Conseil de presse du Québec - Comité des plaintes et de l'éthique de l'information - Décision - Numéro de dossier: D2008-09-009



    
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    Numéro de dossier : D2008-09-009

    Plaignant           M. Youcef Bendada

    et

    Mis-en-cause        M. Lamine Foura, journaliste
                        M. Evan Kapetanakis, direction générale
                        L'émission "Montréal Labass"
                        La radio CINQ FM Radio Centre-Ville
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    MONTREAL, le 1er avr. /CNW Telbec/ -

    RESUME DE LA PLAINTE

    M. Youcef Bendada porte plainte contre le journaliste M. Lamine Foura et
la direction de la radio CINQ FM Radio Centre-Ville. Il reproche au
journaliste d'avoir laissé, par un auditeur, proférer des propos injurieux,
faux et diffamatoires à son encontre durant l'émission "Montréal Labass" du 26
juillet 2008. Le plaignant met en cause la responsabilité du journaliste lors
de la tribune téléphonique et son manque d'animation. Ensuite, il l'accuse de
conflit d'intérêts et de ne pas lui avoir accordé un droit de réplique
satisfaisant.

    
    GRIEFS DU PLAIGNANT

    1.  Le plaignant reproche à l'animateur de l'émission radiophonique
        "Montréal Labass", d'avoir laissé s'exprimer un auditeur aux propos
        diffamatoires lors d'une tribune téléphonique, le 26 juillet 2008. Il
        accuse aussi l'animateur d'être en conflit d'intérêts et de
        favoriser, en ondes, un discours partial. Enfin, il regrette que la
        direction de la radio ne lui ait pas accordé un droit de réplique à
        l'antenne, dans les jours suivant l'émission en cause.
    2.  Le plaignant reproche, en premier lieu, à l'animateur radio, d'avoir
        encouragé un auditeur dont les propos étaient "diffamants, faux et
        incomplets". L'intervention de cet auditeur visait, de manière
        explicite, le plaignant et proférait à son endroit de "graves
        accusations de vol et de détournement". Le plaignant reproche donc au
        mis-en-cause de ne pas avoir cherché à tempérer l'auditeur, ni lui
        avoir demandé si ses propos étaient vérifiés et véridiques. Le
        plaignant estime que ces interventions ont porté atteinte à sa
        réputation et que l'animateur se devait de modérer les propos de
        l'auditeur qui tenaient davantage du "sensationnalisme et de
        l'information spectacle". Il reproche à l'animateur d'avoir justifié
        son attitude en invoquant la liberté d'expression des auditeurs.
    3.  Le plaignant accuse aussi l'animateur de partialité en laissant
        l'auditeur, qui se présente comme un représentant d'un parti
        politique, le FLN Canada, s'exprimer sur les ondes et proférer des
        propos à l'encontre de certaines personnes, dont le plaignant lui-
        même. Dès lors, il lui reproche de manquer de distance critique en
        répondant à un autre auditeur mécontent des interventions régulières
        de ce représentant politique, que c'était le jeu de la liberté
        d'expression qui prévalait lors de son émission.
    4.  Or, selon le plaignant, cette partialité s'expliquerait par le
        conflit d'intérêts que vivrait l'animateur. En effet, il accuse le
        mis-en-cause d'abuser de sa fonction d'animateur et d'avoir "recours
        à des subterfuges pour faire passer son point de vue et ses intérêts
        personnels pour se venger de ses adversaires politiques". Le
        plaignant explique alors que l'animateur était candidat aux dernières
        élections législatives, mais n'a pas été élu député. Il ajoute que
        M. Foura n'aurait pas contredit les propos dits à son encontre, car
        le premier n'a pas soutenu le second lors des élections de mai 2007.
    5.  Enfin, le plaignant reproche à la direction de la radio de ne pas lui
        avoir consenti de droit de réplique, ni même d'avoir répondu à sa
        plainte en date du 2 septembre 2008.

    COMMENTAIRES DES MIS-EN-CAUSE

    Commentaires de M. Lamine Foura, journaliste et animateur
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    6.  M. Lamine Foura considère, en premier lieu, que le plaignant fait un
        procès d'intention, émet des jugements de valeur et des attaques
        diffamatoires à son endroit.
    7.  Ensuite, le mis-en-cause justifie son absence d'intervention face aux
        propos de l'auditeur Rachid Della. Le fait que l'auditeur se soit
        présenté et nommé dédouanerait le journaliste- animateur de toute
        responsabilité envers les propos tenus, d'autant qu'il aurait
        précisé : "je ne veux pas que mon émission se transforme en un espace
        d'attaques personnelles".
    8.  Le mis-en-cause n'interprète pas les propos de l'auditeur comme des
        accusations envers le plaignant et ne juge pas qu'ils dépassent les
        limites de la critique d'un acteur public au sein de la communauté.
    9.  Le mis-en-cause rappelle qu'il a bien dit, à l'antenne, que son
        émission prônait la libre expression des auditeurs mais, selon lui,
        c'était en réponse à un auditeur qui contestait que M. Rachid Della
        intervienne en tant que représentant politique du FLN Canada.
    10. Enfin, le mis-en-cause précise que le plaignant n'a jamais pris
        contact avec lui, mais seulement avec la direction auprès de qui il a
        envoyé "une lettre diffamatoire en affirmant que durant toutes les
        émissions du 7 juin au 26 juillet 2008, une dizaine de personnes
        étaient attaquées par des auditeurs avec (sa) complicité".
    11. Le mis-en-cause est tout de même prêt à donner un droit de réponse au
        plaignant, mais sous la condition que ce dernier retire les
        accusations de complicité qu'il avance.

    Commentaires de M. Evan Kapetanakis, directeur général
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    12. Le directeur général précise que les propos "offensants" envers le
        plaignant sont émis par un auditeur et non par le journaliste. Pour
        autant, il avoue que ce dernier "a peut-être erré en laissant parler
        cet auditeur aussi longtemps", mais qu'il croyait qu'en s'identifiant
        clairement, il assumait entièrement la responsabilité de ses propos.
    13. La direction pense que l'auditeur et le plaignant se connaissent,
        contrairement aux dires de ce dernier, et que le premier était même,
        à un moment donné, le collaborateur du deuxième. La direction
        explique ensuite que les deux personnes se seraient brouillées après
        la campagne électorale du printemps 2007. Désormais, elles agiraient
        dans des factions différentes au sein du même parti. Pour la
        direction, ces éclaircissements expliquent la plainte à l'encontre de
        la radio qui viserait davantage l'auditeur.
    14. Selon la direction, dans l'émission en cause, aucune preuve n'appuie
        l'accusation de conflit d'intérêts du plaignant. L'animateur, lui-
        même candidat lors des élections de 2007, se serait tenu à distance
        de ce débat tout au long de la campagne électorale et même pendant
        les douze mois qui ont suivi.
    15. La direction rappelle la politique de la radio qui est de promouvoir
        la libre expression et de garantir que les débats puissent se faire
        dans un esprit sain. Elle avoue que, dans ce cas, une des parties n'a
        pas pu s'exprimer. Dès lors, la direction propose, pour être "juste
        et équitable", de donner au plaignant du temps équivalent, lors de
        l'émission "Montréal Labass" pour rétablir les faits et donner sa
        version.
    16. Finalement, la direction rappelle l'histoire de la radio et ses
        objectifs, dont celui de favoriser les débats entre les différents
        courants et de mettre au service des communautés les ondes de la
        radio, afin de prendre la parole et de s'exprimer librement.

    REPLIQUE DU PLAIGNANT

    Au journaliste, M. Lamine Foura
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    17. Le plaignant assure que l'auditeur Rachid Della est intervenu lors de
        l'émission du 26 juillet 2008 à plusieurs reprises, cinq exactement,
        où il alternerait entre une intervention en arabe et d'autres en
        français. Il affirme plus loin que, depuis le 31 mai 2008, M. Della
        est intervenu à toutes les émissions animées par le mis-en-cause.
        L'auditeur aurait ainsi utilisé ce subterfuge pour vilipender
        d'autres personnes que le plaignant, dont le député actuel pour
        l'émigration, M. Gahche, ainsi que M. Said Chohra, autre candidat aux
        élections de mai 2007, face notamment à M. Lamine Choura,
        journaliste.
    18. Il réitère alors la responsabilité du journaliste qui laisse proférer
        des propos outranciers pendant son émission.
    19. Il accuse de nouveau le journaliste de faire preuve de complicité et
        de conflit d'intérêts : "il offre à son fidèle auditeur une tribune
        depuis le 31 mai 2008". Selon le plaignant, cette date coincide avec
        la tenue d'un colloque à l'étranger où le journaliste aurait été
        exclu. Pour le plaignant, cette date est l'élément déclencheur et
        depuis toutes les émissions de ce journaliste seraient "un théâtre
        d'insultes et autres insanités" dont personne ne serait épargné,
        "surtout pas les adversaires politiques de l'animateur". Il ajoute
        alors qu'il n'est que membre de la communauté algérienne et non un
        acteur politique de premier plan.
    20. Enfin, le plaignant estime mauvaise l'interprétation de
        l'intervention de l'auditeur à son sujet. En effet dans son
        commentaire le mis-en-cause juge que les propos n'étaient pas
        accusateurs. Or selon le plaignant, ils l'étaient en "laissant planer
        des doutes sur (son) patrimoine au vue des fonctions qu' (il) a
        occupées auparavant".

    A la direction de CINQ FM, Radio Centre-Ville
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    21. Il réfute d'abord le fait d'être ou d'avoir été lié avec M. Della et
        dit ne jamais l'avoir rencontré.
    22. Il ajoute que, même si c'était le cas, la direction ne peut justifier
        le comportement du journaliste face à des propos haineux,
        diffamatoires et malveillants.
    23. Enfin, le plaignant affirme et pourrait prouver, selon ses dires, que
        le journaliste n'a jamais quitté l'antenne ni abandonné l'animation
        de l'émission et se serait même présenté le lendemain de ces
        élections en compagnie d'un autre candidat.

    DECISION

    24. Le plaignant portait plainte contre le journaliste Lamine Foura de la
        radio CINQ FM Radio Centre-Ville, représentée par son directeur
        général, M. Evan Kapetanakis. Il reprochait aux mis-en-cause d'avoir
        laissé proférer des propos injurieux à son endroit lors d'une tribune
        téléphonique de l'émission "Montréal Labass", le 26 juillet 2008, de
        ne pas être intervenu et d'être en conflit d'intérêts. Il accusait
        également la direction de ne pas lui avoir accordé un droit de
        réplique satisfaisant.

                     Grief 1 : propos injurieux et faux

    25. En premier lieu, le Conseil de presse souligne qu'il n'est pas de son
        ressort de traiter des plaintes de diffamation. Le Conseil de presse
        analyse les plaintes au regard de la déontologie journalistique et
        non en vertu de dispositions judiciaires. C'est la raison pour
        laquelle il ne traitera pas de la plainte au regard de propos
        diffamants évoqués par le plaignant.
    26. Le plaignant accusait le mis-en-cause d'avoir laissé proférer des
        propos faux et incomplets sur les ondes. Cette pratique est dénoncée
        par le guide de déontologie qui stipule que les médias doivent
        veiller à ce que les contributions du public "ne véhiculent pas des
        propos outranciers, insultants ou discriminatoires pouvant être
        préjudiciables à des personnes ou à des groupes." DERP, p. 38. De
        plus le guide déontologique rappelle que les médias doivent être
        attentifs à ce que les contributions du public "ne deviennent des
        tribunes pamphlétaires qui n'ont d'autre effet que de porter atteinte
        à la réputation des personnes." DERP, p. 38
    27. Après examen et écoute de l'émission controversée, le Conseil de
        presse n'a pas relevé de propos de nature injurieuse. Relativement à
        la fausseté de certains d'entre eux, le plaignant n'a pas fait la
        preuve de cette accusation. Le Conseil ne retient donc pas le grief
        pour injure et insulte à l'encontre du plaignant.

        Grief 2 : absence d'animation lors de la tribune téléphonique

    28. Ensuite, le plaignant accusait le journaliste de ne pas intervenir à
        la suite des propos des auditeurs et ce, au nom de la liberté
        d'expression des auditeurs.
    29. Le Conseil rappelle tout d'abord la responsabilité des journalistes
        et de leur direction de tout ce qu'ils diffusent sur leurs ondes, y
        compris les tribunes téléphoniques. La non-intervention du
        journaliste peut mettre en cause le droit du public à une information
        de qualité. En effet, le guide des Droits et responsabilités de la
        presse stipule : "Les tribunes téléphoniques ou "lignes ouvertes"
        sont soumises aux mêmes exigences de rigueur, d'authenticité,
        d'impartialité et de qualité que tout autre type de traitement de
        l'information. (...) Le rôle de ceux qui les animent requiert une
        discipline et un discernement d'autant plus grands que les sujets
        abordés, en raison des intérêts et des passions qu'ils soulèvent,
        suscitent la controverse." DERP, p. 29
    30. Après examen, le Conseil estime que le journaliste a commis un
        manquement à la déontologie en laissant libre cours aux propos d'un
        auditeur sans intervenir, comme il le faisait lors des autres
        interventions durant la même émission. Il était de son devoir de
        remettre en contexte les questions et opinions soulevées afin
        d'éclairer tous les auditeurs et ainsi favoriser la qualité de
        l'information. Le grief a été retenu.

                         Grief 3 : conflit d'intérêts

    31. Puis, le plaignant accusait le mis-en-cause de conflit d'intérêts. Il
        évoquait le fait qu'il était candidat aux élections législatives
        algériennes de mai 2007, qu'il serait toujours militant et qu'il
        aurait laissé l'auditeur Rachid Della exprimer ses opinions parce
        qu'il les acquiescerait. Le plaignant parle de "silence complice".
    32. En matière de conflit d'intérêts, le guide de déontologie du Conseil
        stipule : "Afin de préserver leur crédibilité professionnelle, les
        journalistes sont tenus à un devoir de réserve quant à leur
        implication personnelle dans diverses sphères d'activités sociales,
        politiques ou autres qui pourrait interférer avec leurs obligations
        de neutralité et d'indépendance." DERP, p. 25
    33. Après analyse et au regard de la déontologie, le Conseil remarque que
        les implications politiques passées et actuelles du mis-en-cause
        s'avèrent compromettantes pour la crédibilité de l'information,
        particulièrement lorsque des questions politiques émergent durant ces
        émissions. Au moment où un auditeur évoque des questions qui placent
        l'animateur dans une situation de conflit d'intérêts, ce dernier se
        doit d'arrêter la conversation et d'en expliciter la raison. Le
        Conseil retient le grief pour conflit d'intérêts.

                 Grief 4 : droit de réplique insatisfaisant

    34. Enfin, le plaignant regrette que la direction de la radio ne lui ait
        pas accordé de droit de réplique. Bien que le Conseil reconnaisse que
        les propos de l'auditeur n'étaient pas insultants, le guide de
        déontologie précise : "Les responsables de ces émissions doivent
        présenter une information complète et conforme aux faits et aux
        événements et être attentifs à l'équité et l'équilibre dans
        l'argumentation." DERP, p. 29
    35. Plusieurs mois après l'émission en cause, après le dépôt de la
        plainte devant le Conseil, les mis-en-cause acceptaient d'accorder au
        plaignant un droit de réplique. Puisque ce délai n'est pas
        raisonnable, le Conseil retient donc ce grief pour droit de réplique
        insatisfaisant.
    36. Au vu de tout ce qui précède, le Conseil de presse blâme M. Lamine
        Foura et la direction de CINQ FM, Radio Centre-Ville, pour absence
        d'animation lors des interventions d'un auditeur durant l'émission
        controversée, de conflit d'intérêts et de droit de réplique
        insatisfaisant.
    

    Guy Amyot, secrétaire général
    Au nom du comité des plaintes et de l'éthique de l'information




Renseignements :

Renseignements: Guy Amyot, secrétaire général, Conseil de presse du
Québec, (514) 529-2818, info@conseildepresse.qc.ca

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