Déclaration de Dov Charney au sujet du règlement du litige entre American Apparel et Woody Allen



    LOS ANGELES, CA, le 18 mai /CNW Telbec/ - La poursuite entreprise contre
American Apparel par Woody Allen a été réglée aujourd'hui. M. Allen recevra la
somme de 5 millions $. La plus grande partie de cette somme sera payée par
notre assureur, qui a été responsable de la gestion juridique de cette cause,
qui a assumé la défense dans cette affaire et qui est responsable de la
décision de régler de cette manière.
    Bien entendu, je suis soulagé à l'idée de ne pas avoir à subir un procès
mais j'éprouve également un sentiment de regret et de tristesse du fait de ne
pas avoir eu l'occasion de plaider des enjeux importants du Premier Amendement
(liberté d'expression), en particulier la possibilité pour un individu ou une
société d'utiliser la ressemblance d'une figure publique dans un commentaire
social et satirique.
    Personnellement, je crois que nous avions une bonne cause. Comme un de
mes avocats, Adam Levin, l'a expliqué, "le sens commun nous enseigne que le
panneau d'affichage litigieux n'est pas 'une simple publicité'. Du point de
vue juridique, aucune transaction commerciale n'y est proposée. Aucune
marchandise n'y est décrite ou montrée, et aucun prix n'est indiqué.
    L'affiche montre plutôt l'image d'un juif orthodoxe avec un couvre-chef
noir -qu'on ne peut pas acheter chez American Apparel.
    Le texte sur l'affiche n'est pas un texte commercial, mais des mots
yiddish identifiant Woody Allen comme le "Grand rabbin".
    En dernier lieu, même si l'on considère ce panneau comme ayant le double
but d'encourager une transaction commerciale et d'être un medium de
communication, le Premier Amendement peut être invoqué parce que ces deux
objectifs sont ' inextricablement entremêlés'. Le jugement de la Cour d'Appel
des Etats-Unis (9e circuit) dans Hoffman c. Capital Cities/ABC
(http://www.altlaw.org/v1/cases/1610780 est on ne peut plus clair à ce sujet:
l'expression en jeu dans cette cause est protégée par le Premier Amendement.
Toute autre conclusion aurait pour effet de limiter le commentaire et le débat
critique social et politique."
    Au cours des semaines récentes, je n'ai pas pu commenter librement cette
affaire car toutes mes communications devaient être approuvées par notre
compagnie d'assurance. Maintenant, comme l'affaire est réglée, je suis libre
de dire ce que j'ai à dire.
    On trouvera plus bas une déclaration qui explique ma position sur cette
affaire avant qu'elle ne soit réglée. Je la publie aujourd'hui parce que je
veux que les gens sachent quelles étaient mes vraies motivations et
sentiments.

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    Peu de gens comprennent mieux que Woody Allen à quel point il est
périlleux de tenter d'expliquer un gag sans en détruire l'humour.
Ironiquement, je me retrouve dans cette délicate position en tentant de
m'expliquer à M. Allen, un homme qui a été une de mes sources d'inspiration
depuis longtemps.
    Au printemps 2007, ma société American Apparel a fait installer deux
panneaux d'affichage contenant une image de Woody Allen en juif hassidique,
tirée du film "Annie Hall", un à New York, l'autre à Los Angeles. Ils sont
demeurés pour moins d'une semaine, et quand les représentants de M. Allen ont
exigé que nous les retirions, nous l'avons fait immédiatement. Néanmoins, M.
Allen a par la suite déposé une poursuite contre American Apparel, réclamant
10 millions $ pour utilisation non autorisée de son image.
    Cette image de M. Allen sur ces panneaux est extraite d'une scène du film
dans laquelle le personnage qu'il interprète, Alvy Singer, se retrouve comme
invité mal à l'aise dans un dîner de Pâques de sa copine "gentille", Annie
Hall. Pour illustrer l'inconfort d'Alvy, qui ne se sent tellement pas à sa
place et si désespérément incompris à ce dîner, M. Allen le représente
s'imaginant à table en juif hassidique.
    Au sommet de l'affiche, on peut lire les mots "Der Haileker Rebbe",
écrits en hébreu. Ce qui signifie, en yiddish, "le plus haut degré, le très
saint rabbin". Il n'y en a qu'un dans toute la communauté juive hassidique
loubavitch mondiale. En termes catholiques, mais d'une perspective loubavitch,
cela reviendrait à dire de Woody Allen qu'il est le pape.
    Naturellement, tout ceci était une parodie satirique, aucunement un
message à prendre littéralement. Présenté comme une énigme, le but de ce
message était de créer un parallèle entre le sentiment de ce moment du film et
ce que ma compagnie et moi-même ressentions à l'époque.
    Au moment de l'affichage de ce message, ma compagnie et moi-même étions
en train de vivre les retombées d'une presse négative résultant de quelques
poursuites pour harcèlement sexuel. Il y a eu des fausses accusations comme
celle voulant que j'avais fait passer une entrevue pour un emploi en
sous-vêtements, le tout exagéré et traité de manière sensationnaliste au point
où on a commencé à démoniser mon personnage. Aujourd'hui, deux ans plus tard,
toutes les allégations et les plaintes contenues dans ces poursuites ont été
réfutées et malgré cela, il arrive que quelques rédacteurs me décrivent comme
un agresseur sexuel et un batteur de femmes; d'autres ont affirmé que j'étais
un mauvais juif, et d'autres encore sont allés jusqu'à dire que je n'étais
apte à diriger ma compagnie.
    Il n'y a pas de mots pour exprimer la frustration causée par ces fausses
perceptions, mais ce panneau était une tentative d'au moins en faire une
blague.
    Il est ironique que j'aie à expliquer cela à Wody Allen, puisqu'il a
exprimé les mêmes frustrations dans le passé. Plus d'une décennie auparavant,
Woody Allen a dû faire face à ce que Newsweek a appelé "le bombardement de
missiles de journaux à sensation et une pluie d'accusations et de
contre-accusations". Répliquant à l'allégation selon laquelle il aurait
agressé un de ses enfants, Allen a expliqué à 60 Minutes en 1992 qu'une
"gigantesque industrie a été construite autour d'un pur non-événement. Ce
n'est pas comme si j'avais chatouillé ma fille ou quelque chose et qu'on avait
beaucoup exagéré. Je vous dis que je n'ai rien fait du tout... Je ne crois pas
que je puisse jamais rétablir ma réputation...."
    J'ai éprouvé le même sentiment et je l'ai exprimé au Los Angeles Business
Journal, environ un an et demi avant l'installation de ces affiches. J'ai
expliqué au journaliste que ma plus grande crainte était "l'inquiétude d'être
incompris... dans le sens de la perception de la société. Les gens ne
comprennent peut-être pas ma philosophie d'affaires. Ca revient au processus
créatif." Mon intention était d'inciter les gens à aller au-delà de la
couverture des médias et du scandale fondé sur les poursuites, pour plutôt
considérer les gens pour leur véritable valeur et leur contribution à la
société.
    Je crois que les commentaires d'un ancien ami de Woody Allen, le
professeur de Harvard et défenseur bien connu des libertés publiques, Alan
Dershowitz, s'appliquent à ce phénomène : "Eh bien, rappelons-nous, nous avons
eu des présidents, de Jefferson, à Roosevelt, à Kennedy, à Clinton, qui ont
été de grands présidents... Je crois que nous risquons de perdre quelques unes
des meilleures personnes pour des postes de responsabilité publique à cause de
notre intérêt obsessif pour la vie privée."
    Je suis d'accord pour dire que l'examen de plus en plus obsessif pour la
vie privée des gens et ce qui est perçu comme de mauvaises manières a
tragiquement assombri l'excellent travail de trop d'artistes, scientifiques,
entrepreneurs, athlètes et politiciens, incluant Woody Allen.
    Les panneaux d'affichage avaient pour but de susciter le dialogue. Ils
n'ont certainement jamais eu pour but de vendre des vêtements (et ça n'a pas
été le cas d'ailleurs; nous avons récemment embauché une firme de recherche
marketing pour évaluer l'impact commercial de ces affiches, s'il y en avait
un; la firme a conclu qu'elles n'avaient pas incité la moindre personne à se
rendre dans nos boutiques). Ce n'était pas la première fois que nous
utilisions un panneau pour autre chose que la promotion de nos produits.
Avant, et depuis, nous les avons utilisé pour communiquer des messages sociaux
-comme par exemple notre appui à une réforme de l'immigration.
    J'apprécie le travail de Woody Allen mais j'apprécie aussi le Premier
Amendement. N'oublions pas que Woody Allen lui-même, au fil de sa longue
carrière, a fait référence à plusieurs personnalités connues, souvent pour des
fins de parodie, tel que Fidel Castro dans son film Bananas. Même Morly Safer,
dans un portrait de la carrière montante de Woody Allen produit en 1972 pour
60 Minutes, a noté qu'il "parodiait Freud et Dostoievski".
    Je crois que ces références sociales et ces parodies sont protégées par
le Premier Amendement, comme c'était le cas quand Larry Flynt a utilisé
l'image de Jerry Falwell, une cause qui a été décidée en dernière instance par
la Cour suprême. Dans cette affaire, la majorité de la Cour a clairement
établi que "le coeur du Premier Amendement est la reconnaissance de
l'importance fondamentale de la libre circulation des idées et des opinions
sur des sujets d'intérêt et d'inquiétude public. La liberté pour chacun de
dire ses opinions n'est pas qu'un aspect de la liberté individuelle (et donc
bonne en soi); elle est aussi indispensable à notre recherche commune de la
vérité et de la vitalité de notre société dans son ensemble. Nous nous sommes
donc fait un devoir d'être particulièrement vigilants pour faire en sorte que
les expressions individuelles d'idées demeure libre de toute sanction imposée
par le gouvernement."
    J'ai déjà présenté mes excuses à M. Allen et j'ai essayé, à travers ses
avocats, de lui expliquer la signification de ces panneaux. Autant je suis
désolé d'être en conflit avec M. Allen, autant je crois que j'avais le droit
de m'exprimer de la manière que je l'ai fait. Contrairement à ce qu'on a pu
rapporter dans la presse au sujet de cette affaire, je veux préserver la
dignité de Woody Allen tout autant que la mienne, dans la mesure où il est
possible de le faire dans une dispute de ce type.
    Dans sa déposition, M. Allen a dit qu'il n'avait jamais entendu parler
d'American Apparel ou de moi avant l'apparition de ces panneaux. Je crois que
si M. Allen devenait plus informé au sujet de la compagnie, il pourrait
apprécier certains aspects d'American Apparel, en particulier notre engagement
envers la créativité.
    En tout état de cause, mes voeux l'accompagnent, quelle que soit l'issue
de cette affaire.




Renseignements :

Renseignements: Marsha Brady, Creative Director, American Apparel, (917)
559-7895, marsha@americanapparel.net; Adam Levin, Legal Spokesperson, American
Apparel, (310) 312-3116, AXL@msk.com

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AMERICAN APPAREL

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