Des pratiques hospitalières mettent en danger les patients en attente dans les salles d'urgence au Québec



    MONTREAL, le 21 sept. /CNW Telbec/ - En 2007, de nombreux patients qui se
présentent dans les salles d'urgence des hôpitaux du Québec doivent souvent
attendre de longues heures (parfois même plus de 10 ou 12 heures) avant de
voir un médecin.
    Plusieurs poursuites judiciaires récentes contre des hôpitaux québécois
ont révélé des défaillances graves dans le processus de traitement des
patients en attente dans les salles d'urgence, défaillances qui ont entraîné
plusieurs décès ou des séquelles graves chez ceux qui ont survécu. La
principale défaillance constatée est l'absence pure et simple de mécanisme
d'évaluation et de réévaluation des patients, contrairement aux directives
claires du Guide de gestion des urgences du Ministère de la Santé et des
Services sociaux. Suivant ce guide, les patients qui se présentent aux
urgences doivent être immédiatement priorisés par une infirmière au triage,
afin de déterminer, selon l'urgence et la gravité de leur état, dans quel
délai ils verront le médecin.
    Ce guide a été mis en place pour améliorer le fonctionnement des urgences
et assurer une prise en charge adéquate et efficace des besoins de la
population. Il vise à établir un modèle d'organisation de l'urgence pour
assurer une meilleure intégration des services suivant une approche axée sur
les patients et sur la qualité des soins (voir p.17 du guide).
    Suivant ce guide, les patients qui se présentent aux urgences doivent
être immédiatement priorisés par une infirmière au triage, afin de déterminer,
selon l'urgence et la gravité de leur état, dans quel délai ils verront le
médecin (normalement entre 0 et 120 minutes). De même, il précise que le temps
d'attente pour être évalué au triage ne doit pas dépasser dix minutes (page 36
du guide). Lors du triage, l'infirmière doit accorder un niveau de priorité
suivant l'ETG (Echelle canadienne de triage). C'est-à-dire que les patients
doivent être priorisés suivant une échelle de niveau de 1 à 5 (niveau 1 :
immédiat, niveau 2 : très urgent, niveau 3 : urgent, niveau 4 : moins urgent,
niveau 5 : non urgent).
    Une fois la priorité établie lors du triage, le Guide de gestion des
urgences prévoit que l'infirmière doit faire une réévaluation du patient si ce
dernier n'a pas encore été évalué par un médecin dans le délai prévu ou si son
état se détériore. Cette tâche revient à l'infirmière (voir p.37 du guide).
Suivant l'ETG, les objectifs de délais jusqu'à une réévaluation par
l'infirmière sont :

    
    Soins continus (pour les cas de priorité de niveau 1)
    Chaque 15 minutes (pour les niveaux 2)
    Chaque 30 minutes (pour les niveaux 3)
    Chaque 60 minutes (pour les niveaux 4)
    Chaque 120minutes (pour les niveaux 5)

        Ref : p.10 (Echelle canadienne de triage et p. 37 Guide de gestion de
        l'urgence)

    Les quatre cas décrits aujourd'hui révèlent deux niveaux de difficultés
dans les salles d'urgence. La première est une évaluation inadéquate des cas,
qui met en cause la qualité de la formation des infirmières préposées au
triage. La deuxième difficulté, beaucoup plus importante que la première, est
l'absence complète de mécanisme de ré-évaluation des patients, peu importe le
temps d'attente déjà passé à l'urgence. Dans la mesure où on impose aux
patients d'attendre pendant des heures avant de voir un médecin, il est
inacceptable qu'aucune des mesures prévues au Guide de gestion des urgences ne
soient appliquées pour pallier à ce délai. Il n'est pas acceptable d'imposer
au patient d'avertir l'infirmière du triage si son état se détériore, plutôt
que de procéder à une ré-évaluation régulière des patients. A la limite, un
triage erroné ou inadéquat pourrait être corrigé par une ré-évaluation des
patients en temps utile. Ce n'est pas le cas dans un grand nombre d'hôpitaux.
    L'examen des cas ci-joints a révélé également que les hôpitaux ne
respectent pas la loi en omettant de divulguer l'accident au patient ou à ses
proches. Cela signifie également que ces accidents n'ont probablement pas été
déclarés au Comité de gestion des risques de l'hôpital et, en conséquence,
aucune mesure n'a été prise pour en éviter la répétition.
    L'absence de correction accroît le danger pour tous ceux qui vont
consulter en salle d'urgence.
    Si les hôpitaux, les agences de santé et le Ministre de la Santé ne
s'attellent pas plus sérieusement au problème des délais d'attente dans les
salles d'urgence, il est à prévoir que d'autres patients mourront ou subiront
des séquelles graves. La situation appelle une solution à la fois globale et
hôpital par hôpital.

    Recommandations :
    ---------------

    Afin d'assurer une plus grande sécurité aux patients qui doivent attendre
en salle d'urgence, nous demandons au Ministre de la santé d'appliquer les
mesures suivantes :

    1) Imposer l'application intégrale du Guide de gestion de l'urgence dans
       les urgences de tous les hôpitaux du Québec;

    2) S'assurer par un processus d'inspection que le triage et la
       réévaluation des patients soient effectués suivant conditions et les
       délais indiqués dans l'Echelle canadienne sur le triage;

    3) S'assurer que les hôpitaux forment adéquatement les infirmières au
       triage;

    4) S'assurer qu'un travail intensif soit fait sur les moyens de réduire
       les délais d'attente dans les urgences, lesquels sont préjudiciables
       aux patients;

    5) S'assurer de l'application des règles de divulgation des accidents aux
       patients ou à leur proche ainsi qu'au Comité de gestion des risques,
       afin de s'assurer qu'un support soit fourni aux proches et que les
       moyens soient pris pour éviter la répétition de tels accidents.

    Veuillez trouver ci-joint le résumé des 4 histoires.

               Résumé des cas présentés en conférence de presse
                              21 septembre 2007

    Cas numéro 1 : feu Marc-André Ménard

    Marc André Ménard, 27 ans
    Décès : 30.9.06

    Le 30 septembre 2006, un peu avant 1h51 Marc-André, alors à son
appartement de Montréal, téléphone à sa mère pour lui faire part de son
intention de se suicider. Vers 1h51 la mère appelle le 911 et on la transfère
à urgence santé. Vers 1h58 les ambulanciers arrivent chez son fils. Par la
suite il est transporté à l'hôpital Santa Cabrini.
    Vers 2h33, Marc-André arrive à l'hôpital. Vers 2h49, il est vu pour une
évaluation au triage. Il sera alors priorisé P-3 (donc il devait être vu en
dedans de 30 minutes). Vers 2h55 il est noté que le patient est dans la
salle 2 et qu'il repose au lit. Ce n'est que vers 4h10 qu'il sera appelé pour
être vu par un médecin. Il n'y a alors aucune réponse. Vers 4h45, il sera
appelé une seconde fois. On constate alors qu'il n'est pas dans la salle
d'attente. Une note au dossier indique que le patient aurait quitté, en
avisant le gardien de sécurité qu'il se rendait au dépanneur pour y acheter
des cigarettes.
    Vers 6h50 : la soeur de Marc-André, qui s'est rendue au domicile de ce
dernier, le retrouve mort dans son garage, pendu.
    Il ressort de cette histoire que le patient a été mal évalué au triage et
qu'il n'a pas été réévalué après son arrivée.

    Cas numéro 2 : Coté/Dauphinais

    Le 27 décembre 2005, à 19h59, alors âgée de 57 ans, madame Nicole
Dauphinais est amenée en ambulance à l'urgence de l'hôpital Pierre-Boucher se
plaignant d'une sensation de faiblesse et de diaphorèse (sueurs).
    A son arrivée à l'urgence, la condition de madame Dauphinais est évaluée
par une infirmière qui lui attribue un code de priorité 4. Un tel code de
priorité nécessite alors que madame Dauphinais soit examinée par un médecin à
l'intérieur d'un délai de soixante (60) minutes.
    Le 28 décembre 2005, vers 2h25, près de 6h30 après son arrivée à
l'urgence, alors que madame Dauphinais n'a toujours pas été examinée par un
médecin et alors que sa condition n'a toujours pas été réévaluée par une
infirmière, l'état de cette dernière se détériore. Quelques minutes plus tard,
vers 2h39, madame Dauphinais tombe en arrêt cardio-respiratoire.
    Le 29 décembre 2005, compte tenu du diagnostic de mort cérébral posé,
madame Dauphinais est débranchée et celle-ci décède. L'autopsie révèle que
madame Dauphinais est décédée d'une embolie pulmonaire massive. Dans
l'éventualité où la condition de cette dernière aurait été réévaluée de
manière conforme aux directives alors en vigueurs, madame Dauphinais ne serait
probablement pas décédée.
    Les coordonnées de madame Carole Côté sont :
    michel.carole@sympatico.ca

    Cas numéro 3 : Madame Cécile Hamel

    Le 1er décembre 2006, la famille de madame Cécile Hamel, 64 ans, a procédé
au dépôt d'une poursuite judiciaire contre le CSSS de Trois-Rivières, point de
service Centre Cloutier Durivage et contre ses médecins, suite aux importantes
séquelles subies par madame Hamel. Cette dernière a été victime d'un arrêt
cardiorespiratoire alors qu'elle était toujours dans la salle d'attente de
l'établissement.
    Cette poursuite met en relief une situation maintes fois dénoncée des
délais d'attente en salle d'urgence et du défaut par le personnel infirmier de
réévaluer ses patients en attente d'une consultation médicale à l'urgence.
Dans le cas présent, madame Hamel s'est présentée à 23h36 à l'Urgence du
Centre Cloutier Durivage. Elle a par la suite été dirigée dans la salle
d'attente sans être priorisée préalablement. Entre 23h36 et 2h20, madame Hamel
n'a été vue par aucun médecin, ni réévaluée par l'infirmier du triage. A 2h20,
elle a été retrouvée en arrêt cardiorespiratoire dans la salle d'attente de
l'établissement.
    En conséquence, madame Hamel se retrouve aujourd'hui avec des séquelles
fonctionnelles et neuropsychologiques qui auraient pu être évitées si les
règles pour la prioriser et pour la réévaluer avaient été respectées.

    Cas numéro 4 : L'Hôpital Général de Montréal

    Dans la nuit du 19 au 20 octobre 2002, vers 1h43, alors âgée de 70 ans,
monsieur L. est amenée en ambulance à l'hôpital Général de Montréal se
plaignant d'intenses douleurs dans le haut du dos.
    L'infirmière au triage note vers 2h46 que monsieur L. présente des
douleurs thoraciques au dos. Monsieur L. est alors placé sur une civière dans
le corridor.
    Monsieur L. n'a jamais été réévalué par aucune infirmière, ni par aucun
médecin pendant toute la nuit, ni au petit matin malgré les demandes répétées
(entre 5 et 6 demandes) de son épouse auprès des infirmières en poste pendant
la nuit et au matin du 20 octobre 2002. Son état se détériore, il ne peu plus
marcher, ni tenir une conversation avec sa femme tellement il est faible et
fatigué.
    Ce même jour du 20 octobre 2002, vers 8h40 du matin, l'infirmière note que
madame Hamel-Lemieux cri à l'aide. Monsieur L. présente des yeux révulsés et
il ne répond pas aux demandes. On le transfère en salle d'ambulance où le
docteur constate qu'il est en arrêt cardiorespiratoire.
    Des manoeuvres de réanimation seront entreprises. Malheureusement, le
décès surviendra quelques minutes plus tard. En près de 6h à l'urgence
monsieur L. n'a jamais été réévalué, s'il avait été vu dans les délais requis
par un médecin, sa mort aurait été évitée.
    




Renseignements :

Renseignements: Me Jean-Pierre Ménard, (514) 253-8044,


FORFAITS PERSONNALISÉS

Jetez un coup d’œil sur nos forfaits personnalisés ou créez le vôtre selon vos besoins de communication particuliers.

Commencez dès aujourd'hui .

ADHÉSION À CNW

Remplissez un formulaire d'adhésion à CNW ou communiquez avec nous au 1-877-269-7890.

RENSEIGNEZ-VOUS SUR LES SERVICES DE CNW

Demandez plus d'informations sur les produits et services de CNW ou communiquez avec nous au 1‑877-269-7890.