IRAN - L'Information, victime du coup de force électoral



    MONTREAL, le 15 juin /CNW Telbec/ - Depuis l'annonce des résultats
contestés de l'élection présidentielle en Iran, les autorités iraniennes
continuent leur censure de l'information et la répression des journalistes.
Depuis le 12 juin, les mesures de censure et les arrestations de journalistes
se sont multipliées. Les proches de Mahmoud Ahmadinejad continuent de faire
pression sur les médias iraniens pour qu'ils ne relayent pas les informations
sur les fraudes.
    "Les sources d'informations indépendantes peuvent très difficilement se
faire entendre aujourd'hui en Iran en raison de la censure. Les autorités
assoient leur emprise sur tout support ou média qui pourrait contester la
"victoire"", a déclaré l'organisation. Les autorités cherchent à tout prix à
limiter la couverture médiatique des conséquences de cette élection
frauduleuse.
    Reporters sans frontières réitère son appel à la communauté
internationale à ne pas reconnaître les résultats du premier tour de
l'élection présidentielle iranienne du 12 juin. "Une élection démocratique
suppose des médias libres d'observer le processus électoral et d'enquêter sur
les fraudes. Aucune de ces deux conditions n'est aujourd'hui présente dans la
supposée réélection de Mahmoud Ahmadinejad. Nous appelons solennellement la
communauté internationale, particulièrement les pays européens, à ne pas
reconnaître publiquement les résultats annoncés par les autorités tant que la
censure s'applique au processus électoral. Une élection gagnée à coups
d'arrestations de journalistes et de censure n'est pas démocratique", a
affirmé l'organisation.

    Censure des médias et d'internet

    Les services de sécurité ont investi les rédactions de journaux, lisant
les articles et en censurant le contenu. Mehdi Karoubi, l'un des candidats, a
confirmé cette censure dans un communiqué de presse : " Je ne peux même pas
publier mes communiqués dans mon journal Etemad Meli." Ainsi, en une du site,
on peut voir une photo d'Ahmadinedjad lors d'un rassemblement. Des colonnes
sont laissées vierges, en raison des coupes des censeurs (Voir :
http://www.roozna.com/). Le journal Velayat dans la province Qazvin (au nord
de Téhéran) a été suspendu suite à la publication d'une caricature
d'Ahamadinejad.
    Les sources d'information officielles sont également visées. Ainsi,
quatre fonctionnaires du ministère de l'Intérieur ont été arrêtés pour avoir
donné des résultats différents de ceux annoncés par les proches
d'Ahmadinedjad.
    Quatre des principales publications proches des réformateurs ont été
fermées ou empêchées de critiquer les résultats officiels, suite à
l'avertissement du procureur de Téhéran Said Mortazavi. Ainsi, le journal
Kalameh Sabaz, propriété du candidat Moussavi, a été empêché d'être distribué.
Le quotidien a été obligé de changer sa une, qui donnait vainqueur le grand
rival du Président sortant. Depuis le 13 juin, aucun numéro du journal n'a pu
paraître.
    Les autorités s'en sont largement prises à Internet, par le contrôle et
le blocage de tous les sites d'informations susceptibles de contester la
victoire de Mahmoud Ahmadinedjad. Une dizaine de sites Internet proches de
l'opposition ont été censurés. C'est le cas de : http://www.entekhab.ir/,
inaccessible depuis le 11 juin, http://www.ayandenews.com/ depuis le 12 juin,
http://teribon.com/, les sites réformateurs http://khordadeno.com/,
http://aftabnews.ir/index.php, http://ghalamesabz.com/., http://norooznews.ir
(site d'informations d'un parti réformateur, le Parti de la participation
islamique (pro-Moussavi)), et http://www.ghalamsima.com/ qui soutient la
campagne de Moussavi. Et pour la vingtième fois, le site
http://www.we-change.org/ animé par des cyberféministes a été bloqué.
    Les sites Youtube et Facebook sont difficiles d'accès. Le réseau de
téléphonie mobile est également brouillé. Le premier opérateur, contrôlé par
l'Etat, a été suspendu le 13 juin 2009 à 22h (17h30 GMT). Le réseau de SMS a
été coupé dès le 12 juin au matin, ce qui empêche l'usage de Twiter.

    Les médias étrangers visés

    Quant aux médias étrangers, leur blocage s'est accéléré. En plus du
filtrage du site de la BBC, les chaînes satellitaires en persan VOA et BBC,
très populaires dans le pays, ont été partiellement brouillées dans le pays.
La radio-télévision britannique a indiqué que ses émissions en persan étaient
la cible d'un brouillage important "en provenance de l'Iran" depuis le 12 juin
à 12h45 GMT et "s'est aggravé progressivement".
    Le 14 juin, les autorités ont fermé le bureau de la chaîne de télévision
d'informations en arabe, Al-Arabiya, pour une semaine, suite à la diffusion,
par la chaîne, d'images de la première manifestation suivant l'annonce de la
réélection de Mahmoud Ahmadinedjad.
    Les journalistes étrangers présents sur place se sont vus empêchés de
couvrir les manifestations qui ont suivi l'annonce de la "victoire"
d'Ahmadinedjad. Non seulement leurs visas n'ont pas été reconduits, mais ils
ont été victimes de violences policières. Le collaborateur d'une équipe de la
chaîne italienne RAI et un reporter de Reuters ont été frappés par des forces
de l'ordre dans la capitale. Une équipe de la BBC a été menacée par la police,
mais des manifestants ont réussi à faire fuir les forces de l'ordre. Les
correspondants des chaînes allemandes ARD et ZDF ont reçu l'interdiction de
sortir de leur hôtel le 13 juin. Deux journalistes néerlandais de la chaîne
Nederland2 ont quant à eux été arrêtés et expulsés.
    Par ailleurs, les journalistes étrangers se sont vus contraints de
quitter le pays. Yolanda Alvarez, envoyée spéciale pour la chaîne de
télévision espagnole TVE, a été expulsée d'Iran avec toute son équipe le 15
juin.

    Des journalistes arrêtés

    Depuis le 12 juin 2009, onze journalistes ont été arrêtés. Reza Alijani,
lauréat du prix Reporters sans frontières-Fondation de France 2001, Hoda
Sabaer et Taghi Rahmani ont été interpellés le 13 juin. Reza Alijani et Taghi
Rahmani ont été libérés le 14 juin au soir. Ahmad Zeydabadi a subi le même
sort, tout comme Kivan Samimi Behbani, journaliste indépendant et ex-directeur
du mensuel indépendant Nameh ("La lettre") suspendu en 2005. Le journaliste
Abdolreza Tajik a également été arrêté, le 14 juin, en milieu de journée au
siège du journal Farhikhtegan par trois hommes en civil. Membre du Cercle des
défenseurs des droits de l'homme, Abdolreza Tajik collaborait activement à
plusieurs publications iraniennes, toutes suspendues par les autorités, telles
que Bahar (suspendu en 2001), Hambastegi (suspendu en 2003) et Shargh
(suspendu en 2008). A ce jour, cinq sont toujours détenus. Said Shariti, le
responsable du site Nooroz, est aujourd'hui détenu par la police. Le 14 juin,
Mahssa Amrabadi, la journaliste du quotidien Etemad Melli, a été arrêtée à son
domicile. Les agents du ministère des Renseignements avaient un mandat pour
arrêter son mari, le journaliste Masoud Bastani. Ce dernier était alors
absent.
    Le 12 juin, deux femmes journalistes rattachées au QG de Mirhossein
Moussavi ont été agressées. Le 13 juin, le centre d'informations du candidat a
été saccagé par des partisans de Mahmoud Ahmadinejad qui ont notamment détruit
les ordinateurs. C'est de ces bureaux que l'agence de presse Qalam News
diffusait ses informations.
    Par ailleurs, l'organisation est sans nouvelles d'une dizaine d'autres
journalistes qui seraient détenus ou en fuite.




Renseignements :

Renseignements: Maude Marshall, adjointe à la directrice générale, (514)
521-4111, rsfcanada3@rsf.org

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