexe puisse et doive être
totalement assurée dans le cadre des lois en vigueur. Nous ne croyons pas
qu'il est légitime ou respectueux en matière d'égalité entre sexes d'accéder à
la demande d'une personne professant une certaine religion d'avoir un moniteur
de conduite ou un autre dispensateur de service du même sexe. Cependant, le
refus de cette demande n'exigerait pas que la Charte des droits et libertés de
la personne du Québec soit modifiée. Là où la Charte devrait être modifiée et,
à notre grande déception, le premier ministre du Québec a essentiellement
endossé la proposition du Conseil selon laquelle les représentants ou les
fonctionnaires de l'Etat ne puissent arborer de signes religieux ostentatoires
dans le cadre de leur travail.
    Premièrement, la suggestion que de tels signes indiquent automatiquement
la soumission des femmes est erronée et péjorative. Deuxièmement, elle donne
l'impression rétrograde qu'il n'y a qu'une façon d'être québécois. Ceci,
heureusement, est contraire à la vision pédagogique du programme Ethique et
culture religieuse que nous commencerons à mettre en oeuvre l'an prochain
et, nous en sommes convaincus, contraire aux instincts généreux de la plupart
des Québécois. Les institutions publiques et parapubliques du Québec doivent
mieux démontrer qu'elles sont inclusives dans leurs pratiques d'embauche et de
service au public.
    Nous rejetons aussi une autre suggestion du Conseil : "Qu'il soit affirmé,
dans la Loi sur l'instruction publique, que la valeur d'égalité entre les
sexes doit être véhiculée dans les politiques d'éducation et qu'elle ne doit
pas être mise de côté pour des considérations religieuses ou culturelles."
Oui, les élèves ne peuvent que bénéficier d'une pleine compréhension de
l'importance de l'égalité entre les sexes et de la place centrale qu'occupe
cette valeur pour tous les Québécois. Ils ne doivent pas apprendre,
incorrectement, que cette place centrale est nécessairement compromise par des
considérations religieuses ou culturelles.

    V. Recommandations

    Les recommandations suivantes sont inspirées par, et même directement
liées aux réflexions présentées dans ce mémoire. Quelques-unes des
recommandations demandent une action volontaire des divers intervenants
concernés par les questions reliées à l'accommodement raisonnable et à la
l'acceptation de la diversité; d'autres peuvent être facilitées par des
modifications aux politiques et directives gouvernementales. L'ACSAQ invite la
Commission elle-même d'inclure certaines des recommandations décrites ici dans
son rapport final :

    1.  Encourager le ministère de l'Education, du Loisir et du Sport à
        élaborer un plan de communication visant à expliquer à tous les
        Québécois les valeurs et la raison d'être du nouveau programme
        Ethique et culture religieuse.
    2.  Faciliter une participation accrue des commissions scolaires
        anglophones et des autres organismes communautaires anglophones à
        intégration des nouveaux arrivants au Québec, et à promouvoir les
        leurs communes du Québec.
    3.  Reconnaître que, pour jouer le plus grand rôle décrit à la
        recommandation no 2, la stabilité à long terme du réseau scolaire
        anglophone doit être assurée. Nous sommes d'avis qu'il est tout à
        fait pertinent que cette Commission recommande que les Québécois
        s'engagent dans une discussion calme et sérieuse sur la façon de
        faire cela, tout en préservant les priorités nécessaires et légitimes
        de la protection et de la promotion du français en tant que la langue
        commune du Québec.
    4.  Rejeter toute mesure hâtive visant une modification de la Charte des
        droits et libertés de la personne, tout en invitant le gouvernement à
        renforcer la Charte de façon à la protéger de toute modification par
        vote majoritaire.
    5.  Inviter les écoles, le gouvernement, les agences et les organismes
        communautaires à augmenter le nombre de programmes de français,
        langue seconde accessibles aux adultes non francophones.
    6.  Encourager le ministère de l'Education, du Loisir et du Sport à
        promouvoir la présence et la richesse de la diversité du Québec dans
        toutes les disciplines pertinentes.
    7.  De plus, inviter le gouvernement du Québec et tous les organismes
        publics à refléter la riche diversité du Québec dans leurs activités,
        l'affectation de leur personnel et les nominations aux conseils
        d'administration.
    8.  Encourager les médias à faire preuve de retenue, d'assumer leurs
        responsabilités dans toute couverture de la Commission et des
        questions importantes soulevées.
    9.  Dans le rapport final de la Commission, fournir des lignes
        directrices claires précisant les limites imposées et les droits
        conférés par l'accommodement raisonnable.
    10. Inviter les chefs des entreprises à donner leurs points de vue,
        ressources et expertise à une campagne promouvant l'ouverture du
        Québec en matière d'immigration et du respect de la diversité.
    11. Appuyer des efforts positifs visant à promouvoir l'apprentissage du
        français tout en rejetant toute suggestion que la citoyenneté repose
        sur la maîtrise du français.
    12. Encourager des échanges linguistiques et culturels entre les écoles
        anglophones et francophones.
    13. Encourager les associations et représentants communautaires culturels
        à promouvoir une sensibilisation générale accrue de leurs traditions,
        langue et histoire et leur participation à la sensibilisation de
        leurs membres aux valeurs communes du Québec.
    




Renseignements :

Renseignements: Kimberly Hamilton, Coordonnatrice des communications et
des projets spéciaux, (514) 849-5900, poste 225, (514) 919-3894 (cell.)


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