Etats-Unis - Six ans après la reconversion du site de Guantanamo en camp de prisonniers, Reporters sans frontières continue de réclamer sa fermeture et la libération de Sami Al-Haj



    MONTREAL, le 10 janv. /CNW Telbec/ - Le 11 janvier 2002, plusieurs
centaines d'individus capturés par l'armée américaine dans le cadre de
l'opération "liberté immuable" en Afghanistan étaient transférés sur la base
militaire de Guantanamo, à l'est de Cuba. Cette date a marqué la reconversion
du site militaire en véritable bagne, où ont été détenus jusqu'à 770
individus, privés de toutes les garanties juridiques prévues par la
Constitution des Etats-Unis et les Conventions de Genève sur les prisonniers
de guerre. Parmi les quelque 300 personnes toujours détenues figure le
cameraman soudanais de la chaîne qatarie Al-Jazira, Sami Al-Haj, jamais
inculpé. Le secrétaire général de Reporters sans frontières, Robert Ménard, a
pu se rendre à Guantanamo, au début du mois de janvier. Ce voyage donnera lieu
à une publication dans le prochain numéro de Médias.
    "Nous demandons la libération de Sami Al-Haj ou son transfert vers son
pays d'origine. D'ailleurs, des négociations sont actuellement en cours à ce
sujet. Nous nous sommes rendus à Guantanamo pour pouvoir le rencontrer mais
nous n'y avons pas été autorisés. Nous avons pu, en revanche, visiter les
centres de détention et nous entretenir notamment avec des gardiens, les
responsables de l'hôpital, les militaires en charge des revues administratives
annuelles (ARB) et le commandant de la Joint Task Force de Guantanamo, le
contre-amiral Mark H. Buzby", a indiqué Reporters sans frontières.
    "Le scandale juridique et humanitaire incarné par Guantanamo dure depuis
maintenant six ans. Pour quel résultat ? En l'absence de charges, 500 des
prisonniers de la base en sont sortis, le plus souvent renvoyés vers leur pays
d'origine. On comprend d'autant plus mal le maintien en détention de près de
300 personnes, alors que les autorités ont prévu d'en juger entre soixante et
quatre-vingts. Or, le 30 juin 2006, la Cour suprême des Etats-Unis a justement
déclaré anticonstitutionnels les tribunaux militaires d'exception destinés à
juger les 'ennemis combattants' et, le 7 juin 2007, le Comité judiciaire du
Sénat s'est prononcé en faveur du rétablissement de l'habeas corpus pour ces
derniers. Il faut aller plus loin. Le vainqueur du scrutin présidentiel du 7
novembre prochain, qui prendra ses fonctions en janvier 2009, devra mettre fin
à une situation humainement intolérable et juridiquement intenable. Nous
appelons tous les candidats en lice pour le primaires à s'engager à fermer
Guantanamo", a déclaré l'organisation.
    Arrêté en décembre 2001 à la frontière de l'Afghanistan et du Pakistan
par les forces de sécurité pakistanaises, Sami Al-Haj a été livré un mois plus
tard à l'armée américaine et transféré sur la base de Guantanamo le 13 juin
2002. L'armée américaine l'a accusé d'avoir réalisé une interview clandestine
d'Oussama Ben Laden, de s'être livré à du trafic d'armes pour le compte
d'Al-Qaida et d'avoir animé un site internet islamiste. Aucune preuve n'est
jamais venue étayer ces griefs et aucune inculpation n'a jamais été prononcée
contre le journaliste.
    Régulièrement torturé, soumis à près de 200 interrogatoires par ses
geôliers, Sami Al-Haj a entamé, le 7 janvier 2007, une grève de la faim pour
protester contre sa détention et réclamer le respect de ses droits. En
représailles, il a été nourri de force à plusieurs reprises. Selon son avocat,
Clive Stafford-Smith, qui lui a rendu visite en juillet dernier, il a perdu
dix-huit kilos et souffre de graves problèmes intestinaux. Il est également
victime d'accès de paranoia et présente de plus en plus de difficultés à
communiquer normalement.
    Deux des neuf prisonniers soudanais de Guantanamo ont été libérés au mois
de décembre 2007. Selon un mémorandum récemment remis au gouvernement
soudanais par l'administration américaine, les contreparties exigées à une
remise en liberté de Sami Al-Haj seraient l'interdiction de reprendre ses
activités de journaliste, et celle de sortir du territoire soudanais.
    Le 15 décembre 2007, la CIA a annoncé avoir détruit des enregistrements
video d'interrogatoires de prisonniers détenus à Guantanamo et dans les
prisons secrètes, malgré un ordre judiciaire de les conserver. Une enquête
criminelle a été ouverte, le 2 janvier 2008, mais une semaine plus tard, le
juge fédéral Henry H. Kennedy a fait savoir qu'il n'ordonnerait pas l'audition
de l'ancien officier du renseignement José Rodriguez. Aux protestations du
Congrès, le magistrat a répondu qu'il attendait les résultats de l'enquête
diligentée en interne par le département de Justice. Le New York Times avait
révélé, au mois de décembre, que quatre conseillers juridiques de la Maison
Blanche avaient donné leur aval à la destruction des enregistrements
compromettants.
    Il y a plus de seize ans ans, Reporters sans frontières mettait en place
le " parrainage " et appelait les médias internationaux à soutenir un
journaliste emprisonné. Plus de 200 rédactions dans le monde soutiennent ainsi
un confrère en demandant régulièrement sa libération aux autorités concernées
et en médiatisant sa situation pour que son cas ne tombe pas dans l'oubli.
    Sami Al-Haj est ainsi soutenu par des médias espagnols, La Sexta,
IPS-Comunica, La Voz del Occidente, Colexio de Xornalistas de Galicia, et
canadiens, Corriere Canadese, Atlas media, Magazine de Saint-Lambert, Mouton
Noir, CIBL, Radio Canada Sudbury.




Renseignements :

Renseignements: Emily Jacquard, Directrice générale, Reporters sans
frontières Canada, (514) 521-4111, Cell: (514) 258-4208, Telec.: (514)
521-7771, rsfcanada@rsf.org

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