Conseil de presse du Québec - Comité des plaintes et de l'éthique de l'information - Décision - Numéro de dossier: D2008-09-012



    
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    Numéro de dossier : D2008-09-012

    Plaignante          Mme Isabelle Chiasson, directrice générale
                        Les hebdomadaires Le Journal de Sept-Iles et Nord-Est

    et

    Mis-en-cause        M. Nicolas Asselin, coéditeur
                        L'hebdomadaire Journal Le Nord-Côtier
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    MONTREAL, le 1er avr. /CNW Telbec/ -

    RESUME DE LA PLAINTE

    Mme Isabelle Chiasson porte plainte contre M. Nicolas Asselin, éditeur de
l'hebdomadaire Journal Le Nord-Côtier, pour être l'auteur de certains articles
en même temps qu'il exerce des fonctions de prospection publicitaire pour ce
même média.

    GRIEFS DE LA PLAIGNANTE

    
    1.  Mme Chiasson dénonce le fait que M. Asselin est, selon elle, en
        conflit d'intérêts à plusieurs niveaux. La plaignante explique que le
        mis-en-cause est copropriétaire du Journal Le Nord-Côtier depuis le
        23 mars 2007 et qu'il exerce depuis, les fonctions de représentant
        publicitaire, en plus d'y signer un certain nombre de textes. La
        plaignante explique qu'il est possible de visualiser ce qu'elle
        avance en se rendant sur le site Internet du journal. Dans l'édition
        du 21 août 2008, qu'elle joint à sa plainte, Mme Chiasson explique
        que M. Asselin a signé des textes en pages 7 et 14 et ajoute que,
        dans la cartouche en bas de la page 4, il est inscrit à titre de
        conseiller publicitaire. Il s'agit, selon elle, d'une mauvaise
        pratique.
    2.  La plaignante ajoute que, dans son commentaire en page 4, le mis-en-
        cause aurait eu des propos discriminatoires à l'endroit de son
        compétiteur, soit les hebdomadaires qu'elle représente. A son avis,
        M. Asselin citerait à plusieurs reprises ces derniers dans ses
        commentaires et dénigrerait le travail des journalistes qui oeuvrent
        dans ces hebdomadaires, notamment en page 4 de l'édition du 11
        septembre 2008, qu'elle joint également à sa plainte.
    3.  Elle en conclut que le mis-en-cause ne respecte pas le code de
        déontologie de la Fédération professionnelle des journalistes du
        Québec (FPJQ).

    COMMENTAIRES DES MIS-EN-CAUSE

        Commentaires de M. Nicolas Asselin, coéditeur
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    4.  Le mis-en-cause explique ne pas comprendre ce qui motive la plainte
        de Mme Chiasson. Selon lui, il s'agirait avant toute chose d'un
        règlement de compte qui trouverait sa raison d'être dans le fait que
        son journal est sur le point de détrôner celui de la plaignante, dans
        la région.
    5.  M. Asselin constate, par ailleurs, qu'en dépit du règlement sur
        l'étude des plaintes du Conseil de presse qui spécifie que les
        plaignants s'adressent en premier lieu directement à la partie mise
        en cause, ce dernier et son coéditeur M. Lévesque n'ont jamais été
        contactés.
    6.  En ce qui a trait à la plainte de Mme Chiasson, le mis-en-cause
        explique qu'il est nécessaire d'introduire quelques nuances. De mars
        2007 à décembre 2007, il mentionne avoir été directeur de
        l'information du journal. Il ajoute que, depuis janvier 2008, il a
        diminué l'écriture à un rythme croissant pour céder la place de
        directeur de l'information à une autre personne. Devant être
        disponible pour vendre de la publicité, il affirme qu'il se consacre
        depuis mai 2008 entièrement à son rôle de conseiller publicitaire,
        tout en étant en charge de projets spéciaux.
    7.  Il explique que, s'il a signé des textes en août dernier, c'est parce
        que la publicité n'était pas au rendez-vous pendant la période
        estivale et qu'il a repris le rôle de journaliste, sans faire de
        vente, pour couvrir la période de vacances de ses trois journalistes.
    8.  Concernant le commentaire, il ne s'agirait, selon lui, pas d'un
        article du journal, mais bien d'un coup de gueule de l'éditeur. Il se
        trouve dans les pages éditoriales où l'on retrouve également les
        lettres d'opinion. M. Asselin ajoute que la plaignante s'est sentie
        avec raison visée par son commentaire du 11 septembre 2008, mais ne
        devrait toutefois pas prendre ce dernier personnellement. Il
        mentionne qu'il s'agissait d'un sujet dont toute la ville avait parlé
        cette même semaine.
    9.  Le mis-en-cause conclut que, de son avis, la plainte de Mme Chiasson
        reflète plus la compétition féroce à laquelle se livre leurs médias
        respectifs que le conflit d'intérêts ou la confusion des genres
        journalistiques.

    REPLIQUE DE LA PLAIGNANTE

    10. Mme Chiasson réplique que sa plainte repose sur le fait que M.
        Asselin ne se conforme pas au code de déontologie des journalistes de
        la FPJQ qui mentionne entre autres que : "les journalistes doivent
        s'abstenir d'effectuer, en dehors du journalisme, des tâches reliées
        aux communications : relations publiques, publicité, promotion (...)
        Les journalistes ne peuvent pas communiquer un jour des information
        partisanes et le lendemain des informations impartiales, sans
        susciter la confusion dans le public et jeter un doute constant sur
        leur crédibilité et leur intégrité."
    11. Sur la base de ce principe, la plaignante explique que M. Asselin
        pratique encore l'écrit, ce qu'elle a démontré dans sa plainte.
    12. Elle conclut que la Fédération professionnelle des journalistes du
        Québec lui aurait confirmé que M. Asselin allait être écarté de la
        liste de ses membres, considérant que ce dernier ne répondrait pas à
        leur code de déontologie.
    13. Mme Chiasson joint à sa plainte un article signé du 16 octobre 2008,
        dont M. Asselin est l'auteur.

    DECISION

         Grief 1 : indépendance de l'information et de la publicité
                            et conflit d'intérêts

    14. Mme Isabelle Chiasson portait plainte contre M. Nicolas Asselin,
        éditeur de l'hebdomadaire Journal Le Nord-Côtier. Dans un premier
        temps, la plaignante lui reproche d'avoir cumulé les activités de
        journaliste, en étant l'auteur d'articles et de commentaires
        éditoriaux et de conseiller publicitaire au sein de ce même média.
        Elle soumet pour analyse les éditions du 21 août et du 11 septembre
        2008 du Journal Le Nord-Côtier.
    15. Dans son guide Droits et responsabilités de la presse, le Conseil
        mentionne que : "Les entreprises de presse doivent veiller elles-
        mêmes à ce que, par leurs affectations, leurs journalistes ne se
        retrouvent pas en situation de conflit d'intérêts ni d'apparence de
        conflit d'intérêts. Elles doivent se montrer toutes aussi rigoureuses
        à l'égard du travail des collaborateurs extérieurs auxquels elles ont
        recours. (...) Afin de préserver leur crédibilité professionnelle,
        les journalistes sont tenus à un devoir de réserve quant à leur
        implication personnelle dans diverses sphères d'activités sociales,
        politiques ou autres qui pourrait interférer avec leurs obligations
        de neutralité et d'indépendance." DERP, p. 25
    16. M. Asselin réplique que, depuis le mois de mai 2008, il exerce
        exclusivement les fonctions de conseiller publicitaire. Il explique
        avoir été l'auteur d'articles dans les éditions que soumettait la
        plaignante uniquement parce que son équipe de journalistes n'était
        pas disponible. Il ajoute que, pendant cette période, il ne s'est
        consacré qu'à cette fonction journalistique. Or, au regard du
        principe qui vient d'être énoncé, le Conseil affirme que le mis-en-
        cause, parce qu'il est d'abord officiellement en charge de la
        publicité pour le Journal Le Nord-Côtier, ne pouvait pas occuper une
        fonction journalistique, même si le personnel venait à manquer dans
        son média, sans compromettre son intégrité de journaliste. Concernant
        le cumul des fonctions de conseiller publicitaire et d'éditorialiste,
        M. Asselin n'apposait aucun commentaire. L'analyse a toutefois permis
        de révéler que M. Asselin est l'auteur d'un éditorial dans chacune
        des deux éditions du Journal Le Nord-Côtier qui ont été soumises au
        Conseil pour analyse. Le Conseil tient à préciser que l'activité
        éditoriale est également une fonction de type journalistique et que,
        par conséquent, ce dernier ne pouvait pas non plus exercer celle-ci
        en parallèle de ses fonctions de conseiller publicitaire. Le grief
        est retenu.

                      Grief 2 : propos discriminatoires

    17. Dans un second temps, la plaignante reprochait à M. Asselin d'avoir
        tenu, dans son commentaire éditorial daté du 21 août 2008, des propos
        discriminatoires à l'endroit des hebdomadaires qu'elle dirige ainsi
        que d'avoir dénigré le travail de journalistes qui oeuvrent pour
        d'autres médias, dans le cadre de son commentaire éditorial publié le
        11 septembre 2008.
    18. Le guide des Droits et responsabilité de la presse du Conseil
        souligne que l'éditorial constitue une tribune d'opinion réservée à
        l'éditeur dont les sujets et contenus relèvent de sa discrétion. Il
        est de son ressort de déterminer l'espace qu'il juge à propos pour
        prendre position, faire valoir ses points de vue ou exprimer ses
        critiques. La liberté d'opinion de l'éditorialiste n'est toutefois
        pas absolue puisque la latitude dont celui-ci jouit doit s'exercer
        dans le respect des valeurs démocratiques et de la dignité humaine.
    19. Après analyse, le Conseil conclut que les deux éditoriaux dont se
        plaignait Mme Chiasson respectent bien les balises que pose la
        déontologie journalistique et qu'ils ne font pas montre de propos
        discriminatoires ni qu'ils ne dénigrent le travail de certains
        journalistes. Ce grief est rejeté.
    20. Par voie de conséquence, le Conseil de presse blâme M. Nicolas
        Asselin pour avoir exercé, pour le Journal Le Nord-Côtier, deux
        activités incompatibles que sont le journalisme, que ce soit
        d'information ou d'opinion, et la promotion d'un média et de s'être
        placé en situation de conflit d'intérêts. Le Conseil recommande à
        l'hebdomadaire de se doter d'une politique claire afin de garantir
        une parfaite indépendance entre les différents services
        journalistiques et la publicité.
    

    Guy Amyot, secrétaire général
    Au nom du comité des plaintes et de l'éthique de l'information




Renseignements :

Renseignements: Guy Amyot, secrétaire général, Conseil de presse du
Québec, (514) 529-2818, info@conseildepresse.qc.ca

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