Conseil de presse du Québec - Comité des plaintes et de l'éthique de l'information - Décision - Numéro de dossier: D2008-07-005



    
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    Numéro de dossier :   D2008-07-005

    Plaignante            Mme Chantal Levert

    et

    Mis-en-cause          M. Mychel Lapointe, journaliste
                          M. François Laferrière, président et éditeur
                          L'hebdomadaire Le Journal du Nord
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    MONTREAL, le 24 févr. /CNW Telbec/ -

    RESUME DE LA PLAINTE

    Mme Chantal Levert porte plainte contre le journaliste Mychel Lapointe
pour avoir publié dans le Journal du Nord un article qui comportait un
commentaire erroné le 30 janvier 2008, et un cahier spécial qui faisait la
promotion de la Ville de Saint-Jérôme et de la MRC de la Rivière-du-Nord le 4
juin 2008.

    GRIEFS DE LA PLAIGNANTE

    
    1.  Mme Levert soumet au Conseil, et à titre de plainte, un courriel
        qu'elle a fait parvenir à M. Lapointe le 20 juillet 2008. Elle y
        déplore que le journaliste ait commis des erreurs en écrivant des
        articles au sujet du Plan de gestion des matières résiduelles (PGMR)
        qui concerne les municipalités de la MRC de la Rivière-du-Nord.
    2.  Elle explique que, le 29 janvier 2008 (version en ligne de
        l'article), et à la suite du versement de quelques 984 705 $ par le
        gouvernement dans le cadre de ce régime, M. Lapointe a écrit qu'"il a
        été payant pour les municipalités de la MRC de la Rivière-du-Nord, et
        par le fait même pour les citoyens, d'apporter une attention
        particulière à la gestion des matières résiduelles" ce qui, de son
        avis, était un commentaire erroné. Selon la plaignante, ce montant
        qui fut versé aux municipalités par le gouvernement québécois est
        établi en fonction du nombre d'habitants. Selon elle, le règlement
        qui est attaché à ce versement n'oblige les municipalités à aucune
        performance ou "attention particulière". Elle ajoute que pour y avoir
        droit, la municipalité n'a qu'à faire parvenir au Ministère une
        résolution de son conseil afin de s'y inscrire. Le plaignante conclut
        que ce programme n'est payant pour une municipalité qu'au regard du
        nombre de personnes qu'il concerne.
    3.  De son avis, le commentaire du mis-en-cause faisait en sorte que la
        population de la MRC de la Rivière-du-Nord pouvait croire que les
        efforts citoyens avaient été appréciables et que les décideurs
        municipaux avaient mis en place de bonnes initiatives.
    4.  Mme Levert fait observer que dans un éditorial de l'édition publiée
        en ligne et datée du 3 juin 2008, le cahier spécial sur le meilleur
        de Saint-Jérôme et de la MRC de la Rivière-du-Nord mentionnait qu'il
        reflétait "les bons coups sur le plan environnemental chez nous".
        Elle ajoute que dans l'article intitulé "Le gouvernement impose, la
        MRC dispose", il est mentionné que "le gouvernement a imposé ses
        obligations en matière de disposition des matières résiduelles et la
        MRC de la Rivière-du-Nord a pris les moyens de répondre aux exigences
        gouvernementales", et que "le plan de gestion en question est appuyé
        dans le cas de la MRC de la Rivière-du-Nord par plus de 18
        résolutions et mis en vigueur depuis 2004 de façon à atteindre les
        objectifs". Selon la plaignante, l'article oubliait de mentionner que
        la quasi-totalité des échéanciers, budgets, outils et mesures
        inscrites dans le PGMR n'ont pas été respectés.
    5.  Mme Levert estime que l'article ne portait pas la mention
        publireportage et que par conséquent le journaliste aurait dû
        vérifier la véracité de ce qu'il publiait avant de faire les louanges
        de la vertu des décideurs politiques. Elle ajoute que le gouvernement
        a redistribué plus d'un million de dollars aux municipalités de la
        MRC pour financer le PGMR et affirme que les municipalités ne
        l'auraient pas utilisé à cette fin. Elle se demande alors pourquoi le
        journaliste n'a pas cherché à savoir ce qui avait été fait de cet
        argent. Pour la plaignante, qui explique avoir été responsable de la
        mise en place du PGMR entre 2001 et 2007, le mis-en-cause a publié un
        communiqué de presse et ce, sans faire de vérification.

    COMMENTAIRES DES MIS-EN-CAUSE

    Commentaires de Mychel Lapointe, journaliste
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    6.  Sur la question des redevances qu'ont perçues les municipalités en
        provenance du gouvernement du Québec, le mis-en-cause reconnaît que
        la plaignante a en partie raison, sur le fait notamment que le
        montant versé est déterminé en fonction de la population. Il ajoute
        qu'une municipalité qui ne se conforme pas aux normes du gouvernement
        pourrait toutefois se voir refuser le versement des sommes qui
        devraient lui être octroyées.
    7.  M. Lapointe explique qu'il a été avantageux pour les municipalités de
        faire des efforts pour atteindre le PGMR et n'estime pas que les
        lecteurs aient été induits en erreur. Il précise que ce n'est qu'au
        niveau de la photo illustrant le texte que fut émise l'opinion selon
        laquelle "il a été payant pour les municipalités de la MRC de la
        Rivière-du-Nord et par le fait même pour les citoyens d'apporter une
        attention particulière à la gestion des matières résiduelles".
    8.  Concernant le cahier spécial publié en version écrite le 4 juin 2008,
        le mis-en-cause précise que, contrairement aux dires de la
        plaignante, il s'agissait d'un texte d'introduction et non d'un
        éditorial. De l'avis de M. Lapointe, une comparaison entre un
        commentaire et un texte de présentation est aisée à faire, et il
        joint à cette fin l'exemplaire du 4 juin 2008 au complet.
    9.  Le mis-en-cause ajoute qu'il lui semblait légitime de parler, dans
        cette édition, des bons coups environnementaux dans le cas de la
        Ville de Saint-Jérôme puisque celle-ci a reçu, en 2008, le Mérite
        Ovation en environnement et développement durable ainsi que le Prix
        Joseph-Beaubien étoile or décerné par l'Union des municipalités du
        Québec, en plus d'avoir été finaliste aux Phénix de l'environnement
        cette même année.
    10. Concernant l'allégation selon laquelle le dossier tiendrait plus du
        publireportage que du journalisme écrit, le mis-en-cause explique que
        le dossier se voulait une publication de nature positive sur ce qui
        se fait de mieux à Saint-Jérôme et dans la MRC. Il ajoute que la
        Ville de Saint-Jérôme ainsi que la MRC ont acheté de la publicité au
        sein du cahier, ce qui ne signifie toutefois pas que le contenu
        rédactionnel répondait à une quelconque prérogative publicitaire.
        Pour M. Lapointe, compte tenu du fait que la plaignante était
        responsable du Plan de gestion des matières résiduelles, cette
        dernière était en conflit d'intérêts concernant le dossier contre
        lequel elle se plaint.
    11. Le mis-en-cause s'étonne en dernier lieu que Mme Levert n'ait réagi
        qu'au mois de juillet 2008 à l'article qui avait été publié en
        janvier 2008, et qu'elle n'ait pas exprimé ses impressions dans le
        courrier des lecteurs.
    12. Il conclut en mentionnant qu'il a joint en annexe la copie d'un
        courriel adressé à la plaignante et lui expliquant les raisons du
        délai de réponse à son courriel du 20 juillet 2008.

    REPLIQUE DE LA PLAIGNANTE

    13. Concernant l'article publié en ligne le 29 janvier 2008 et daté du
        30 janvier pour la version papier
    14. Mme Levert précise que l'information fournie par le mis-en-cause
        selon laquelle une municipalité qui ne se conforme pas aux normes du
        gouvernement peut se voir refuser le versement des redevances qui
        doivent lui être octroyées dans le cadre du PGMR est une disposition
        qui n'a fait son apparition qu'en juin 2008 et qui n'était donc pas
        en vigueur au moment de la publication de l'article. La plaignante
        fait mention de liens vers Internet où il serait possible de vérifier
        cette information.
    15. La plaignante rappelle que sa plainte sur cet article portait
        principalement sur le commentaire à l'effet qu'"il a été payant
        d'apporter une attention particulière à la gestion des matières
        résiduelles". De son avis, les commentaires de M. Lapointe ne
        venaient en rien minimiser l'impact de cette phrase, et elle réitère
        qu'il amenait directement les lecteurs à croire que l'argent du
        gouvernement a été versé aux municipalités de par leur mérite, ce qui
        ne serait pas le cas.
    16. Concernant l'article publié en ligne le 3 juin 2008 et daté du 4 juin
        pour la version papier
    17. Mme Levert maintient que le dossier qui a été publié était du domaine
        du publireportage. De son avis, le fait que le mis-en-cause ait admis
        que la MRC de la Rivière-du-Nord a acheté de la publicité dans ce
        cahier vient étayer son point de vue. Elle se dit néanmoins surprise
        après avoir exploré le cahier, de n'avoir trouvé aucune publicité de
        la MRC.
    18. La plaignante ajoute que l'article qui fut publié sous le titre "Le
        gouvernement impose, la MRC dispose" est la retranscription d'un
        document qu'elle a elle-même rédigé en janvier 2006 et qui est depuis
        devenu la propriété de la MRC. Mme Levert fait mention de l'adresse
        Internet à laquelle il est possible de retrouver ce document. Elle
        mentionne enfin que le journaliste n'a pas pris le temps de vérifier
        si les informations qu'il comportait étaient encore valides.
    19. La plaignante réitère son commentaire à l'effet que la quasi-totalité
        des échéanciers, budgets, outils et mesures inscrites dans le
        Programme de gestion des matières résiduelle n'ont pas été respectés.

    COMMENTAIRES A LA REPLIQUE

    20. Concernant la prétention de Mme Levert selon laquelle il n'y aurait
        pas d'encart publicitaire de la MRC dans l'édition du 4 juin 2008, le
        mis-en-cause réfère le Conseil aux pages 26 et 30 du cahier dont il a
        joint la copie.
    21. Concernant le reproche de la plaignante à l'effet que M. Lapointe
        aurait utilisé un document disponible sur Internet et relatif au Plan
        de gestion des matières résiduelles, ce dernier explique que ce
        document lui a été référé par la direction générale de la MRC qui lui
        aurait confirmé que le contenu était toujours pertinent.
    22. En conclusion, le mis-en-cause mentionne qu'il considère Mme Levert
        en conflit d'intérêts dans le présent dossier compte tenu de ses
        anciennes occupations au sein de la MRC.

    DECISION

    23. Mme Chantal Levert portait plainte contre le journaliste Mychel
        Lapointe pour un article dont il est l'auteur et publié dans le
        Journal du Nord le 30 janvier 2008 ainsi que pour un cahier spécial
        portant le titre "Le meilleur de Saint-Jérôme et de la MRC de la
        Rivière-du-Nord" publié le 4 juin 2008.
    24. La plaignante reprochait dans un premier temps à l'article publié
        le 30 janvier 2008 de contenir un commentaire qui était erroné, selon
        elle, à l'effet qu'"il a été payant pour les municipalités de la MRC
        de la Rivière-du-Nord, et par le fait même pour les citoyens,
        d'apporter une attention particulière à la gestion des matières
        résiduelles". Selon Mme Levert, avant juin 2008, le seul critère qui
        comptait pour déterminer le montant perçu par les municipalités dans
        le cadre du Plan de gestion des matières résiduelles (PGMR) était le
        nombre d'habitants. De son avis, ce commentaire aurait eu pour effet
        de donner aux lecteurs l'impression que les efforts citoyens avaient
        été appréciables et que les décideurs municipaux avaient mis en place
        de bonnes initiatives.
    25. Un principe de base énoncé dans le guide Droits et responsabilités de
        la presse (DERP) du Conseil veut que la rigueur intellectuelle et
        professionnelle dont doivent faire preuve les médias et les
        journalistes soit synonyme d'exactitude, de précision, d'intégrité,
        de respect des personnes et des groupes, des faits et des événements.
    26. Or, le Conseil constate que la légende de la photo est commentée par
        le journaliste qui reconnaît l'avoir écrite. Ce commentaire, qui
        appartient au journalisme d'opinion, s'inscrit dans le cadre d'un
        article d'information, ce qui constitue un mélange des genres
        journalistiques et donc, un manquement à la déontologie.
    27. Par ailleurs, le commentaire du mis-en-cause était erroné. Après
        vérification de la documentation transmise par la plaignante, le
        Conseil a pu s'assurer qu'à la date où l'article fut publié, le seul
        facteur qui comptait pour déterminer le montant reçu par les
        municipalités était bien le nombre d'habitants. Par conséquent, les
        deux griefs sont retenus, d'abord pour avoir fait un commentaire sous
        la légende de la photo au coeur d'un article d'information, et
        ensuite, pour avoir publié un contenu erroné.
    28. Au grief suivant, la plaignante accusait le journaliste d'avoir, dans
        le cahier spécial du 4 juin 2008, utilisé deux genres journalistiques
        sur le même sujet, soit le journalisme d'opinion et le journalisme
        d'information, en juxtaposant un texte d'opinion et des articles
        d'information. Or, la déontologie journalistique met en garde contre
        ce genre de pratique qui nuit à la qualité de l'information et à sa
        crédibilité.
    29. Après analyse du contenu du texte intitulé "Le Meilleur 2008", le
        Conseil conclut qu'il s'agissait effectivement d'un texte d'opinion
        du directeur de l'information. Le Conseil de presse retient par
        conséquent le grief pour utilisation de deux genres journalistiques
        sur le même sujet par le même journaliste.
    30. La plaignante affirmait que dans ce même cahier, l'article intitulé
        "Le gouvernement impose, la MRC dispose" était la retranscription
        d'un document datant de 2006, dont elle est l'auteure. De plus, selon
        elle, le journaliste n'avait pas pris le temps de vérifier si les
        informations qu'il comportait étaient encore valides avant de les
        utiliser.
    31. Toujours selon le guide DERP du Conseil, les professionnels de
        l'information doivent identifier leurs sources d'information et
        également prendre tous les moyens à leur disposition pour s'assurer
        de la fiabilité de leurs sources et pour vérifier l'authenticité des
        informations qu'ils en obtiennent.
    32. Après examen de l'article et d'un document propriété de la MRC
        intitulé "Ecocentres - année 2006 - carnet d'information", le Conseil
        constate que l'article de M. Lapointe reprend textuellement cinq
        paragraphes du document sans en mentionner la provenance. Par
        conséquent, comme il n'a pas mentionné l'origine de ces paragraphes,
        le journaliste laissait aux lecteurs l'impression erronée qu'il en
        était l'auteur. Le Conseil a donc retenu le grief sur cet aspect.
    33. En ce qui a trait à la véracité des informations diffusées, le mis-
        en-cause affirmait que la MRC lui avait confirmé que ces informations
        étaient encore valides. Puisque la plaignante n'a pas démontré en
        quoi celles-ci pouvaient s'avérer erronées, ce dernier grief est
        rejeté.
    34. De l'avis de Mme Levert, ce même article ne mentionnait que les "bons
        coups sur le plan environnemental" sans mentionner que les
        échéanciers, budgets, outils et mesures inscrites dans le Plan de
        gestion des matières résiduelles n'ont pas été respectés.
    35. A ce sujet, le Conseil rappelle que l'information livrée au public
        fait nécessairement l'objet de choix rédactionnels. Ces choix des
        faits et des événements rapportés, de même que celui des questions
        d'intérêt public traitées, relèvent de la discrétion des directions
        des salles de nouvelles des organes de presse et des journalistes.
    36. Ainsi, au vu de ce principe, le journaliste pouvait traiter du sujet
        selon l'angle de son choix et n'y inclure que les seuls éléments qui
        étaient, dans cette optique, pertinents. Le grief est rejeté.
    37. Pour la plaignante, et bien que le cahier spécial ne portait pas la
        mention de publireportage, il s'agissait d'un exercice
        d'autopromotion pour la Ville de Saint-Jérôme.
    38. Le guide DERP du Conseil énonce, à ce sujet, que les médias doivent
        établir une distinction nette entre l'information et la publicité sur
        tous les plans : contenu, présentation, illustration. Tout manquement
        à cet égard est porteur de confusion auprès du public quant à la
        nature de l'information qu'il croit recevoir. Ils doivent éviter de
        faire de la publicité déguisée ou indirecte dans leur traitement de
        l'information ou de se faire les publicistes ou les promoteurs de
        quelque cause, produit, activité, événement culturel ou sportif que
        ce soit.
    39. L'analyse a permis au Conseil de constater que, bien que les
        publicités émanants de la Ville de Saint-Jérôme soient nombreuses
        dans le cahier spécial, elles se différencient sans mal des articles.
        Aucune confusion n'était possible pour le lecteur. De plus,
        relativement à la question de la supposée collusion entre le
        journaliste et les municipalités, la plaignante n'apporte aucun
        élément permettant de soutenir son raisonnement. Par conséquent, le
        grief est rejeté.
    40. Au vu de tout ce qui précède, le Conseil de presse retient la plainte
        de Mme Chantal Levert contre M. Mychel Lapointe et le Journal du Nord
        pour avoir fait mention d'un commentaire dans la légende de la photo
        reliée à un article d'information, pour avoir diffusé une information
        erronée, et parce que le journaliste a signé, sur le même sujet, un
        article d'opinion et des articles d'information. La plainte est
        également retenue pour plagiat puisque certaines informations ont été
        textuellement reprises par le journaliste sans mention de sa source.
    

    Guy Amyot, secrétaire général
    Au nom du comité des plaintes et de l'éthique de l'information




Renseignements :

Renseignements: Guy Amyot, secrétaire général, Conseil de presse du
Québec, (514) 529-2818, info@conseildepresse.qc.ca

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