Lettre de la présidente de la CSN au premier ministre Harper - Le sommet du G8 de Heiligendamm : une obligation de cohérence



    MONTREAL, le 4 juin /CNW Telbec/ - A la veille du sommet du G8, la
présidente de la CSN rend public une lettre qu'elle a fait parvenir au premier
ministre Stephen Harper. Dans cette lettre, dont vous trouverez copie
ci-jointe, madame Claudette Carbonneau demande au premier ministre
d'intervenir sur différentes questions comme la bonification du régime
d'assurance-emploi, la mise en place d'un programme d'aide aux travailleurs
âgés, l'adoption de mesures de sauvegarde pour protéger des emplois
manufacturiers, la ratification des conventions internationales du travail, la
financiarisation de l'économie et le respect du protocole de Kyoto.


    Monsieur le Premier Ministre,

    Le 8 juin prochain, vous aurez l'occasion de discuter de politiques
sociales et économiques avec vos vis-à-vis des grands pays industrialisés.
Cette rencontre se déroule après des réunions préparatoires des ministres du
Travail et des Finances du G8. Plusieurs thèmes abordés au cours de ces
rencontres donnent matière à réflexion et surtout matière pour de nouvelles
politiques.
    Les ministres du Travail ont insisté sur la reconnaissance des effets
négatifs de la mondialisation sur les citoyens, sur l'importance d'aider ces
citoyens à faire face aux difficultés économiques. Ils ont affirmé la
nécessité d'une stratégie d'emploi et de protection sociale pour donner un
visage social à la mondialisation. A maintes reprises, ils ont insisté sur
l'importance de l'appui, la promotion et l'application des droits fondamentaux
tels que définis dans la Déclaration sur les droits fondamentaux au travail de
l'Organisation internationale du travail (OIT).
    On ne peut toujours plaider pour que les autres pays fassent mieux, et
même offrir notre aide pour ce faire, sans parfois regarder dans sa propre
cour. Le Canada devrait poser certains gestes dès maintenant pour envoyer un
signal clair.

    Bonifier le régime d'assurance-emploi

    Il y a un consensus large actuellement au Canada pour bonifier le régime
d'assurance-emploi. Les partis d'opposition, les grandes centrales syndicales
et les groupes de chômeuses et de chômeurs s'entendent pour appuyer le projet
de loi C-269 afin d'améliorer l'accès aux prestations de chômage et de
bonifier le montant payable et la durée des prestations. Cette politique est
particulièrement importante pour les travailleuses et les travailleurs des
régions durement frappées par des restructurations majeures de leur économie.
Donner un visage social à la mondialisation doit se manifester dans des gestes
concrets pour ces personnes. Votre gouvernement doit agir maintenant en ce
sens.

    Aider les travailleurs âgés

    Beaucoup de travailleuses et de travailleurs vieillissants sont frappés
par les pertes massives d'emplois que connaît en particulier le secteur
manufacturier. Il est souvent trop tard pour eux pour parler de formation
continue ou d'autres mesures d'adaptation. Il est donc temps que le
gouvernement fédéral mette en oeuvre un véritable programme d'aide pour les
travailleuses et les travailleurs âgés en vue de leur garantir une transition
honorable vers la retraite.

    Adopter des mesures de sauvegarde

    La crise que connaît actuellement le secteur manufacturier appelle à des
mesures d'envergure de la part de votre gouvernement. Comme elle ne risque pas
de s'estomper à court terme, nous pensons que le Canada doit prendre les
moyens qui s'imposent pour limiter les dégâts. Par exemple, les milliers de
pertes d'emplois survenus au cours des dernières années, particulièrement dans
le secteur du textile et du vêtement, auraient certainement nécessité des
mesures de sauvegarde. Si le gouvernement canadien a refusé de se prévaloir de
ce droit reconnu dans les ententes internationales commerciales, nous croyons
qu'il ne peut pas envisager l'avenir du secteur manufacturier sans
considération pour l'utilisation de ces mesures d'exception qui garantissent
un minimum de protection, mais surtout qui dégagent un espace pour faciliter
une transition.

    Ratifier les conventions internationales sur le travail

    Le Canada doit également changer de politique relativement aux
principales conventions sur le travail de l'OIT. Le gouvernement doit cesser
de s'abriter derrière le partage des juridictions pour ne pas signer certaines
d'entre elles, surtout lorsqu'il affirme que d'autres doivent faire mieux. Le
Canada a signé, mais n'a toujours pas ratifié trois des huit normes
fondamentales du travail.
    Le gouvernement doit en outre respecter sa signature. Les provinces font
trop souvent preuve de désinvolture quant au respect des droits fondamentaux
du travail. Les condamnations du Bureau international du travail (BIT) sont de
plus en plus nombreuses et ses conclusions de plus en plus accablantes.
J'invoque, entre autres, les décisions récentes du BIT à l'encontre du
gouvernement de Jean Charest dans le cas des lois 7 et 8 et 142 qui ont, tour
à tour, mis à mal le droit de se syndiquer et bafoué les règles élémentaires
garantissant le droit à la libre négociation dans le secteur public. Des
centaines de milliers de travailleuses et de travailleurs québécois attendent
toujours réparation et continuent de ne pouvoir exercer des droits
fondamentaux qui caractérisent pourtant les sociétés libres et démocratiques.
    On ne peut appeler, comme le fait votre gouvernement, au respect de ces
conventions dans le monde et en même temps dire qu'une exception ici et là
dans notre cour est sans importance. Dans les suites des déclarations des
ministres du Travail du G8, vous devriez donner l'exemple en vue d'impulser un
changement dans l'action des différents gouvernements au Canada relativement
aux droits fondamentaux du travail.

    Contrer la financiarisation de l'économie

    Les ministres des Finances du G8, dont celui du Canada, se sont inquiétés
de certains aspects de la financiarisation de l'économie mondiale, en
particulier de la croissance des fonds de couverture. Ils ont abordé les
problèmes de transparence et de complexité croissante de leurs activités. Ils
ont affirmé que l'évaluation des risques que font porter ces fonds à
l'économie est de plus en plus complexe et constitue un défi.
    Or, nous assistons à une recrudescence de l'activité des fonds
d'investissement private equity funds au Canada. Ces entreprises achètent des
entreprises et les endettent sévèrement pour racheter ensuite leur propre
capital. Cet endettement massif n'est aucunement réalisé dans le but
d'investir dans la relance de l'entreprise, d'investir dans l'innovation, pour
une plus grande productivité. Où ces compagnies trouveront-elles les
ressources par la suite pour se développer ?
    Les pouvoirs publics doivent être vigilants. Les enjeux de fiscalité
devraient, en particulier, être examinés. Ainsi, comment justifier que le
Trésor public renonce à des rentrées de fonds importantes en consentant à
baisser les impôts des entreprises qui s'endettent, non pas pour soutenir leur
développement, mais bien pour racheter leur propre capital? La fiscalité doit
servir le développement à long terme de l'économie au service des
collectivités plutôt que des opérations financières à court terme et sans
valeur ajoutée.

    Respecter Kyoto

    La réunion des chefs d'Etat du G8 est une occasion pour le Canada de
changer de direction quant à l'atteinte des objectifs de Kyoto. Le Canada doit
s'associer aux pays qui prennent des engagements fermes pour la réduction des
gaz à effet de serre et qui discutent déjà de l'après Kyoto.
    La lutte aux changements climatiques n'est pas faite que de contraintes,
il y a des opportunités à saisir pour développer l'économie canadienne de
demain en matière de recherche, d'innovation et d'emplois. Vous devez agir et
saisir ces occasions.
    La Confédération des syndicats nationaux (CSN) invite le gouvernement du
Canada à agir sur tous ces fronts, et ce, pour garantir un avenir meilleur à
toutes les Canadiennes et à tous les Canadiens.

    Je vous prie d'agréer, Monsieur le Premier Ministre, mes salutations les
meilleures.

    Claudette Carbonneau
    Présidente de la CSN




Renseignements :

Renseignements: Michelle Filteau, directrice du Service des
communications de la CSN, (514) 598-2162, cellulaire: (514) 894-1326


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