Faits saillants - LA COMMISSION DES DROITS DE LA PERSONNE ET DES DROITS DE LA JEUNESSE PUBLIE UNE ETUDE SUR LA FERVEUR RELIGIEUSE ET LES DEMANDES D'ACCOMMODEMENTS



    MONTREAL, le 12 déc. /CNW Telbec/ - Est-il exact que les membres des
minorités non chrétiennes, et surtout d'immigration récente, sont
nécessairement plus dévots, pratiquants et portés à faire des demandes
d'accommodements religieux que les membres de la majorité chrétienne ? Est-il
exact que cette majorité, composée de Québécois "de vieille souche"
d'ascendance française ou anglaise, soit fortement marquée par une culture
laique et sécularisée ?
    Ce sont là certaines des perceptions dont la Commission des droits de la
personne et des droits de la jeunesse a voulu vérifier la validité dans une
étude qu'elle publie aujourd'hui et qu'elle a d'ailleurs transmises à
Messieurs Bouchard et Taylor. Nous en donnons ici seulement quelques faits
saillants, l'étude - et un résumé - étant disponibles au www.cdpdj.qc.ca.
Intitulée La ferveur religieuse et les demandes d'accommodement religieux :
une comparaison intergroupe, l'analyse du sociologue Paul Eid, de la Direction
de la recherche et de la planification de la Commission, montre que la réalité
est beaucoup plus nuancée, et s'inscrit parfois en faux avec plusieurs idées
convenues.

    Croyants et incroyants

    Selon une certaine perception, les minorités ethnoculturelles issues de
l'immigration, surtout récente, sont présumées plus attachées à la religion
que les natifs du Québec et, par conséquent, moins aptes que ces derniers à
s'en détacher. Dans une telle perspective, on s'attendrait à ce que la
proportion d'individus ne s'identifiant à aucune religion soit plus élevée
chez les Québécois nés au Canada que chez les Québécois issus de
l'immigration. Or les données du recensement canadien de 2001 (la dernière
année pour laquelle des données soient disponibles sur l'appartenance
religieuse) dressent un portrait qui contredit nettement cette hypothèse.
    "Alors que parmi les Québécois non immigrants, 5% ne se réclament
d'aucune religion, cette proportion grimpe à 10.3% chez les immigrants, et à
15.5% chez les immigrants récents, soit ceux arrivés au Canada entre 1996 et
2001. En d'autres termes, au Québec, un immigrant récent a approximativement
1 fois et demie plus de chances qu'un immigrant plus anciennement établi, et
3 fois plus de chances qu'un non-immigrant, de ne se réclamer d'aucune
religion. Notons également que les immigrants, toutes périodes d'établissement
confondues, représentent 18.2% des Québécois sans religion alors qu'ils ne
forment que 9.9% de la population québécoise. Ces chiffres suggèrent que, loin
d'être l'apanage des natifs québécois, la non-affiliation religieuse,
l'incroyance, l'athéisme et l'agnosticisme touchent davantage les immigrants
en général, et a fortiori les immigrants récents."

    Niveau de religiosité

    L'étude de la Commission examine ensuite le niveau de religiosité des
croyants Canadiens et Québécois selon l'appartenance religieuse et le statut
d'immigrant, en s'appuyant sur l'Enquête sur la diversité ethnique réalisée
par Statistique Canada en 2002. Dans cette enquête, la ferveur religieuse des
Canadiens a été mesurée par 3 indicateurs : l'importance subjective accordée à
la religion, la fréquence des activités religieuses pratiquées sur une base
individuelle, et la fréquence de participation à des activités, des services
ou des réunions à caractère religieux avec d'autres personnes (à l'exception
des événements comme les mariages et les funérailles).
    M. Eid a mesuré et comparé sur cette base le niveau global de religiosité
de 8 groupes religieux ventilés en fonction de 2 critères : le statut
d'immigration et l'échelle géographique (Canada ou Québec). Il en résulte un
classement qui comprend 26 sous-groupes, et dont le premier rang correspond au
niveau le plus élevé de religiosité. Il ressort de l'analyse, là aussi,
certains constats éclairants.
    A l'échelle québécoise comme canadienne, les natifs protestants et
catholiques font preuve d'une dévotion religieuse extrêmement limitée par
rapport à la grande majorité des natifs et des immigrants issus des minorités
religieuses. Le titre de groupe le moins dévot au pays revient sans conteste
aux natifs catholiques québécois qui sont par ailleurs, étonnamment - comme le
montre une autre partie de l'étude - ceux qui maintiennent le mieux une
affiliation religieuse d'une génération à l'autre. "On peut donc en déduire
que l'identité catholique au Québec, bien que se perpétuant avec beaucoup de
succès d'une génération à l'autre demeure, dans la majorité des cas, nominale
et symbolique."
    La plus grande surprise provient des immigrants québécois de foi
musulmane. Ces derniers occupent le 21ème rang au classement de religiosité
relative, figurant ainsi au palmarès des 5 groupes les moins religieux au
pays, et faisant même preuve d'une ferveur religieuse plus modérée que celle
des Québécois protestants, qu'ils soient nés au Canada ou à l'étranger. De
tels résultats mettent à mal l'image stéréotypée de fervents pratiquants que
les médias et l'opinion publique ont l'habitude, au Québec, d'associer aux
immigrants musulmans.
    "Le niveau global de religiosité exceptionnellement faible des Québécois
musulmans nés à l'étranger s'explique notamment par leur forte tendance à
pratiquer leur religion en-dehors des structures communautaires collectives.
Ainsi, les musulmans québécois d'origine étrangère déclarent à 62.1% ne
"jamais" assister à des réunions ou participer à des activités religieuses
"avec d'autres personnes". Ils manifestent donc majoritairement leur foi, non
pas dans le cadre d'un islam encadré par les imams et les mosquées, mais
plutôt sur une base privée et individuelle."
    Qui plus est, tant à l'échelle québécoise que canadienne, les immigrants
musulmans québécois forment le groupe qui compte, et de loin, la plus forte
proportion de fidèles demeurant complètement à l'écart des formes d'expression
collective de la religion, et ce, même par comparaison avec les natifs
d'autres confessions. A titre comparatif, au Québec, seuls 33.3% des natifs
catholiques, et 24.5% des natifs protestants, déclarent ne jamais participer à
des activités religieuses avec d'autres personnes, les autres, majoritaires,
fréquentant probablement l'église au minimum quelques fois par année, à
l'occasion par exemple des grandes fêtes religieuses telles que Pâques et
Noel.

    Autres données

    Ce ne sont là que quelques-uns des faits saillants de l'étude publiée
aujourd'hui. On pourra y relever également - comme nous l'avions fait savoir
en novembre 2006 - que seul le tiers des plaintes déposées sous le motif
religion à la Commission comportent une demande d'accommodement religieux. Les
autres, soit les deux tiers, relèvent de l'allégation de discrimination
directe, en particulier en emploi. Il s'agit alors d'individus qui estiment
avoir été pénalisés, non pas par une norme d'application universelle inadaptée
à leurs particularismes religieux, mais au contraire par une exclusion fondée
sur leur appartenance religieuse. En outre, l'analyse du profil des plaignants
qui recourent à la Commission pour réclamer un accommodement religieux signale
qu'il s'agit là d'un phénomène qui est loin d'être associé exclusivement aux
religions minoritaires et à l'immigration (1 demande sur 2 est attribuable à
un chrétien). C'est d'ailleurs ce que confirmaient, récemment, des données
tirées de la consultation menée par le ministère de l'Education, du Loisir et
du Sport (MELS) dans le réseau scolaire.
    De même, une autre partie de l'analyse publiée aujourd'hui permet
d'avancer qu'il serait périlleux d'établir un lien de cause à effet entre la
religiosité moyenne des croyants partageant une même foi et leur tendance à
revendiquer des accommodements religieux auprès de la Commission.
    Ainsi, les données indiquent que les groupes religieux les plus dévots à
l'échelle canadienne ou québécoise ne sont pas nécessairement surreprésentés
parmi les demandeurs répertoriés, comme en fait d'ailleurs foi le cas des
hindous et des sikhs, ou encore celui des natifs chrétiens orthodoxes.
Inversement, des groupes tels que les Québécois protestants et les Québécois
musulmans nés à l'étranger, caractérisés tous deux par des niveaux de dévotion
relativement faibles, sont néanmoins surreprésentés parmi les demandeurs
s'adressant à la Commission. On peut donc difficilement présumer qu'une forte
dévotion religieuse au sein d'un groupe débouche nécessairement sur une
pratique si rigide qu'elle ne souffrirait aucune forme d'assouplissement dans
l'espace public.
    Bref, une étude qui permet de nuancer, voire de corriger certaines
perceptions quant à la réalité religieuse au Québec. "Il serait hasardeux,
conclut l'auteur, de vouloir réduire la question religieuse au Québec à un
"clash des civilisations" opposant une majorité judéo-chrétienne de vieille
souche définitivement sécularisée à des minorités religieuses issues de
l'immigration incapables de cantonner leur foi dans la sphère privée."
    L'étude La ferveur religieuse et les demandes d'accommodement religieux :
une comparaison intergroupe, et un résumé de celle-ci, peuvent être consultées
au www.cdpdj.qc.ca.

    Source : M. Robert Sylvestre
    (514) 873-5146 ou 1 800 361-6477, poste 253
    -%SU: SOC,CLT
    -%RE: 1




Renseignements :

Renseignements: M. Robert Sylvestre, (514) 873-5146, 1 800 361-6477
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