Décès de MM. Bashkim Omeri, Beong-Gu Lee, Nicodème Kassa et de Mme Monique Jean-Baptiste



    L'ACCES AUX SOINS DE SANTE POUR LES PERSONNES NOUVELLEMENT ARRIVEES AU
    QUEBEC

    QUEBEC, le 10 déc. /CNW Telbec/ - Le coroner, Dr Jacques Ramsay, dépose
quatre rapports d'investigation pour considération par la Commission
Bouchard-Taylor sur les pratiques d'accommodement reliées aux différences
culturelles.

    Quelques précisions entourant ces quatre rapports

    Il s'agit de rapports documentant les circonstances entourant les décès
de MM. Bashkim Omeri, Beong-Gu Lee, Nicodème Kassa et de Mme Monique
Jean-Baptiste. Ces décès, non reliés entre eux, illustrent quatre aspects
différents de la problématique de l'accès aux soins pour des personnes
nouvellement arrivées au Québec.
    Avant tout, ces rapports servent à démontrer la complexité et la
diversité des situations auxquelles font face les personnes nouvellement
arrivées au Québec. En effet, en matière d'accès aux soins de santé, de
nombreux facteurs peuvent être en cause. Ils peuvent concerner à la fois la
personne qui requiert les soins, le système de santé qui fournit ces soins et
l'interaction entre l'un et l'autre.

    Plusieurs variables expliquent cette problématique

    Que ce soit les coûts financiers pour les personnes non-assurées, la
méconnaissance entourant le fonctionnement du système de santé, la méfiance
que peuvent éprouver les personnes en situation irrégulière face aux
autorités, les tabous reliés aux troubles de santé mentale, certaines idées
alternatives ou surnaturelles rattachées à la maladie, l'incompréhension
linguistique, mais aussi culturelle de la part du soignant de même que
l'adoption de comportements ethnocentriques de la part des soignants,
plusieurs variables font en sorte que les soins et interventions de la part du
personnel soignant peuvent aboutir à des résultats en deçà de ce qui devrait
être.
    Pour soigner l'autre, il faut faire plus que de l'accommoder. L'acte de
soigner exige de comprendre, de connecter avec l'autre et requiert de se
pencher vers celui-ci en faisant preuve d'ouverture d'esprit.
    A la lumière des décès rapportés, le coroner Ramsay suggère qu'en matière
de soins de santé, le discours portant sur les accommodements raisonnables est
trop réducteur, car il est ici question de la vie de personnes. Il faut plutôt
se référer à l'article 5 de la Loi sur les services de santé et les services
sociaux qui énonce clairement le droit aux services que souhaitait le
législateur:

    

    5. "Toute personne a le droit de recevoir des services de santé et des
       services sociaux adéquats sur les plans à la fois scientifique, humain
       et social, avec continuité et de façon personnalisée et sécuritaire."
       (notre souligné).              ------------------------------------


    En fait, s'il devient évident que l'accommodement est nécessaire pour la
santé, voire la vie, de la personne, il doit certainement, a priori, être
considéré raisonnable. Il se peut qu'ultérieurement une analyse plus poussée
détermine que l'accommodement ou les soins spécifiques ne peuvent être
appliqués ou prodigués, mais ceci doit alors être justifié car il s'agit ici
de notre obligation morale de protéger la vie.

    Une solution : l'Easy rescue

    Pour le coroner Ramsay, il est préoccupant que l'on puisse mourir alors
que des soins tout à fait ordinaires pourraient éviter un décès. Il suggère de
faire appel à la doctrine du Easy rescue. Sommairement, il est question de
notre obligation morale de porter secours comme soignant en système de santé
lorsque ce secours ne nous cause qu'un minimum d'inconvénients tout en
procurant un bénéfice appréciable à la personne en détresse.
    Le coroner Ramsay dépose ces quatre rapports non pas avec la prétention de
fournir des réponses, mais plutôt pour faire contrepoids à un certain discours
qui tend à banaliser les accommodements raisonnables comme un caprice des uns
ou un luxe des autres. Il souhaite recentrer le débat sur les véritables
enjeux en matière de santé, soit la nécessité de placer l'usager au coeur
du système de soins, le droit de celui-ci de recevoir des soins personnalisés
tout comme de participer à l'élaboration de son plan de soins dans les limites
de l'exercice des droits prévus à l'article 13 de la Loi sur les services de
santé et les services sociaux.


                                   ANNEXE

                    Les causes et circonstances des décès
    

    Mme Monique Jean-Baptiste

    Mme Monique Jean-Baptiste, 38 ans, est au Québec avec un visa expiré et
ne détient aucune couverture de la Régie de l'assurance maladie du Québec.
Lorsqu'elle se met à ressentir de vives douleurs au bas du ventre, elle tarde
quelque peu à faire appel à Urgences santé. Plus tard, son ami décide de
composer le 9-1-1, on entend madame derrière, visiblement inconfortable. A
l'arrivée des paramédics, ceux-ci ne savent trop comment interpréter l'état
d'agitation de madame. Ils attribuent cet état à de l'anxiété plutôt qu'à la
douleur. On détermine un retard menstruel. Au moment du transfert à
l'ambulance, la rupture de la grossesse ectopique se produit et madame tombe
en choc. Elle décède à l'hôpital sans jamais avoir repris conscience.
    Le coroner se demande d'abord si les contraintes financières peuvent
avoir retardé l'appel au 9-1-1. Il considère également la question de
l'évaluation de la douleur dans un contexte transculturel.

    M. Beong Gu Lee

    M. Beong Gu Lee, 39 ans, souffre, semble-t-il, de "problèmes de coeur".
Plus récemment, il éprouve de fréquents épisodes de nausées et vomissements
associés à des malaises thoraciques. Il ne voit toutefois pas de médecin pour
cette condition. Au pays depuis 9 mois, M. Lee possède un statut de visiteur
qui ne lui permet pas de travailler, ni d'avoir accès à la gratuité des soins
de santé. Il vit frugalement. Sa connaissance du français ou de l'anglais est
minimale.
    Le coroner ne peut que spéculer sur les raisons qui ont poussé M. Lee à
ne jamais consulter de médecin au Québec. Il pourrait s'agir d'une barrière
financière, d'une barrière linguistique à moins qu'il ne s'agisse d'une
méconnaissance du système de santé ou d'une interprétation erronée de ses
symptômes. Il craint, néanmoins, que des motifs financiers puissent avoir
empêché monsieur de faire appel aux services d'un médecin.

    M. Bashkim Omeri

    M. Bashkim Omeri est Albanien. Agé de 36 ans, il est au Québec depuis
trois années. Lorsque son épouse fait une fausse-couche, le personnel soignant
l'informe de son groupe sanguin A+. M. Omeri comprend alors que sa femme est
HIV+. Malgré les dénis subséquents, il n'en dort plus et passe nuits et jours
sur Internet pour tenter de confirmer son hypothèse. Inquiets, ses proches
l'amènent à l'urgence d'un grand hôpital de Montréal où les contacts initiaux
font état d'une barrière linguistique importante. Eventuellement, il est vu
par un psychiatre qui identifie l'état de psychose brève. Il prescrit une
médication et renvoie monsieur chez lui. Trois jours plus tard, M. Omeri se
jette sous les roues d'un tracteur routier.
    Le coroner se questionne si le psychiatre a été en mesure d'obtenir les
informations suffisantes pour établir un plan de soins. Il craint également
que le patient et la famille puissent avoir eu de fortes réticences face à
l'hospitalisation puisque les hôpitaux en Albanie sont perçus comme des
endroits de dernier recours. Enfin, il se demande si le tabou du suicide, très
présent en Albanie, pourrait avoir fait en sorte que ni M. Omeri, ni sa
famille n'ont voulu faire état de pulsions suicidaires.

    M. Nicodème Kassa

    M. Nicodème Kassa, 36 ans, est originaire de Côte-d'Ivoire. Lorsqu'il se
présente dans un hôpital montréalais pour d'importantes crampes musculaires et
abdominales, il est alors en statut irrégulier, sa demande d'asile politique
ayant été rejetée. Sans revenus suffisants, il utilise donc la carte
d'assurance maladie d'un ami. Ceci explique probablement le peu d'empressement
de monsieur à divulguer des renseignements personnels. Il est alors perçu
comme un patient qui collabore difficilement. Malheureusement sa condition est
grave puisque l'on diagnostique une insuffisance rénale qui nécessite des
traitements permanents de dialyse. Lorsque, quelques mois plus tard, on
s'aperçoit de l'usurpation d'identité, M. Kassa devient encore plus suspect.
L'hôpital parvient tout de même à obtenir, à titre humanitaire, accès au
Programme fédéral de santé intérimaire couvrant les frais des traitements
qu'il doit recevoir. Toutefois, M. Kassa devient de plus en plus difficile et
de moins en moins coopératif. Il semble que la tension entre soigné et
soignants augmente progressivement jusqu'à culminer, fin octobre 2004, lorsque
M. Kassa est interdit à cet hôpital par ordre de la Cour. Un autre hôpital
accepte M. Kassa, mais non sans exiger que celui-ci soit escorté en tout temps
par leur service de sécurité, ce que M. Kassa accepte difficilement. Bientôt,
il cesse tout traitement et il est retrouvé, début 2005, décédé à son lieu de
résidence.
    D'entrée de jeu, le coroner Ramsay souligne que M. Kassa est une personne
qui présente fort probablement un trouble de personnalité. Il note également
que beaucoup d'effort et de nombreuses tentatives ont été faites par la
Direction des deux hôpitaux pour négocier un terrain d'entente permettant à M.
Kassa d'obtenir les soins requis sans que le personnel soignant ne se sente
menacé.
    Finalement, le coroner est d'accord que le comportement de M. Kassa s'est
dégradé jusqu'à devenir inacceptable. L'hôpital est en droit d'exiger un
décorum minimal, faute de quoi il peut se tourner vers les tribunaux pour
obtenir l'injonction nécessaire.
    Le coroner se demande toutefois si des efforts mieux dirigés auraient pu
ménager les deux parties. Se fondant sur l'opinion du Service de consultation
culturelle de l'Institut de psychiatrie communautaire et familiale de
l'Hôpital Général Juif, il s'interroge à savoir si, étant donné le caractère
invasif et chronique des traitements, une exploration culturelle de sa maladie
et des traitements n'auraient pas amené M. Kassa à mieux accepter ses
traitements et à mieux coopérer avec le personnel.
    Dr Ramsay constate qu'en matière de soins de santé, l'usager qui adopte
un comportement qui ne correspond pas aux valeurs du système de soins de santé
en place le fait à ses risques et périls. Il s'agit d'un biais ethnocentrique
probablement naturel que les soignants  doivent être en mesure d'identifier
afin d'avoir recours à des intervenants spécialisés pour ces circonstances
spéciales.

    -%SU: SAN,LAW
    -%RE: 40




Renseignements :

Renseignements: Anne-Marie Lessard, Responsable des communications et
des relations avec les médias, (418) 643-1845, poste 225, anne-marie.lessard@
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