Le projet du CHUQ en PPP dénoncé par des chercheurs



    QUEBEC, le 16 juin /CNW Telbec/ - A l'aube d'une séance publique du
Conseil d'administration du CHUQ, les employés de cette institution de santé
sont sortis en force ce matin pour sensibiliser la population aux dangers des
partenariats public-privé (PPP). On sait que la direction du centre
hospitalier est tentée de recourir à ce type de contrat, et subit présentement
la pression de l'Agence des PPP et du gouvernement Charest, pour réaliser le
projet de modernisation et d'agrandissement du pavillon de l'Hôtel-Dieu.
    Pour étayer et appuyer son propos, le syndicat affilié au SCFP a eu
recours à plusieurs experts, dont le professeur Pierre J. Hamel, de l'INRS,
l'auteur d'une étude fort éclairante sur les PPP dans le secteur municipal.
Pour ce chercheur, les principes des contrats en PPP sont les mêmes et les
parallèles sont évidents. "Ce qui m'inquiète le plus dans le cas d'un hôpital,
c'est l'engagement à long terme où l'on brime la capacité d'adaptation de
l'institution avec un contrat qui lui lie les mains pour bien trop longtemps",
affirme-t-il. Les choses évoluent très rapidement en médecine, quelle sera la
réalité médicale dans 10 ans, 20 ans, 30 ans? Pourquoi se couler les pieds
dans le béton avec un PPP dont on ne pourra se débarrasser si nos besoins
changent dans l'avenir? C'est à mon sens contraignant, imprudent et
contre-productif."

    Des coûts plus élevés

    La question des coûts est également au centre de l'argumentaire avancé
par le SCFP et ces chercheurs. L'un des dirigeants de la Ontario Health
Coalition, Doug Allan, est d'ailleurs venu témoigner des expériences
désastreuses des partenariats public-privé dans sa province. Selon lui,
partout où l'on a eu recours aux PPP, "le scénario se ressemble : des coûts
plus élevés que prévus, moins de lits disponibles pour les malades et moins de
services. Ces pourparlers secrets, qui souffrent d'un manque total de
transparence auprès des citoyens, accouchent de contrats qui nous menottent
pendant des années et vont miner le système de santé de l'Ontario. Loin de
réduire les coûts, ces PPP vont créer une charge financière supérieure et
récurrente pour les contribuables de ma province".
    Un point de vue corroboré par l'expérience britannique, telle que relevée
par Guillaume Hébert, chercheur à l'IRIS et spécialiste du financement des
systèmes de santé. "L'automatisme de la plus grande efficience du secteur
privé est largement un mythe. En Angleterre, mais on pourrait aussi parler de
l'Australie et de la Suède, ce qui s'est produit au cours des dernières années
démontre que le privé n'est pas nécessairement plus efficace, que le coût
n'est pas inférieur et que les listes d'attente s'allongent souvent. En fait,
on se rend compte que la rentabilité est incompatible avec la nécessaire
universalité des soins de santé."

    Des ententes derrière des portes closes

    Carl Dubé, conseiller au SCFP et ancien président du syndicat du CHUQ,
était jusqu'à aujourd'hui membre du Conseil d'administration du centre
hospitalier. Son expérience récente témoigne des problèmes de transparence et
d'accès à l'information des projets en PPP. "Comme le soulignait le professeur
Hamel, les PPP cachent souvent bien des choses. Je l'ai constaté
personnellement lorsque j'ai tenté d'obtenir des documents sur le projet de
modernisation de l'Hôtel-Dieu en mode PPP. On m'a carrément refusé l'accès à
certaines données et j'ai dû me battre bec et ongles pour avoir des
informations essentielles. Rendez-vous bien compte : les appels d'offres ne
sont pas lancés, les contrats ne sont pas encore signés et déjà le
représentant des employés est tenu à l'écart. Et j'étais membre du CA! Cela
augure bien pour l'avenir. Imaginez les démarches que devront faire les
simples citoyens pour savoir comment leurs taxes sont dépensées et pour quoi."

    Un mauvais choix

    Pour le SCFP, la conclusion s'impose d'elle-même et le Conseil
d'administration du CHUQ doit opter pour un projet de type conventionnel. "Le
CA doit résister au chant des sirènes de l'Agence des PPP et aux pressions
d'un gouvernement vendu à ce type d'ententes. Si la direction de l'hôpital
choisit de se tourner vers les PPP, un mode de construction qui a montré ses
failles autant en Ontario qu'en Angleterre, tout le monde sera perdant : les
malades, les employés, les contribuables et les citoyens. En fait presque tout
le monde... Les firmes d'avocats qui rédigent ces contrats et les compagnies
qui empocheront des profits pendant 30 ans seront les seules gagnantes", de
conclure Claudette Blais, présidente du syndicat des employés du CHUQ.

    Le SCFP représente quelque 20 000 membres dans la santé et les services
sociaux au Québec. En plus de ce secteur d'activité, le SCFP est présent dans
10 autres secteurs, entre autres, l'éducation, les municipalités, le transport
urbain, le transport aérien, les sociétés d'Etat et organismes publics
québécois, l'hydroélectricité et les communications. Comptant au total plus de
105 000 membres au Québec, il est le plus important syndicat affilié de la
FTQ.

    Ce communiqué et d'autres infos sur le site scfp.qc.ca




Renseignements :

Renseignements: Robert Bellerose, Information SCFP, cell. (514)
247-9266;  Alexandre Boulerice, Information SCFP, cell. (514) 668-7148;
Source: Syndicat canadien de la fonction publique (FTQ)


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