Déjà largement subventionnée - Une réorganisation de l'industrie porcine québécoise s'impose



    MONTREAL, le 14 mars /CNW Telbec/ - Le gouvernement ne devrait pas
accroître l'aide publique à l'industrie porcine mais plutôt l'encourager à se
réorganiser afin d'augmenter sa productivité. Dans une Note économique de
l'IEDM, le chercheur associé Eric Grenon affirme que "cette réforme est
nécessaire compte tenu des coûts élevés et récurrents pour les contribuables
de l'aide distribuée et des défaillances des modèles d'assistance utilisés".

    Une industrie en crise

    Depuis plusieurs mois, les déboires de l'industrie porcine québécoise
font les manchettes. Plusieurs causes sont évoquées pour expliquer cette
crise, notamment la hausse du dollar canadien, les cycles dans l'industrie, le
taux élevé de maladie, le manque de compétitivité des abattoirs, les normes
environnementales, etc. Dans un contexte de concurrence mondiale accrue et du
processus d'intégration des marchés de l'industrie porcine en Amérique du
Nord, la production, l'abattage et la transformation des produits du porc au
Québec sont menacés, notamment par l'industrie américaine qui a su profiter
des vingt dernières années pour se consolider et se restructurer.
    La Commission sur l'avenir de l'agriculture et de l'agroalimentaire
québécois, qui vient de commencer une tournée de consultation, devrait se
questionner sur l'efficacité des interventions publiques actuellement mises en
place pour soutenir et protéger le revenu agricole. Cette Commission pourrait
s'interroger sur le bien-fondé de maintenir l'Assurance stabilisation des
revenus agricoles (ASRA). Avec des subventions deux fois plus élevées qu'en
Ontario, le Québec compte parmi les provinces qui subventionnent le plus leur
secteur agricole et agroalimentaire.

    Le Programme d'assurance stabilisation des revenus agricoles (ASRA)

    Ce programme vise à garantir un revenu annuel net positif aux entreprises
agricoles du Québec. L'ASRA, considérée comme un pilier du modèle québécois en
agriculture, a été instaurée en 1978 comme police d'assurance contre les
risques du marché. L'industrie porcine reçoit aussi un soutien financier
substantiel des gouvernements. Pour l'ensemble de la période qui va de 1978 à
2006, la compensation totale versée via l'ASRA au secteur porcin se chiffre à
1,84 milliard $. Au cours des dix dernières années, les subventions se sont
élevées en moyenne à 96 millions $ par année. Pendant les 29 années
d'existence du programme, il n'y a eu que huit années sans subvention à
l'industrie porcine.

    Les faiblesses de l'ASRA

    Les difficultés de l'industrie s'expliquent davantage par des facteurs
structurels que conjoncturels. En effet, l'ASRA contribue à fragiliser ce
secteur en empêchant son adaptation aux réalités du marché. Son mécanisme
d'assurance garantit à chaque producteur porcin qu'il sera compensé pour la
différence entre des coûts de production, calculés à partir d'un modèle
théorique, et le prix du marché. Les producteurs sont ainsi moins incités à
réduire leurs coûts de production, à tenir compte des signaux du marché et à
rester concurrentiels sur le marché intérieur et d'exportation. Ce programme
nuit à la recherche de la productivité et de l'efficience, ce qui contribue à
ce que les coûts de production demeurent élevés par rapport aux concurrents.
Il freine notamment la consolidation de l'industrie en maintenant des fermes
non rentables puisque la viabilité et la performance de l'entreprise ne font
pas partie des critères d'admissibilité aux principaux programmes.
    Une autre faiblesse de l'ASRA est qu'elle calcule les compensations
totales qui sont versées à partir d'un modèle théorique de ferme spécialisée.
Dès les années 1990, le vérificateur général du Québec a remis en cause
l'efficacité et la performance des programmes basés sur une telle estimation
des coûts de production. Il a démontré que les contribuables verseraient en
trop des millions de dollars aux producteurs à cause de ces modèles. Il a
également contesté la mise à jour et la représentativité des modèles de ferme
type spécialisée.

    Les défis de l'industrie porcine

    La compétitivité de l'industrie porcine québécoise est fragile et menacée
par l'accroissement de la concurrence à l'échelle mondiale, que ce soit en
provenance de compétiteurs traditionnels comme les Etats-Unis ou de pays
émergents comme le Brésil. L'ASRA présente plusieurs lacunes importantes qui
ne permettent pas de jeter les bases d'une industrie porcine capable d'être
profitable de façon stable et réellement concurrentielle à long terme sur les
marchés étrangers.

    La Note économique Le Programme d'assurance stabilisation et la crise de
l'industrie porcine a été préparée par l'économiste Eric Grenon, M.Sc., MBA,
consultant indépendant et chercheur associé à l'IEDM.
    La Note est disponible à www.iedm.org.

    L'IEDM est un institut indépendant, non partisan et sans but lucratif qui
participe aux débats sur les politiques publiques du Québec et du Canada en
proposant des solutions créatrices de richesse sur des questions de fiscalité,
de réglementation, de réforme du système de santé et d'éducation. Il publie
entre autres depuis 2000 le Bulletin des écoles secondaires du Québec et il a
remporté en 2004 l'un des Templeton Freedom Award for Institute Excellence
pour l'excellence de sa gestion et de ses relations publiques.




Renseignements :

Renseignements: Et demandes d'entrevues: André Valiquette, Directeur des
communications, Institut économique de Montréal, (514) 273-0969, Cell.: (514)
574-0969, avaliquette@iedm.org


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