Etats-Unis - Reporters sans frontières condamne l'acharnement judiciaire contre une journaliste obligée de livrer ses sources



    MONTREAL, le 11 mars /CNW Telbec/ - Reporters sans frontières s'élève
contre la décision, prise le 7 mars 2008 par un juge fédéral, d'infliger à
Toni Locy, ancienne journaliste d'USA Today, une amende pouvant atteindre
5 000 dollars si elle persiste à garder secrètes des sources utilisées dans
une enquête publiée en 2003 sur un ancien scientifique de l'armée considéré
comme suspect dans l'affaire dite de l'anthrax. Le juge Reggie Walton a
interdit à l'ancien employeur de la journaliste ainsi qu'à sa famille de
verser la somme à sa place et Toni Locy risque la prison à compter du 3 avril
prochain. L'organisation appelle le Sénat à voter au plus vite la
"loi-bouclier" garantissant le secret des sources au niveau fédéral, que la
Chambre des représentants a déjà approuvée, le 16 octobre 2007.
    "L'obligation faite à un journaliste de livrer ses sources par la justice
fédérale n'est malheureusement pas une première aux Etats-Unis et certains de
ses collègues ont connu la prison pour avoir refusé de s'y plier. C'est
pourquoi il est urgent que le Sénat débate et vote au plus vite la
"loi-bouclier" reconnaissant aux journalistes le droit de garder secrets les
noms de leurs informateurs. Au-delà, nous nous indignons du procédé par lequel
le juge Reggie Walton tente d'imposer sa décision à Toni Locy. Interdire à la
journaliste de compter sur le soutien de sa famille ou de ses anciens
employeurs relève de l'acharnement", a déclaré Reporters sans frontières.
    Le 7 mars 2008, le juge fédéral de Washington Reggie Walton a confirmé
une première condamnation prononcée, le 19 février dernier, contre Toni Locy
pour "outrage à la Cour", obligeant la journaliste à s'acquitter
quotidiennement d'une amende pouvant atteindre 5 000 dollars tant qu'elle ne
livrerait pas les noms de ses sources confidentielles, relatives à l'affaire
dite de l'anthrax. Le juge fédéral a, en outre, interdit à quiconque
d'apporter à Toni Locy un soutien financier et a menacé de prison l'ancienne
rédactrice du quotidien USA Today à compter du 3 avril si la pression par
l'amende ne suffisait pas. Le paiement de l'amende doit prendre effet le
11 mars 2008 à minuit (heure de Washington). Toni Locy a déposé un recours en
urgence, la veille.
    Sur la base d'informations obtenues de sources gouvernementales,
Toni Locy et d'autres collègues de différents médias, avaient rendu publique,
en 2003, l'identité de Steven Hatfill parmi les personnes suspectées dans des
attentats par colis piégés à l'anthrax, qui avaient tué cinq personnes en
2001. Ancien scientifique de l'armée, Steven Hatfill avait engagé des
poursuites contre le département de Justice pour "violation de la loi fédérale
sur la protection des données personnelles". Le 13 août 2007, dans le cadre de
cette procédure, le juge Walton avait sommé six journalistes - Allan Lengel,
du Washington Post, Michael Isikoff et Daniel Klaidman, de Newsweek, James
Stewart, de CBS News, Brian Ross, d'ABC et Toni Locy - de livrer les noms des
fonctionnaires gouvernementaux à l'origine de la fuite. Toni Locy avait livré
les noms de deux sources, avec l'accord de ces dernières. James Stewart, qui a
refusé de dévoiler l'identité d'autres sources, pourrait lui aussi être
condamné pour "outrage à la Cour".
    Seule une approbation par le Sénat de la loi sur la libre-circulation de
l'information ("Free Flow of Information Act"), reconnaissant aux journalistes
la protection des sources au niveau fédéral, pourrait rendre caduque la
décision du juge Walton. Le texte, déjà approuvé par la Chambre des
représentants et par le comité judiciaire du Sénat, attend d'être voté en
séance plénière à la Chambre haute. Le 7 mars 2008, le sénateur Patrick Leahy
(D-Vermont), président du comité judiciaire, et son confrère Arlen Specter
(R-Pennsylvanie), ont adressé une lettre aux chefs de file des deux grands
partis en appelant à un vote rapide de la "loi-bouclier" fédérale. Le
privilège du secret des sources est reconnu aux journalistes dans trente-deux
Etats de l'Union et le District of Colombia.




Renseignements :

Renseignements: Katherine Borlongan, Directrice générale, Reporters sans
frontières, (514) 521-4111, Cell: (514) 258-4208, Télécopieur: (514) 521-7771,
rsfcanada@rsf.org

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