La réduction des méfaits au coeur de l'intervention en toxicomanie



    MONTREAL, le 22 nov. /CNW Telbec/ - En matière de dépendance aux drogues,
l'approche de réduction des méfaits qui vise principalement à permettre aux
usagers de drogues de réduire les conséquences négatives liées à leur
consommation, a fait ses preuves. Il est en effet bien documenté que les
politiques découlant de cette approche (accès facilité à des seringues
stériles, éducation à l'injection sécuritaire, traitement de substitution,
intervention dans milieu de vie, lieu d'injection sécuritaire, réponse aux
besoins de base) ont largement contribué à endiguer la pandémie du sida chez
les usagers de drogues ainsi qu'à réduire la mortalité dans cette population.
Les acquis sont toutefois fragiles et les défis à relever en matière de
réduction des méfaits, tant sanitaires que sociaux, demeurent nombreux.
    Malgré cela, 25 ans après sa naissance, l'approche de réduction des
méfaits demeure mal comprise et fait l'objet de nombreuses attaques, allant
jusqu'à remettre en question son bien-fondé et la pertinence d'un
investissement public en la matière.
    Les attaques portées à l'égard de l'approche de réduction des méfaits
ainsi qu'aux politiques et actions qui en découlent, reposent généralement sur
des bases idéologiques, prônant l'idéal d'une société sans drogues. Or,
l'usage légal ou illicite des drogues fait partie de la vie de l'espèce
humaine depuis la nuit des temps. Celles-ci nous sont d'ailleurs précieuses à
certains égards, entre autres dans le traitement de la douleur chronique.
    Les psychotropes sont donc bien présents dans nos vies et cet état de
fait ne peut que perdurer, quelle que soit son intensité. Aussi, l'abus et la
dépendance aux drogues, bien que pouvant être prévenus et contrôlés dans une
certaine mesure, ne peuvent être complètement évités. Il convient donc de
réduire au maximum les risques qu'ils occasionnent tout en intervenant
préventivement sur les déterminants socioéconomiques et de santé liés à
l'usage abusif et au développement de la dépendance, et ce, sans pour autant
inciter, ni à l'usage, ni à l'abus.
    Par ailleurs, les recherches actuelles en neurosciences nous permettent
de mieux comprendre le phénomène de la dépendance et confirment le caractère
illusoire d'un système prônant l'abstinence comme objectifs à court terme pour
toute personne vivant un problème de dépendance.
    Dans un tel contexte, le Centre de recherche et d'aide pour narcomanes
(Cran), pionnier québécois dans le traitement de la dépendance aux opioides
(héroine, morphine, opium, etc.), tient à souligner son inquiétude face à la
nouvelle stratégie canadienne antidrogue présentée récemment par le
gouvernement Harper. Celle-ci mise en effet davantage sur la répression, la
sensibilisation des jeunes face aux dangers de l'usage et des interventions
curatives prônant l'abstinence pour tous, plutôt que sur une approche visant
l'atteinte d'objectifs d'amélioration de la santé publique, dans un contexte
d'efficience.
    En effet, la réduction des méfaits est complètement absente de la
nouvelle stratégie canadienne antidrogue. Des actions de réduction des
méfaits, telles que le site d'injection supervisé de Vancouver, sont vivement
menacées par le gouvernement alors que plusieurs études scientifiques mettent
en évidence les nombreux impacts positifs de cette initiative. A cet égard, en
septembre dernier, le docteur Stephen W. Huang(1), chercheur et professeur au
Département de médecine de l'Université de Toronto, appuyé par 130 collègues,
publiait dans Open Medicine, vol. 1, no 2 (2007), un article intitulé Science
et idéologie. Cet article dénonce les positions, non fondées sur les données
probantes, du gouvernement à l'égard de la politique de réduction des méfaits
et exhorte la communauté scientifique à sortir de sa réserve pour entrer dans
le débat public en la matière.
    Le Cran considère que la réduction des méfaits doit être placée au coeur
des interventions en matière de traitement de la dépendance. Outre le fait de
permettre aux personnes dépendantes de réduire les conséquences négatives de
leur consommation, conséquences qui ont un coût social important, une approche
centrée sur la réduction des méfaits permet la création d'une alliance
thérapeutique qui sera déterminante pour accompagner, à leur rythme, chacune
des personnes dépendantes dans leur parcours de rétablissement.
    Nous craignons que la campagne "anti réduction des méfaits" lancée par le
gouvernement de Stephen Harper contribue à accroître la stigmatisation sociale
dont sont victimes les personnes dépendantes, entre autres celles qui
bénéficient d'un traitement à la méthadone, créant ainsi un obstacle
supplémentaire à leur insertion sociale et professionnelle.
    Un tel positionnement pourrait également nuire à la perception qu'a le
grand public des enjeux liés aux traitements de substitution et de la valeur
ajoutée que représentent les actions de réduction des méfaits au sein d'une
politique publique en matière de drogue. Ceci pourrait avoir un effet néfaste
sur l'impact de nos actions visant à faire reconnaître les traitements de
substitution et à recruter, à l'échelle provinciale, un nombre suffisant de
médecins pour que les personnes dépendantes des opioides qui le souhaitent
puissent recevoir un traitement adapté à leur situation.
    Nous souhaitons donc que les efforts nécessaires soient déployés, tant au
niveau provincial que fédéral, pour que l'approche de réduction des méfaits et
les actions qui en découlent soient intégrées aux politiques publiques en
matière de santé, de services sociaux et de drogue et fassent l'objet
d'investissements cohérents. Nous souhaitons également que nos gouvernements
s'assurent que les pratiques cliniques en la matière se basent sur les données
probantes les plus récentes et que les services offerts soient suffisamment
accessibles pour répondre aux besoins observés.
    Comme moyen d'intervention, la répression a largement démontré ses
limites et peut représenter un obstacle à la réinsertion sociale des usagers
de drogues illicites. Ne faudrait-il pas plutôt adopter un positionnement qui
soit favorable à l'investissement social et en santé pour mieux accompagner et
traiter ceux qui nécessitent des soins adaptés en raison de leurs dépendances
et des conditions de vie souvent difficiles qui en découlent?

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    (1)Pour lire l'article du Dr Huang :
    http://reductiondesmefaits.aitq.com/index.php?option=com_docman&task=doc_
download&gid=108&Itemid=37




Renseignements :

Renseignements: Eric Fabrès, responsable des communications - Centre de
recherche et d'aide pour narcomanes, (418) 423-4157,
ericfabres@info-sam.qc.ca; http://www.opioidesrx.info

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