Lettre ouverture au président Amid Karzai avant la conférence sur la reconstruction de l'Afghanistan à Paris



    MONTREAL, le 11 juin /CNW Telbec/ -

    (Cette lettre ouverte est en provenance de France)

    Monsieur le Président Hamid Karzai
    Président de la République
    Kaboul - Afghanistan

    Paris, le 11 juin 2008

    Monsieur le Président,

    A la veille de la conférence sur le développement et la reconstruction de
    l'Afghanistan qui se tient à Paris le 12 juin 2008, Reporters sans
    frontières vous appelle à prendre des engagements clairs pour que la
    liberté de la presse, actuellement menacée dans votre pays, soit mieux
    protégée.

    Presque sept ans après la chute du régime des taliban, l'Afghanistan
    compte près de 300 journaux, dont 14 quotidiens, plus de dix chaînes de
    télévision et de radios privées et sept agences de presse. Le pays n'a
    jamais recensé autant de médias et de journalistes. Mais parallèlement,
    les violences contre la presse n'ont cessé d'augmenter. Ainsi, de juin
    2007 à juin 2008, Reporters sans frontières a relevé pas moins de 18
    agressions, 23 menaces de mort, 14 interpellations et 4 enlèvements. Des
    dizaines d'autres journalistes ont été contraints de démissionner en
    raison de pressions extérieures.

    Nous attendons aujourd'hui que vous preniez l'engagement devant la
    communauté internationale à Paris de régler certains des dossiers les
    plus importants concernant la liberté de la presse. Si cela n'est pas
    fait, votre gouvernement risque de perdre la confiance des journalistes
    afghans et le soutien de l'opinion publique internationale, compliquant
    ainsi la tâche des Etats, notamment ceux de l'Union européenne, qui
    soutiennent financièrement, militairement et politiquement votre
    administration.

    Vous ne pouvez l'ignorer, Monsieur le Président, le cas du jeune
    journaliste Sayed Perwiz Kambakhsh a ému le monde entier. Sa condamnation
    à mort par un tribunal de Mazar-i-Charif a provoqué une vague
    d'indignation légitime. Plus d'un million de personnes ont déjà signé une
    pétition lancée par le quotidien britannique The Independent demandant la
    libération du jeune homme. Les récentes révélations sur les tortures
    qu'il a subies de la part de membres des services de sécurité ont jeté un
    doute sur la capacité de votre gouvernement à respecter les standards
    internationaux en la matière.

    Comment pouvez-vous demander un soutien plus large des pays occidentaux
    quand, au même moment, dans votre pays, des juges, des procureurs, des
    responsables politiques, des chefs religieux s'en prennent à des
    journalistes, parfois en recourant à la violence ?

    La libération et l'annulation de la condamnation à mort prononcée contre
    Sayed Perwiz Kambakhsh serait un signe positif dans ce panorama bien
    sombre.

    Par ailleurs, l'impunité qui perdure dans de nombreuses affaires
    concernant des journalistes afghans est inacceptable. Ainsi, l'incapacité
    de la police et de la justice à mettre la main sur les assassins de Zakia
    Zaki, directrice de la Radio de la Paix, fragilise vos engagements
    internationaux en faveur du respect de l'Etat de droit. Cette impunité
    encourage de nouvelles violences contre les femmes journalistes. Depuis
    l'assassinat de Zakia Zaki, il y a un an, des dizaines de journalistes
    afghanes ont été agressées, menacées ou réduites au silence. Seule votre
    volonté de résoudre ces affaires peut permettre d'enrayer ces attaques.
    Sans actes, les paroles apaisantes de vos ministres n'ont aucune
    efficacité.

    Au cours des derniers mois, au moins dix femmes journalistes ont été
    agressées dans la seule province d'Herat. "L'inactivité des autorités est
    un élément important dans l'augmentation de ces attaques", explique
    Rahimullah Samandar, président de l'Association des journalistes
    indépendants afghans (AIJA).

    A Mazar-i-Charif, au début de l'année 2008, trois femmes journalistes ont
    été menacées de mort par des inconnus. "Pourquoi vous travaillez avec les
    Américains ? Attention, on va te tuer", "Si tu continues de te montrer à
    la télévision, on peut enlever ta soeur, ta mère et d'autres membres de
    ta famille", ont prévenu les auteurs de ces appels anonymes. Malgré leurs
    demandes répétées, les journalistes n'ont pas obtenu de protection de la
    police.

    Reporters sans frontières a recueilli des témoignages accablants sur
    l'incapacité des autorités à assurer la protection des journalistes dans
    des villes comme Herat. La journaliste Khadijeh Ahadi, de la radio
    Faryad, a été obligée de quitter la ville de l'ouest afghan après avoir
    été menacée de mort. Elle animait une émission de radio très populaire au
    cours de laquelle elle donnait la parole aux habitants sur leurs
    conditions de vie.

    De son côté, Hasam Shams, ancien directeur de l'antenne à Herat de la
    télévision d'Etat, a été contraint de démissionner suite aux pressions.
    "La renaissance médiatique s'est faite avec la participation de jeunes
    journalistes, mais les ennemis de la liberté de presse, notamment les
    hommes armés par les anciens chefs de guerre, ne tolèrent pas l'émergence
    de ces médias. Ils ont le pouvoir de nous empêcher de travailler", a
    commenté Hasam Shams.

    Selon Najiba Ayubi, la directrice du groupe de presse TKG, la situation
    est particulièrement inquiétante dans les provinces : "La présence de la
    communauté internationale et des journalistes étrangers dans la capitale
    oblige le gouvernement à tolérer la liberté de la presse, même s'il ne
    l'aime pas vraiment. Mais dans les provinces, les responsables font ce
    qu'ils veulent. Tant que ces hommes hostiles à la liberté d'expression
    auront des armes et le soutien du gouvernement, il n'y a pas d'espoir
    pour les journalistes."

    De nombreux journalistes afghans interrogés par Reporters sans frontières
    sont extrêmement critiques envers l'action de votre gouvernement à leur
    égard. "L'Etat a perdu son honneur en se montrant incapable de protéger
    la liberté d'expression", estime Saad Mohseni, directeur de la chaîne
    privée Tolo TV, fréquemment harcelé par les autorités judiciaires et
    religieuses.

    Comme vous ne pouvez l'ignorer, Monsieur le Président, les attaques se
    concentrent essentiellement sur les médias indépendants, souvent
    critiques des autorités nationales et locales.

    Bien entendu, votre gouvernement n'est pas le responsable des violations
    les plus graves. L'assassinat cette semaine d'Abdul Samad Rohani,
    journaliste de la BBC et de l'agence de presse Pajhwok dans la province
    de Helmand (Sud), par les hommes d'un commandant taliban a, une nouvelle
    fois, démontré la barbarie des insurgés. Déjà en 2007, Sayed Agha et
    Adjmal Nasqhbandi, le chauffeur et le guide du reporter italien Daniele
    Mastrogiacomo, avaient été tués par des taliban dans la même province de
    Helmand.

    Enfin, nous souhaiterions que les diplomates afghans puissent intervenir
    en faveur d'Ali Mohaqiq Nasab, directeur du mensuel Haqoq-e-Zan (Droits
    des femmes), qui connaît une situation difficile en Iran. Bien qu'il ait
    été libéré sous caution le 29 mai 2008 après avoir passé 86 jours à la
    prison du ministère des Renseignements dans la ville de Qom (150 km au
    sud-ouest de Téhéran), il est toujours harcelé en Iran et en Afghanistan.

    Jamais dans l'histoire moderne de l'Afghanistan, la population n'avait eu
    accès aussi librement à des informations produites par des Afghans pour
    des Afghans. Auparavant, les médias les plus populaires étaient
    étrangers, notamment la BBC ou VOA. Aujourd'hui, les Afghans, notamment
    les jeunes, plébiscitent les médias indépendants. Mais ce sont ceux-là
    mêmes qui sont les victimes des attaques, des pressions et d'un
    harcèlement juridico-religieux, souvent initié par vos partisans.

    Monsieur le Président, nous espérons que nous pouvons trouver en vous un
    interlocuteur réceptif à notre requête et que vous ferez votre possible
    afin de mettre un terme à cette situation inquiétante.

    Je vous prie d'agréer, Monsieur le Président, l'expression de ma très
    haute considération.

    Robert Ménard,
    Secrétaire général
    Reporters sans frontières




Renseignements :

Renseignements: Katherine Borlongan, Directrice générale, Reporters sans
frontières Canada, (514) 521-4111, rsfcanada@rsf.org

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