Conseil de presse du Québec - Comité des plaintes et de l'éthique de l'information - Décision - Numéros de dossier: D2007-02-064 et D2007-02-069



    
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    Numéros de dossier :  D2007-02-064 et D2007-02-069

    Plaignant             M. Pierre Barnoti, directeur général de la Société
                          pour la prévention de la cruauté envers les animaux
                          (canadienne) - SPCA
    et

    Mis-en-cause          M. Tu Thanh Ha, journaliste
                          Mme Kathy English, rédactrice en chef du courrier
                          des lecteurs
                          Le quotidien The Globe and Mail
                          M. Todd van der Heyden, journaliste
                          Mme Mutsumi Takahashi, journaliste
                          M. Brian Britt, journaliste
                          M. Mike Piperni, directeur de l'information
                          L'émission "CTV News"
                          Le réseau CTV
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    MONTREAL, le 22 nov. /CNW Telbec/ -

    RESUME DE LA PLAINTE

    Le directeur général de la Société pour la prévention de la cruauté envers
les animaux porte plainte contre le quotidien The Globe and Mail pour avoir
publié un article le 6 février 2007 et ainsi que contre le réseau CTV pour
avoir diffusé des reportages les 6 et 7 février 2007, comportant des
informations erronées ainsi que des insinuations mettant en doute sa
réputation ainsi que celle de l'organisme qu'il dirige.

    GRIEFS DU PLAIGNANT

        Griefs à l'encontre de M. Tu Thanh Ha, journaliste pour le quotidien
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                             The Globe and Mail
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    M. Pierre Barnoti affirme que l'article de M. Tu Thanh Ha, publié sous le
titre "Montreal SPCA's funding queried" dans l'édition du 6 février 2007 du
quotidien The Globe and Mail, n'aurait pas respecté le droit du public à
l'information. Selon le plaignant, l'article mettait en doute son intégrité et
son honnêteté ainsi que celle de la SPCA. L'article comporterait des erreurs,
des insinuations ainsi que de fausses accusations.
    Le plaignant signale que le journaliste a commencé son article en donnant
plusieurs exemples de personnes âgées qui semblaient avoir été négativement
affectées par la manière dont l'organisme collecte ses fonds. De son avis, ce
choix rédactionnel a eu pour conséquence d'influencer l'opinion du lecteur en
lui donnant l'impression qu'il s'agissait d'une stratégie visant à profiter de
la vulnérabilité de ces personnes.
    En second lieu, le plaignant conteste la conclusion du journaliste selon
laquelle le montant dépensé pour fins de publicité en 2004 par la SPCA de
Montréal serait supérieur à celui de la Société protectrice des animaux de
Toronto.
    Il reproche également à M. Tu Thanh Ha d'avoir laissé aux lecteurs
l'impression qu'il s'était enrichi à la direction de l'organisme et ce, en
utilisant les fonds propres à celle-ci afin de réaliser des investissements
personnels. Il précise également que, contrairement à l'information fournie
par le journaliste, il n'est pas et n'a jamais été rémunéré sur la base d'un
pourcentage des bénéfices réalisés par l'organisme.
    Concernant les quelques paragraphes qui abordent la question des
déplacements du plaignant, ce dernier affirme que le lecteur reste avec
l'impression que le produit des dépenses recensées sous la mention
"déplacements et véhicules" ne le fut que pour des voyages et dépenses
réalisées à titre personnel. M. Pierre Barnoti explique que la mention
"déplacements et véhicules" recoupe également les services liés au transport
des animaux et que les chiffres mentionnés dans l'article sont ceux de 2004 et
non de 2006.
    De plus, le plaignant déplore que le journaliste ait mentionné que, lors
de son voyage de onze jours en Argentine ainsi qu'aux chutes Iguaçu à la
frontière brésilienne, cinq jours seulement aient véritablement été consacrés
à travailler, suggérant ainsi qu'il avait également fait du tourisme.
    Le plaignant regrette également que la dimension politique n'ait pas été
abordée lorsque le journaliste a précisé dans son article que la mention
"Canada", pourtant présente dans la raison sociale de l'organisme, n'était
rarement voire jamais utilisée au Québec.
    En ce qui à trait au montant de ses honoraires, M. Pierre Barnoti explique
que près de 90 directeurs généraux de Sociétés protectrices des animaux à
travers l'Amérique du Nord perçoivent une rémunération supérieure à la sienne
et précise que, si au début de ses fonctions pour la SPCA, son contrat
mentionnait une rémunération au pourcentage, c'était en raison de la mauvaise
santé financière de l'organisme qui ne pouvait lui garantir une rémunération
fixe. Il précise toutefois n'en avoir jamais profité.
    M. Pierre Barnoti précise qu'il a fait parvenir au quotidien The Globe and
Mail une demande de rectification concernant les propos qui ont été tenus dans
l'article de M. Tu Thanh Ha.

     Griefs à l'encontre de MM. Todd von der Heyden, Brian Britt et Mme
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             Mutsumi Takahashi, journalistes pour le réseau CTV
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    M. Barnoti reproche au réseau CTV d'avoir basé ses reportages ayant trait
à la SPCA sur des enquêtes effectuées à la suite de plaintes ou de reportages
provenant d'autres sources. Il précise que l'histoire en question fut référée
par le quotidien d'information The Globe and Mail.
    Pour le plaignant, les reportages font valoir des informations erronées
qui salissent la réputation de la SPCA ainsi que la sienne. De son avis,
ceux-ci laisseraient planer des doutes quant à son intégrité, sa rémunération,
ses dépenses, l'administration des fonds obtenus par campagne de souscription
et l'éthique de la Société face à celles-ci.
    M. Barnoti ajoute que, lors de l'entrevue que lui a demandé le réseau CTV,
le journaliste, M. Todd van der Heyden aurait refusé d'aborder les sujets qui
lui auraient permis de prouver les faits réels plutôt que les faits rapportés.
    Il termine sa plainte en mentionnant que l'entrevue devait être réalisée
en direct et que le journaliste a finalement choisi de préenregistrer
celle-ci, selon lui, pour éviter des dérapages.

    COMMENTAIRES DES MIS-EN-CAUSE

    Commentaires de Mme Kathy English, rédactrice en chef du courrier des
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                         lecteurs, The Globe and Mail
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    La mise-en-cause explique qu'à la suite de recherches complémentaires
concernant le sujet de l'article intitulé "Montreal SPCA's funding queried",
le quotidien The Globe and Mail a publié un correctif, en date du 9 mars 2007
qui précise que le total des fonds collectés par la SPCA en 2004 atteint le
montant de 1,7 million de dollars, ce est qui inférieur au total des fonds
collectés par la Société protectrice des animaux de Toronto. Le correctif
précise également que pour l'année 2004, l'organisme montréalais a engagé
85 226 $ en frais de déplacements.

    Commentaires de M. Todd van der Heyden, journaliste pour le réseau CTV
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    Le journaliste précise, tout d'abord, que les reportages sont le produit
d'un effort commun fourni par son réseau et le journaliste du quotidien The
Globe and Mail, M. Tu Thanh Ha. Il ajoute que ce dernier a passé plusieurs
semaines à enquêter sur le sujet avant de proposer celui-ci à l'équipe
rédactionnelle du bulletin d'informations du réseau CTV. M. Todd van der
Heyden mentionne que lui-même ainsi que sa recherchiste ont par ailleurs
enquêté sur le sujet de leur côté. Il explique qu'ils ont interrogé plusieurs
personnes à travers le Canada et qu'ils ont passé en revue l'intégralité du
matériel journalistique dont ils disposaient.
    Le journaliste et le réseau CTV soutiennent que l'information diffusée
était dans l'intérêt du public. M. Todd van der Heyden précise que plusieurs
groupes de défense des droits des animaux à travers le pays ont été choqués
par la stratégie de levée de fonds utilisée par la SPCA de Montréal et pensent
que celle-ci a eu pour effet d'écarter certains dons de localités qui en
avaient besoin. Les critiques estiment également que l'usage du nom légal de
la société, "Canadian SPCA" en anglais, pour fins de levées des fonds ainsi
que celui de boîtes postales localisées dans les provinces de résidence des
donateurs sollicités pourraient amener de nombreuses personnes à croire que la
SPCA oeuvre pour un groupe national. La plupart des donateurs auxquels le
réseau s'est adressé ignoraient par ailleurs que l'argent dont ils ont fait
don ne permettait que de venir en aide aux animaux de Montréal et Laval. M.
Todd van der Heyden ajoute que le plaignant a mis en doute ces observations et
qu'il en témoigne dans les reportages.
    Le mis-en-cause précise que les différentes entrevues de M. Pierre Barnoti
furent réalisées en décembre 2006. De son avis, de nombreuses opportunités ont
été laissées au plaignant pour répondre à toutes les questions que soulèvent
les reportages. Les autres entrevues laissaient témoigner différentes
personnes familières du milieu de la protection des animaux en Alberta, en
Ontario, en Nouvelle-Ecosse et à Montréal. De son avis, tous auraient de
sérieuses inquiétudes concernant le comportement du directeur général de la
SPCA.
    The Globe and Mail ainsi que CTV disposaient également d'informations
relatives aux comptes de la Société révélées par un dénonciateur. Ces
documents soulevaient de nombreuses questions quant à l'éthique ainsi qu'aux
décisions financières de la Société et de son directeur général et furent
discutées lors des reportages. Le plaignant fut interrogé sur ces questions
afin de recueillir sa position, ce que l'on peut constater dans les
reportages.
    En ce qui a trait à la remarque de M. Pierre Barnoti concernant le
préenregistrement de l'entrevue diffusée le 7 février 2007 à 18 heures, le
mis-en-cause explique que ce choix a été effectué en raison de contraintes
techniques. Les disponibilités du personnel et les contraintes du direct
n'auraient pas permis au plaignant d'être présent pour une entrevue. M. Todd
van der Heyden ajoute que celle-ci ne fut toutefois en aucune mesure
retravaillée. Il affirme que l'intégralité des propos de M. Pierre Barnoti ont
été diffusés.
    Le mis-en-cause rappelle que le directeur général de la SPCA fut partie
intégrante des deux reportages et que toutes les opportunités lui furent
laissées afin qu'il puisse répondre aux inquiétudes exprimées à son endroit.
De plus, étant donné l'intérêt démontré par le public à l'égard de ce sujet
d'information, le réseau a choisi d'inviter M. Pierre Barnoti afin que
celui-ci réponde aux questions du journaliste sur le plateau. Cette entrevue
durait quatre minutes. Durant celle-ci, le plaignant eu une nouvelle fois la
chance de répondre aux questions concernant la politique et les pratiques de
l'organisation dont il est le directeur général.
    M. Todd von der Heyden conclut que, de son avis et de celui de son réseau,
les reportages concernant la SPCA étaient équilibrés, exacts et donc en accord
avec les pratiques d'usage.

    REPLIQUE DU PLAIGNANT

    M. Pierre Barnoti n'appose son commentaire que concernant le correctif
paru dans le quotidien The Globe and Mail. De son avis, la rectification est
insuffisante en regard de la teneur des informations erronées soumises aux
lecteurs.

    DECISION

    M. Pierre Barnoti, directeur général de la Société pour la prévention de
la cruauté envers les animaux - SPCA (canadienne) porte plainte contre un
article du 6 février 2007 publié par le quotidien The Globe and Mail sous le
titre "Montreal SPCA's funding queried", ainsi que contre les reportages
diffusés les 6 et 7 février 2007 lors de l'émission "CTV News", sur le réseau
CTV.
    Il est de la responsabilité des entreprises de presse et des journalistes
de veiller à transmettre une information qui reflète l'ensemble d'une
situation en plus de le faire avec honnêteté, exactitude et impartialité. Il
convient par ailleurs qu'ils veillent à éviter les insinuations, surtout
lorsque celles-ci risquent de porter préjudice à une personne ou à une
organisation.
    A cet égard, le plaignant reprochait au journaliste du quotidien The Globe
and Mail d'avoir véhiculé des informations inexactes, incomplètes ainsi que de
fausses accusations à son endroit. Après analyse, le Conseil de presse
constate que M. Tu Thanh Ha a rapporté une information erronée en attribuant
les chiffres relatifs aux dépenses de déplacements de l'organisme à la
mauvaise année fiscale. Cette information a toutefois été rétablie par le
rectificatif qui fut publié par le quotidien.
    Le Conseil remarque également que l'article publié par le quotidien The
Globe and Mail laisse au lecteur l'impression que les dépenses engagées par
son directeur général, au titre de ce que Revenu Canada qualifie de
"déplacements et véhicules", n'auraient couvert que les frais personnels qu'il
aurait engagés lors de différents voyages. Un grief est donc retenu uniquement
à l'égard de cette insinuation.
    Les médias ont la responsabilité de trouver les meilleurs moyens pour
corriger leurs manquements ainsi que leurs erreurs à l'égard de personnes, de
groupes ou d'instances mis en cause dans leurs productions journalistiques. A
cet égard, les rectifications doivent être faites de façon à remédier
pleinement au tort causé et ils doivent consacrer aux rétractations et aux
rectifications qu'ils publient ou diffusent une forme, un espace, et une
importance de nature à permettre au public de faire la part des choses.
    A la suite de la demande du plaignant, le quotidien The Globe and Mail a
publié un rectificatif en date du 9 mars 2007 permettant de corriger et
préciser deux informations ayant trait aux sommes engagées en 2004 par la SPCA
(canadienne). M. Barnoti déplorait que ce justificatif ne soit pas à la mesure
du tort causé par le quotidien.
    Après analyse, le Conseil conclut que le rectificatif publié, bien qu'il
corrige certaines inexactitudes, ne rétablit pas à sa juste mesure
l'insinuation relevée précédemment.
    Concernant les reportages diffusés dans le cadre de l'émission "CTV News",
M. Pierre Barnoti reprochait au réseau CTV d'avoir véhiculé des informations
erronées ainsi que d'avoir laissé planer des doutes quant à son intégrité, sa
rémunération, ses dépenses, l'administration des fonds dérivant des dons et
l'éthique de son organisme en matière de levées de fonds.
    L'analyse des griefs a permis de constater que le réseau CTV a fait les
distinctions nécessaires afin de ne pas porter d'accusations non justifiées à
l'encontre du plaignant ou de la SPCA (canadienne). Le Conseil n'a de plus
relevé aucune information erronée au sein des reportages. M. Barnoti a par
ailleurs eu l'occasion d'exprimer son point de vue à plusieurs reprises dans
le cadre de ceux-ci ainsi que dans une entrevue de plus de quatre minutes.
    Les médias et les journalistes ont le devoir de favoriser un droit de
réplique raisonnable du public face à l'information qui a été publiée ou
diffusée. Le plaignant regrette que, lors de l'entrevue qui s'est déroulée sur
le plateau entre lui-même et M. Todd von der Heyden, qui fut diffusée le
7 février 2007, le journaliste ait choisi de ne pas aborder les sujets qui lui
aurait permis de démentir certaines affirmations. Il reproche également au
réseau d'avoir préenregistré cette séquence afin d'éviter des dérapages.
    Sur ces aspects, le Conseil constate d'une part qu'il relevait de la
discrétion du média et de son journaliste de choisir les questions qui
seraient posées lors de l'entrevue. Toutefois, il déplore qu'il n'ait jamais
été mentionné clairement que l'entrevue avait été préenregistrée. Bien que le
mis-en-cause affirme qu'elle fut diffusée dans son intégralité, il en va de la
bonne compréhension du public d'être informé si, lors d'un bulletin de
nouvelles, une partie qui devait être diffusée en direct ne l'est pas.
    Le plaignant reprochait finalement aux deux mis-en-cause d'avoir porté
atteinte à sa réputation ainsi qu'à celle de la SPCA (canadienne). Sur cet
aspect, le Conseil tient à rappeler que cette question relève de la compétence
des tribunaux et que son analyse ne se fait que sur la base du respect de
l'éthique journalistique. A cet égard, il conclut que l'insinuation véhiculée
par l'article du quotidien The Globe and Mail, constitue un manquement notable
pour le plaignant.
    Au vu de ce qui précède, le Conseil de presse retient partiellement la
plainte de M. Pierre Barnoti, à l'encontre de M. Tu Thanh Ha, journaliste et
le quotidien The Globe and Mail sur la base de la publication d'une
insinuation et d'un rectificatif insuffisant.
    Sous réserve de la remarque concernant la mention du préenregistrement, la
plainte de M. Pierre Barnoti à l'encontre du réseau CTV et de ses
journalistes, MM. Todd van Todd van der Heyden, Brian Britt et Mme Mutsumi
Takahashi, est rejetée.

    Nathalie Verge, secrétaire générale
    Au nom du comité des plaintes et de l'éthique de l'information
    




Renseignements :

Renseignements: Nathalie Verge, secrétaire générale, Conseil de presse
du Québec, (514) 529-2818, info@conseildepresse.qc.ca

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