Iran - Monsieur le Président, le peuple iranien n'est pas "le plus libre au monde": lettre ouverte à Mahmoud Ahmadinejad



    MONTREAL, le 26 sept. /CNW Telbec/ - Reporters sans frontières a adressé
un courrier, le 26 septembre 2007, au président Mahmoud Ahmadinejad suite aux
propos qu'il a tenu lors de son passage aux Etats-Unis pour assister à la
62e Assemblée générale des Nations unies. L'organisation espère que le
président de la République islamique ne reviendra pas sur son engagement à
accueillir les organisations de défense des droits de l'homme en Iran.

    "Monsieur le Président,

    Vous avez participé le 24 septembre 2007, à New York, à une
vidéoconférence organisée par le Club de la presse nationale. A cette
occasion, vous avez été interpellé par plusieurs journalistes et représentants
d'organisations internationales, dont Reporters sans frontières, sur la
situation déplorable des droits de l'homme en Iran. Face aux critiques, vous
avez soutenu que le peuple iranien était "le plus libre au monde" et que ces
organisations ne connaissaient pas bien la situation interne dans votre pays,
pour n'y être jamais allées.
    Monsieur le Président, les faits sont établis et les chiffres accablants
des atteintes à la liberté de la presse enregistrées dans votre pays n'ont
plus besoin de commentaire. Depuis votre dernière visite aux Nations unies, il
y a un an, au moins 73 professionnels des médias ont été interpellés et pas
moins de 20 médias ont été censurés. Dans un communiqué récent, plus de 170
journalistes iraniens se sont plaints de la dégradation notable de la
situation de la liberté de la presse. L'Iran a acquis depuis plusieurs années
le statut de plus grande prison pour les journalistes au Moyen-Orient. Au
moment où vous lisez ces lignes, dix sont toujours derrière les barreaux.
Parmi eux, Adnan Hassanpour et Abdolvahed Hiva Botimar ont été condamnés à
mort en juillet 2007. Leur collaboration avec des médias kurdes et étrangers
leur a valu le statut d'"espion". Nous espérons que vous ferez tout pour
empêcher leur exécution.
    Monsieur le Président, de nombreux journalistes se sont retrouvés sur les
bancs de la justice. Ils sont, pour la plupart, poursuivis pour "atteinte à la
sécurité nationale" pour avoir voulu informer le peuple iranien. Vous affirmez
qu'en Iran, les médias sont libres de vous critiquer ou de critiquer votre
administration. Les faits prouvent le contraire. Certains payent très cher le
prix de leur liberté de ton et leurs droits les plus élémentaires sont
bafoués. C'est notamment le cas de Said Matinpour, de l'hebdomadaire Yarpagh,
arrêté le 28 mai 2007 à son domicile à Zanjan. Il a été transféré deux jours
plus tard à la prison d'Evin où il est, depuis, maintenu en isolement dans le
dortoir sécuritaire 209. Après plus de 100 jours de détention, aucune charge
n'a été formulée contre lui. Ce journaliste n'a, par ailleurs, pas été
autorisé à recevoir les visites de sa famille et de son avocat. C'est
également le cas de Soheil Assefi, un journaliste arrêté le 4 août dernier
après s'être présenté à une convocation au tribunal de Téhéran. Il est
poursuivi pour "publication de fausses informations pouvant troubler l'opinion
publique".
    Vous avez également fait allusion, lors de cette conférence, à la
profusion de journaux en Iran. "Quotidiennement, beaucoup, beaucoup de
journaux paraissent dans notre pays et le nombre de journaux d'opposition est
dix fois plus important que celui des journaux progouvernementaux", avez-vous
déclaré. Monsieur le Président, ces journaux que vous qualifiez d'"opposition"
servent avant tout les clans au pouvoir et ne sont pas des espaces libres et
pluralistes. Selon la secrétaire générale de l'Association des journalistes
iraniens, Badrolssadat Mofidi, les autorisations de publication de plus de 500
médias ont récemment été annulées par le ministère de la Culture et de
l'Orientation islamique. En Iran, même s'il n'existe pas de bureau de censure
préalable, l'autocensure est très forte. Les pressions exercées par les
services de renseignements à l'encontre de rédacteurs en chef de publications
indépendantes sont fréquentes. Certains d'entre eux se sont même vu remettre
des listes de noms de journalistes à ne pas embaucher.
    Par ailleurs, votre gouvernement refuse toujours de mettre fin au
monopole étatique sur les médias audiovisuels et la possession d'une parabole
satellitaire demeure interdite.
    L'Internet n'échappe pas non plus à la censure. De nombreux sites
politiques ou traitant de religion sont particulièrement visés, mais également
les sites d'organisations internationales, telles que celui de Reporters sans
frontières. Les "dix millions" d'internautes que vous avez cités dans votre
intervention, Monsieur le Président, n'ont ainsi accès qu'à une information
partielle.
    Nous tenons également à mentionner les obstacles auxquels font face les
associations locales de défense des droits de l'homme, à l'image du Centre des
défenseurs des droits de l'homme, dirigé par l'avocate et Prix Nobel de la
paix Shirin Ebadi, qui attend depuis sa création, en 2002, un permis du
ministère de l'Intérieur. Maître Ebadi continue aujourd'hui de se battre pour
la liberté d'expression en défendant régulièrement des journalistes, comme
elle l'avait fait pour Akbar Ganji.
    Enfin, la presse étrangère éprouve de nombreuses difficultés à se rendre
et à travailler en Iran. Les correspondants locaux de médias étrangers sont
également soumis à de nombreuses pressions et régulièrement convoqués par les
services de renseignements. De son côté, Reporters sans frontières a demandé,
sans succès, à maintes reprises au cours des dix dernières années, des visas
pour se rendre en Iran. Nous espérons que les invitations que vous avez
lancées, lors de cette vidéoconférence, à l'ensemble des organisations
présentes ne se révéleront pas être des paroles vaines. En ce qui nous
concerne, nous ne manquerons pas d'honorer votre invitation.

    Robert Ménard
    Secrétaire général"

    Reporters sans frontières défend les journalistes emprisonnés et la
liberté de la presse dans le monde. L'organisation compte neuf sections
nationales (Allemagne, Autriche, Belgique, Canada, Espagne, France, Italie,
Suède et Suisse), des représentations à Bangkok, Londres, New York, Tokyo et
Washington, et plus de 120 correspondants dans le monde.




Renseignements :

Renseignements: Emily Jacquard, Directrice générale, Reporters sans
frontières, (514) 521-4111, Cell: (514) 258-4208, Fax: (514) 521-7771,
rsfcanada@rsf.org

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