Le C-difficile à l'Hôpital Honoré Mercier : il est temps de mettre fin au laisser-faire



    MONTREAL, le 25 sept. /CNW Telbec/ - Le 25 septembre 2007, la coroner
Catherine Rudel-Tessier rendait public son rapport concernant les cas de seize
(16) décès survenus à l'hôpital Honoré Mercier entre mai et novembre 2006.
Rappelons-nous que cette enquête avait été demandée par le Ministre de la
santé et des services sociaux, le docteur Philippe Couillard, à la suite d'une
importante médiatisation de ces cas.

    Constat des faits :

    Bien que le rapport de la coroner recense un certain nombre de faits qui
laissent voir certaines déficiences dans le fonctionnement de l'établissement
à l'égard de la prévention des infections, un jugement plus sévère s'impose
sur le fonctionnement de l'établissement et ses gestionnaires. Ainsi, c'est en
pleine connaissance de cause du risque d'accroissement des infections et
particulièrement du C-difficile que la direction de l'établissement et son
conseil d'administration ont décidé entre autres, de réduire le personnel
d'éco-salubrité à l'automne 2005 ou de permettre l'usage de bassins
réutilisables sans procédure de désinfection adéquate à l'été 2006. Ces mêmes
personnes ont également en pleine connaissance de cause, fait fi des
nombreuses recommandations écrites, demandes, et avertissements du comité de
prévention des infections tout au long de l'année 2005 et 2006. C'est aussi en
toute connaissance de cause qu'on a choisi d'adopter à l'hôpital un logiciel
d'entretien ménager qui comportait de sérieuses lacunes en matière de
désinfection adéquate des chambres contaminées. Ce sont eux également qui
toléraient les manquements à l'égard des précautions de base (lavage des
mains, port des gants etc...) qui étaient répandus dans l'hôpital. Ce sont
aussi ces mêmes gestionnaires qui ont négligé au début 2005, de mettre en
place un plan pour contrôler et limiter l'usage des antibiotiques.
    Toutes ces pratiques révèlent une négligence et une insouciance
inacceptable à l'égard de la sécurité des patients dans l'hôpital. Même s'il
était le principal responsable de l'établissement, l'ex-directeur général,
tout en portant une très lourde responsabilité personnelle pour cette
situation, n'agissait manifestement pas seul. C'est toute l'équipe de
direction et le conseil d'administration de l'établissement qui doivent
assumer le blâme de cette situation. Il serait trop facile maintenant que les
choses ont changé à la suite du départ de l'ancien directeur et de la
médiatisation, de remettre le couvercle sur la marmite. Il faut également
examiner la responsabilité des autorités du ministère et de la santé publique
dans ce dossier.
    Bien que la coroner n'ait établit un lien direct entre l'infection au
C-difficile et le décès dans quatre (4) cas seulement, elle n'en retient pas
moins, que pour les douze (12) autres cas, l'infection à C-difficile a
contribué directement et indirectement à altérer significativement la fin de
vie des personnes concernées et a joué un certain rôle dans leur décès. Cette
constatation est quand même extrêmement grave.

    Causes :

    Le rapport Aucoin retenait en février 2005 que les principales causes de
l'éclosion de C-difficile survenues à l'échelle du Québec en 2004 étaient les
suivantes :

    "Le principal problème, selon nous, en est un de gestion :

    
    - Méconnaissance et parfois indifférence des gestionnaires à l'égard des
      infections nosocomiales, de leurs facteurs de risque, de leurs
      conséquences humaines et financières et de leurs impacts sur
      l'accessibilité des soins;
    - Absence de priorité accordée, jusqu'à tout récemment, à la prévention
      et au contrôle des infections nosocomiales dans l'allocation des
      ressources humaines, matérielles et financières, tant sur le plan
      local, régional que national;
    - Confusion dans la répartition des responsabilités et de l'imputabilité
      entre les établissements, les agences régionales, les directions
      régionales de santé publique, de même qu'entre les directions du
      ministère de la Santé et des services sociaux, à l'égard des infections
      nosocomiales;
    - Absence de cohérence et de cohésion entre les directions régionales de
      santé publique quant à leur rôle dans le champ des infections
      nosocomiales;
    - Passivité du Ministère, sauf sur le plan législatif, jusqu'à l'éclosion
      du Clostridium difficile;" (p.9 et 10 du rapport Aucoin)
    

    La coroner reconnaît les mêmes constats dans la présente enquête (p.22).
De façon plus précise elle constate l'absence de priorité de gestion en
matière de prévention et de contrôle des infections nosocomiales, des
problèmes de transmission et de gestion de l'information, un manque de
personnel au niveau de la prévention des infections. La responsabilité du
directeur général, de son équipe de direction et du conseil d'administration a
déjà été discutée ci-dessus. Il serait par ailleurs trop facile de faire de
l'ex-directeur général, le bouc émissaire de la situation vécue à l'hôpital
Honoré-Mercier. Les racines des défaillances de l'hôpital nous semblent encore
plus profondes et concernent l'absence de contrôle de la qualité, les
défaillances de la surveillance par la Direction de la santé publique, le
ministère et l'agence de la santé et des services sociaux à l'égard de la
surveillance de la prévention et du contrôle des infections. Le commentaire
suivant de la coroner est particulièrement éloquent :
    "A cet égard, il me faut ici mentionner que les plans d'action, les
lignes directrices, les guides et les études publiés par le MSSS ou l'Institut
national de santé publique du Québec devraient, s'ils étaient appliqués de
façon rigoureuse, avoir un impact majeur sur le contrôle des infections
nosocomiales. Il faut espérer que tous les établissements de santé au Québec
adopteront les mesures recommandées et qu'ils s'en donneront tous les moyens"
(p.15)
    Dès lors, force est de constater que si le ministère, l'agence et la
direction de la santé publique s'étaient assurés de la mise en place de ces
politiques et directives et en avaient vérifié le contrôle et l'application,
nous n'aurions pas eu à déplorer seize (16) décès et soixante-dix (70)
patients contaminés au C-difficile. Il est malheureux que la coroner n'ait pas
fait cet exercice, bien que nous l'ayons fortement suggéré et que c'est là que
se trouve la principale cause de la situation à Honoré Mercier.
    L'attitude de la Direction nationale de la santé publique est
inquiétante. Elle refuse, malgré le rapport Aucoin, de faire de la prévention
des infections, une priorité de santé publique et se confine plutôt dans un
discours où les infections sont perçues comme une fatalité avec laquelle il
faut composer et que c'est aux établissements à s'occuper de ce problème.
Cette attitude n'a rien de rassurant pour l'avenir. Il faut se demander si la
Direction de la santé publique est à la hauteur du défi.

    Une infection nosocomiale est un accident :

    A plusieurs reprises, le ministre de la santé et des services sociaux, le
docteur Philippe Couillard, a exprimé clairement l'avis qu'une infection
nosocomiale est un accident au sens de la loi. D'ailleurs depuis 2005, les
changements apportés à la loi ne laissent aucun doute à cet égard. L'enquête a
révélé toute la confusion qui existe encore à ce sujet dans le système de
santé, confusion confirmée par les propos de la coroner sur la notion
d'accident et d'infections nosocomiales. Tant que le Ministre n'aura pas émis
clairement dans quelle direction le réseau de la santé doit se tourner pour
traiter les infections nosocomiales, la confusion persistera.
    Considérer une infection nosocomiale comme un accident est important pour
le patient, cela assure que le diagnostic lui sera transmis ainsi qu'à ses
proches et que le comité de gestion des risques de l'établissement en sera
également saisi aux fins d'en analyser les causes et les moyens de les
prévenir et assurer qu'un support sera donné au patient et à ses proches.

    Recommandations :

    Les recommandations de la coroner nous semblent incomplètes pour faire
face à la gravité de la situation qui a été vécue à l'Hôpital Honoré-Mercier.
Nous sommes d'accord avec l'ensemble de ses recommandations. Cependant elles
ne vont manifestement pas assez loin. La principale recommandation qu'il
aurait fallu faire aurait été la reconnaissance que les infections
nosocomiales sont un problème de santé publique tel que l'avait reconnu le
rapport Aucoin et la seconde, qui découle de la première, la mise en place
d'un programme provincial coercitif, vérifié et contrôlé par la Direction de
la santé publique afin de s'assurer que tous les établissements de santé
respectent l'ensemble des directives mise de l'avant pour prévenir des
infections. La troisième est de traiter les infections nosocomiales comme un
accident, ce qui engendrera l'examen de celles-ci par le comité de gestion de
risque de l'établissement quant à leurs causes, leurs effets et les moyens de
les prévenir.

    Conclusion :

    La situation vécue à l'Hôpital Honoré-Mercier n'aurait pu se développer
sans le laisser-faire et la négligence tant des autorités du ministère, de la
Direction de la santé publique que de l'établissement. C'est la combinaison de
leur inaction qui explique la tragique situation vécue à St-Hyacinthe. Il faut
se demander quand la leçon sera finalement apprise par les autorités en place.
Avions-nous besoin de seize (16) décès supplémentaires pour se décider enfin à
faire le virage nécessaire et protéger les patients? Si rien ne change, la
question ne sera pas de savoir si une nouvelle tragédie semblable peut encore
survenir, mais seulement quand et où elle surviendra.




Renseignements :

Renseignements: Me Jean-Pierre Ménard, Ménard, Martin, Avocats,
Procureurs des familles Dorion, Messier, Gravel et de l'ADVIN, (514) 253-8044


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