LE PREMIER MINISTRE JEAN CHAREST DECORE COMMANDEUR DE LA LEGION D'HONNEUR DE LA REPUBLIQUE FRANCAISE



    PARIS, le 2 févr. /CNW Telbec/ - Voici l'allocution du premier ministre
du Québec, Jean Charest, alors qu'il a reçu aujourd'hui du président de la
République française, Nicolas Sarkozy, les insignes de Commandeur de la Légion
d'honneur. La version prononcée fait foi.

    "Monsieur le Président de la République,
    Monsieur le Premier Ministre de la France,
    Monsieur le Premier Ministre et Sénateur de la Vienne,
    Monsieur le Secrétaire général de la Francophonie,
    Monsieur le Secrétaire d'Etat chargé de la Coopération et de la
    Francophonie,
    Monsieur le Grand Chancelier de la Légion d'honneur,
    Distingués invités,

    L'honneur que vous me faites aujourd'hui est pour moi un moment de grand
    bonheur.

    Je le reçois comme le témoignage de l'amitié éternelle qui unit la France
    et le Québec.

    Je le reçois comme la reconnaissance de la contribution de mon
    gouvernement à cette relation séculaire qui unit nos peuples, "nos
    peuples frères", comme vous le dites, Monsieur le Président, par-delà
    l'océan et les aléas de l'histoire.

    Je le reçois au nom de tous les miens qui, avec courage et détermination,
    ont gardé vivantes la langue et la culture françaises en terre d'Amérique
    pendant 400 ans.

    Je le reçois aussi avec le doux souvenir de mes premières découvertes de
    la France avec la famille de mon épouse Michèle. La famille Dionne et en
    particulier son père, le docteur Philippe Dionne, que je salue
    aujourd'hui, m'ont fait découvrir la France; le pays, son histoire, ses
    régions et ses accents.

    Cette langue que le docteur Dionne aimait au point de consacrer ses
    heures de loisirs à la traduction en français d'ouvrages médicaux.

    Ce pays où voyageait cette famille le plus souvent et le plus longtemps
    possible.

    Je le reçois avec ce doux souvenir que je partage avec mon épouse Michèle
    et que je lègue à mes enfants Amélie, Antoine et Alexandra.

    De la fondation de Québec, en 1608, à la fin du régime français, en 1760,
    c'est plus de 10 000 fils et filles de France qui se sont installés chez
    nous.

    C'est dire combien ils ont dû être déterminés, nos ancêtres communs,
    farouches et ardents aussi pour peupler le Québec et conserver leur
    héritage.

    Cela tient bien du prodige, Monsieur le Président, que nous soyons
    aujourd'hui côte à côte à parler français.

    De Montesquieu, à Voltaire, à Choiseul, ils ont été nombreux, les
    intellectuels et les ministres qui ont encouragé les rois, surtout Louis
    XV, à renoncer au projet coûteux de la Nouvelle-France.

    Voltaire en fera presque une croisade; il parlera de ce "pays couvert de
    neiges et de glaces huit mois dans l'année, habité par des barbares, des
    ours et des castors...".

    Soixante-dix ans plus tard, lors de son voyage initiatique aux
    Etats-Unis, Alexis de Tocqueville passera 15 jours au Canada. Il sera
    marqué par le Québec.

    A son correspondant, l'Abbé Le Sueur, il écrira ceci dans une lettre
    datée du 7 septembre 1831 :

    "Ce qui nous a intéressés le plus vivement au Canada, ce sont ses
    habitants. Je m'étonne que ce pays soit si inconnu en France. Il
    n'y a pas six mois, je croyais comme tout le monde que le Canada
    était devenu complètement anglais. (...)

    Aujourd'hui, il y a dans la seule province du Bas-Canada 600 000
    descendants de Français. (...) Ils sont aussi Français que vous et
    moi. (...) Comme nous, ils sont vifs, alertes, intelligents,
    railleurs, emportés, grands parleurs et fort difficiles à conduire
    quand leurs passions sont allumées."

    Et 178 ans plus tard, les Québécois n'ont pas beaucoup changé.

    Les relations entre la France et le Canada français ont été marquées par
    une longue période de silence.

    Le lien entre nos peuples n'a jamais été totalement rompu. La religion
    catholique, le commerce puis la littérature ont nourri le souvenir... et
    préparé l'avenir.

    C'est Adolphe Chapleau, premier ministre québécois, qui posera la
    première pierre d'une relation directe et privilégiée entre le Québec et
    la France.

    En 1882, il crée le poste d'agent général de la province de Québec à
    Paris, dont le premier titulaire sera le journaliste et libraire Hector
    Fabre.

    Cette initiative diplomatique vaudra à Adolphe Chapleau de devenir le
    premier, premier ministre du Québec décoré de la Légion d'honneur.

    A partir de 1887, il y a assez de Canadiens français à Paris pour qu'on y
    célèbre la Saint-Jean-Baptiste. En 1893, les Québécois à Paris ont leur
    lieu de retrouvailles, un bar qui s'appelle La Boucane.(1)

    Quelques années plus tard, l'Europe s'embrase. Et pour la première fois,
    des fils du Québec font à rebours le chemin de leurs ancêtres et vont
    combattre à Verdun au nom de la liberté et de la justice.

    C'est dans ces années que Louis Hémon, né à Brest, écrit, depuis le
    Québec, Maria Chapdelaine. Ce livre connaîtra dans les années 20 un
    immense succès et fixera dans l'imaginaire français l'image du Québécois
    coureur des bois.

    Et puis, il y aura la guerre, encore la guerre.

    Monsieur le Président, en 2004, j'ai marché sur la plage Juno, cette
    plage de Normandie où 14 000 des nôtres sont débarqués le 6 juin 1944. Je
    me suis rendu au cimetière de Bény-Reviers.

    J'ai marché parmi les 2 049 pierres blanches qu'on trouve dans ce
    cimetière de Normandie. Les soldats qui y sont enterrés ont souvent l'âge
    de mes enfants et les noms de nos voisins.

    On les pleurait encore lorsque Félix Leclerc a traversé l'océan avec sa
    guitare et son P'tit bonheur.

    En 1964, avec l'ouverture de la Délégation générale du Québec à Paris,
    prend forme une véritable relation privilégiée et directe entre la France
    et le Québec.

    A cette époque où les Québécois se munissaient des outils de la
    modernité, le général de Gaulle, dans une visite historique, est venu
    nourrir l'élan nationaliste d'un peuple qui redécouvrait sa fierté.

    Depuis, chacun de vos prédécesseurs, Monsieur le Président, et chacun de
    mes prédécesseurs ont nourri cette relation qui embrasse maintenant tous
    les domaines de la vie économique, sociale et culturelle.

    Aujourd'hui, la relation entre la France et le Québec met en scène deux
    peuples adultes et libres, séparés par un océan, mais réunis par
    l'histoire, par le sang et par le coeur.

    Cette relation unique s'inscrit dans l'évolution de nos sociétés
    respectives. Elle reflète notre ambition, notre fierté et notre
    attachement à cet héritage que nous avons en commun et qui est plus
    qu'une langue, c'est le souffle d'une civilisation.

    Cette relation trouve son expression par la présence de nos artistes. Par
    les relations que nous avons nouées avec les régions de France; par tous
    ces groupes d'amitié qui s'inscrivent dans le sillon tracé depuis plus de
    30 ans par l'Office franco-québécois pour la jeunesse.

    Cette amitié, cette fraternité, continue d'accumuler des précédents.

    En novembre 2004, avec le premier ministre Jean-Pierre Raffarin, nous
    avons porté pour la première fois la coopération France-Québec dans un
    pays tiers lors d'une mission économique conjointe au Mexique.

    En 2005, à l'UNESCO, le Québec, la France et le Canada ont fait front
    commun pour que soit adoptée une convention visant à protéger la
    diversité des expressions culturelles, affirmant ainsi que l'âme des
    peuples n'est pas un objet de commerce.

    
                                    (xxx)
    

    Les explorateurs français qui ont fondé le Québec et donné naissance au
    peuple Québécois étaient à la recherche du Nouveau Monde.

    Le destin a voulu, 400 ans plus tard, que nous nous trouvions au coeur
    d'une crise financière internationale sans précédent et d'une crise
    environnementale qui menace l'avenir de l'humanité.

    Quatre cents ans plus tard, nous sommes appelés à la fondation d'un monde
    nouveau.

    Ce monde nouveau, nous allons y contribuer en créant un nouvel espace de
    liberté pour nos citoyens.

    Nous avons signé, en octobre dernier, dans notre Assemblée nationale, une
    entente sans égale dans le monde, une entente qui crée un premier
    corridor de mobilité entre deux continents, une entente qui crée un
    espace de mobilité entre deux peuples.

    Ce nouveau monde, c'est un accord transatlantique ambitieux et sans
    précédent entre l'Union européenne et le Canada, qui donnera naissance à
    une collaboration intense sur les plans économique, social,
    institutionnel et culturel.

    Le Québec sera la porte d'entrée de l'Europe dans ce nouvel espace de
    coopération entre les deux continents.

    En nous tournant vers l'avenir pour fonder ce monde nouveau, nous nous
    tournons l'un vers l'autre.

    Pour l'avenir de ce nouveau monde, il n'est plus question de découverte
    de territoires, mais bien de la redécouverte de notre humanité, de la
    création d'un nouvel espace de vie commune.

    Quatre cents ans après la fondation de la ville de Québec par Samuel de
    Champlain, la France et le Québec marchent côte à côte, partageant des
    idéaux et une vision du progrès dont le monde a besoin.

    Par votre intermédiaire, Monsieur le Président, je rends hommage au
    peuple français, dont je salue le courage et le génie, et au nom de notre
    amitié, je vous remercie."

    
    (1) FRANCE-CANADA-QUEBEC 400 ANS DE RELATIONS D'EXCEPTION, Les Presses de
        l'Université de Montréal, 2008, p. 109
    
    -%SU: CPN
    -%RE: 37

    
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Renseignements: Hugo D'Amours, Attaché de presse, Cabinet du premier
ministre, (418) 643-5321

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CABINET DU PREMIER MINISTRE, RESPONSABLE DES DOSSIERS JEUNESSE

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