En santé, privatiser est la pire des solutions - Francine Lévesque, présidente de la FSSS-CSN



    MONTREAL, le 16 oct. /CNW Telbec/ - Lors de sa rencontre avec les membres
du Groupe de travail sur le financement des services de santé, présidé par
M. Claude Castonguay, la présidente de la Fédération de la santé et des
services sociaux de la CSN, Francine Lévesque a soutenu que la privatisation
constituerait la pire des solutions aux problèmes qui affligent le réseau de
la santé et des services sociaux. Selon Francine Lévesque, les pénuries de
main-d'oeuvre dans la santé et les services sociaux sont une question bien
davantage prioritaire que celle d'essayer d'inventer des stratagèmes pour
ouvrir la porte au privé.
    "Si l'objectif du Groupe Castonguay est d'appuyer une orientation
gouvernementale visant à démanteler les services publics, à développer un
système à deux vitesses et à abaisser les conditions de travail du personnel,
notre fédération s'objectera farouchement à de telles conclusions, car elles
révéleraient davantage un biais idéologique qu'un raisonnement supporté par
les faits", a soutenu Francine Lévesque.
    Dans son document, remis au Groupe Castonguay, la FSSS a réfuté les
arguments en faveur du désengagement de l'Etat et de la privatisation en
montrant qu'il existe d'incontestables démonstrations à l'effet que la gestion
publique et l'universalité d'accès aux soins de santé ont permis de créer des
régimes de soins de santé plus équitables et plus efficaces.

    La montée des projets de privatisation

    La fédération de la CSN est présentement très préoccupée par la montée de
projets de privatisation qui se multiplient.
    La FSSS a vivement dénoncé le projet de la direction de l'Hôpital du
Sacré-Coeur de Montréal de transférer des patients en chirurgie à la clinique
RocklandMD. Si un tel projet était autorisé, des fonds publics serviraient à
ériger le premier hôpital privé au Québec. Alors que les installations de
l'Hôpital du Sacré-Coeur sont sous-utilisées, le recours à la clinique
RocklandMD est un dédoublement de ressources coûteux et inutile.
    La décision de l'Agence de la santé et des services sociaux de Montréal
de priver la population du centre-ville de 200 lits d'hébergement en CHSLD est
totalement inacceptable. La région de Montréal a perdu plus de 700 lits en
CHSLD depuis 1995 et, selon l'Institut de la statistique du Québec, le nombre
de personnes âgées de 80 ans et plus augmentera de 47 % d'ici 2026. La FSSS
participe à l'organisation d'une résistance contre cette fermeture.

    Utilisation alarmiste et tendancieuse des chiffres

    Il est faux de prétendre que les dépenses de santé accaparent près de 45
% des dépenses de programme du gouvernement du Québec, comme le mentionnent
les communiqués du Groupe Castonguay. Ce ne sont pas uniquement des dépenses
de santé dont il s'agit, mais des dépenses de santé auxquelles il faut ajouter
les services sociaux. Selon l'Institut canadien d'information sur la santé
(ICIS), le Québec ne consacre en fait que 31 % de ses dépenses de programme
aux soins de santé, soit la plus faible proportion de toutes les provinces du
Canada.
    Mais une proportion de 45 % des dépenses de programme consacrée à la
santé et aux services sociaux est-ce si intolérable ? Il ne semble pas
puisque, à titre de comparaison, l'Ontario consacre déjà plus de 58 % de ses
dépenses de programme à la santé, aux services sociaux et aux services à
l'enfance.
    Le Québec est en réalité l'endroit en Amérique du Nord où les dépenses
privées et publiques de santé par habitant sont les moins élevées.
    Tout en étant la province qui affecte le plus faible montant par habitant
à la santé ainsi que la plus faible proportion de son budget aux soins de
santé, le Québec se retrouve au premier rang pour ses dépenses en médicaments
prescrits par habitant. Le Québec se distingue notamment par la plus faible
utilisation de médicaments génériques au Canada.

    Les frais aux usagers sont nuisibles

    Alors que M. Claude Castonguay se montre favorable à l'introduction de
frais aux usagers, la FSSS partage l'avis du rapport de la Commission Romanow
pour qui les frais modérateurs se font surtout sentir chez les moins nantis et
les empêchent d'accéder aux soins de santé dont ils ont besoin. Cette pratique
peut même provoquer une hausse des coûts à long terme puisque les gens
retardent leur traitement jusqu'à ce que leur état s'aggrave. Les frais
modérateurs entraînent aussi des coûts administratifs importants annulant
ainsi tout gain de revenu pour l'Etat.

    Les régimes privés d'assurance coûtent trop cher

    Les régimes privés d'assurance complémentaire au Québec ont connu au fil
des années des hausses de coût beaucoup plus fortes que la croissance des
dépenses gouvernementales en santé.
    Ainsi les membres de la FSSS subissent d'importantes hausses de leur
prime d'assurance. Elle a pratiquement doublé en sept ans et elle a augmenté à
un rythme six fois plus élevé que la progression du salaire moyen. La prime
pour une couverture familiale a atteint 1536 $ en 2007.
    Les régimes privés d'assurance sont inefficaces car ils consacrent
d'importantes sommes à la vaste infrastructure nécessaire à l'évaluation des
risques, à l'établissement des primes, à la conception des régimes
d'indemnisation, à l'examen des demandes et au remboursement des
bénéficiaires, sans oublier leur marge de bénéfice.
    En revanche, les régimes à payeur unique peuvent éviter un bon nombre de
ces coûts administratifs. Ainsi, la Régie de l'assurance-maladie du Québec ne
consacre que 2 % en frais de gestion pour le remboursement de plus de
5 milliards de réclamations, tandis que ces mêmes frais chez les assureurs
privés s'élèvent à 10 % et davantage.

    Les pénuries de main-d'oeuvre : la vraie priorité

    Le problème du recrutement de personnel de la santé et des services
sociaux a atteint un niveau dramatique. Selon la FSSS, l'enjeu majeur c'est
l'urgente nécessité d'un plan stratégique pour recruter les personnes dont le
réseau public aura besoin au cours des prochaines années.
    D'ici dix ans, il faudra recruter plus de 112 000 personnes dans le
réseau, dont 40 000 infirmières et infirmiers et 26 000 préposé-es aux
bénéficiaires. De nombreuses autres catégories d'emploi, déjà en manque
d'effectif, sont à risque de vivre de sérieux déficits de personnel.
    Le problème des pénuries de main-d'oeuvre dans le secteur de la santé et
des services sociaux a atteint un tel seuil critique que des dirigeants
n'hésitent pas à utiliser l'expression Code rouge. Les fermetures de lits, les
reports d'interventions chirurgicales, les listes d'attente dans le domaine
psychosocial sont quelques exemples des effets du manque de personnel.

    Collaborer pour trouver des solutions

    La privatisation ne peut qu'aggraver la pénurie de personnel. Le
développement de ressources privées, accessibles bien souvent qu'aux plus
nantis, favorise la désertion de ressources humaines formées dans le réseau
public. Il faut donc empêcher à tout prix que la rareté actuelle de personnel
ne soit amplifiée par des hémorragies vers le secteur lucratif.
    "Depuis une dizaine d'années, une succession de décisions nuisibles des
gouvernements ont miné le moral du personnel du réseau et ont nui au
recrutement. Nous pensons ici au contingentement des inscriptions dans les
écoles de formation, au programme de départs à la retraite, aux décrets sur
les conditions de travail et la rémunération, aux lois hostiles aux syndicats
en 2003, etc. Le gouvernement Charest a commis une grave erreur en traitant le
personnel de la santé et des services sociaux comme s'il était un ennemi",
rappelle Francine Lévesque.
    Selon Francine Lévesque, les attitudes commencent heureusement à changer
du côté patronal et du côté du ministère de la Santé et des Services sociaux.
Le MSSS et l'Association québécoise des établissements de santé et de services
sociaux n'hésitent plus à reconnaître que l'utilisation croissante des agences
privées de services professionnels remet en question non seulement la qualité,
mais également la continuité des services.
    "Nous attendons du gouvernement des signes encore plus clairs qu'il
entend changer de cap et qu'il est prêt à collaborer avec les organisations
syndicales pour convenir de solutions bénéfiques pour le réseau", de dire la
présidente de la FSSS.

    Des augmentations salariales anémiques

    Il y a des liens à faire entre la valorisation du personnel, l'attraction
de la relève et la question des salaires. La croissance de la rémunération
moyenne du personnel a été anémique, à moins de 2 % par année depuis 1997.
    Selon l'Institut de la statistique du Québec,.en 2001, les employé-es de
l'Etat gagnaient 7,7 % de moins que les employé-es des autres secteurs. En
2006, l'écart est passé à 15,2 %.

    La Fédération de la santé et des services sociaux de la CSN représente
118 000 membres dans les secteurs de la santé et des services sociaux, des
services à la petite enfance, des services préhospitaliers ainsi que des
services privés et communautaires de santé. Près de 78 % des membres de la
FSSS sont des femmes.




Renseignements :

Renseignements: Claude Saint-Georges, (514) 258-7124


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