Le comité des plaintes et de l'éthique de l'information rend huit décisions



    MONTREAL, le 6 fév. /CNW Telbec/ - Lors de sa dernière réunion, le comité
des plaintes et de l'éthique de l'information (CPEI) du Conseil de presse du
Québec a rendu huit décisions. Quatre plaintes ont été retenues partiellement
et quatre ont été rejetées. Ces décisions sont toutes susceptibles d'être
portées en appel dans les 30 jours de leur réception par les parties.

    D2007-03-079 René Biron c. Luc Larochelle, chroniqueur et La Tribune

    M. René Biron portait plainte contre le journaliste Luc Larochelle du
quotidien La Tribune pour plusieurs manquements à l'éthique journalistique
dans sa chronique publiée le 3 février 2007. Les reproches du plaignant visent
des manquements à l'éthique journalistique en regard du respect de la vie
privée et de la réputation, de même qu'en regard de la rigueur et de la
pondération, de l'équilibre et de l'exhaustivité de l'information, ainsi que
pour défaut de rectification de l'information.
    Après examen, le Conseil a considéré que, comme l'événement évoqué par le
journaliste tiré d'une lettre de l'Agence du revenu du Canada (ARC) concernait
la mésentente entre deux protagonistes impliqués dans le différend à portée
régionale rapporté dans l'article, le sujet était d'intérêt public. Le
chroniqueur pouvait donc légitimement y faire référence. Par ailleurs,
l'analyse des explications et des documents des parties a révélé que la
formulation interrogative utilisée dans la chronique pouvait laisser une
équivoque sur la conduite du plaignant et ainsi n'était pas complètement
conforme aux faits. Le grief a donc été retenu sur ce point.
    Le plaignant évoquait ensuite que la chronique contestée manquait
d'équilibre parce qu'elle ne reflétait qu'une seule version des faits. Le
journaliste a fait la liste de ses démarches et des sources consultées avant
la rédaction de sa chronique. Il aurait non seulement examiné la situation des
résidents du lac ou résident les protagonistes de la chronique, mais aussi
celle d'autres personnes dans la région aux prises avec la même situation de
location de chalets pouvant contrevenir à la réglementation municipale. Le
Conseil a estimé que les sources du journaliste étaient diversifiées.
    Toutefois, dans le contexte particulier de la plainte, c'est moins à
l'article en général que s'adressait ce grief qu'à la partie qui concerne
directement le comportement du plaignant, soit la question de la consultation
des dossiers de l'ARC. Pour le plaignant, comme il était soumis à une
obligation de confidentialité et ne pouvait répondre aux questions du
journaliste, il aurait souhaité que quelqu'un de son bureau, attitré à cette
fonction, puisse le faire. En tirant des conclusions sans parler à quelqu'un
de l'ARC, le journaliste aurait commis une faute déontologique. Le Conseil a
considéré que ce dernier aurait dû s'assurer de la véracité ou de
l'authenticité du document et de l'ensemble des faits.
    Un autre reproche formulé par le plaignant était à l'effet qu'en faisant
référence à la lettre de son employeur, l'ARC, le journaliste avait "inventé
des passages" et notamment avait ajouté la notion de "barrière informatique"
non mentionnée dans la lettre de l'ARC. Comme les mots "barrière informatique"
n'apparaissaient pas nommément dans la lettre, et comme d'autres raisons
légitimes pouvaient expliquer la consultation du fichier informatique, le
Conseil a estimé que l'expression utilisée allait un peu trop loin dans les
circonstances. Ce grief particulier a été retenu. Un autre grief de même
nature a été rejeté.
    Enfin, pour ce qui est de la demande de rectification présentée par le
plaignant, le Conseil a estimé que le journaliste aurait pu, dans les jours
suivants, compléter l'information et refléter plus fidèlement la lettre à la
source du grief.
    Le Conseil de presse a retenu partiellement la plainte contre le
journaliste M. Luc Larochelle et le quotidien La Tribune.

    D2007-04-082 Télé Inter-Rives Ltée c. Martin Pelletier, animateur et
    journaliste et l'émission "Bonjour Grand Portage" et Ciel-FM

    Télé Inter-Rives Ltée, représentée par le directeur de CKRT-TV, M. Pierre
Harvey, déposait une plainte contre l'émission "Bonjour Grand Portage" et les
bulletins d'information diffusés les 8 et 9 mars 2007, sur les ondes de
Ciel-FM, mettant en cause le journaliste et animateur, M. Martin Pelletier et
le directeur de l'information, M. Daniel St-Pierre. Le plaignant dénonçait
certaines informations qu'il qualifiait d'erronées diffusées sur les ondes en
regard d'un reportage de CKRT-TV sur le système de santé privé. Pour le
plaignant, ces allégations relevaient d'un manque de rigueur et portaient
atteinte à la réputation de Télé Inter-Rives Ltée et de ses stations
affiliées.
    Le plaignant affirmait que le journaliste Martin Pelletier avait manqué
de rigueur dans sa cueillette d'information. A cet égard, les versions des
faits diffèrent entre le plaignant et les mis-en-cause. Dans ce contexte, le
Conseil ne peut prendre position sans livrer un procès d'intention aux
parties. Néanmoins, le Conseil a rappelé aux mis-en-cause que les médias
doivent s'assurer de la rigueur et de la véracité des informations qu'ils
diffusent et ne doivent en aucun temps se soustraire aux standards
professionnels de l'activité journalistique sous prétexte de contraintes de
temps. Le Conseil met donc en garde les responsables de Ciel-FM, puisque
l'information ne semblait pas avoir été validée de façon officielle. Outre
cette mise en garde, le grief a été rejeté.
    Le deuxième grief évoqué concernait des informations erronées diffusées
sur les ondes de Ciel-FM, au sujet du reportage présenté à l'antenne de
CIMT-TV et CKRT-TV. Le plaignant soutenait que le reportage sur les soins de
santé privés ne contrevenait pas à la Loi électorale et avait été réalisé sans
intention malicieuse. Il déplorait également les interventions répétées, sur
les ondes de Ciel-FM, contestant le bien-fondé de ce reportage.
    Le Conseil a constaté que quatre extraits invoqués par le plaignant
avaient été présentés dans le cadre de l'émission "Bonjour Grand Portage" et
deux dans des bulletins d'information.
    Il appert clairement que les extraits diffusés lors de l'émission
répondent au genre du journalisme d'opinion. C'est dans ce contexte que
l'animateur exprimait son désaccord avec le reportage. Or, ce genre
journalistique accorde aux professionnels de l'information une grande latitude
dans l'expression de leurs points de vue, ainsi que dans le choix du ton et du
style qu'ils adoptent. Le Conseil a estimé que l'animateur a livré son point
de vue conformément à la latitude permise par la déontologie journalistique.
Le grief a été rejeté.
    Après analyse des extraits des bulletins d'information présentés par le
journaliste Martin Pelletier, le Conseil a conclu que ce dernier y livre
d'abord une information erronée en affirmant que le reportage diffusé à la
télévision CKRT et CIMT, est déclaré litigieux par le DGE. Toutefois, lors du
dernier extrait soumis, le journaliste mentionne que ce même reportage
respecte le cadre législatif de la Loi électorale. Le second bulletin de
nouvelles constituait donc un rectificatif au premier. Le Conseil a toutefois
estimé que, dans son correctif, le journaliste aurait dû revenir sur
l'ensemble du dossier. Si la précision rétablissait le fait que le reportage
du plaignant ne contrevenait pas à la Loi électorale, elle ne contenait aucune
référence au fait que jamais le DGE n'a fait d'enquête sur ce dossier. Le
correctif, bien que fait avec célérité, était donc incomplet.
    Le Conseil de presse a retenu partiellement la plainte de Télé
Inter-Rives Ltée contre M. Martin Pelletier et la station radiophonique
Ciel-FM.

    D2007-05-085 Valérie Dufour c. Gilles Lévesque, rédacteur en chef et Le
    Canada Français

    La plaignante, journaliste au quotidien Le Journal de Montréal,
reprochait au journaliste et rédacteur en chef du quotidien Le Canada
français, M. Gilles Lévesque, d'avoir livré une information inexacte et
incomplète au sujet d'une décision de la Corporation Fort Saint-Jean, de
mettre gratuitement à la disposition de médecins des logements situés sur le
campus de l'ancien Collège militaire royal Saint-Jean. Ces défauts
d'informations et d'inexactitudes sont renforcés, selon la plaignante, par
l'utilisation de la part du journaliste d'une source unique d'information, qui
ne permet pas le respect de l'équilibre dans le traitement du sujet.
    Le Conseil de presse a estimé que le journaliste pouvait choisir d'axer
son article sur l'impact positif de l'initiative de la Corporation Fort
Saint-Jean d'héberger gratuitement des médecins sur son campus afin de les
inciter à pratiquer leur activité dans la région. Les divergences de points de
vue des deux journalistes quant à l'initiative de la Corporation prouvent bien
que chaque journaliste est en droit de traiter l'information selon son propre
jugement rédactionnel. En outre, le journaliste du quotidien Le Canada
français s'est informé auprès d'une source crédible, à savoir le président du
conseil d'administration de la Corporation, M. Alain Beauchamp. Il ne peut
donc lui être reproché d'avoir commis des entorses à l'éthique journalistique
dans sa collecte et son traitement de l'information. Le Conseil a rejeté les
griefs de manquements en regard de l'exactitude, de l'équilibre et de
l'exhaustivité de l'information.
    La plaignante reprochait également au mis-en-cause d'avoir fait preuve de
partialité et de manque de rigueur en rapportant dans son article certains
propos de M. Beauchamp à son endroit. Le Conseil a estimé que les propos en
question constituaient une répartie à l'article rédigé par la plaignante. Ce
choix rédactionnel ne peut lui être reproché. En outre, de la même façon, la
plaignante avait choisi de ne pas publier le point de vue de M. Beauchamp dans
son propre article. Le grief est rejeté.
    Le Conseil a toutefois souligné qu'il aurait été avisé de la part du
journaliste de contacter Mme Dufour, afin de vérifier auprès d'elle que les
propos la touchant plus directement contenus dans le commentaire de
M. Beauchamp à son sujet étaient exactes. La version des faits de cette
dernière aurait pu permettre de respecter plus scrupuleusement le principe
d'impartialité auquel doivent souscrire les journalistes dans la collecte et
le traitement de l'information.
    Sous réserve de ce dernier commentaire, le Conseil a rejeté la plainte de
Mme Valérie Dufour à l'encontre de M. Gilles Lévesque et de l'hebdomadaire Le
Canada français.

    D2007-05-086 Bernard Desgagné c. Julie Miville-Dechêne, journaliste et La
    Société Radio-Canada

    M. Desgagné portait plainte contre la Société Radio-Canada pour avoir
diffusé, lors du "Téléjournal" de 22 heures le 8 mars 2007, un reportage sur
le candidat du Parti Québécois et auteur M. Robin Philpot. Il reproche à
Mme Julie Miville-Dechêne, journaliste, d'avoir voulu y discréditer ce
dernier, son parti, ainsi que les indépendantistes québécois en véhiculant des
conclusions erronées tirées de l'ouvrage publié en 2004 et intitulé "Ca ne
s'est pas passé comme ça à Kigali".
    Le plaignant soutenait que M. Philpot n'avait jamais, et bien que le
quotidien La Presse ait publié un article affirmant le contraire, nié le
génocide rwandais dans son ouvrage. Sa position n'aurait donc pas évolué entre
cette date et celle du reportage. Son point de vue aurait ainsi été manipulé
et ce, afin de le faire passer pour un négationniste. Pour le plaignant,
Mme Miville-Dechêne n'aurait de plus pas dû être affectée à la couverture de
ce sujet puisqu'elle n'avait pas lu l'intégralité de l'ouvrage en question et
qu'elle n'avait que peu de connaissances sur la question du génocide rwandais.
    Après lecture des chapitres correspondants, le Conseil a constaté que, si
M. Philpot préfère parler de "catastrophe" ou de "tragédie" dans son ouvrage
plutôt que de "génocide", c'est parce qu'il doute que les thèses officielles
reflètent parfaitement la réalité et non parce qu'il nie les crimes commis. A
ce titre, le Conseil n'a pu isoler aucune inexactitude dans le reportage de
Mme Miville-Dechêne. De plus, le choix d'affecter Mme Miville-Dechêne à la
couverture de cette information relevait de la direction de la salle de
rédaction de Radio-Canada.
    M. Desgagné mentionnait également que, lors de la présentation des
reportages de Mmes Josée Thibeault et Julie Miville-Dechêne, M. Bernard Derome
aurait présenté M. Philpot comme l'alter ego péquiste d'un candidat
démissionnaire de l'ADQ, ce qui aurait eu pour résultat d'assimiler celui-ci à
un personnage qu'il qualifie de grotesque. Le Conseil a conclu que, si l'on se
réfère aux propos de Bernard Derome, tout au plus peut-on comprendre que
certaines prises de position de M. Philpot et de candidats des autres partis
avaient suscité la controverse. Le grief a été rejeté.
    Le plaignant reprochait aussi à Mme Miville-Dechêne d'avoir fait mention
de sa propre opinion et occulté le témoignage des sympathisants de M. Philpot,
ainsi que d'avoir passé sous silence bon nombre des informations et arguments
qu'il présentait dans son ouvrage. Une analyse minutieuse de ces différents
griefs n'a pas permis au Conseil de constater un manque de rigueur dans le
travail de la journaliste. A cet égard, seul le format d'un court reportage
d'épreuve des faits, choisi par la rédaction, pouvait peut-être donner au
plaignant l'impression que le travail journalistique n'était pas complet ou
suffisant.
    Le plaignant affirmait ensuite que Mme Miville-Dechêne aurait
instrumentalisé le témoignage d'une victime de viols en présentant, sans mise
en contexte, le nombre d'agressions dont elle témoigne, ce qui aurait laissé à
l'auditeur l'impression que M. Philpot, qui conteste dans son ouvrage la
véracité de certains de ces crimes, nierait que la victime ait effectivement
vécu de tels sévices.
    Le Conseil s'est dit d'avis que la mise en contexte était suffisante pour
que l'auditeur comprenne que M. Philpot ne niait pas les crimes
personnellement subis par cette victime de viol.
    M. Desgagné invoquait finalement que La Presse et Radio-Canada auraient
orchestré une opération de "salissage" afin de nuire à M. Philpot ainsi qu'au
Parti Québécois. L'analyse a permis au Conseil de conclure que l'affirmation
du plaignant est erronée. En effet, une partie non négligeable du reportage
est consacrée à la présentation des arguments de M. Philpot et il est par
ailleurs indéniable que cette information était d'intérêt public.
    Le Conseil de presse a rejeté la plainte de M. Bernard Desgagné contre la
journaliste Mme Julie Miville-Dechêne et la Société Radio-Canada.

    D2007-05-088 Centre de ski Mont-Rigaud (Luke De Stéphano, directeur
    général et Cécile D'Amour, administratrice) c. Yanick Michaud,
    journaliste et L'Etoile

    Les plaignants portent plainte contre le journal L'Etoile et le
journaliste M. Yanick Michaud pour avoir rapporté des informations et des
propos erronés dans un article relatif à la tenue des Jeux olympiques spéciaux
du Québec à Salaberry-de-Valleyfield, en mars 2007.
    Le contenu de l'article indiquait que les propriétaires du Centre avaient
confiné des familles de participants aux Jeux à l'intérieur du chalet, et les
avaient menacés de renvoi et de disqualification. Le témoignage d'une proche
d'une compétitrice venait étayer ces affirmations. Les plaignants affirment
qu'ils n'ont jamais eu le comportement décrit par le journaliste et qu'ils
n'ont jamais fait les déclarations qui leur sont attribuées dans le témoignage
rapporté dans l'article. Les mis-en-cause affirment que les informations
publiées sont véridiques.
    Après examen et devant les affirmations contradictoires des deux parties,
le Conseil ne peut statuer quant à l'exactitude des informations contenues
dans l'article. Dans cette situation, le grief a été rejeté.
    Les plaignants invoquaient aussi que leur version des faits
n'apparaissait pas dans l'article de M. Michaud. Les informations rapportées
dans l'article ainsi que la personne interrogée par le journaliste affirment
que ce sont les propriétaires qui ont agi de façon cavalière durant la
compétition. Mais les propriétaires n'ont pas eu la possibilité de donner leur
version des événements. L'équilibre de l'information s'en trouverait altéré.
    Si l'information fait nécessairement l'objet de choix, ceux-ci doivent
être faits dans un souci d'équité. Si les propos rapportés par le journaliste
ont pu être de bonne foi attribués par erreur aux propriétaires, cette
information aurait pu être rapidement corrigée après vérification auprès d'eux
ou à la suite de leurs premières interventions auprès de la direction. Le
grief a été retenu.
    Les plaignants jugent finalement que le rectificatif publié par L'Etoile
plusieurs semaines plus tard était insatisfaisant : l'erratum ne mentionnant
pas que les propriétaires n'avaient jamais tenu les propos rapportés dans
l'article; ce reproche étant l'objet initial de la plainte. Le guide
déontologique du Conseil prévoit que les rétractations et les rectifications
"devraient être faites de façon à remédier pleinement et avec diligence au
tort causé".
    Dans le cas présent, l'erratum publié par le journal L'Etoile corrigeait
certains faits relatifs à la tenue des compétitions des Jeux olympiques
spéciaux et comprenait des excuses à l'attention des propriétaires. Le Conseil
a cependant estimé que le rectificatif était incomplet puisqu'il ne précisait
pas que les propos en litige ont été injustement attribués aux plaignants. Il
a de plus été publié dans un délai indu, soit deux mois après la parution de
l'article.
    Le Conseil a retenu partiellement la plainte de M. Luke De Stéphano et de
Mme Cécile D'Amour à l'encontre du journaliste M. Yanick Michaud et de
l'hebdomadaire L'Etoile.

    D2007-05-090 Giovanni (Wolfmann) Bruno c. André Pratte, éditorialiste en
    chef; Pierre-Paul Gagné et Christiane Clermont, responsables du courrier
    des lecteurs et La Presse

    Le plaignant reprochait aux responsables du "courrier des lecteurs" de La
Presse d'avoir, au motif d'antisémitisme, refusé de publier une de ses
lettres.
    Au premier grief, le plaignant déplorait que le journal ait refusé de
publier sa lettre dans la section réservée au "courrier des lecteurs". Il
reproche aux responsables de ne pas lui avoir permis d'expliquer son point de
vue qui, par ailleurs n'était pas représenté par d'autres lecteurs. Les
mis-en-cause invoquent la liberté rédactionnelle du média, en soulignant qu'un
article précédent du journaliste Marc Thibodeau exposait un point de vue
semblable à celui de M. Bruno.
    Le Conseil a estimé que La Presse était libre de choisir les lettres à
être publiées dans la rubrique réservée à cette fin. M. Bruno considérait que
La Presse n'avait pas présenté tous les points de vue, cependant, le dossier
ne permettait pas d'en arriver à une telle conclusion. Le grief a été rejeté.
    Le plaignant accusait ensuite le journal et certains de ses représentants
de racisme et d'antisémitisme. Selon lui, les responsables du "courrier des
lecteurs" favoriseraient ou sympathiseraient avec ceux ou celles qui
critiquent ou s'opposent aux juifs. Il affirme qu'aucune lettre exprimant un
point de vue semblable au sien n'aurait été publiée. Le Conseil n'a constaté
aucun sentiment antisémite ou raciste, qui soulèveraient la haine et le
mépris, encourageraient la violence ou encore heurteraient la dignité d'une
personne ou d'une catégorie de personnes en raison d'un motif discriminatoire.
Le grief est rejeté.
    Le Conseil de presse a rejeté la plainte de M. Bruno à l'encontre des
responsables du "courrier des lecteurs", MM. André Pratte, Pierre-Paul Gagné
et Mme Christine Clermont et le quotidien La Presse.

    D2007-05-091 Fédération des travailleurs et travailleuses du Québec -
    FTQ c. Brian Myles, journaliste et Le Devoir

    La plainte de la Fédération des travailleurs et travailleuses du Québec
(FTQ) portait sur une inexactitude publiée par le quotidien Le Devoir et sur
sa correction qui serait insatisfaisante.
    Le représentant de la FTQ affirmait que la rectification du Devoir était
erronée puisqu'elle présentait toujours un membre du personnel de la FTQ comme
source de l'information erronée. Comme le plaignant et les mis-en-cause
présentaient des versions totalement contradictoires sur le sujet, et comme
cette affirmation n'était pas démontrée par le plaignant, le Conseil n'a pas
retenu le grief.
    Demeurait la question de l'inexactitude de l'information. Le plaignant
invoquait que des propos auraient été erronément attribués au président de la
FTQ. Sur cet aspect, le Conseil a observé que la direction du quotidien avait
reconnu son erreur, s'en était dite désolée et avait publié un rectificatif.
Le Conseil a également noté les multiples tentatives des journalistes du
Devoir pour vérifier l'exactitude de leur information, entre l'incident en
question et la publication de l'article de M. Myles. Le grief n'a pas été
retenu.
    Le Conseil a rejeté la plainte de la FTQ contre le journaliste M. Brian
Myles et le quotidien Le Devoir.

    D2007-06-092 Bernard Desgagné c. La Société Radio-Canada

    M. Desgagné portait plainte contre la Société Radio-Canada (SRC) pour la
diffusion, du 4 au 11 février 2007, d'une série d'informations incomplètes,
dont un sondage, qui laisseraient aux auditeurs et téléspectateurs
l'impression que la Loi sur les langues officielles de 1969 avait été votée
dans le but de promouvoir la langue française.
    Lorsque les médias publient ou diffusent les résultats d'un sondage, il
est primordial que la qualité des informations recueillies dans le cadre de
leur enquête puisse être vérifiée. A cette fin, ils doivent informer le public
des éléments d'ordre méthodologique qui sont nécessaires aux citoyens pour que
ceux-ci puissent formuler leur propre jugement, en toute connaissance de
cause, sur l'information qui leur est transmise.
    Le plaignant expliquait qu'à l'occasion du quarantenaire du rapport
Laurendeau-Dunton, la SRC avait publié les résultats d'un sondage sur le
bilinguisme individuel dont l'issue aurait été orientée par l'enchaînement des
questions soumises aux répondants, ainsi que par l'exclusion des allophones de
l'échantillon de travail et par la méthode de sélection des répondants
francophones ne résidant pas au Québec. Pour M. Desgagné, le manque de
transparence du réseau concernant ces limites aurait contribué à divulguer des
résultats erronés qui induisaient le public en erreur.
    Après analyse, le Conseil a constaté que le vice-président de l'Institut
CROP a reconnu, lors d'une entrevue diffusée le 5 février 2007, dans le cadre
de l'émission "Maisonneuve en direct", que le résultat annoncé dans le
sondage, à l'effet que 14 % de Canadiens anglophones vivant à l'extérieur du
Québec se disent bilingues, a pu être surestimé. Pour expliquer ce résultat,
il invoquait le fait que les populations allophones dans l'échantillon de
travail n'ont pas été prises en compte. Selon le Conseil, il était néanmoins
indispensable que la SRC présente systématiquement les possibilités de biais
statistique, ce qui ne fut pas toujours fait. Ce grief a été retenu pour
information incomplète.
    Le plaignant soutenait ensuite qu'en ne mentionnant pas que les progrès
du bilinguisme des Anglo-Québécois étaient dus à l'implication du mouvement
indépendantiste québécois et non à la Loi sur les langues officielles, le
reportage de M. Philippe Schnobb, diffusé dans le cadre du "Téléjournal" de
22 heures le 5 février 2007, aurait laissé au public une impression erronée.
Il concluait qu'il aurait été essentiel que les évolutions du bilinguisme
présentées dans le reportage aient été mises en perspective.
    Après avoir procédé à l'analyse dudit reportage, le Conseil a constaté
que le journaliste, dont le mandat était de vérifier la progression du
bilinguisme des anglophones au Québec, n'a fait montre d'aucun manquement à
l'éthique journalistique. Le grief a été rejeté.
    Le plaignant reprochait par ailleurs à la SRC d'avoir présenté, sur son
site Internet consacré à la couverture du bilinguisme au Canada, une
chronologie qui aurait laissé au public l'impression que celui-ci est plus
répandu aujourd'hui qu'auparavant. Toutefois et partant du constat que la
progression du bilinguisme officiel des institutions est une réalité, le
Conseil conclut que les intentions du réseau sur cette question n'étaient pas
trompeuses et que la présentation d'une telle chronologie était légitime.
    Le plaignant remarquait que, dans le cadre de la série de reportages
consacrés au quarantenaire du rapport Laurendeau-Dunton, un seul reportage
portant sur les minorités francophones a été diffusé sur le réseau national;
il concluait que le sujet fut presque occulté au Québec. Malgré l'intérêt de
ces questions, le Conseil refuse, en vertu du principe de liberté
rédactionnel, de se prononcer sur le choix des sujets et des canaux sur
lesquels ceux-ci furent diffusés. Le grief a été rejeté.
    M. Desgagné déplorait qu'au terme d'une entrevue entre MM. René
Homier-Roy et Bernard St-Laurent, lors de l'émission "C'est bien meilleur le
matin" du 5 février 2007, l'auditeur ait retenu que le bilinguisme individuel
est "merveilleux" et qu'Anglo-Québécois et Québécois sont unis derrière cette
idée. Le plaignant regrettait également que cette entrevue n'ait été diffusée
qu'à Montréal. Sans se prononcer sur le choix des canaux de diffusion, le
Conseil rappelle néanmoins que, dans le cadre de l'émission "C'est bien
meilleur le matin" et en dépit de ses fonctions d'animateur pour le réseau
CBC, M. Bernard St-Laurent était l'invité de René Homier-Roy et pouvait, à ce
titre, faire valoir son opinion relativement aux questions qui lui étaient
posées.
    Le Conseil a retenu partiellement la plainte de M. Bernard Desgagné
contre la Société Radio-Canada au motif de ne pas avoir spécifié une limite
méthodologique pertinente dans un reportage diffusé au "Téléjournal", le
4 février 2007. Les autres griefs sont rejetés.

    Le texte intégral des décisions ainsi qu'un résumé des arguments des
parties en cause peuvent être consultés au www.conseildepresse.qc.ca, à la
section "Les décisions redues par le Conseil".




Renseignements :

Renseignements: Nathalie Verge, secrétaire générale, Conseil de presse
du Québec, (514) 529-2818

Profil de l'entreprise

Conseil de presse du Québec

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